C 0 L 0 R A T IONS
les noyaux au carmin aluné, et bien lavé à beau, quelques histologistes emploient l’acide picrique comme colorant de fond. Pour cela ils déshydratent les coupes avec de l'alcool picrique qui teint fortement le fond en jaune citron.
L'acide picrique est un détestable colorant diffus, sa teinte est si vive qu'elle ne donne aucune élection, et en dehors des noyaux tout est uniformément coloré, on ne distingue meme pas les fibres élastiques qui pourtant sont si nettement indiquées par le picro-carmin.
§ 3. — Coloration au picro-carminate d'ammoniaque
1° Mode d’emploi. — La solution de cette matière colorante se prépare comme il a été dit, page 02. Supposons que l'on veuille colorer des coupes en série collées sur lames, ou bien des coupes isolées faites après durcissement dans la gomme et recueillies sur une lame après en avoir enlevé soigneusement la gomme. Voici comment on procède : Avec un entonnoir muni d’un filtre on fait tomber sur les coupes quelques gouttes de picro-carmin filtré, puis on place la lame sur le photophore et on attend. Au bout d'un quart d'heure la coloration est généralement achevée, cependant elle peut demander plus de temps. Dans ce cas on met les lames dans la chambre humide et on surveille la coloration, en enlevant le picro-carmin et en examinant rapidement à un faible grossissement sans recouvrir d’une lamelle. Il faut bien se garder de mettre de l’eau, car on voit suffisamment à travers la mince couche de picrocarmin qui reste sur la coupe si la coloration est achevée. Dans ce cas on ajoute quelques gouttes de glycérine que l’on place sur le bord des coupes et qui se substituent peu à peu au picrocarmin. Lorsque cette glycérine a bien imbibé les sections, on l’enlève et on la remplace par de la glycérine nouvelle destinée à laver les préparations, c’est-à-dire à enlever la partie du colorant non lixée sur les éléments et restée libre dans les interstices de chaque coupe. Ce lavage dure assez longtemps parce que le picro-carmin en excès diffuse lentement dans la glycérine; au fur et à mesure qu'il s’effectue, la préparation examinée
METHODES GENERALES
au microscope devient déplus en plus belle et les différenciations qu'elle présente s’accusent davantage. Dans certains cas cette différenciation est facilitée par l’emploi de glycérine formiquée; après avoir commencé le lavage par de la glycérine ordinaire, on remplace cette dernière par la glycérine formiquée qu’on laisse agir pendant quelques heures. Lorsque les lavages à la glycérine sont achevés, c’est-à-dire lorsqu'on ne voit plus de nuages de picro-carmin diffuser autour de la préparation, la coloration est terminée et on monte dans la glycérine picro-carminée ou bien dans la glycérine formiquée (voy. les indications dans la partie spéciale) en suivant les règles indiquées au chapitre v.
Le picro-carmin ne donne loutes les élections très délicates dont nous parlerons plus loin que si les coupes sont montées dans la glycérine. Lorsqu’on les monte dans le baume, un certain nombre des réactions de la matière colorante peuvent disparaître pendant la déshydratation. Mais surtout il faut éviter de laver à l’eau : en effet celle-ci dissout inégalement l'acide picrique et le carmin qui entrent dans la composition du mélange, elle enlève beaucoup plus d'acide picrique que de carmin, et c'est ainsi qu’après son action on ne distingue plus par exemple la coloration jaune des fibres élastiques, qui est due à cet acide. En même temps la teinte générale de la préparation devient plus uniforme.
Lorsqu'on veut monter au baume une préparation au picrocarmin, il ne faut pas la laver à l’eau mais bien à la glycérine, comme il a été dit plus haut. Le lavage achevé, on enlève la plus grande quantité possible de glycérine, sans toucher à la coupe, et on y substitue de l’alcool à 90u. On déshydrate aussi vite que possible à l’aide de ce dernier puis d'alcool absolu et on monte au baume. L'alcool dissout bien un peu d’acide picrique, mais son action est moins marquée que celle de l'eau, et si l’on va vite, on peut arriver à conserver à peu près toutes les réactions colorées dues au picro-carmin, sans toutefois les maintenir aussi bien que dans la glycérine. On a proposé pour éviter la dissolution de l'acide picrique de déshydrater avec de l’alcool picriqué, mais cela ne donne pas de
COLORATIONS
bons résultats, on n'arrive qu’à superposer une teinte jaunâtre sur toute la préparation, sans obtenir d’élection vraie. Il vaut mieux s’en tenir à la manœuvre indiquée plus haut.
2° Propriétés du picro-carminate. — Le picro-carminate donne d’emblée des colorations multiples très remarquables.
