‹ Précis de sociologieChapitre 13 sur 124 · LBS AUTEURS LES PLUS RÉCENTS · texte numérisé non relu

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« gentes^ phratries et tribus » en lesqaelles l'humanité

se désagrège dans la « période ulltîrieiire de la barbarie »>. Un semblable concept entraîne nécessairement r}iyj)Olbèse d'une diiïércnciation ininterrompue de la masse de l'humanité, unijorme à l'origine, eu tribus et eu ualioas de plus en plus nombreuses, développements concomitants avec le progrès de la civilisation. — Morgan n'a plus <{u'à diviser tout le développement progressif en périodes d'après les inventions et découvertes faites, et il a, de la sorte, à peu près, toute sa sociologie. Cette division est, du reste, assez arbitraire : Morgan trouve une période de sauvagerie, une période de barbarie et une période de civilisation. 11 subdivise ensuite chacune de ces périodes d'après les diverses inventions et les progrès de la civilisation. Voilà le cadre dans lequel il fait renhrer l'histoire de l'humanité, pour montrer que cette civilisation croit peu à peu au cours des siècles.

Son plus grand mérite consiste certainement à avoir montré ces groupes naturels séparés qui constituaient l'humanité aux temps primitifs et qui, dans quelques purtit s du monde, se sont maintfiiiis jusiju'aux temps modernes. Cependaul Morgan se trompe, en ce qu'il considère ces groupes et ces tribus comme des résultats du développement de la civilisation et comme Tosuvre de l'esprit humain organisant l'humanité. Aussi serait-ce en vain que nous chercherions des lois sociales dans Morgan. Cet auteur ne connaît qu'une loi : le progrès allant de la barbarie et de la sauvagerie à la civilisation. (lopendaiiL il u'i st pas parvenu à nous démontrer l'uni versalittî ilc cette loi unique, puisqu il ne peut pas nous expliquer pour quelle raison il y a encore, en dépit de cette loi, tant de tribus humaines, en Afrique, en Amérique et en Australie, qui croupissent encore dans la sauvagerie et la barbarie. En présence de ces faits, on est bien autorisé à se demander si la civilisation est réellement le résultat de cette unique loi de progrès ou si elle ne serait pas plutôt l'elfet d'autres \o\s sonnlcs que Morgan ne connaît pas?

Quelque opinion qu6 l'on ait, du reste, à cet égard, Morgan, par ses recherches sur l'organisation sociale primitive, a élargi le champ des hypothèses, et son ouvrage, mine de

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documents, restera à tout jamais dans l'histoire de la sociologie.

Anglais Summrr Maine étudie dans le même sens que Morgan, mais sur d'autres sujets^ le développement social de l'humanité. Morgan a vu les tribus dites indiennes de TÂmérique ; Summer a vu les véritables Indiens, les Indiens des

Indes, et ne s'est pas contenté de les décrire. Lui aussi, il parle de f/entes, de groupes et de tribus. A la vérité, il parle, en outre, de « races », mais il néglige de nous dire quel rapport il y aurait entre ces races, d'une part, les clans, groupes et tribus des hommes primitifs, d'autre part. — Dans un de ses récents ouvrages, il consacre im chapitre aux « théories sur la société primitive » ; or, au milieu de ses considérations sur les hordes, clans et tribus primitifs, il parle tout à coup de la « race arienne », mais il omet de nous dire si ce qu'il faut considérer comme primitifs, ce sont CCS groupes, ces hordes et ces tribus, ou si c'est la <' race » et ce qu'il faut entendre par « race ». La constatation de cette lacune n'enlève rien, du reste, à la valeur considérable des matériaux rassemblés par Summer Maine.

En Finlande, un sociologiste distingué, Edouard Westetmark, professeur à l'Université de Helsingfors, a remarquablement traité de l'histoire du mariage.

La sociologie a pris un grand essor dans le pays d'oii elle est originaire : dans le pays d'Auguste Comte. Ici, ce sont surtout Gustave Le Bon et Charles Leloumeau qui l'ont poussée le plus haut.

Le premier, auquel nous venons de consacrer une notice spéciale, a cherché à démontrer quil existe des « lois socio* logiques ».

