‹ Précis de sociologieChapitre 81 sur 99 · Nietzche, Généalogie de la Morale · texte numérisé non relu

Nietzche, Généalogie de la Morale

distinction. Les uns veulent que le dolichocéphale soit le type supérieur, les autres que ce soit le brachycéphale : les uns rattachent à un type des qualités que les autres rattachent à l'autre type.

Quelle est la relation entre la brachycéphalie ou la dolichocéphalie et la mentalité d'un individu? C'est ce qu'on ignore. Y en a-t-il même une? Oui probablement dans un sens très général, à savoir dans ce sens que, dans l'hypothèse déterministe, tout phénomène a une relation si indirecte qu'on le voudra avec les autres phénomènes. Le monde est une machine immense où tout est lié. Entre l'atome de poussière qui flotte devant moi dans un rayon de soleil et le scintillement bleu de Sirius, il y a un rapport de corrélation et d'interaction. — C'est dans ce sens très général, mais non vraisemblablement dans un sens plus précis, qu'il y a corrélation ou parallélisme entre la forme extérieure du crâne et la mentalité de l'individu.

La distinction de la dolichocéphalie et de la brachycéphalie ne parait pas jusqu'ici avoir une valeur scientifique beaucoup plus solide que l'ancienne doctrine des bosses crâniennes, ou celle de l'angle facial.

(( Les Grecs anciens, demande ^L Tarde, étaient-ils plus dolichocéphales que les Grecs modernes? Nous n'en savons pas grand 'chose. En tout cas, il n'est pas permis de rattacher la décadence de la Grèce à la diminution de sa dolichocéphalie, l'indice céphalique apparemment n'a pas changé Ijrusquement à partir de la conquête macédonienne '.

Le même auteur invoque contre la distinction absolue des races la prodigieuse transformation du Japon opérée en moins dune génération, par l'assimilation des exemples de l'Europe, depuis les armements et les vêtements jusqu'aux industries, aux arts, aux mœurs.

l.Turdc, L' c\rtioninte/nientale,Granc/eRecue,no\emhTel200.

D'après M. Novico\v,il n'y a point de race immuable. Les petites variations individuelles en s'accumulant produisent des races nouvelles, u On voit que même sans croisements, le type anglo saxon se modifie aux États-Unis'. »

La question de savoir si la décadence des races et des sociétés tient à la panmixie ne donne pas lieu à moins de controverses. M. Tarde remarque que le mélange des races favorise le développement de la faculté inventive. (( Loin de se proportionner à son degré de pureté, le degré de géni alité d'une race se proportionne plutôt à son degré de complexité, de variabilité, à l'amplitude de ses oscillations autour de son type moyen. Depuis trois ou quatre siècles, les races européennes se mélangent de plus en plus, et loin de s'affaiblir, leur inventivité se déploie... Plus l'évolution se poursuit, plus l'importance du facteur race décroît. Plus nous remontons dans le passé, plus nous voyons chaque grande race nationale se faire sa civilisation; et plus nous descendons vers l'avenir, plus il nous semble à l'inverse que la civilisation moderne travaille à se faire sa race, à élaborer par la fusion de beaucoup de races distinctes, de nouvelles races mieux adaptées à son déploiement'. » Loin de regarder la panmixie comme une cause de dégénérescence, on peut à certains égards la regarder comme un bienfait. Le mélange des races, de même que l'interférence des cultures et des influences sociales dans un même cerveau, produit des individualités plus •complexes, plus riches et plus délicates.

Nous dirons maintenant un mot des causes biologiques de la décadence des sociétés.

M. Matteuzzi a insisté sur ces causes. Il en mentionne deux principales dont la première est à la fois

1. Novicow, Les Gaspillages des Sociétés modernns, p. 169 ^Paris, F. Alcan).

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