IX. LIMITE ET FREQUENCE DES ANOMALIES
ILa formation des anomalies n'est pas illimitée. — Fréquence des anomalies chez l'homme et chez les animaux. — Certaines anomalies ne se présentent pas avec une égale fréquence chez tous les animaux. — Tous les organes ne sont pas également prédisposés aux malformations.
Dans les temps où les croyances aux mystères et au mrnaturel ne permettaient pas de fixer les limites de impossible, on ne voyait pas de bornes à la production «s anomalies et des monstruosités; les faits les plus
5> GÉNÈUAL1TÈS
invraisemblables, les types monstrueux les plus variés | et les plus fantastiques étaient admis sans contestation. , 11 s'ensuivait, naturellement, que le nombre et la variété • des monstres n'avaient pas de limite.
On croyait, par exemple, à l'existence d'êtres pourvus p des attributs appartenant aux espèces les plus différentes; aux hydres, aux dragons ; aux individus moitié . hommes et moitié animaux, tels que le moine à deux , corps et à tète de chien, représenté dans Aldrovande. — On ne doutait pas que certaines femmes aient pu donner le jour à des chiens, à des rats, des canards, des crapauds et autres animaux.
Nous sommes loin, aujourd'hui, de cette enfance de la tératologie, car non seulement les monstres ont été étudiés et compris, mais on a reconnu la possibilité de les rapporter tous à des groupes bien déterminés; on est même arrivé à les classer et à poser, par conséquent, certaines limites à leur formation.
Cependant, les anomalies n'en sont pas moins fréquentes, chez l'homme comme chez les animaux; leur , étude comparative a permis d'établir des statistiques L fort intéressantes, relativement à leur fréquence dans i chaque espèce, et aussi relativement aux organes qu'elles affectent le plus souvent.
D'après Puecb l, en France, les anomalies se rencontrent dans la proportion de 11 : 96 ; elles sont plus communes chez les enfants naturels, 1:31, que chez les enfants légitimes, 1 :592; elles sont plus fréquentes chez les individus du sexe féminin que chez ceux du sexe
1 Puech, Des anomalies chez V ho m me et de leur fréquence relative.
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nasGulin; enfin, ce sont les anomalies par défaut qui
'emportent sur les anomalies par excès.
Sur 100.000 naissances, le même auteur a noté : ,154 anomalies simples, Gl monstres simples et2mons- :.res doubles.
Chez les animaux, les monstruosités s'observent assez souvent aussi; mais, tandis que certaines espèces en nrésentent fréquemment, d'autres en montrent plus rarement, — Ainsi, sur 740 monstres rassemblés par Gurlt,
La vache en a
fourni
La brebis —
La truie —
La chienne —
La chatte —
La jument —
La chèvre —
L'ànesse —
Les zootechnistes ont eux-mêmes remarqué que toutes les espèces ne sont pas également malléables et ju'il y a des différences notables dans la facilité avec [laquelle elles sont sujettes à varier. — Certaines d'entre ailes sont même réputées réfractaires aux modifications ■qu'on cherche à imprimer à leur organisation.
A ce propos, il nous a paru intéressant de placer, à la -suite du tableau précédent, le classement des mêmes espèces, tel qu'il est indiqué dans le traité de M. Cornewin, par ordre décroissant de variabilité :
Porc, chien, bœuf, mouton, cheval, une, c/tèore. En considérant l'ensemble des animaux, ce sont ceux qui ont l'organisation la plus élevée, qui présentent les anomalies les plus nombreuses et les plus graves.
D'après Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, les trois quarts, au moins, des monstruosités connues appartiennent aux mammifères, et le dernier quart, presque tout entier aux oiseaux.
Non seulement les anomalies ne se rencontrent pas avec une égale fréquence chez toutes les espèces, mais il y a des types tératologiques qui s'observent souvent dans certaines espèces, rarement ou jamais dans d'autres. — Ainsi, Y exencéphalie , la pseudencéphalie et l' anencêphalie sont fréquentes chez l'homme, très rares chez les animaux. — Inversement, la déradelpltie s'observe plus souvent chez les carnassiers et les ruminants, que chez les sujets de l'espèce humaine. La cyclocéphalie est plus fréquente chez les porcs que chez les autres animaux, etc.
Si, enfin, nous concentrons notre attention, sur une même espèce, nous trouvons encore des différences remarquables dans la prédisposition que présentent certains organes à être atteints de malformation. A ce sujet, nous rappellerons, simplement, ce que nous avons déjà dit, à propos des lois des anomalies et des variations, particulièrement en ce qui se rapporte à la variabilité des organes en série (loi des répétitions) et des organes se développant tardivement.