CHAPITRE V
Le système moral.
A. Comte dans sa politique positisre ainsi que L. Ward et E, de Roberty ont fait de la morale, le point culminant de
la Sociologie, d'autres en out fait la base même de toutes les questions sociales. Dans notre classification, nous plaçons l'Ethique, en tant que fonction sociale parliculière, entre la psychologie collective dont elle est une dérivation directe et le Droit qui en est une forme spéciale.
La morale d'après nous, est une fonction différenciée de la psychologie collective, laquelle elle-même est le produit de la vie esthétique, génésique et économique que nous considérons comme le fondement des mœurs ou habitudes sociales en général dont l'Ethique est la coordination ou systématisation.
Il en résulte dès lors aussi que la morale comme toutes les sciences sociales a ses origines dans le monde anorganique, organique et psychique dont les matériaux entrent dans la composition de tous les phénomènes sociaux. La morale est donc toujouis relative ; elle formule la règle de conduite de l'homme dans ses rapports avec le milieu et avec les autres hommes, les rapports des hommes entre eux, leurs rapports sociaux, c'est-à-dire leurs rapports avec la société générale et h*s divers groupements spéciaux dont ils font partie. En réalité la morale n'est jamais individuelle, elle est toujours collective.
Le système moral d'une société est une adaptation, soit spontanée, réflexe ou instinctive, soit raisonnée et même méthodique, des êtres sociaux à leurs divers milieux ; elle est d'autant plus élevée et parfaite que cette adaptation est X^lus exacte, plus complexe, mieux coordonnée. C'est ce qu'exprime si bien la notion de justice, concept le plus élevé de la morale ; la justice, c'est l'adaptation non seulement la plus exacte aux conditions j)résentes, mais aux conditions futures contenues dans les flancs du présent. La justice n'est pas simplement un opx^ortunisme empirique ; elle suppose l'adaptation au mieux ; comme la morale ellemême, elle est progressive. Ceci nous montre aussi qu'il ne suffit pas de vouloir ce qui est juste ; il faut encore le savoir. C'est en ce sens que nous considérons la morale comme en dépendance directe de la psychologie collective, bien que celle-ci repose sur le sentiment, les émotions et l'activité pratique, dérivées elles-mêmes de notre vie esthétique, génésique et surtout économique.
Cela même démontre que l'existence de lois morales n'exclut pas, mais au contraire suppose un ordre évolutif de la morale ; celle-ci, comme tous les autres phénomènes sociaux est toujours à la fois statique et dynamique.
Le fait que la morale se confondit d'abord avec la théologie, puis qu'elle devint métaphysique avant de revêtir le caractère scientifique actuel, démontre non seulement son évolution mais aussi sa subordination vis-à-vis delà psychologie collective issue elle-même des activités plus générales.
Des plaisirs et des douleurs résultent de toute activité fonctionnelle, de l'exercice do tout organe. Les acquisitions do cette activité, s'intègrent par repétition dans les organismes; elles se transmettent héréditairement dans la mesure des variations profondes qu'elles sont parvenues à produire. Le sentiment moral est en rapport avec ces variations, avec les plaisirs et les douleurs qui les accompagnent ; c'est ainsi, par exemple, que le sentiment moral de la solidarité do l'espèce humaine dans le temps et dans l'espace a des origines physiologiques et psychiques. Le sentiment de la responsabilité du groupe social vis-à-vis de chacun de ses membres, ce sentiment que nous observons constamment aussi bien dans les hordes primitives que dans les tribus, les clans, les familles, les nations et aujourd'hui de plus en plus dans le système international et mondial, ce sentiment moral n'est pas le résultat d'un progrès de la mentalité abstraite et pure, mais l'expression même de toutes les conditions à la fois physiques, organiques et mentales des sociétés.
Cette solidarité humaine s'est toujours imposée en fait avant d'être conçue comme une loi ; aujourd'hui même elle s'impose à tout le monde, bien que reconnue seulement par une faible partie du monde.
La conception de cette solidarité et de son importance morale revêtit d'abord des formes religieuses ; l'animisme le premier, antérieurement à toute théorie, antéi'icuremcnt à Comte et à Spencer, proclama en fait la solidarité non seulement de tous les vivants, mais la solidarité de ceux-ci vis-àvis des morts, des ancêtres ; il en est de même de notre solidarité vis-à-vis des générations à venir, de nos succès^ seurs et des devoirs moraux q^ui en sont les conséquences,
Le culte à peu i)rès universel des aticêtres, les croj^auces et les institutions remarquables des Chinois, relativement par exemple à l'anoblissement des ancêtres par les mérites do leurs descendants, les actes continus d'abnégation, même de la vie, par tant d'hommes en faveur du groupe, etc, témoignent de l'existence du sentiment moral dans toute société. Et quoi d'étonnant ? Chez toutes les espèces animales, il se forme naturellement des règles non seulement de conduite individuelle, mais de conduite collective, sous l'influence directe des conditions anorganiques, organiques et psychiques qui déterminent l'organisation des appareils de la vie de relation chez tous les êtres. Aucune conduite à proprement parler, pas plus qu'aucune j)sychologie en général, n'est individuelle au sens absolu, elle ne l'est que par abstraction, toute conduite est sociale ; l'homme même est un être individuo-social.
