‹ Précis de sociologieChapitre 22 sur 49 · LA PSYCHOLOGIE COLLECTIVE · texte numérisé non relu

LA PSYCHOLOGIE COLLECTIVE

Tout phénomène social est à la fois anorganique, organique et psycliiquc. La psj'^cliologie collective, ou système mental des sociétés, peut cependant être étudiée dans son organisation et son fonctionnement comme phénoménalité distincte bien que sous cette réserve que, dans la réalité, la psychologie collective est toujours une combinaison spéciale de facteurs plus généraux, biologiques et physiques.

11 y a donc une psj'chologie spéciale à chacune des classes de phénomènes sociaux : psychologie économique, génésique esthétique, morale, juridique, politique, en même temps qu'une psychologie collective générale ou d'ensemble du corps social.

En dehors de ses rapports généraux avec le milieu anorganique et oro;anique, la psychologie collective a des rapports plus spéciaux avec les appareils de la vie de relation, muscles et nerfs, avec les centres cérébro-spinaux et avec les organes de la sensibilité générale et des sens spéciaux.

Il en résulte que toutes nos connaissances, sentiments, émotions et volitions sont toujours relatifs.

Lofait que tout phénomène social est toujours le résultat de la combinaison d'un territoire et d'un certain nombre d'unités humaines entraine naturellement comme conséquence une certaine psychologie collective ; la psychologie dite individuelle ou plutôt biologique ne se conçoit que par abstraction au point de vue de l'étude, car toute psychologie est nécessairement collective ; l'hypothèse d'un individu isolé est doublement invérifiable, car non seulement auciin individu n'existe et n'a existé sans subir le contact d'autres individus, mais en le supposant, il n'aurait pu éviter l'influence ancestrale ni celle du milieu physique où il se développe. En un mot le psychisme individuel lui même ne peut se concevoir que dans le milieu physique et social.

C'est dès lors très naturellement i)ar la physiopsychologie que toutes les sciences antécédentes se rattachent à la socio-

logie. En dehors de ces relations générales de la psychologie collective avec tons les phénomnèes dont l'étude fait l'objet des sciences antécédentes, le système mental collectif se manifeste dans toute la structure et dans toute la vie sociales.

Sa source primordiale et principale est tout d'abord dans le système économique lui-même ; celui-ci est le plus général et aucun phénomène économique n'est purement matériel, mais à la fois biologique et psychique. Bien que la vie pratique et l'empirisme soient toujours antérieurs à la théorie et à l'expérience scientifiques, bien que le fait précède toujours l'idée, le fait lui-même en tant que social est toujours l'expression d'un état psj- chique ; tout fait, tout acte économiques sont en même temps psychiques.

Nul n'ignore l'influence de la vie nutritive en général sur l'activité mentale individuelle. Dans les sociétés, l'organisation de cette vie nutritive est la base môme de la psychologie collective. De même que certains aliments exercent une influence spéciale sur les individus, de même aussi tout le système économique de la société, son organisation non seulement générale mais spéciale, sont en rapport avec sa psychologie. Penser c'est aussi travailler, toute pensée nécessite un effort qui, de môme que l'effort économique, peut être l'objet d'une économie par l'emploi des méthodes perfectionnées.

Il a été depuis longtemps observé que les modes d'alimentation des muscles et des nerfs sont en rapport avec les divers stades de civilisation par conséquent aussi avec ceux de la culture mentale.

Le p.sychisme social. a ses origines directes, non seulement dans l'économie mais dans la génésique sociale. Toutes les formes et toutes les fonctions relatives à la conservation, au dévelopjocment et à l'amélioralion de l'espèce humaine exercent la plus grande influence sur la vie psychologique, influence à peu près aussi constante et générale qu) celle de l'Economie qui elle-même, comme nous l'avons vu, imprime aux institutions génésiques leur structure fondamentale. Il suffit de signaler qu'une société où, commeactuellement, la famille s'est de plus en i^lus réduite en se différenciant par évolution de la société homogène primitive et en se réduisant aussi à sa fonction de plus en plus spéciale, a une mentalité

— iu —

également fortement différente do celles antérieures. Sa mentalité s'est modifiée non seulement au point de vue do la conception des rapports sociaux entre sexes et parents, mais cette modification spéciale a elle-même eu sa répercussion sur l'ensemble de la psychologie collective ; une nouvelle conception de la famille a a^i sur la conception de la société entière.

