‹ Précis de sociologieChapitre 96 sur 99 · H. Mazel, La Synerr/in 9orialn, p · texte numérisé non relu

H. Mazel, La Synerr/in 9orialn, p

2. En corrif,^eant lés épreuves de ce travail, nous avons sous les yeux un récent article sur le Socialisme, où l'auteur insiste sur' la pérennité de lindividualisuie et sur la nécessité de l'énergie et de la responsabilité individuelles même et surtout au sein de la coopération économique. Nous y trouvons cette formule suggestive : « Pour les .socialistes évolutionnistes, le socialisme ne sera pas; il deriont. . .» (J. Sarraute, Socialisme d'opposition, socialisme fie f/oucernement et lutte de classe). {Reçue socialiste, déc. 1900).'

d'individualités qu'un volume plein de boursouflure traitant du « développement de soi-même, » etc.

(( La possession de la puissance se paye cher, — la puissance abêtit. — Mais la lutte pour lapuissanceest le principe vital de tous les grands mouvements, et c'est assez qu'en elle et par elle des individualités se dressent, plus nombreuses et plus riches... Autrefois, le socialisme était un dogme. Aujourd'hui, il est un grand mouvement. Le dogme tombe en morceaux ; mais la sensibilité et la vie individuelle s'agitent plus fécondes et plus riches.

)) Nietzche a été des nôtres. Il n'a pas été le philosophe du romantisme des corporations moyenâgeuses, et il a rompu avec Wagner qui a été, dans Fart, le représentant de ce romantisme. Il n'a pas été non plus le philosophe du capitalisme... Il croyait aux grands hommes du passé et — c'est ce qu'il y a d'admirable et de divin dans ce génie — à la grande humanitc de l'avenir. Il a prophétisé ce qui doit être le principe de notre tâche : que la valeur de l'humanité réside dans l'homme même, et que toute véritable ascension de l'humanité aura un sens aristocratique'... »

Oui, il n'y a point de démocratie vraie sans une aristocratisation de la foule. Un de nos amis se proposait de lire et commenter devant un auditoire populaire le passage du Danseur de corde, dans Ainsi parlait Zaratlioustr a. On lui déconseilla de faire cette lecture comme peu démocratique et imprégnée d'un mépris de la foule. Pourtant notre ami avait raison. Il faut que la foule s'ennoblisse, qu'elle se déloge de son âme de foule, qu'elle sente l'horreur de l'abominable esprit grégaire que Nietzche a si admirablement exprimé : « Va-t'en de cette ville, o Zarathoustra; ils sont trop qui te haïssent. Les bons et les justes te haïssent, et ils t'appellent leur ennemi et leur contempteur; les

1. Gystrow, Etivas ber Nietzche und uns Sozialisten (Socia- Ustische Monatshef te, loc. cit.).

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fidèles de la vraie croyance te haïssent, et ils t'appellent un danger pour la foule. Ce fut ton bonheur qu'on se moquât de toi ; car vraiment tu parlais comme un bouffon. Ce fut ton bonheur de t'associer au chien mort : en t'abaissant ainsi tu t'es sauvé pour aujourd'hui. Mais va-t'en de cette ville, — ou demain, je sauterai par-dessus toi'... »

Nous sommes maintenant en mesure de comprendre les vrais rapports de la collectivité et de l'individu. Sans doute, une part de vérité est contenue dans cesvers de Gœthe :

Wie viel bist du von andern unterschieden? Erkenne dich, leb' mit der Welt in Frieden^

Mais il ne faut pas non plus méconnaître l'inégalité et la diversité des individus. Il ne faut pas méconnaître la nécessité de la latte pour créer l'idéal, pour sculpter la personnalité.

Au fond, il n'y a pas antinomie entre l'individualisme aristocratique et l'individualisme démocratique. Glorifier les grandes, les libres individualités humaines, c'est nous préparer à glorifier toutes les personnalités humaines, en tant qu'elles sont susceptibles de liberté et de grandeur. Une loi de Tarde (loi du passage de l'unilatéral au réciproque) pourrait intervenir ici pour expliquer ce passage de l'individualisme aristocratique à l'individualisme démocratique. Carlyle disait : « Je vois se préparer le plus béni des résultats : non l'abolition du culte des héros, mais plutôt ce que j'appellerais tout un monde de héros. Si héros signifie homxme sincère, pourquoi chacun de nous ne peut-il être un héros? »

L'ennemi, le danger véritable de notre démocratie,

1, Nietzche, Ainsi parlait Zarathoustra, § 8.

2. « En quoi et combien diffères-tu des autres? — Reconnaistoi et vis en paix avec le monde ».

ce n'est pas la théorie individualiste des grands hommes, mais toute théorie qui, au nom d'un principe quel qu'il soit, au nom d'un dogme quel qu'il soit, abandonnera l'initiative, l'action individuelle à l'esprit grégaire.

Il faut que cet esprit grégaire disparaisse. Il faut qu'on s'affranchisse de ce besoin dé sociabilité veule et lâche qui est le fléau de l'époque moderne. Il faut qu'on sache être soi, vivre en soi et par soi.

Suivant le mot de Pascal, « Pensons à notre salut», à notre salut terrestre, qui n'est pas ailleurs que dans l'indépendance et la maîtrise de soi. C'est peut-être de l'égoïsme. Mais, si égoïsme il y a, cet égoïsme simple et franc vaut mieux que cet égoïsme compliqué et farci d'hypocrisie sociale que certains prônent sous le nom de solidarité, symbiose, etc.

Et surtout pas de dogmes, pas de protection, de tutèle sociale de l'individu. Les dieux sont morts, les religions sont mortes. Les dogmes moraux et sociaux conventionnels sont en train de mourir. L'individu humain ne peut, ne doit compter que sur soi. Il est la pensée et l'action libre, (( la flèche du désir vers l'autre rive^ ».

Nietzche a admirablement rendu ce sentiment dans des termes qui rappellent les lignes magnifiques qui terminent ïEsquisse d'une Morale de Guyau. Des deux côtés, c'est le même accent hautain, stoïque. prophétique; c'est le même souffle d'avenir qui passe dans l'air : (( Nous autres philosophes et esprits libres, à la nouvelle que le dieu ancien est mort, nous nous sentons illuminés d'une aurore nouvelle ; notre cœur en déborde de reconnaissance, d'étonnement, d'appréhension et d'attente, — enfin, l'horizon nous semble de nouveau libre, en admettant même qu'il ne soitpas clair, — enfin nos vaisseaux peuvent de nouveau mettre à la voile, voguer au-devant du danger ; tous les coups de

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