La nature entière et tous les individus, se combinent et concourent à la formation de chaque caractère supposé individuel ; il en résulte un carnotère normal, un tj'pe moral des sociétés à chaque périoflc de leur existence. Ce type tend toujours à l'uniformité précisément à raison de l'influence des mêmes conditions sur des êtres de même espèce et dont les caractères fondamentaux sont identiques et les différences seulement accessoires.
En dehors des facteurs généraux de la Sociologie, territoire et population, dont la combinaison est la source générale du phénomène moral comme de tout auti;'e phénomène social, la morale a des origines sociologiques, elle naît directement des mœurs économiques, génésiques, artistiques, psychocollectives ; chacune de ces activités spéciales se manifeste par des formes habituelles do conduite, qui à leur tour donnent naissance à une morale particulière, morale économique, morale génésique, morale artistique, morale scientifique ; cette dernière notamment fait ressortir de plus en plus que toute vérité démontrée est essentiellement morale, parce qu'elle sert à une adaptation sociale supérieure ; de même la sincérité de l'art est insuffisante, l'art imprégné de vérité la dépasse ; de même une morale familiale qui a cessé d'être en rapport avec les rapports réels do l'organisation de la société et do la famille est une morale mensongère.
Ainsi l'activité sociale dans chacun des systèmes sociaux, de leurs appareils d'organes et de leurs organes, à l'état normal, est par elle-même un ngent moral. Le travail, l'amour et la famille, l'art et la science concourent à la formation de la morale, à la création de chacun de ses types ou caractères dominants. La Morale, conçue comme fonction abstraite dans une Sociologie abstraite, apparaît comme la conden&atiou d'une série de morales particulières qui elles-mêmes sont l'expression de règles habiiuelles de conduite dont les mœurs également générales et .«spéciales sont l'expression la plus simple au point de vue collectif et de ce qu'on appelle la conduite au point de vue des individus avec cette réserve que toute conduite est également sociale et toutes les mœurs individuelles.
Dans les sociétés qui se développent, en même temps que les fonctions et professions se différencient de plus en plus, elles se coordonnent de mieux en mieux ; de même il se forme de plus en plus des morales particulières, mais leur nombre, même en croissant, diminue les frontières qui les séparent ; les barrières morales s'abaissent à mesure que les variations sociales se multiplient et aussi les fonctions : de là la tendance progressive à la constitution d'une morale uniforme caractérisée par des règles de plus en plus communes superposées à la foule des petites règles particulières.
La morale doit donc être considérée à chaque moment duns ses rapports avec la structure d'ensemble de la société et avec la structure de chacune de ses fonctions particulières. En ce sens il n'y a pas de morale indépendante au sens absolu, pas plus qu'il n'y a de libre pensée, d'art libre, de libres rapports génésiques, de liberté économique absolus.
D'après Wundt, la psychologie ethnique ou des peuples est à la base de l'Ethique ; nous subordonnons celle-ci à la psychologie collective en général et ensuite, par l'intermédiaire de l'Art et de la Génétique, à l'Economique issue elle spontanément de la combinaison nécessaire du milieu territorial et de la population.
L'Economie sociale est le facteur le plus général, celui qui détermine le caractère moral des sociétés et de leurs membres. Le vice essentiel de l'ancienne économie classique était de déduire sa conception de l'ordre économique de certains
principes moraux considérés comme immuables et inhérents à la nature humaine : elle considérait l'homme comme un être essentiellement égoïste; en revanche, les premières écoles socialistes tendaient à le supposer naturellement bon et altruiste. Les représentants actuels de l'Economie psychologique n'ont pas assez observé qu'ils avaient été depuis longtemps précédés dans cette conception par les fondateurs delà sciehco; par une contradiction seulement apparente, l'économie de ces derniers était à la fois psychologique à sa base, déduite comme chez A. Smilh d'une théorie des sentiments moraux, et, d'un autre côté, fortement matérialiste et mécaniciste.
Nous savons aujourd'hui que l'homme n'est ni essentiellement égoïste, ni exclusivement altruiste et que l'altruisme lui-même en s'intégrant dans toute activité sociale se mue en égoïsme et vice-versa; l'homme être individuo-social oscille entre ces deux tendances. Du reste même l'économie individualiste présente un caractère social; son lègne a coïncidé avec la prédominance sociale de la conception que l'intérêt de l'individu était en harmonie avec celui de la société et que, jiar conséquent, la liberté était le régime naturel assurant do lui-même l'ordre social et le bonheur individuel.