Le psychisme social découle donc esscntiollcmont do l'organisation et do l'activité génésiques des sociétés et cela d'autant plus que la vie familiale qui est surtout affective influe naturellement sur la formation, la conservation et la transmission des idées collectives. Il y a du reste ici action réciproque car, par exemple, l'éducation de l'enfant se fait non seulement par la famille mais par le groupe et cela dans une proportion parfois d'autant plus forte que, par évolution, la famille a tondu à se distinguer de la société.

Une troisième source importante de la psychologie collective est l'art ; la mentalité sociale a des origines esthétiques. La vie émotionnelle en rapport elle-même avec la vie pratique agit sur tout le système mental. Le repos physiologique, psychique, économique, la possibilité d'utiliser l'énergie humaine dans d'autres directions que la satisfaction des besoins économiques et génésiques, font éclore d'autres besoins et d'autres désirs d'abord esthétiques et puis plus spécialement intellectuels : l'art lui-même suscite naturellement la formation d'un idéal, d'une idée, d'une interprétation théorique du monde.

La peinture et la musique ont des rapports avec l'écriture, la récitation et l'enseignement. En Grèce, par exemple, comme nous le montrent Aristophane et Platon, la musique était à la base de renseignement, mais ce n'était pas comme le croyait Montesquieu, la musique au sens actuel, mais dans le sens d'une méthode d'enseignement et de connaissance.

Ce sont les artistes dont l'imagination créatrice a construit le système harmonieux du polythéisme gréco-romain : les architectes, les sculpteurs, les peintres, les poètes avec le concours des musiciens.

La constitution de philosophies métaphysiques caractérise précisément le passage des périodes plus anciennes, où l'idée était encore surtout subordonnée aux sentiments et aux émo-

lions en dernier lieu déjà réglés et coordonnés par l'art, au stade où au contraire l'idée arrive à être la régulatrice supérieure de la vie sociale et même, par une réaction naturelle, la métaphysique tout d'abord jusqu'au XIX^ siècle (A. Scliopenhauer, etc.) arrive à méconnaître absolument le rôle important de la vie sentimentale, émotionnelle et active.

On peut sans inconvénient grave, mais uniquement en ce qui concerne l'évolution de la psychologie collective et de la philosophie qui en découle, considérer comme acceptable la théorie de la loi des trois étais d'A. Comte ; cette loi correspond en effet assez exactement et d'une façon générale avec le développement mental collectif réel : période théologique, période métai^hj^siquc, période positive.

D'après Comte, le période théologique se subdivise successivement: en fétichipme, idolâtrie, polythéisme, monothéisme, religion naturelle. Dans les derniers temps, des essais de syncrétisme religieux ont été tentés. Ils ne feraient dans tous les cas que confirmer et continuer l'évolution en ce sens qu'ils réduiraient de plus en plus les superstitions multiples à un petit nombre de superstitions fondamentales et communes à toutes les religions. La croyance à la réalité d'une force inconnaissable pourrait être ainsi le dernier mot de la religion comme le croyaient Comte et H. Spencer. Alors en supposant que la religion renonce à révéler et à expli.]uer la nature de cet inconnaissable, il esta observer qu'elle deviendrait une pure métaphysique indépendante de la théorie positive de la connaissance.

Si telle est l'évolution, ce dernier stade de la religion, épurée au point de se perdre, montre dans tous les cas que le passage de la religion à la métaphysique se fait par une transition naturelle.

La période métaphysique s'est constituée par l'intermédiaire de la scolastique, par une transaction momentanée entre la foi et la raison. En fait, la philosophie métaphysique prit naissance dans les temples ; Hésiode et Thaïes se réjoignirent dans le sanctuaire de Delphes.