Lelourneaitf au contraire, renonce de prime abord à en

trouver. Tout en appréciant complètement l'essence, l'im-

portance et le rôle de là sociologie, il croit que cette science est encore trop jeune pour entreprendre d'établir les lois

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qui régissent le développement social de riiumanité. Cette modestie et celte résignation méritent d'autant plus notre reconnaisance que l'auteur s'efforce infatigablement de rassembler et de coordonner, pour les myeatigateurs à venir, des matériaax de lois sociologiques. « Que tout dans runivers soit soumis à des lois, c'est là une vérité fondamentale dont l'esprit moderne est tout pénétré; conséquemment il doit exister des lois sociologiques ». «... celte vue est loin d'être neuve, puisque la Politique d'Aristote est déjà un traité de sociologie, fort incomplet sans doute, mais pourtant scientifiquement conçu. » Aristote et Platon, lequel, de l'avis de Letourueau, était, lui aussi, un 80ciolo|piste, ont eu beaucoup de successeurs jusqu'à Comte.

« Mais tous ces penseurs ont-ils riSussi à fonder la sociologie, puisque ce mol hybride a été mis à la mode par A. Comte. Pour le prétendre, il faut s'aveugler volontairement. Nous avons le mot, sans la chose... »

Letourneau cependant a largement contribué à nous faire avoir la chose. Il a essayé, dans une série d'ouvrages, de montrer le développement sociologique du droit, de la politique; il a ainsi aidé à reconnaître les lois qui dominent ce développement. Letourneau toutefois s'est tenu exclusivement aux faits, sans vouloir formuler des lois sociologiques (1).

Gabriel Tarde, plus hardi, a entrepris, et avec grand succès, dans divers ouvrages, d'expliquer sociologiquement les faits du droit, de la morale et de la politique et s'est mis courageusement à ériger des lois sociologiques, qui sont très importantes. Ses ouvrages sont à Tordre du jour de la critique scientifique. Nous ne pouvons ici que nous borner à les signaler (2).

Il serait injuste d'oublier Emile Durkàeim, qui dans ses

(1) La sociologie d'après V ethnographie. Préface. — L'évolution de la morale, Paris, 1887. — ViftoluHrn poOHqut, Ptfiê, 1890. — la guerre dam tes diverses races humaines, Paris, 1895.

{2) Les lois de Vimitation, Paris, I»90. — L'évolution Juridique, Paris, 1891. — Éludes pénales et sociales. Paria, 1891. — Les transformations du droit, 3* édition, Paris, 18S4. — ia iogiqaa eoctaU, Paris, 1895.

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n aiSTORIQUE DE LA SOaOLOGlE.

écrits, notamment dans son « Cours de science sociale » (Paris, 1888) et dans son ouvrage nDela division du travail

social » (Paris, 1893), approfondit la notion de lois sociales, et le Belge de Greef, qui dans son IiUroduclion à la sociO' loçie, cherche à fixer la méthode de l'investigation sociologique. Voir aussi, du môme auteur : « Les lois sociologiques »» (Bruxelles, i891).

£nfin, un ancien professeur à l'Université de Moscou, Maxime Kowalewski^ auteur d'ouvrages sociologiques très importants, a publié à Paris : en 4890, « Tableau des origines et de révolution de la famille et de la propriété », — en 1893, « Coutume contemporaine et loi ancienne ».

Il se produit doue, en France, une sorte de renouveau sociologique.

Une revue (1) vient d'y paraître sous l'influence de cette poussée de sève, et elle a déjà porté des fruits. On lui doit la création de ïlnstiiut international de sociologie^ qui a tenu son premier congrès à Paris, en 1894, et qui publie un Annuaire.

En Italie également la sociologie a trouvé des adeptes, qui sont déjà célèbres, et a fait de grands progrès.

Yadala-Papale, avec son ouvrage « Darumismo naturale

e darwinismo sociale » (4882), y a mis bruyamment cette science... à l'ordre du jour.

Les nombreux ouvrages d'Icilio Vanni (2), professeur à Parme, qui tente, dans son ouvrage « Programma di socio* logia », de fixer la notion scientifique de sociologie, sont conçus dans un esprit plus scientifique.

A côté de lui Angelo Vaccaro (3), Napoleone Golajanni (4),

(I) B^viie internationale de sociologie, dirigée par René Worms.

(2j / yiuristi délia scuola slorica di Germania nella sloria délia sociologia, 1S8S. — Saggi eriOd ndla ieoria toeiologica delta popotOÊionê, 1886. — PHme linee di un programma critico di sociologie^ 1888. — Il problemadHla filotofia del dirillo, 1800. — Gli sludii di Uenry Summer Maine, 1892,

(3) La loUa per l'esislenza e i suoi effetti neli: umanilà, 1886. — Genesi e funtUmi àêUe leggip9naU, At'efreAe âoeioiogichê, 1889. — U bastâttdirUto § dêtto stato, 1893.

(i) Socialitmo e toôologia crimmalef 188i.

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