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CHAPITRE PREMIER

Quand on parle de la mort des sociétés, il faut se garder du préjugé qui consiste à attachera ce fait de la mort des sociétés une idée de blâme ou de regret. Les liistoriens et moralistes se croient obligés de déplorer cet événement comme un accident, alors qu'il est un fait normal et inévitable. Ils recherchent dans les institutions et les mœurs d'une société les raisons qui ont amené sa décadence ou sa ruine. Ils se lamentent, ils accusent, ils anathématisent rétrospectivement telle institution, tel système politique ou social. C'est là une philosophie de l'histoire enfantine. Car ces doléances s'inspirentdecette illusion, issue du plus plat optimisme qu'une société devrait normalement durer sans limites à moins d'accident, de fautes ou de maladresses. — Autant vaudrait s'étonner et s'indigner de la mort d'un individu.

La vérité est que la Mort est, pour les sociétés comme

pour les individus, une loi inéluctable. Elles doivent s'y résigner de bonne grâce. Il faut appliquer aux sociétés ce ^uun penseur contemporain dit de la mort des individus : « Nous devons accepter et subir la mort non comme un mal ou une peine, ouvrant des perspectives immenses et redoutables, mais comme la dernière fonction de la vie, l'acquittement d'une dette et le suprême devoir. C'est l'accomplissement d'une loi commune à tous les êtres, utile pour leur ensemble et salutaire à nous-mêmes. Puisque nos prédécesseurs sont morts pour nous faire place, nous aussi devons mourir pour faire place, à nos successeurs'. » Il faut voir par delà les formes sociales éphémères la vie profonde et immense de l'humanité dans laquelle la vie des sociétés se perd comme un élément presque aussi imperceptible que la vie de l'individu.

Que faut-il entendre par le fait de la dissolution d'une société ?

On doit entendre par là le fait que sous l'influence de certaines causes internes ou externes, les éléments qui composent une société cessent d'être reliés par le lien social auparavant en vigueur : ils cessent de faire partie de la combinaison sociale qui les retenait jusqu'alors, et sont pour ainsi dire remis en liberté, de même que les atomes d'un corps organisé, après la dissolution de ce corps, rentrent dans le grand Tout, libres d'entrer dans des combinaisons chimiques nouvelles.

Certaines causes peuvent anéantir une société sans anéantir tous les individus, ni même la inajoriié des individus qui la composent. Ceux-ci pourront poursuivre dans d'autres conditions leur destinée individuelle ; mais la société dont ils faisaient partie est morte.

1. Bonrdeau, Caui<e et oriqine duMcd [Reçue philosophique y août 1900).

Parmi les individus qui survivent aux cadres sociaux brisés, les uns n'ayant pas la plasticité nécessaire pour se plier aux cadres nouveaux, ne tardent pas à périr. Les autres s'adaptent aux conditions sociales nouvelles. Ainsi, après une crise comme la Révolution française, véritable fin d'un monde, les membres de l'ancienne société ont en partie disparu, emportés dans la tourmente, ou incapables de se plier à l'ordre de choses nouveau ; les autres se sont plies aux conditions nouvelles et ont survécu.

Quoi qu'il en soit, sur les ruines des sociétés mortes d'autres sociétés se reforment toujours ; et elles présentent à leur tour les mêmes phases d'évolution et de dissolution qu'avaient traversées leurs devancières. Ceci semblerait donner raison à la théorie des/'/eo7-.s/, des retours éternels dans la vie de l'humanité. Pas tout à fait cependant, car les sociétés nouvelles sont loin de répéter dans tous leurs traits les formes sociales disparues.

Des idées nouvelles sont nées , des techniques nouvelles ont apparu. — fruit d'un long labeur humain, — qui ne sont pas entraînées dans la ruine de telle ou telle forme sociale et qui empêchent l'avenir de répéter le passé. On fait un pur jeu de mots quand on dit que le •socialisme contemporain, fondé sur des vues théoriques, éthiques et techniques très complexes et très ■savantes, n'est qu'un retour au vague communisme des sociétés primitives.

Les inventions et les idées issues du long travail des générations ne disparaissent pas avec une société particulière. Elles trouvent un refuge dans le cerveau des individus qui forment la matière encore amorphe des sociétés de demain et qui au milieu de la ruine des formes sociales jouent dune manière plus ou moins •consciente le rôle d'agents de transmission du Progrès.

Demandons-nous maintenant quelles sont les causes de la décadence et de la désagrégation des sociétés.

On a fait appel ici à des causes d'ordres très divers:

10 etlmologique, 2*^ biologique, 3" économique, 4" psychologique, 5'^ social.

Avant daborder l'examen de ces théories, il convient d'écarter tout d'abord certaines causes illusoires que des écrivains superficiels ont parfois invoquées. (( C'est une grosse sottise, dit M. V. de Lapouge, de dire, pour expliquer la décadence actuelle d'une population qui n'éprouve même plus le besoin de se perpétuer, qu'elle est vieille. Toute l'humanité est du même âge.

11 n'est pas plus exact de dire que le peuple succombe sous la civilisation. La plupart de nos bourgeois ont tout au plus deux ou trois générations de culture, et quelle culture ! Quant au peuple, ses auteurs directs ont vécu à un niveau intellectuel où l'usure ne les a pas atteints, et le travail cérébral de nos ouvriers et de no?> paysans n'est guère supérieur à celui de leurs ancêtres. La vérité est que la sélection a fini d'éliminer les éléments ethniques supérieurs '... »

Le passage qui précède vient d'indiquer la première des causes de décadence que nous voulons examiner ici. C'est le facteur ethnique.

D'après le comte de Gobineau, V. de Lapouge, O. Ammon, etc., l'influence de la race et de la pureté de la race sur la destinée des groupes sociaux est indéniable; la décadence et la chute des peuples ne sont dues qu'à l'épuisement des éléments ethniques supérieurs.

Xietzche semble aussi partager ces vues : « Dans toute l'Europe, dit-il, la race asservie a repris finale ment le dessus, quant à la couleur, quant à la brachy céphalie, peut-être même quant aux instincts intellectuels et sociaux. Qui nous garantit que la démocratie moderne, l'anarchisme plus moderne encore, et notam ment cette tendance au communisme, à la forme

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