Le spiritualisme et le matérialisme, le spiritisme et l'atomisme, le sensualisme, le mysticisme, le scepticisme et le rationnalisme lurent les différenciations successives de la métaphysique.

Cette évolution religieuse et puis métaphysique fut ellemême en corrélation constante avec l'évolution générale des sociétés. La horde à peine différenciée, la tribu, le clan, la famille, les petites principautés et monarchies, les grandes monarchies absolues, l'Etat national moderne et, en dernier lieu les internationalités contemporaines, furent les structures politiques correspondantes aux divers stades de l'évolution religieuse et métaphj'siquo partant, suivant Comte, du fétichisme, suivant Spencer de l'animisme pour aboutir à une l)hilosophie positive qui ne se rattache plus à la métaphysique et à la religion que par l'inutile hypothèse au point de vue aussi bien pratique que sentimental et théorique de l'Inconnaissable dont nous sommes et resterons toujours impuissants aussi bien à affirmer qu'à nier la réalité.

Primitivement la fonction religieuse est indivise, elle l'est dans la mesure même où les Sociétés sont ou non différenciées ; l'animisme et le fétichisme sont sujets à toutes les variations individuelles, mais par leur fonds commun ils constituent une croyance générale, une ps3'chologie collective qui pendant de longs siècles suffit aux relations humaine^ ; même l'absence de formes et d'organisations définies était favorable au développement social ; leurs infinies diversités en même temps que leur identité fondamentale se prêtaient étonnamment à toutes les combinaisons sociales ; aussi entre les tribusanimistes et fétichistes il ne semble pas y avoir des guerres religieuses proprement dites ; ces guerres ne peuvent apparaître que pour des causes plus profondes surtout économiques et génésiques. Ce n'est que quand les croyances religieuses prennent des formes définies et par cela même plus au moins exclusives les unes des autres que les conflits religieux viennent s'ajouter aux précédents et même alors il est remarquable que le fétichisme, l'idoUitrie, le l^olythéisme restent très tolérants, se fusionnent aisément au point de finir par cohabiter dans les Panthéons. Au contraire, le catholicisme romain et le protestantisme se distinguèrent par leur intolérance, Giordano Bruno et Michel Servet, en dehors de tant de milliers de victimes, suffisent à caractériser leur intolérance commune.

Si la fonction religieuse est d'abord indifférenciée dans les groupes, au contraire au fur et ù mesure que des variations et

des différenciations se produisent dans les sociétés et entre sociétés, les chefs des groupes représentent la suite de l'indivision primitive en ce qu'ils deviennent les organes non seulement de l'ordre économique et politique, mais également les chefs de la religion. Le patriarche pastoral est l'organe du culte comme ses dérivés, les monarques absolus de Russie, de Turquie, do Chine, etc.

Le Christianisme, l'ii-même issu à la fois de l'animisme, du fétichisme, de l'idolâtrie, du polythéisme ainsi que de la I)hilosophio métaphysique notamment platonieienne, commença par proclamer sa soumission aux puissances jusqu'au jour où l'ayant emporîé il poursuivit la soumission des puissances au Catholicisme.

Cependant bien que l'indivision des pouvoirs ou tout au moins la subordination de tous les autres pouvoirs au sien, soit la tendance do toute religion surtout déjà unifiée, la séparation progressive du spirituel et du temporel s'observe déjà même chez les tribus chasseresses ; nous voyons se former successivement des représentants spéciaux : sorciers, prêtres, clergé. Il se forme même des castes religieuses ; parfois une tribu entière comme celle de Levi est consacrée au culte.

Dans la période de la scolastique et de la philosophie métaphysique, la Papauté et l'Empire luttent pour la domination et finissent par se séparer, ce qui non seulement tend à l'affaiblissement du pouvoir absolu, mais encore à la constitution de l'Etat moderne. Celui ci aiTive, avec la formule do l'Eglise libre dans l'Etat libre, à faciliter en réalité la formation d'une psychologie collective nouvelle dans une Société et dans un Etat nouveaux, car remarquons le bien, la psychologie collective reste toujours aussi inséparable de toute la structure sociale que chez l'individu l'esprit reste lié à l'organisme. A ce point de vue par exemple la neutralité de l'enseignement n'indique qu'une forme transitoire facilitant l'accès à un enseignement nettement positif.