Nous considérons au contraire la morale comme une dérivation des mœurs, c'est-à-dire formée des habitudes de conduite déterminées, il est vrai, tout d'abord par les éléments constitutifs de toute société, c'est-à-dire le territoire et la population, mais en tant que phénomène social, comme directement déterminée par les conditions les plus générales de la vie en société, conditions qui sont tout d'abord économiques, puis génésiques, esthétiques, et enfin psycho-collectives. Nous ajoutons qu'en outre elle est influencée par les phénomènes d'ordre plus spécial et plus complexe, ceux du droit et de la politique. Eu un mot, la morale est sociale et, même sous ses formes leligieuses et métaphj'siques, elle n'a jamais été autre que sociale ; elle a toujours été construite et elle a toujours évolué dans le même sens que la structure générale de toute société et en corrélation avec la structure et l'évolution de chacune de ses parties.
En ce qui concerne l'influence de l'Economie sur la Morale, il suffit de signaler à quel point la morale des sociétés escla-
vagistes diffère de celle des sociétés basées sur le salariat et surtout à quel point elle pourrait différer de celle d'une société où les travailleurs associés seraient en possesion du capital et des instruments de travail. On peut encore signaler que la conception d'une société morale où le travail est considéré comme un déslionneur et un châtiment diffère d'une conception d'après laquelle le travail n'étant plus excessif et I)ermettant à l'homme de se consacrer à d'autres travaux que ceux directement nécessaires «à son existence, le travail serait considéré comme un plaisir. On peut remarquer que toutes les classes sociales et même toutes les professions ont leur morale spéciale, leurs codes de l'honneur ; dans chaque catégorie sociale il est une morale conventionnelle qui s'impose strictement et dont les mensonges et les fictions s'imposent avec une rigueur d'autant plus grande à chaque classe ou corps professionnels que ces mensonges sont la condition même d'existence do ces corps et de ces classes. Dans sa République Platon ne disait-il pas qu'avant tout il fallait enseigner comme vérité indiscutable ce mensonge que Dieu avait tiré les hommes de matières différentes; les uns de l'or, les autres de l'argent, les derniers, les inférieurs, du fer.
Nous avons vu que la vie génèsique est en dépendance immédiate de la vie économique; à son tour elle agit sur la formation et l'évolution de la morale ; les stades successifs do la morale correspondent aux stades successifs de promiscuité, d'endogamie d'exogamie, de polyandrie, de polygamie et de monogamie ; de même au régime du matriarcat et du j)atriarcat ; la famille romaine a une morale autre que celle de la famille féodale ou bourgeoise. La famille s'est de plus en plus individualisée, de même la morale, mais cjette individualisation en revanche est contrebalancée par les liens de classe qui font par exemple que celui qui se mésallie, par ce fait même, manifeste une autre moralité que celle de sa classe originaire. Chaque catégorie Fociale a du reste une double moralité, altruiste vis-à-vis de sa classe, égoïste vis-à-vis des autres classes. Quand les sentiments de pitié et de justice se font jour dans une classe c'est que cette classe décline, c'est qu'elle n'a plus la conscience morale de la légitimité et de l'utilité de sa fonction sociale; alors il lui arrive de faire cause commune avec les couches ascendantes, elle s'embouf-
geoise ou s'encanaille suivant les temps ; on régime capitaliste développé, elle s'allie au porc d'or; elle adopte ses mœurs, sa morale; ses fils se vendent aux opulentes héritières de Chicago.
La Morale suit également l'évolution de l'art ; la conception de la beauté et de la vie morales sont des cas spéciaux de la conception plus générale de l'esthétique. La morale la plus belle est considérée par nous comme supérieure; elle est plus belle toiites les fois que ^ses règles de conduite constituent une adaptation plus exacte à l'ordre progressif des sociétés. La Morale se rapproche encore de l'art en ce qu'elle naît comme lui de la pratique pour y retourner.
Les liens étroits de l'Art et de la morale se montrent notamment dans ce fait que les artistes grecs prêtaient à leur représentation des Dieux l'expression des sentiments les plus élevés, la sérénité i^ar exemple au maître des dieux et des hommes ; plus tard la souffrance et la pitié idéalisèrent les traits de Jésus, maintenant ce sont ceux du travailleur manuel et intellectuel qui sont glorifiés par l'art contemporain et font ressortir la haute moralité et dignité du travail sous toutes ses formes. Littré et Darwin étaient beaux, leurs traits dignes d'être perpétués par les plus grands artistes, à raison de leur beauté morale. Homme du XX'' siècle je contemple avec plus de ferveur la beauté de leur signification que celle même de Jésus.
Naturellement, la psychologie collective, en un mot, les croyances, sous leurs formes successives : religieuses, métaphysiques, scientifiques, sont les plus étroitement et les plus directement liées à la morale : elles le sont à tel point qu'on peut soumettre cette dernière à la même classification.
