Uicroscopes à denx corps
On a construit des microscopes à deux et trois corps, ayec un seul objectif permettant par suite à deux ou trois observateurs d'examiner simultanément une même préparation. Nous n'entrerons pas dans tous les détails de la disposition de chacun de ces appareils : ils ont tous pour principe l'emploi de prismes, comme l'appareil que nous allons particulièrement étudier; d'après Carpenter, le microscope binoculaire aurait été imaginé par Riddel (de la Nouvelle- Orléans), puis perfectionné par Wenliam (1).
A. Mici'oscope binoculaire stéréoscopique. — Envisageant simplement la question au point de vue pratique, nous ne nous arrêterons que sur l'étude du microsco'pe binoculaire à vision stéréoscopique^ parce que nous le croyons appelé à rendre de réels services. Pour ne citer qu'un exemple, nous dirons que le fait de la diapédèse des globules blancs (théorie de la suppuration,
*(i) Voy. Carpenter, TAe Microscope, 1875, p. 62. — Arth. Chevalier, op. cit., p. 101.
DOUBLE GGKPS. 81)
d'après Conheim) doit être étudié avec le microscope binoculaire stéréoscopique, et que ce genre d'observation permettant, par la notion des plans, de se rendre un compte exact de ce qui se passe au-dessus et au-dessous du yaisseau en expérience (mésentère de la grenouille), nous a déjà donné des résultats qui ne nous paraissent point confirmer la théorie de la diapédèse, du moins telle qu'elle a été énoncée par Conheim.
Nous ne donnerons, sur le microscope stéréoscopique, que les détails théoriques strictement nécessaires pour en comprendre le mécanisme et la pratique. Nous empruntons ces détails à l'excellent traité de A. Moitessier (1).
La figure 16 indique la disposition des prismes qui constituent l'appareil du microscope dit pseudo-stéréoscopique de Nachet. Au-dessus de l'objectif 0 se trouve un petit prisme A (fig. 16, n° 1), dont une face inclinée réfléchit totalement, dans la direction AB, tous les rayons émanés de la partie gauche de la lentille objective. Ces rayons éprouvent une seconde réflexion totale sur la face d'un deuxième prisme B, et sont ensuite transmis dans le tube du
(1) Moitessier, La photographie appliquée aux reclierches micrographiques. Paris, ISliG.
microscope correspondant à l'œil droit. Quant aux rayons provenant de la moitié droite de l'objectif, ils continuent leur marche sans éprouver de déviation dans la portion du prisme à faces parallèles, et arrivent directement dans l'œil gauche par le tube et l'oculaire correspondant. Les deux yeux perçoivent donc des images vues par l'objectif dans des directions différentes, ce
FiG. IG. — Prismes du m'croscope pseudo-stéréoscopique.
qui produit la sensation du relief (vue stéréoscopique). Remarquons, de plus, que, de la disposition décrite^ il résulte que les images sont croisées; c'est là la condition nécessaire pour la vue du relief au microscope, condition pour l'explication de laquelle nous renvoyons au traité de Jamin (1). Si, au lieu que la portion droite
(l) Jamin, Traité de physique, 18G6, t. III.
MICROSCOPE STEREOSCOPIQUE. 91
des rayons lumineux de l'oculaire soit envoyée à l'œil gauche, et la portion gauche à l'œil droit, chaque œil recevait les rayons lumineux émanés du côté correspondant, il se produirait alors l'illusion inverse à celle de la vue du relief; en effet, tous les microscopes binoculaires dans lesquels les images ne sont pas croisées, ne donnent pas des images stéréoscopiques, mais pseudoscopiques. C'est ce qu'on obtient également dans le microscope dont nous venons d'indiquer le principe, en changeant très-simplement la disposition des prismes. En effet, le prisme A (fîg. 16) peut glisser dans une position horizontale et prendre alors la position indiquée fig. 16, n° 2. Dans ce cas, ce sont les rayons émanés de la partie droite qui sont transmis directement à l'œil droit, tandis que les seconds arrivent à l'œil gauche après deux réflexions totales (ou inversement). Il y a donc interversion complète dans le rapport des images perçues par chacun des deux yeux, et l'effet stéréoscopique se trouve changé en eïïeipseiidoscopiqiie, c'est-à-dire qu'à la sensation de relief succède une sensation de creux des plus évidentes.