Les religions comme toute institution humaine ont exercé une fonction sociale historique : elles ont progressivement limité, modéré et socialisé en la coordonnant, la centralisant, l'infinie multiplicité des superstitions primitives qui du reste elles-mêmes étaient originairement limitées par leur

concordance fondamentale résultant du fait que, en dehors des variations accessoires, la nature extérieure et l'homme lui-même, lesquels sont les deux facteurs de tous les phénomènes sociaux y compris ceux de la j)sychologie collective, sont partout les mêmes. Les institutions religieuses humaines ne firent donc en réalité que parfaire et consolider ces limites naturelles de l'erreur ; la théorie positive de la connaissance reste en dernier lieu comme l'expression la plus haute de la psychologie collective et il est remarquable que, par un retour apparent, elle tend à devenir la base com" mune de la psychologie collective de l'humanité de la même manière que les croyances animistes se retrouvent à l'origine de toutes les sociétés et donnent encore actuellement à celles qui n'ont guère dépassé ce stade, ce fonds commun de croyances qui fut le point de départ de la constitution de notre fonds commun actuel.

La fonction sociale des Métaphysiques ne fut que la continuation et le développement de la fonction religieuse ; elles opérèrent une nouvelle réduction des hypothèses superstitieuses en y substituant des entiiés, des concepts absolus, la recherche des causes premières et finales. Les diverses écoles et leurs fondateurs dirigèrent et régularisèrent la vie mentale en coordonnant systématiquemet la théorie de la connaissance du monde. Les métaphysiques aussi, dans leur impuissance à réduire toutes leurs hypothèses à une hj'pothèse unique et universellement admise, furent naturellement très exclusives et intolérantes comme le prouvent par exemple les luttes entre Nominalistes et Réalistes et dans la suite la véritable domination tyrannique exercée par les chefs des grandes écoles philosophiques tels que Hegel, Cousin, etc.

Ce qu'il y a de remarquable et ce qui démontre leur fonction sociale positive bien plus importante que leur valeur intrinsèque comme systèmes, c'est l'homogénéité de la structure et de l'évolution des diverses doctrines métaphysiques, qui partout se limitent à un nombre très l'cstreint de systèmes fondamentaux : matérialisme, idéalisme, sensualisme, mysticisme.

Comme résultat, nous voyons aujourd'hui les diverses écoles métaphysiques se soumettre progressi veinent p-ux

observations et aux expérimentations scientifiques ; seuls leurs cadres restent métapli3'siques et ne sont plus pour ainsi que des hors d'œuvres esthétiques et littéraires comme nous le voyons dans les philosophies les plus récentes telles que celles de MM. Bergson et Boutroux.

Les théories de l'Inconnaissable d'A. Comte et de H. Spencer ont été en somme les dernières et faibles attaches reliant la pure philosopliie des sciences à la Métaphysique; celle-ci se vide de plus en plus, versant son contenu et transmettant sa fonction sociale à la Philosophie générale des sciences particulières.

Ce progrès s'est du reste réalisé d'une façon spontanée suivant l'ordre naturel de la constitution des sciences ; chacun de ces progrès fut une conquête non seulement sur la religion mais sur la métaph^'sique. L'avènement d'une philosophie purement scientifique coïncide avec la formation progressive des internationalités et d'un Etat mondial ; la philosophie positive est seule en effet capable de fournir aux diverses sociétés humaines de plus en plus différenciées, et par cela même solidarisées et fusionnées, des croyances communes, une psychologie collective en rapport avec l'ensemble de leur vie également collective.

Toutes les sciences étant en corrélation les unes avec les autres au i)oint de vue do la structure et interdépendantes au point de vue dynamique, il en est de même de la philosophie particulière qui se dégage de chacune d'elles. C'est ainsi que se constitue progressivement une philosophie générale des sciences, dont la philosophie générale des sciences sociales particulières représente elle-même le couronnement. Cette philosophie suffit à nos besoins théoriques et à notre conduite pratique.