Le mensonge est, au moins en principe, considéré par tous comme immoral ; mais le mensonge tient lui-même à toute notre psychologie collective, il est en fait un art, un jeu, un lien, à nn certain moment, toujours artificiel qui sert à maintenir des rapports sociaux qui ne correspondent souvent plus à la réalité ; par exemple, le respect h^'^pocrito des ancêtres dans les familles riches où leur succession est cscomi^tée par les héritiers et par une pente naturelle, désirée. Le mensonge, dans les sociétés inégalitaires, est pussi l'arroç inévitable (ies inférieurs confine il l'est d§s
faibles en général : l'arme des femmes vis-à-vis des hommes ; des enfants vis-à-vis des parents ; des serviteurs vis-à-vis des maîtres. Les inégalités sont les aliments du mensonge.
Il y a autant de systèmes de morales qu'il y a de systèmes religieux et de systèmes métaphysiques et philosophiques, et, si l'on approfondit la question, que de systèmes économiques et sociaux. Il y a une morale matérialiste, une morale spiritualiste, une morale sensualiste, une morale utilitaristc, une morale hédonistique, une morale critique, une autre positive ; l'amoralisme lui-même est une doctrine morale. Au fond, toutes les morales sont en rapport avec l'état social, avec les intérêts et la mentalité de chacun des groupes sociaux comme nous le montre toute l'histoire de la philosophie. La philosophie romantique et idéaliste de Fichte, do Shclling, de Hegel, correspond à une conception générale du monde et do la société tout à fait différente de la conception de Schopenhauer, qui est pessimiste. Toutes ces conceptions reflètent des états sociaux particuliers ayant leurs intérêts et leur mentalité distincts. L'impératif catégorique de Kant revêt un caractère d'universalité en rapport avec le cosmopolitisme de la fin du XVIIP siècle.
Hobbcs avait bâti toute son éthique comme toute sa politique sur l'iui^tinct de la conservation personnelle ; d'après lui, tontes les lois morales et politiques supposent un contrat passé volontairement entre les hommes pour assurer la possibilité de la vie en société. Cette volonté est déterminée par l'expérience même de la vie à l'état de nature ; c'est cette exi)érience qui donne naissance à la première et la plus fondamentale loi naturelle : la nécessité de créer la paix ; le moyen c'est la renonciation par chacun à son droit absolu à tout. Ce transfert doit se faire à une autorité ; car il no suffit pas de l'cconnaître la loi naturelle dans le fort intérieur de la conscience. L'individu doit obéir à ce pouvoir absolu par intérêt. Nul n'ignore que cette conception corresi)ond à l'état social du temps de Hobbos et notamment à celui de l'Angleterre II en est de même pour les autres doctrines.
Pour Spinoza, « les jugements du bien et du mal reposent sur une comparaison » ; la nature étant infinie et éternelle, le temps et l'espace n'existent pas vis-à-vis d'elle, ni par conséquent les contrastes et la comparaison ; théoriquement,
il n'y a ni bien ni mal. Cependant une éthique pratique est possible et nécessaire. Spinoza la rattache à sa psychlogie des sentiments. La source de l'éthique pratique est la tendance de l'être à persévérer ; cette tendance provient do ses sentiments et de ses passions ; elle est en lutte contre les sentiments et les passions provoqués par le monde extérieur; ces derniers tendent à détruire notre être ; la vertu c'est la force intérieure qui rend l'homme libre et indépendant.
Plus cette force intérieure grandira, moins il y aura de discorde, mais cet accroissement de vertu n'est possible que par l'union des hommes dans leur propre intérêt, car rien n'est plus utile à l'homme que cette union. L'effort do l'être pour persévérer dans son existence est étroitement lié à l'effort pour connaître ; c'est la connaissance qui doit dominer nos sentiments et nos passions.
Descartes, en dehors de quelques règles pratiques, adopta comme principe directeur qu'il faut plutôt chercher à se vaincre qu'à vaincre le sort ; il faut subordonner ses désirs à l'ordre universel, car nos pensées sont la seule chose qui soit en notre pouvoir.
Hume, consacre la IIP partie de son Treaiise of hiiman nature à la morale comme suite à sa psychologie des sentiments et cela précisément parce que les sentiments agissent bien plus sur l'activité volontaire que les idées ; un sentiment lui paraît seul capable d'inhiber une action provoquée par un autre sentiment. C'est donc le sentiment qui est à la base de la morale et non la raison. Un jugement moral suppose un sentiment provoqué par l'idée d'une action ; la raison ne fait que constater des rapports et des faits. L'Ethique repose sur la sympathie naturelle. Nous pouvons en conclure qu'il la conçoit comme sociale.
