‹ Précis de sociologieChapitre 76 sur 99 · Sighele, Psycholo(jie des Sectes, p · texte numérisé non relu

Sighele, Psycholo(jie des Sectes, p

vidu se posera comme ce qu'il est en effet: la seule source de Ténergie, la seule mesure de l'idéal '.

Nous dirons encore un mot d'une question importante, celle des rapports du Progrès et du Bonheur. Beaucoup de sociologues ont remarqué que la marche rapide du progrès dans les temps modernes (accroissement des connaissances et du bien- être) n'avait pas été accompagnée d'une augmentation aussi rapide du Bonheur humain. Le Progrès est accéléré; le bonheur est stationnaire. Pourquoi?

On peut invoquer, ce semble, deux raisons de ce fait, l'une générale et permanente, l'autre peut-être accidentelle.

La raison essentielle réside dans la constitution psychologique de l'homme. Cette constitution a voulu qu'en multipliant nos sensations, nous ayons multiplié simultanément nos besoins. Joignez à cela la limite physiologique de la sensibilité de nos organes qui ne peut être indéfiniment accrue et qui explique que le bonheur n'ait pas suivi le mouvement rapide du progrès.

^L Coste, qui a étudié ce problème - avec beaucoup de pénétration, remarque (cause accidentelle) que nous aurions pu peut-être tirer un meilleur parti des avantages acquis.

Cela est vrai. Nous avons, comme M. Coste s^en plaint, préféré aux vraies et solides jouissances du travail, de la sympathie naturelle, du développement libre de la Personnalité des jouissances fausses et énervantes, celles de la vanité, de l'ostentation, de la rage de briller.

1. Le Proj[jrrès consiste au fond dans une prédominance de léiénient Initiatfrc sur l'élément Imitation. M. Rémy de Gourmont a parfaitement raison quand il dit : a En dernière analyse, 1 idée de décadence est identique à l'idée d'imitation » (Rémy de (jourmont, Mallarmé et l'idée de décadence, La Culture <lt'.< If/ci's, p. 120i.

2. Coste, />''.< Conditions sociales du Bonheur et de la Force (Paris, F. Alcan).

l'adaptation SOCIALK ET LE PROGRÈS 143

Nous ajouterons qu'une cause de l'arrêt du Bonheur dans nos sociétés est, à notre avis, l'omnipotence qui durera longtemps encore de l'esprit grégaire. L'homme ne sait pas agir pour lui-même, mais pour les autres. J'entends par là agir par crainte de l'opinion, cette tyrannie des âmes faibles. L'Esprit grégaire semble indestructible. Aux antiques préjugés nous en avons substitué d'autres, aussi tyranniques ; car peu importe le point d'application de la tyrannie grégaire ; cette tyrannie reste toujours aussi stupidement oppressive dans son essence. Le souci du qu'en dit-on, le souci de ne pas choquer les préjugés de classe et autres et de ne pas encourir la mise en quarantaine sociale, voilà \e joug auquel nous avons sacrifié notre libre personnalité. Tant que cet état d'esprit durera, il n'y aura pas de progrès dans le Bonheur pour l'humanité. Nousresterons semblables aux sauvages qui tremblent devant les fétiches qu'ils ont taillés de leurs propres mains.

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