Cette évolution de la psychologie collective, depuis l'animisme et le fétichisme i)rim'tifs, est non seulement parallèle à l'évolutiou d'ensemble des sociétés, mais elle en fait en réalité partie intégrante absolument au même titre que les modes successifs de la sensibilité organique, depuis la simple irritabilité jusqu'aux formes les plus élevés de l'activité psychique, sont inséparables de la vie organique. La psychologie collective n'est donc que l'a'^^pcct psychique de l'évolution même de la société; sa conception est en rapport avec

— ioO —

celle de la société et de l'Etat et de même avec la structure de ces derniers à leurs divers stades.

La fonction sociale et positive do la pliilosopliie scientifique, fonction constante et dont les religions et les métaphysiques ont elles-mêmes été les organes rudimentaires, a donc pour objet : la destruction progressive de l'absolu, la coordination universelle des croyances et la constitution de l'unité mentale do l'espèce humaine. Ces résultats sont obtenus spécialement par les progrès de la méthode ; l'unité de celle-ci concourt à l'unification du psychisme social. La différenciation des églises et des écoles a été, comme toujours, le mécanisme de leur fusion; cette fusion s'observe dans les progrès de la tolérance résultant précisément de la substitution do la notion de relativité qui est à la base de toutes nos connaissances à celle de l'absolu.

D'un autre côté le point de vue sociologique et philosophique général d'après lequel force et matière, esprit et corps ne sont que les aspects différents d'une seule et même phénomènalité met fin au dualisme et à la lutte entre lo spirituel et le temporel aussi bien dans les sociétés mômes que dans ja philosoi^hie.

La philosophie scientifique, y compris la sociologie, exerce ainsi une influence régulatrice supérieure sur l'ensemble de la vie économique, affective, émotionnelle et même esthétique ; elle aide à préciser l'idéal en le subordonnant à l'idée. Certainement les sciences sont loin d'être parfaites; il est même à supposer qu'elles ne le seront jamais définitivement; il nous faut nous habituer à ne considérer toute théorie de la connaissance que coin me provisoire. Cependant il n'y a j^as lieu de tomber dans un scepticisme stérile; le pragmatisme qui s'est fait jour dans ces derniers temps n'est lui-même qu'un réaction contre l'absolu métaphysique comme le montre fort bien M. Hoernle dans les études publiées par lui dans Mind sous le titre de Pragmatisme versus absoluilsm. Si les sciences sont et seront toujours, sans doute imparfaites, si, par exemple, il existe des lacunes incontestables dans les théories évolutionnistes et transformistes, le consensus collectif relativement à la Méthode suffirait au besoin pour suppléer à ces lacunes transitoires des sciences sans nuire à leur unité philosophique. J'ajoute même qu'il serait difficile

- Ibl -

de concevoir une évolution sans lacunes et cela à raison même de la relativité de toutes nos connaissances. La loi de continuité doit-elle même cesser d'être envisagée comme une loi absolue; à ce point de vue la philosophie scientifique réconcilie également la loi de continuité et celle de discontinuité; nous auiions beau en effet multiplier nos connaissances relatives à tous les stades de l'évolution xinorganique, organique psychique et sociale ; cette multiplication ne fera jamais que multiplier les points intermédiaires entre celui que nous considérons comme initial et cet autre que nous notons comme actuel bien que déjà à ce moment il soit dépassé.

Eu dehors des religions, des écoles métaphysiques et de la philosophie positive qui ont été les organes successifs de la psychologie générale des sociétés, et au-dessous, figurent toutes les doctrines et écoles spéciales relatives à toutes les sciences antécédentes à la sociologie et, en ce qui regarde cette dernière, toutes les doctrines croyances et écoles qui se sont tour à tour partagé les divers domaines de la science sociale tout en étant toujours à chaque moment en corrélation les unes avec les autres.

