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Impqrtakcs des tois sociales pour l'uistoike

Nous ne terminerons point ce cliapitre sans faire ressortir à quel point, pour les historiens et les politiciens, il importe que soient reconnues les lois sociales.

On a prouvé à plusieurs reprises que l'histoire ne peut s'élever à la hauteur d'une science qu'en se reportant aux lois sociales, qu'en dépci^^niant le développement réglé par des lois naturelles : cette opinion rencontre encore de vives contradictions. Cependant nous pourrions prouver par d'innombrables exemples emprunt«3S aux ouvrages des écrivains les plus éminents combien le manque de connaissance des lois sociales diminue la valeur scientifique de ces ouvrages. L'erreur la plus ordinaire que nous observons chez presque tous les historiens, spécialement chez ceux qui s'ocupent de l'histoire de telle ou telle nation, c'est de considérer les phénomènes qu'ils rencontrent comme si ceux-ci étaient individuels^ n'appartenaient qu'à cette nation. La connaissance des lois sociales leur forait envisager ces phénomènes comme n'étant qu'une manifestation d'une loi sociale universelle.

Très longtemps, dans les li\Tes d'histoire allemands et dans les ouvrages de philosophie historique sur rÂllemagne, on a attribué le morcellement politique de ce pays k une tendance au particularisme inhérente an peuple alle-

i38 BASBS BT NOTIONS FONDAMBNTALBS.

maDcLI Or Bismarck a lait complètement cesser cette fameuse tendance d'autrefois. — Si les historiens et les philosophes observaient toutes les lois qui régissent les transformations historiques, ils sauraient que toujours et partout des périodes de morcellement particulariste alternent avec des périodes de concentration et que cette périodicité de développement est une loi générale naturelle et nécessaire; les explications se rapprocheraient davantage de la vérité et gagneraient en valeur scientifique.

Que dire, loi*squ'un écrivain aussi éminent que Curtius dit au sujet des Grecs : « L'àpreté au gain, qui est par nature profondément implantée chez les Grecs, les a de bonne heure portés à exercer leur activité dans beaucoup de sens (i)? »

Cette Apreté au gain cst-clle vraiment, par nature, profondément implantée chez les Grecs seuls? Ne se trouve-t-elle pas chez les Sémites, pour lesquels, d'après Curtius, les Grecs avaient une (c répugnance nationale (2) »? Était-elle, par hasard, implantée moins profondément et moins par nature chez ces Sémites? Les a-l-elle moins portés à exercer leur activité dans beaucoup de sens? Ou bien encore ne serait-ce pas en vue du gain que les Espagnols allèrent en Amérique, les Anglais et les llollaudais dans les Indes, les l*ortugiiis en Afrique? Qu'est-ce qui a poussé tous ces peuples à exercer leur activité dans beaucoup de sens, sinon ï'âpreté au gain? Cette àpreté et 1 activité à laquelle elle pousse ne sont-elles pas un phénomène général, reposant sur une loi sociale générale ? Et n'est-ce pas l'effet d'une lacune scientifique, que de donner ces phénomènes sociaux universels, comme des particularités individuelles des peuples chez les([ui'ls on a observés accidentellement, au lieu de les expliquer par des lois sociales.

Prenons encore un autre exemple dans Curtius.

<4 Éprouvant le besoin de trouver un auteur à toute grande œuvre, sans se soucier de distinguer ce qui existait auparavant et ce qui s'était produit plus tard, les Grecs considé-

{\)Griec/n^rf,e (ÏMc/iicAie, 1. 1, p. 123. (2) Ibidem, p. 44.

NOTION, PROBLÈMES, ÉTENDUE DE LA SOCIOLOGIE. h9

raient tout l'ordre politique comme ayant été réglé par le l^slateur Lycurgue. » Nous le demandons : ce besoin n'est-il propre qu'aux Grecs? N*est-ce pas prendre le contrepied de ta vérité et de la science que d'oublier quNine pareille

substitution d'un législateur unique, pris pour créat»'iir, à un ordre politique et social, œuvre des siècles, est uu phénomène de psychologie sociale rencontré chez ious les peuples ?

Combien l'histoire gagnerait en tant que science, si les historiens entr'apercevaient que toutes les prétendues « particularités individuelles » des peuples décrits par eux sont tout simplement les manifestations de lois sociales ou

psycho-sociales universelles !

Par malheur, on pourrait trouver, chez les meilleurs historiens de tous les temps et de tous les peuples, de pareils exemples d'étroitesse d'horizon, d inexactitude d'appréciation.

Mais nous préférons indiquer avec précision la cause générale de ces erreurs et de cet exclusivisme dans l'appréciation des phénomères historiques.

Les historiens affirment que « l'histoire, de quelque façon iju on la définisse et dans quelque classiiication qu'on la fasse rentrer, ne se transformera jamais en une simple science naturelle ou en une branche de la sociologie, car à lapubsance de la nature dans le sens tellurique et anthropologique et au poids des masses sociales, ces deux îàcteurs de l'histoire du monde et de l'histoire des peuples, s'ajoute encore un troisième facteur, la puissance de l'individualilf, que l'on ne peut calculer et formuler ni par la science de la nature, ni par l'anthropoloj^ie... (\) ». A cela nous réf)ondons : — En tant qu'il s'agit de représenter des individualités, des personnalités, l'histoire, cela est vrai, ne peut procéder ni à la façon de la science naturelle, ni à la

(I) Cette ol)jf*clion à " l'iiistoiro considér/'C comme science naturelle a été faite par l'exccllcot liislorica R. vod Krones dans une critique de uioa oavrage : Der Rassenkampf. Il me semble quo je puis bien la dernier comme exprimant l'opinion des historiens en général, car on ne peut défendre avec ptn!« prt'ri^ion et plus Je force qu'ilne l'afait dans ce passage laconceplioQ régnaDlc de la t&che de l'histoire.

l4Cr BASBS ET NOTIONS FONOAMBNTUBS.

façon de la sociologie; toutefois, ajouterons-nous, en tant qu'elle se propose pour tâche... de scmblahlefi descriptions, elle 66l purement et simplement un art, puisque, — contrairement à la science, laquelle s'occupe de ce qui est général, régulier, schématique, — elle ne s'occupe que de ce qui est individuel. (Ce qui est individuel peut du reste être typique !) Toutefois l'historien se trompe généralement lorsqu'il croit trouver (juelque chose d'individuel dans la description d'un pcupU', d'une nation, d'une tribu ou encore dans le récit des actions de groupes sociaux; car il n'y a d'individuel que les individus. Eu ce qui les concerne, l'iiistoirc, dans ses peintures, peut suivre son penchant à reproduction, ou plutôt à création artistique ; mais, quand elle a à représenter des eoliectiviiés, la vie et les actes de ces collectivités, alors la tendance à individualiser est générale* ment le résultat d'une erreur, l'effet d'une étroitesse d'aperçus. C'est alors que la science historique devrait (et elle le pourrait parfaitement!) « procéder et formuler ;\ la façon de la science naturelle et de la sociologie » ; car le groupe social, la communauté, n'agit jamais d'après des motifs et des qualités « individuels », mais uniquement d'après des lois <c d'histoire naturelle et de sociologie ». Reconnaître ce fait accusera un grand progrès de l'histoire; mais, cette reconnaissance, l'histoire ne l'effectuera qu'à l'aide de la sociologie.

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