Kant eut le grand mérite de fonder sa morale joratique sur des bases indépendantes de la théologie et même du rationalisme ; il lui donne comme sui)port la volonté, la nature active do l'homme. En cela Schopenhauer se rattache à lui bien plus que les Kantistcs mêmes. A la théorie du bonheur, Kant oppose celle du devoir absolu. Dans sa Critique de la Raison pure, il avait exposé que les principes de la morale sont universels, vrais pour tous les hommes. C'était do la métaphysique. Toutefois, il fivait conçu aussi le piécanismç
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de l'évolution notamment dans son hypothèse sur le développement du système solaire et dans sa philosophie do l'histoire ou Idée d'une histoire universelle. Au contraire, il considérait encore la loi morale comme préétablie ; d'après lui, cette loi morale s'exprime seulement d'une façon de plus en plus claire et distincte dais la conscience de chacun ; elle commande d'agir de telle façon que la règle adoptée soit susceptible d'être la règle universelle et que chaque être humain soit considéré comme fin et non comme moyen. Malheureusemen*:, Kant faisait ainsi du résultat historique, le principe du développement historique de la morale ; c'est le but de l'espèce, but préétabli qui se manifeste de plus en plus nettement dans la conscience de l'individu. Schopenhauer fera de même mais en substituant la volonté de l'espèce à la raison de l'espèce
Bentham, Saint-Simon, J. St. Mill et A. Comte développèrent de plus en plus le point de vue hédonistique et utilitaire dans le sens le plus humain ; leur morale, encore très individualiste avec Bentham, devint de plus en plus sociale et même altruiste. II. Spencer s'efforça de ramener la morale aux lois universelles de l'évolution ; il admet cependant encore une morale absolue et il en fait le couronnement de son œuvre. Son Ethique est surtout viciée par sa conception individualiste de la société ; on a signalé que sa morale est surtout négative. A la différence de Comte, de Spencer et de de Roberty, nous ne faisons pas de la Morale le sommet de la structure sociale. Nous englobons la morale dans la sociologie ; nous faisons ressortir que toutes les sciences sociales et toutes les sciences antécédentes règlent la conduite liumaine en comprenant dans ces dernières la psychologie notamment des sentiments et de la volonté. Nous montrons que la morale évolue directement sous l'influence de l'organisation tout d'abord économique, puis génésique, esthétique et psychocollcctive et indirectement, par réaction, sous l'action du Droit et de la Politique ; surtout nous insistons sur ce que son évolution est toujours en rapport avec l'évolution de l'ensemble de la structure sociale. La morale est une science sociale, la science de la conduite sociale, mais sa règle naît do la pratique, de la conduite elle-même ; elle en naît pour y retourner .lès qu'elle est devenue règle et se
modifier ainsi sans cesse en se retrempant dans sa source éternelle toujours elle-même modifiée. En somme, pas plus au'iln'vade mètre absolu des valeurs économiques, il n y L mètre absolu des valeurs morales et juridiques. Le bien et le mal sont toujours relatifs ; le mal peut être le levain du bien, comme il peut être le résidu nuisible de ce qui fu autrefois bien et qui est maintenant devenu mal ; le mal es un ancien bien, le bien est un futur mal. Ils iVont d autre mesure que le mètre social dont tous les matériaux sont Ipruntés à la société entière et sont eux-mêmes dimportance variable suivant les combinaisons sociales. Il y a cependant un ordre dans ces variations et dans cette évolution de la morale, mais cet ordre n'est subordonne a aucun principe autre que celui de l'évolution même.
Comte l'avait compris en écartant judicieusement la controverse sur l'accroissement du bonheur ; le bonheur individuel exige toujours une suffisante harmonie entre 'ensemble des diverses facultés de l'homme et le système total des circonstances qui dominent la vie individuelle ; dCès lui, une égalité tend toujours à s'établir entre les deux la i^otion et le sentiment du bonheur sont donc relatifs Seulement Comte se contredisait en admettant des périodes essentiellement perturbatrices comme celle inaugurée par la Kévolution française et a laquelle il voulait
'""cTseiTies inégalités originaires résultant du milieu anorganique puis les inégalités physiologiques, psychiques, enfin fes inégalités sociales et surtout économiques en gênerai qui créent l'hypocii.ie et le mensonge lesquels des lors deviennent la vertu, c'est à dire la force, le moyen de protection des inférieurs ; et comme, dans beaucoup de nos sociétés, toutes les fonctions sociales sont hiérarchisées, le mensonge devrent naturellement la règle générale au point que celui qui occupe la situation la plus élevée ment pour maintenir sa situation aussi bien quêtons les inférieurs pour conserver ou améliorer la leur. Le fait même que la morale officielle V condamnera le mensonge est la preuve que cela même est un complément utile du règne universel du mensonge. De même en régime capitaliste, le vol est partout considérée comme immoral et cependant sous ce régime il n'est aucun
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membre de la société qui reçoive exactement l'équivalent de ce qu'il fournit ; le vol est général ; la preuve de sa quasi légitimité, est que malgré toutes les prétentions, nous n'avons pu encore nous accorder sur une théorie scientifique de la valeur; ce qui est condamné par la loi c'est le vol violent ou trop patent. Tous disent que le vol est immoral, mais tous le pratiquent ou le subissent, comme le mensonge, suivant leurs conditions sociales.
Ceci nous force certainement, à ne pas confondre la morale officielle, celle de façade, avec la morale réelle.
Toutes les observations concordent à prouver que les populations égalitaircs primitives et autres sont en général douées d'une haute moralité ; elles sont douces, pacifiques, hospitalières, sincères etc. et que leur conduite est conforme à leurs croyances réelles dont nïêmo les fictions revêtent un caractère conforme à la réalité de la société.