Uappareil de prismes, dont nous venons d'indiquer le rôle, placé à la partie inférieure d'un
microscope à deux tubes (c'est-à-dire avec deux oculaires) au-dessus de l'objectif unique, est renfermé dans une petite boîte prismatique de cuivre, et un bouton qui sort à l'extérieur permet d'imprimer au prisme mobile le changement de position qui yient d'être indiqué , c'est- à-dire que chacun des tubes oculaires peut recevoir, à volonté et successivement, chacune des images cor- , respondant soit à l'œil droit, soit à l'œil gauche.
FiG. 17. — Microscope binoculaire.
Ajoutons que des détails particuliers de construction, dans l'étude desquels nous ne sau-
APPAREILS BINOCULAIRES. 93
rions entrer longuement ici, permettent de régler l'écartement des deux tubes oculaires selon le degré d'écartement des yeux des différents observateurs. La figure 17 représente le système Nachet, propre à l'écartement des oculaires au moyen de la yis V, sans que cet écartement produise le moindre dérangement dans les images.
On a construit (Hartnach et Prazmowski) un oculaire binoculaire, par lequel on remplace l'oculaire ordinaire lorsque l'on veut observer avec les deux yeux. Cet instrument a l'avantage de s'adapter à n'importe quel microscope ; mais si l'on considère la disposition des prismes qui le composent (1), on comprendra facilement que cet instrument ne saurait donner aussi parfaitement l'effet stéréoscopique. Nous comprenons donc bien qu'en se rapportant à ce seul appareil binoculaire, on puisse dire, avec Ranvier^ que le microscope binoculaire n'est pas stéréoscopique , que « la sensation du relief y est le pro duit d'une illusion fondée sur l'habitude ; » mais toute personne qui aura observé avec le microscope binoculaire de Nachet reconnaîtra et décla-
(1) Ranvier, Traité technique d'histologie, p. 37, fig. 21.
rera formellement que la sensation de relief^ est on ne peut plus nette, qu'elle s'impose, et qu'elle produit des effets aussi saisissants que ceux obtenus avec les stéréoscopes proprement dits et connus aujourd'hui de tout le monde.
B. Microscope hipersonnel de 'présentation. — Si l'on suppose que le microscope binoculaire que nous yenons de décrire présente, entre ses deux corps, un écartement suffisant pour que deux personnes puissent, sans se gêner mutuellement, observer simultanément, on obtiendra un appareil non plus binoculaire, mais bipersonnel, un appareil de démonstration, ou de présentation.
La disposition de ce microscope diffère trop peu de celle du précédent^ pour que nous ayons à entrer dans sa description : les figures 18 et 19 suffiront du reste pour donner une idée nette de son installation et de sa partie optique.
Mais nous devons insister ici sur les avantages de cet appareil beaucoup trop négligé : lorsqu'il s'agit d'examiner des préparations qui ne demandent pas un fort grossissement, lorsqu'il s'agit d'observer la disposition des éléments d'un tissu, de démontrer une série de faits d'anatomie microscopique, comme par exemple de suivre
APPAREILS BINOCULAIRES.
sur une coupe du bulbe un nerf crânien de son origine apparente vers son noyau ou origine réelle, il est difficile, pour faire cette démonstration, d'indiquer les mouvements de translation que la personne à laquelle on soumet la
FiG. 18. — Microscope de démonstration à deux corps (modèle
Nachet).
pièce doit faire subir à celle-ci pour en examiner les détails dans l'ordre voulu. On conçoit au contraire combien il est avantageux que celui qui démontre et celui qui suit la démonstration, puissent examiner en même temps l'objet de
cette démontration : les deux personnes sont alors relativement à la préparation comme elles seraient en face d'un dessin sur lequel l'une montrerait certains détails à l'autre. Dans les études sur l'anatomie microscopique du système nerveux, dans les études d'embryologie,
FiG. 19. — Disposition du prisme séparateur du microscope à
deux corps.
ce microscope de présentation nous a rendu de tels services, que nous ne saurions assez le recommander pour l'enseignement en général, et en particulier pour tous les cas oii un observateur, ayant à démontrer le résultat de ses recherches, veut être bien sûr de fixer immédiatement l'attention de son auditeur sur le point précis qu'il soumet à son examen.