INTRODUCTION. XIII
plifîe beaucoup l'anatomie descriptive, sur laquelle s'accumulent encore des données disparates qui ne sont pas de son domaine. Elle n'abrège pas moins nos études physiologiques, car tout plan bien fait d'anatomie entraîne les divisions correspondantes dans la physiologie normale et pathologique, dans l'anatomie pathologique à fortiori.
Quant à l'étude de la manière dont les tissus morbides proviennent originellement de tel ou tel tissu normal et dont se produisent peu à peu les si nombreuses modifications séniles ou accidentelles de ces derniers ; quant à celle aussi de la manière dont évoluent, ta partir de leur origine, toutes ces formations pour présenter tels ou tels caractères susceptibles d'être bien déterminés à telles et telles phases de cette évolution, le microscope a fourni, à cet égard et à bien d'autres, un ensemble de documents dont l'authenticité est vérifiée tous les jours. Et cet ensemble de résultats incontestables est si considérable que ceux qui accusent la vanité des prétentions de l'anatomie générale ne semblent pas se douter de leur existence; et, de fait, la plupart de ces résultats sont assez inattendus, assez différents de ce que
XIV i>;troduction.
l'on supposait être, pour qu'il soit aujourd'hui impossible à qui a toujours dédaigné de mettre la main à l'œuvre, d'en saisir l'esprit et d'en comprendre la valeur; car, il faut le répéter, il ne s'agit plus simplement de modifier quelque peu ce qui était autrefois supposé, mais bien de substituer, sur plusieurs points, un ensemble de notions neuves et démontrables, surgissant de faits jusque-là non soupçonnés, à des interprétations basées sur des suppositions arbitraires. Guidé par ces principes de l'anatomie générale, celui qui est devenu familier avec les procédés voulus et dont traite ce Précis^ peut arriver, sans grandes difficultés dans chaque cas, à dire de chaque tumeur, par exemple, de quel tissu elle dérive, de quel tissu elle représente une maladie, quel est spécialement l'élément de ce tissu dont l'hypergenèse a amené sa formation. Le nom de cet élément ou de ce tissu entraîne naturellement une désignation correspondante pour la tumeur qui est une représentation morbide de ceux-ci, qui en est un dérivé accidentel. L'anatomie générale élimine par suite, pour les produits morbides, toutes les dénominations arbitraires, et presque toujours ridicules, qui sont tirées de l'aspect
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extérieur de ces produits et non de leur nature organique, de leur provenance histologiqne. Elle fait disparaître la tendance à croire qu'il n'y a dans toutes ces études qu'un faux semblant de science destiné à faire illusion à ceux qui n'observent pas, tendance qu'encouragent ceux qui, par des raisons inutiles à rechercher, méconnaissent les principes exposés dans le premier chapitre de ce Précis et cherchent à faire croire qu'on ne peut arriver à aucune détermiïiation rigoureuse sur ces questions.
En résumé l'anatomie générale ne constitue pas un simple complément des cours d'anatomie descriptive normale et pathologique, elle apporte tout un ordre de notions nouvelles répondant aux exigences de la pratique médicale de tous les jours et qui se rangent à côté des connaissances qui découlent des autres branches de l'ajiatomie. Leurs applications à cet art équivalent au moins à celles qui ressortent de l'anatomie descriptive. En etï'et, celle-ci est indispensable au chirurgien pour la pratique des opérations, et au médecin pour la délimitation des viscères dont il a souvent à apprécier les changements de forme, de volume et de rapports ; mais elle n'est qu'accessoire pour la solution de toutes les ques-
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tions qui concernent l'origine, la nature intime et les changements éiolulifs des lésions qu'il faut diagnostiquer et traiter par les moyens soit internes, soit chirurgicaux. Or, c'est l'histologie qui résout par une série d'observations logiquement enchaînées, et non par des hypothèses, ces problèmes fondamentaux à l'élucidation desquels le diagnostic et le traitement sont subordonnés. C'est elle qui guide le médecin dans la distinction des maladies qui sont locales et de celles qui sont générales, qui lui fait reconnaître si elles ont pour point de départ un trouble survenu dans les solides ou un changement de composition des humeurs, qui lui fait enfin adopter un traitement de même ordre lorsque des lésions sont analogues.
Il n'est donc pas de division de la biologie dont le sujet et le but soient plus nettement indiqués que ceux de l'anatomie générale; il n'y en a pas par suite dont la pratique exige plus que celle-ci un guide qui soit consacré spécialement à son étude.
11 y avait là une véritable lacune que la publication du Précis de M. Mathias Duval vient combler, on ne peut plus utilement.
Ch. ROBIN,
Membre do l'Institut (Académie des sciciu-os).