Partout et toujours nous observons que les doctrines morales sont en rapport avec les théories de la connaissance, des sentiments et de la volonté ; les métaphysiques diffèrent entre elles suivant quelles adoptent comme fondement l'une ou l'autre de ces facultés en perdant de vue leur unité et leur solidarité réelles.
Sous la réserve de ces observations, il est incontestable que la morale est une dérivation de l'idéal et de l'idée et c'est ce qui explique que son évolution tend à son tour à la réalisation d'un idéal non pas préformé mais successivement formé en vertu du prolongement naturel de sa propre direction.
On doit sous ce rapport reconnaître en fait que la théorie de la connaissance est naturellement plus évoluée que celle de la morale; il faut savoir, se connaître pour se diriger, bien que l'empirisme pratique soit lui-môme à la base de la science. Du reste nous considérons ici la morale môme comme science sociale et non comme art.
Ce qui montre encore le lien étroit de la morale avec l'ensemble de la psychologie collective c'est que primitivement elle ne fait qu'un avec la religion. Les grands codes religieux sont des encyclopédies de toutes les croyances sociales de leur temps ; ils comprennent une éthique à la fois théorique et pratique. La Bible, la loi de Manou, le Zend-
Avesta, basés comme tliéorie de la connaissance sur la révélation, en déduisent tous leurs commandements moraux et aussi tous leurs systèmes de contrainte (peines et récompenses) terrestre et extra-terrestre. Cette éthique religieuse est en rapport avec toutes les structures sociales correspondantes depuis leur structure économique, jusqu'à leur structure militaire et politique. Leur conception de la justice, leur part d'altruisme sont toujours correspondantes à tout l'état social ; on observe en général que le concept de la justice est seulement négatif même dans les religions monothéistiques les plus élevées comme le bouddhisme et le christianisme : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit ; l'idéal moral le plus élevé des religions est le renoncement, la résignation ; rares sont les religions optimistes telles que le maliométanisme ; leurs conceptions ordinaires de la contrainte et de la sanction morales sont toujours déprimantes : le doux Fcnélon lui-même, sans parler des sévères protestants, ne croit pas à l'efficacité des œuvres et se soumet à l'effrayante et arbitraire doctrine de la grâce.
De même que primitivement la morale se confond avec la religion, de même elle est englobée, dans la suite, dans les systèmes de philosophie métaphysique comme nous le voyons dans les doctrines de la nécessité et du libre arbitre, dans celles de l'innéité et des lois morales absolues, immuables et universelles.
Avec les doctrines de l'utilitarisme et de l'hédonisme la morale se rapprocha de plus en plus de la réalité.
Par réaction les théories du droit naturel et les théories politiques issues elles-mêmes du droit naturel (Hobbes, J. J. Rousseau etc.) ont agi sur la conception de la morale.
Celle-ci cependant n'a pu arriver à se constituer en science positive qu'après que l'économique, le génétique, l'esthétique et le psychologie-collective, comme sciences, eurent fourni à l'ensemble des sciences sociales et à leur philosophie leurs bases essentielles.
Certes la morale positive ne nie pas ses rapports avec le milieu physique ni avec la nature humaine ; au contraire elle considère l'un et l'autre comme les matières premières qui entrent dans la production des phénomènes sociaux sana
exception mais qui, en se combinant dans ce processus de i:)roduction, en sortent continuellement transformées. EJle ne considère plus du reste ni le monde physique ni la nature humaine comme immuables. La morale évolue, comme tout évolue, mais dans cette évolution, comme dans toutes les structures qui en représentent les formes historiques, elle reconnaît des lois constantes d'équilibration mobile et continue et nous appelons mal tout ce qui est contraire à cette évolution, bien tout ce qui y est conforme, tout ce qui la favorise. Comme l'homme lui-même, nous concevons la morale comme individuo-sociale ; ce double caractère ne peut jamais être disjoint ; la morale à tous les points de vue est toujours relative ; elle est une règle de relations et comme tout phénomène social a pour objet des relations, nous comprenons aussi pour quoi tout phénomène social a nécessairement un caractère moral ; on ne peut faire des IDhénomènes moraux une classe à part que par abstraction au point de vue de l'étude. Un phénomène économique par exemple, n'est pas seulement matériel, il a un caractère moral à tel point que Proudhon a dit justement : qui travaille prie.
Les progrès de la morale étant relatifs accompagnent nécessairenicnt tout le progrès social ; on a bien vu des sociétés s'enrichir et décliner moralement par ce qu'un simple développement économique ne constitue pas un progrès de la société, mais on n'a jamais pu observer un progrès de l'organisation sociale totale et notamment de l'organisation économique spécialement en ce qui concerne une meilleure répartition de la; richesse accrue coïncider avec un déclin de la moralité.
