ANOMALIES DE LA PEAU
du corps, tantôt lisses, tantôt rugueuses; les unes
.glabres, les autres velues.
Ces taches, vulgairement désignées sous le nom d'envies, ne sont pas toutes de même natureet ne doivent pas
■être confondues avec les nœvi vasculaires, qui sont ordinairement constitués par une augmentation du nombre et du volume des vaisseaux sanguins du tégument externe. Les taches mélaniennes, nœvi pigment aires, résultent d'un vice congénital de production de la matière pigmentaire dans et sous 1'épiderme. Le nom à'envies donné à ces lâches provient de ce qu'on a cru trouver dans leur forme une ressemblance plus ou moins éloignée avec certains objets que la mère aurait vivement désirés pendant sa grossesse. Mais cette signification étymologique est absolument improbable.
Anomalies épidermiques. Ichihyose. — L'ichthyose est une anomalie ordinairement congénitale, se montrant parfois au moment de la naissance, le plus souvent quelques mois après.
Locale ou généralisée, elle est caractérisée par une sécheresse et un épaisissement de 1'épiderme, accompagnés souvent de desquamation. Les individus qui en sont atteints ont la peau sèche et rude, quelquefois recouvertes d'écaillés, ichlyose nacrée, ou montrant une multitude de lignes qui s'entre-croisent et forment des espaces carrés qui rappellent la peau du serpent, ichlyose serpentine. — Quant 1'épiderme est recouvert d'aspérité rugueuses, on aïichlhyose cornée, qui naturellement nous amène à parler maintenant du développement anormal de productions cornées, en différents points du corps.
Développement anormal de productions cornées. —
Le développement de productions cornées, simples ou
multiples, à la surface de la peau, parfois même sur
une muqueuse, constitue une anomalie fort curieuse. Le plus souvent on rencontre une corne unique I
fixée sur un poiut du corps, mais quelquefois aussi jj;
on trouve des productions multiples qui recouvrent I
une grande partie de sa surface.
Ingrassias rapporte qu'une jeune fille de Païenne 1
portait, aux mains, aux avant-bras, aux genoux, sur la 0
tête et au front, des excroissances cornées, terminées en ■
pointes comme des cornes de veau.
Tout le monde connaît aussi l'histoire des deux frères |
Lambert, surnommés hommes porc-épic, dont tout le corps, la plante des pieds et la paume des mains exceptées, était couvert de productions écailleuses, épaisses et de consistance cornée. Particularité intéressante, ces deux individus éprouvaient une mue périodique, au printemps et en automne.
Un ingénieur du nom de Frérier dit avoir vu, à l'ile I Saint-Dominique, un veau qui avait des écailles au lieu de poils. Numan, Gurlt, Pangoué et Fournier ont rapporté aussi des faits de même nature.
Les veaux qui naissent avec cette anomalie ont une peau irrégulière, dure, raboteuse, qu'on a justement comparée à celle d'un crocodile ou d'un caïman. L'épiderme forme une sorte de cuirasse de plusieurs millimètres, dont l'épaisseur augmente constamment par accumulation de nouvelles couches épidermiques et par suite d'une exfoliation presque nulle à la surface. Tout le corps est envahi ; à peine trouve- t-on quelques poils entre les écailles, au pourtour de la bouche, à la face antérieure des genoux et à l'extrémité de la queue.
DÉVELOPPEMENT ANORMAL DE PRODUCTIONS CORNliES 149
Quand on ne rencontre qu'une production cornée, e siège le plus habituel, chez l'homme, est le cuir che- ,-elu, le front, la tempe, le pavillon de l'oreille, le bord libre de la paupière supérieure, le scrotum, le gland, le prépuce, parfois les mains.
Les cornes qui ont été étudiées représentaient des nasses épidermiques brunâtres, coniques ou arrondies, verticales ou recourbées, souvent contournées en spirale, rarement lisses a la surface, mais présentant presque toujours des crêtes élevées et des sillons transversaux nombreux.
Comme longueur on en a vu ayant S, 10, 12 centimètres, et même un peu plus.
Nous ajouterons que la consistance de ces productions est dure, que l'instrument tranchant ne peut parvenir à les attaquer et que leurs caractères histologiques les rapprochent des mêmes productions chez les animaux. — Leur base, adhérente à la peau, est entourée d'une gaine épidermique ; quelquefois elles sont immobiles par suite de leur fixation au périoste.
Bartholin et beaucoup de vétérinaires ont signalé des anomalies de même nature chez des mammifères et des oiseaux, et il y a peu de temps, M. Lesbre a publié une étude intéressante d'une corne développée anormalement sur le cou d'un bœuf et ressemblant exactement aux cornes du front.
Cette corne mesurait 27 centimètres de longueur ; elle présentait à sa surface des sillons annulaires échelonnés, rappelant absolument par leur nombre et leur disposition ceux des cornes frontales des animaux bovins. « L'animal qui la portait avait quinze ans, et l'on comptait treize de ces sillons, ce qui est
tout à fait conforme à la règle, car le premier sillon, compté à partir de l'extrémité de l'appendice, marque trois ans, et les autres, chacun un an. Cette similitude témoigne, en l'absence de tout autre renseignement, du développement synchrone et en quelque sorte parallèle de la corne du cou et des cornes du front. »
« Celle-là pendait au-dessous de l'encolure, tirant, par son poids, la peau où elle prenait origine, de manière à se constituer une sorte de pédicule de suspension, où le tégument était adossé à lui-même, par l'intermédiaire d'un peu de tissu conjonctif. »
Cet appendice était creusé intérieurement d'une cavité axiale conique, s'arrê-
Fio. 87. — Tête osseuse de bœuf séiiégambien.
tant à quelques centimètres de son extrémité, et mesurant vers le milieu de sa longueur 12 millimètres de grand diamètre. Cette cavité était elle-même remplie d'un tissu conjonctif lâche et infiltré, qui tenait lieu de la cheville osseuse des cornes frontales.