. Les noyaux sont teints en rose vif, le protoplasma en orangé ou
Coloration au picro-carmin (Epithélium du pharynx de la grenouille, cellules caliciformes ; alcool au tiers, picro-carmin, glycérine).
o, orifice d'une cellule vide. — réticulum d’une cellule remplie de mucus.
Stiassnic, ocul. 2, object. 8.
en jaunâtre, les fibres musculaires lisses et striées en rougeorangé très caractéristique, les substances cornées et les libres élastiques en jaune citron vif, les faisceaux connectifs en rose pâle.
Il importe de bien se rappeler ce que nous avons dit plus haut à propos de l’action de l’eau et de celle de l’alcool sur ce réactif.
Toutefois il ne faut pas oublier que lors même qu'il ne donne pas toutes les différenciations que l’on peut en attendre, il constitue un excellent carmin que l’on peut employer à
M E T If O I) E S C. E N ER A L E S
ce titre seul de colorant carminique, donnant aux objets des teintes rouges variables. Il est fréquemment employé ainsi par Ranvjer après fixation par la liqueur de Muller ou par l'acide chromique. Dans ce cas, la coloration une fois faite, on lave à l’eau et on peut monter dans le baume (voy. particulièrement les résultats de cette méthode de coloration à propos du tissu nerveux, p. 347).
3° Indications du picro-carmin. — Ce réaclif donne les meilleurs résultats après les fixations par l’alcool. On peut aussi l’employer après le liquide de Kleinenberg, le sublimé, les vapeurs osmiques, le formol, mais il convient moins bien après la liqueur de Müller et le liquide de Flemming. Pour l’étude de la peau il fournit des colorations vraiment admirables à cause de la multiplicité des teintes qu’elles présentent; c’est sur de telles préparations que l'on peut le mieux se rendre compte des réactions ordinaires de cette matière colorante et des altérations qu’y apportent l’eau ou l’alcool.
Le picro-carmin donne aux tissus des teintes un peu plus pâles que les autres colorants cités ici, aussi lorsqu’on a affaire à des coupes très minces, faut-il colorer aussi fortement que possible, si l'on veut pouvoir les observer facilement. Pour les préparations plus épaisses, telles que celles que l'on fait après durcissement à la gomme ou au collodiou, la coloration est toujours assez vive.
§ 4. — Coloration a la safran in e
Pour colorer à la safranine on se sert de la solution indiquée page 04 (safranine alcoolique et eau anilinée).
1° Mode d’emploi. — Comme le temps pendant lequel le colorant doit agir est long, on met ce dernier dans les cuvettes de porcelaine à rainures dont nous avons parlé. Les coupes collées sur la lame, débarrassées de la paraffine et du xylol, lavées à l’alcool à 90°, peuvent être portées directement dans la cuvette,
sans hydratation préalable , la safranine étant soluble dans l'alcool ne précipite pas à leur contact.
Unies laisse dans le bain de safranine pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, puis on les retire de ce bain de matière colorante qui peut servir plusieurs fois de suite. On les lave à l’alcool à 90°, qui enlève de grandes quantités de safranine, on essuie la lame et l'on achève la coloration en lavant les coupes avec de l'alcool à 90° légèrement acidulé (l ou 2 gouttes d'acide chlorhydrique pour 100 centimètres cubes). L’acide a la propriété de fixer définitivement la safranine sur les parties qu'elle doit colorer, de la localiser, et de faire disparaître l'excès de matière colorante. Après ce lavage à l’alcool acidulé on lave de nouveau à l’alcool pur, puis on monte dans le baume, si l'on veut se contenter de la seule coloration donnée par la safranine. 11 importe de bien enlever par l’alcool loute trace de l’acide employé auparavant, sans quoi la préparation se décolorerait ultérieurement.
2" Propriétés. — La safranine est un colorant nucléaire très net qui donne à la chromatine une teinte d'un rouge brillant, très agréable et très lumineuse. Elle colore les globules rouges du sang. Elle donne à certains mucus une teinte brune plus ou moins foncée.
3" Indications. — On peut employer la safranine après tous les fixateurs, mais comme son action est assez lente, on la réserve plutôt pour les cas où elle est pour ainsi dire indispensable, par exemple pour les pièces fixées par l'osmium et l’acide chromique, ou par le liquide de Flemming; du reste cel te remarque n’a rien de restrictif pour son emploi.
Le plus souventon faitavec lasafranine une doublé coloration, en employant comme couleur de fond l’acide picrique, l’éosine l'orange G ou le vert lumière. L’acide picrique est à rejeter voy. plus haut), l’éosine se rapproche trop par sa couleur de la safranine pour donner de bien bons résultats. L'orange G donne une teinte de fond assez agréable, mais sur laquelle la safranine ne tranche pas assez. La meilleure couleur à