Il y a donc corrélation et interdépendance constantes de la morale qui est toujours individiio sociale avec l'ensemble de la structure des sociétés. La morale, même la plus individualiste en apparence, est toujours sociale. Si le vol n'était pas punissable à Sparte entre Spartiates c'est que ceux-ci étaient communistes ; si le voleur maladroit se laissait surprendre il était punissable par ce qu'il s'était laissé surprendre et que cela n'était pas admissible chez une population militaire.
La Raiso^ d'Etat dont les théoriciens simultanés furent
tout d'abord Machivel et les Jésuites fut la morale collective appropriée à des sociétés dont la structure tyranniquo ne pouvait se maintenir, tant à l'intérieur que vis-à-vis de l'extérieur, que par une contrainte violente ou astucieuse exercée vis-à-vis de tous les ennemis de l'ordre existant. L'Etat contemporain lui-même n'est pas encore parvenu à se dépouiller de cette morale de salut public qui ne peut en réalité que se transformer en rapport avec la conception et la constitution d'un ordre social supérieur qui continuera du reste à imposer sa morale à toutes les conduites particulières. L'Etat-gendarme fut en rapport avec la prépondérance de l'individualisme économique à partir de la fin du XVIIl* siècle ; le socialisme réagit contre cette forme à la fois de l'Etat et de la contrainte.
Dans tous les cas la morale implique une contrainte ; celleci comme la Morale même fut toujours sociale, seulement les organes en furent considérés comme extérieurs et supérieurs à la société ; la morale imposée fut celle des castes et des classes dirigeantes, morale basée sur leurs intérêts exclusifs.
L'idéal moral pas plus que l'idéal politique de l'Etat, ne sont jamais atteints, ils se prolongent au contraire au fur et à mesure qu'ils se perfectionnent.
Les phénomènes moraux et la Morale qui en constitue à chaque moment la coordination, en même temps que sa propre coordination avec toute l'organisation sociale, se rattachent directement d'un côté à la psychologie collective laquelle est quelque chose de plus général que l'Ethique, de l'autre côté au Droit qui est quelque chose de plus spécial que la Morale. Quels sont donc les caractères distinctifs essentiels de la Morale ?
Le régulateur moral est encore plus élevé que le régulateur connaissance ou croyance, il suppose que la connaissance est intégrée dans l'organisme individuel et l'organisme social ; qu'il fait partie de leur caractère, que dès lors il s'impose de lui-même ; dans ces conditions le conflit entre l'égoïsme et l'altruisme n'existe plus ; quand les idées novatrices sont arrivées à s'incorporer dans les individus et dans les sociétés, l'intérêt de chacun so confond de nouveau pour un certain temps avec l'intérêt de tous ; un prog;rès est réalisé dans
la justice. Savoir ce qui est bien, ce qui est juste est insuffisant, il faut le vouloir et surtout le pratiquer ; le caractère moral est le complément indispensable de la croyance aussi bien religieuse, que métaphysique et positive. La société catholique par exemple n'a plus ce caractère moral par ce qu'elle n'agit plus conformément à ses dogmes, Schopenhauer, bien qu'altruiste en tant que théoricien, ne le possédait pas davantage ; de même ce profond caractère moral n'est pas encore suffisamment intégré dans la conscience individuelle et collective contemporaine pour que nous pratiquions naturellement, sans effort et sans défaillance, les choses justes que nous a enseignées la science. Le Progrès de la Morale dépend donc du progrès général de la croyance mais exige l'assimilation de celle-ci par la collectivité, la formation d'une nouvelle nature humaine, d'une nouvelle nature morale.
D'un autre côté, les commandements et les sanctions de la Morale, bien que plus impératifs et plus précis que ceux du savoir, le sont moins que ceux du Droit. Les organes de la Morale sont aussi plus généraux que ceux du Droit : la presse, l'opinion publique, etc. Toutefois le manque de précision des commandements et des sanctions de la morale est largement compensé par ce même caractère de masse. C'est une grande erreur de beaucoup de juristes de soutenir que la Morale se distingue de Droit i^ar le manque de sanction; celle-ci est au contraire d'autant plus inévitable et écrasante que c'est la société entière qui écrase ceux qui ne se soumettent pas à sa norme. La morale régnante à ce point de vue constitue une forme de cohésion sociale bien plus forte que le Droit.
La force de ce lien et de cette cohésion explique naturellement la tendance nécessaire et constante de tous les individus à se conformer à ce type directeur dominant et même au type moral du groupe spécial dans lequel chacun exerce sa fonction particulière. 11 y a des morales sociales plus ou moins générales : les unes sont plus ou moins universelles, internationales, nationales, etc., de même il y a diverses morales de catégories sociales, professionnelles et autres. C'est ce qu'on appelle l'esprit de corps, esprit que l'on rencontre dans chaque profession, dans chaque famille, dans chaque école artistique, dans chaque Institut scientifique, dans les corps
aussi bien pacifiques que militaires et autres ; Tarmée a son honneur, la religion sa discipline, la magistrature et le barreau leur ordre. Cette conformité morale de tous les éléments de chaque groupe agit sur leur conduite les uns vis à-vis des autres et vis-à-vis des autres groupes ; elle trouve son expression jusque dans la mode, le costume, la physionomie ; on peut reconnaître à tous ces caractères le groupe spécial dont chacun dans une société fait partie avec autant de facilité au moins que nous reconnaissons d'après les mêmes et d'après d'autres indices révélateurs les diverses variétés de l'espèce humaine et même, d'après leurs reliques, les caractères des Sociétés éteintes.