Il faut aussi tenir compte, comme je l'ai exposé dans ma Sociologie économique, que généralement les[^faits précédent les idées, les institutions les doctrines, une activité générale et d'ensemble la philosophie générale, et qu'en outre les fonctions et les formes supérieures n'excluent pas nécessairement les formes et les fonctions inférieures; parfois môme nous voyons ces dernières se développer d'une façon absolue mais elles ne sont plus dominantes. Ce sont les fonctions et les formes dominantes qui caractérisent chaque stade social ; elles agissent du reste toujours sur les inférieures qui dès lors sont toujours en partie modifiées.

On peut ainsi ramener avec A. Comte l'évolution de la philosophie à trois grands types : Religion, métaphysique, philosophie positive. Ces types caractérisent les stades principaux de l'évolution de la psychologie collective mais il faut bien se garder d'en faire avec A. Comte et son école la loi générale du développement de la société ; cette loi n'est pas purement idéologique.

Les organes spéciaux de la producti(m et du progrès scientifiques sont actuellement la presic, le livre, les laboratoires, les Instituts, les Académies.

Les écoles proprement dites : primaires, moyennes, suj)érieures, sont surtout les organes do conservation et de transmission scientifiques et pratiques.

Ces organes et ces fonctions sont encore loin d'être à la hauteur des conditions sociales existantes ; le progrès scientifique notamment n'est guère organisé collectivement, il manque de coordination, ses organes régulateurs dans une société déjà devenue mondiale en fait ne correspondent pas à la situation. Ceci confirme du reste notre observation que l'activité pratique précède en général l'idée et la théorie.

Ce qui est cependant remarquable c'est que partout et toujours, l'organisation et le fonctionnement de l'enseignement correspondent avec la structure et la vie d'ensemble des Sociétés.

Ainsi, en Belgique les classes et les degrés d'enseignement sont une image assez exacte des divisions de la société en classes, divisions qui elles-mêmes ont pour base des catégories économiques et se repercutent sur tout le reste de la structure sociale et notamment morale, juridique et politique.

A. — Population, et dépenses de l'enseignement primaire

en IQ06.

Ecoles communales : garçons et filles 505,315 j Total 883,518 Ecoles adoptées ; id. id. 214,330 dont 831,993

Ecoles privées : id. id. 103,873 1 non payants.

Ecoles primaires d'adultes communales : 80,210 dont seulement 12,448 filles.

Ecoles primaires d'adnUcs adoptées: 128,440 dont 78, 130 filles. Ecoles gardiennes communales, adoptées et privées subsidiées : 264,845 garçons et filles.

Le montant total des déj)enses de cet enseignement y compris les rétributions scolaires, les fondations, l'intervention des bureaux de bienfaisance, des communes, des provinces et de l'Etat s'élevait en 1905 à 46,772,073.

De telle sorte que la population totale des établissements d'enseignement j)rimaire étant de 1,357,019 élèves la dépense par tête ne s'élevait qu'à 37 frs 47 c.

La grande masse des élèves ne dépasse pas le dernier degré de l'enseignement primaire, un grand nombre n'en

parcourt pas tous les degrés. Les subdivisions des classes d'enseignement primaire représentent donc parfaitement la classe sociale inférieure de la société belge dont la base économique moule cette partie de la psychologie collective représentée par l'organisation de l'enseignement.

B. — Population et dépenses de l'enseignement moyen

en igo6.

Enseignement normal moj'^en de l'Etat :

Hommes 47 )

Femmes . 109 j "^^^^^ ^^^

Athénées royaux 5,9G1

Collèges communaux et patronnés 1,038

Degré inférieur : Ecoles mo3'ennes do l'Etat, des communes et patronnées pour garçons .... 17,942

Id. pour filles 8,045

Total général de la population de l'enseignement moyen 33,142

Total des subsides aè^èordés par l'Etat, les provinces, les communes à l'enseignement moyen, non compris les dépenses delà direction centrale : 6,450,263 frs.

Par tête : 195 frs.

La population qui bénéficie de l'enseignement mo3'en lequel n'est en général à la portée que des classes moyennes n'est donc à peine que de 3 p. c. du chiffre de la population de l'enseignement primaire, mais la collectivité intervient en sa faveur dans une proportion 5 fois plus forte par tête.

Page 1