Les fonctions j^ositives de la morale consistent donc, sous toutes leurs formes, à compléter par leurs règles supérieures et à parfaire progressivement les caractères et les types individuo-sociaux et sociaux ; lamorale subordonne, à chaque stade, la vie affective, affective, émotionnelle et intellectuelle à un ensemble coordonné de règles de plus en plus humaines et cohérentes par la subalternisation des instincts les plus grossiers, les plus égoïstes, aux instincts collectifs les plus nobles ; ce ne sont ni l'altruisme ni la pitié qui sont cette expression la plus haute de la morale mais la Justice qui implique la pitié, l'altruisme, la bienveillance ; La Justice évolue progressivement dans les sociétés progressives ; comme sa lutte contre toutes les inégnlités et iniquités sera éternelle comme les variations sociales ellesmêmes, elle recommande cependant aussi la pitié comme réparation provisoire des maux inséparables de la conception toujours relative du bien et du mal, de la vertu et du vice, du juste et de l'injuste.
Rien n'est en somme plus difficile que d'être juste, n'est pas juste qui veut, mais qui peut et qui sait, qui est sensible à la beauté, à la vie sociale affective, et surtout dont l'existence économique est assurée dans une société également cohérente et stable.
La Morale aussi nous apparaît comme un régulateur supérieur de cohérence sociale ; une vie dissolue est la caractéristique de la vie immorale aussi bien individuelle que collective.
Le Suicide par exemple est une des formes les plus violentes de cette dissolution des liens de l'individu avec la
société en rapport avec la dissolution même des liens sociaux ; le développement du suicide est l'indice d'une incohérence sociale allant jusqu'à la dissipation complète des énergies dont les individus sont les collecteurs et les distributeurs ; le suicide est une vraie banqueroute individuo-sociale ; c'est un phénomène moral provoqué comme tous les autres par l'inéquilibre plus général existant dans et entre les catégories de phénomènes sociaux plus généraux que la morale et qui par conséquent en sont les facteurs déterminants directs tandis que le droit et la politique n'y interviennent qu'indirectement.
Le Suicide en Belgique et en France.
Moyennes et mouvement des suicides en Belgique général et d'après les sexes :
en
Hommes
Femmes
Total
Progrès. t>tale
Id. Hommes
Id. Femme»
L'accroissement do la population belge de 1836 à 1906 n'avait été que de 84 p. c. Celui du total des suicides a été de 376 p. c. ; le développement des suicides a donc d'autres causes que l'accroissement de la population.
Les suicides féminins tendent à accélérer leur progression, ce qui les mettrait tôt ou tard au niveau des suicides masculins.
Les femmes n'ont pas profité de la période décroissante qui s'est produite dans le total des suicides en 1903, 1904 et 1906.
La prospérité économique qui a commencé vers 1895 a peu ralenti la progression des suicides ; si l'une des causes déterminantes des suicides est l'inéquilibre économique il faut croire que l'inéquilibre moral par lequel l'économique se traduit en suicides subsiste aussi bien dans les périodes de prospérité que dans celles de dépression.
La progression des suicides féminins s'est accélérée surtout à partir de 1870 et du développement de la grande industrie et du capitalisme.
La situation de la femme a tendu à devenir moins stable : de là la nécessité d'une réaction féministe et la légitimité du mouvement féministe.
Moyennes des Suicides en Belgique :
1871-80 441 soit 1 par 12,146 habitants.
période de prospé-
rité instable.
Le nombre des suicides est relativement plus considérable dans les grands centres de population ; ceux-ci manifestent une moindre équilibration d'autant plus que de nombreux immigrants viennent y échouer et accroissent les épaves do la civilisation. Paris et le Département de la Seine sont le milieu le plus favorable au suicide, il s'y produit dans la proportion d'environ 40 p. 100,000 habitants, ce chiffre n'est que de 11 j)Our la France entière et descendait à 4 et jusqu'à 2 seulement par 100,000 h. dans 12 départements contigus qui s'étendent des Pyrénées au centre delà France.
En Belgique le chiffre des suicides par 100,000 h. comparativement à Bruxelles a été :
Belgique
Bruxelles
Ecart
L'écart en tenant compte du nombre de ceux qui viennent se suicider à Bruxelles peut-être réduit en moyenne de 3. Le plus grand nombre de suicides en Belgique s'est produit pendant la période do 1886 à 1900 et au point de vue absolu de 25 à 40 ans, le minimum absolu au dessous de 16 ans ;
sauf pour les femmes, la part est plus forte de lapériofle de 16 à 24 que de 40 à 49.
Importance proportionnelle p. c. des causes pour Bruxelles de 1877 à 1902.