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IL ANOMALIES DES POILS

Variations dans la coloration et les caractères des poils. — Développement anormal des poils. — Alopécie chez l'homme et chez les animaux. — Hypertrichosis circonscrite. — Hypertrichose généralisée ; ses causes. — Hypertrichose temporaire. — Développement excessif des cheveux et de la barbe. — Développement hétérotopique de poils sur un os.

Les poils peuvent 1° Présenter une coloration et des caractères anormaux ; 2° Ne pas se développer sur les régions qu'ils recouvrent habituellement ; 3° Se développer en quantité exagérée ou bien apparaître sur des organes qui n'en présentent pas normalement.

Variations dans la coloration et les caractères des poils. — Le seul exemple que nous ayons à rapporter, relativement à la coloration des poils, est leur décoloration plus ou moins étendue.

On trouve fréquemment, chez l'homme, des individus présentant des cheveux blancs ou simplement une mèche blanche, au milieu de cheveux normalement colorés; caractère qui se transmet très facilement des ascendants aux descendants.

Il n'est pas rare de constater aussi des modifications clans le caractère des poils, mais ce sont souvent des variations insignifiantes, telles que le développement de poils rudes, dans les régions où l'on n'observe d'ordinaire que des poils fins ou du duvet.

Des faits de même nature s'observent chez les animaux, ils y sont même plus intéressants; ainsi la race de moutons, dite de Mauchamp, a pour origine la naissance, en 1828, d'un agneau à laine longue, lisse et soyeuse. On a, par sélection, conservé cette qualité de toison et obtenu la variété des moutons à laine soyeuse. — La série des races dites angoras, dans les espèces domestiques, caprine, féline et cuniculine, représente des variations dans les caractères du système pileux, variations fixées héréditairement et devenues caractères de race.

Développement anormal des poils. — Alopécie et hypertrichosis. — V absence de poils, dans les régions qui en sont normalement pourvues, Y alopécie congénitale est le plus souvent partielle. Il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui n'ont jamais eu de barbe et qui de tout temps ont eu la peau des lèvres et des joues absolument glabre ou recouverte d'un fin duvet

r.rès clairsemé. Rarement on a observé l'absence congénitale des cheveux, des cils et des sourcils.

Chez les animaux, Y alopécie totale est plus curieuse, jlle est souvent particulière à certaines races ; c'estle ;as, par exemple, du chien nu de Chine. Mais elle a été rencontrée accidentellement chez le cheval, le bœuf et le îhien. Yarelle, d'après Darwin, a vu un griffon et trois shiens égyptiens complètement glabres et tout récemment, L. Hoffmann a étudié aussi un bœuf totalement nu.

Dans une note de M. le professeur R. Dubois, relative à l'influence du pelage sur la température et l'alimentation, on trouve les renseignements suivants sur .un lapin atteint d'alopécie congénitale.

Ce lapin avait une peau presque nue ; l'épidémie était rude, brunâtre, squameux, çà et là se voyaient quelques crins durs et peu nombreux. Conformément aux données de la physiologie, l'animal luttait contre le froid par un surcroît d'alimentation, et sa voracité était telle ;quele gardien, étonné de cet appétit insatiable, prétendait qu'il avait le « ver solitaire. »

Heusner a vu un pigeon totalement dépourvu de plumes, qui avait engendré un produit femelle présentant le même caractère et l'ayant transmis aussi à deux ide ses petits.

Le développement exagéré des poils ou leur apparition sur des organes qui n'en présentent pas normalement, sont deux faits qui peuvent s'étudier simultanément.

Chez l'homme, d'abord, que l'on considère comme un être à peau glabre, le développement excessif des poils constitue Yhypertricliosis ou hirsutie, anomalie qui peut être générale ou partielle.

Il est fréquent de rencontrer un développement anormal de poils sur les nœvi, et c'est un cas de ce genre qu'a observé le Dr Gailleton, sur une jeune fille de douze ans, dont le cou, la poitrine et les épaules étaient envahis par un nœvus pigmenté très velu. — Quand les nœvi se disséminent en grand nombre à la surface du tronc et des membres, sous forme de taches foncées, garnies d'un petit bouquet de poils bruns, la peau rappelle le pelage du léopard ou du tigre. D'ailleurs, ces nœvi pileux peuvent affecter beaucoup d'autres dispositions, nœvus en caleçons de bains, nœvus ventral, etc., qu'il est inutile de citer toutes.

La barbe, chez la femme, les poils dans la région sacro- lombaire, sur la face, le dos et les épaules complètent la série des cas d'hypertrichosis circonscrites ou développement allotopique des poils.

Les exemples d'hypertrichosis générale sont assez nombreux, et il nous suffira de rappeler les plus connus et les plus remarquables.

En 1875, on exhibait à Paris, sous le nom d'homme chien, un paysan russe de cinquante-cinq ans, dont le visage, la tête, le dos et les jambes étaient cachés par des poils d'un brun roux, d'aspect laineux, et longs de plusieurs centimètres. Les autres parties du corps étaient aussi recouvertes de poils, mais ceux-ci étaient moins abondants que dans les régions précitées. Cet individu avait un fils de trois ans, presque aussi velu que lui.

Une famille birmane, dont l'histoire est rapportée par Crawford et Yule, comprenait le père, la fille et le petit- fils, très velus et presque complètement couverts de poils.

Teresa Gambardella, jeune fille de douze ans, citée par Lombroso, n'avait au visage que de la barbe et des moustaches, mais tout le reste du corps, à l'exception des mains et des pieds, était couvert de poils touffus. Avant d'aller plus loin, nous rappellerons que les sujets velus, dont il vient d'être question, offraient un exemple de corrélation entre le système pileux et le système dentaire; leur dentition était très incomplète et exigeait une alimentation spéciale.

Pour M. Ecker, l'bypertrichosis proviendrait d'une persistance des poils follets, du lanugo ou duvet laineux qui, à partir du septième mois, recouvre entièrement et en couche serrée le corps du fœtus. Ce lanugo fœtal, au lieu de tomber pour être remplacé par les poils normaux, continuerait à se développer ; on en trouverait la preuve dans le mode d'implantation des poils et la répartition des tourbillons, qui sont identiques chez les individus velus et chez le fœtus. — Dans tous les cas, l'hérédité joue un rôle indéniable dans la transmission de cette anomalie.

L'bypertrichosis constitue en somme une anomalie se montrant parfois sur des individus appartenant à des populations à corps très peu velu ; mais il est cependant des races humaines dans lesquelles il est normal de voir la peau recouverte d'une sorte de toison, et parmi ces races nous citerons les Aïnos.

L'hirsutie est quelquefois temporaire et coïncide avec certains états particuliers des sujets ; tel était le cas d'une femme dont le tronc se couvrait de poils pendant chaque grossesse et se dégarnissait après l'accouchement.

Faut- il accorder aux faits dont il vient d'être ques tion, une importance quelconque, relativement à l'ori-

gine de l'homme et s'en servir pour démontrer que nous descendons d'animaux chez lesquels la surface entière du tégument disparaissait sous une épaisse toison ? L'hypertrichose serait alors un fait d'atavisme. Certains évolutionnistes fort distingués sont de cet avis et pensent, comme Darwin, que l'homme a perdu ses poils.

Le développement excessif des cheveux ou de la barbe n'est pas une anomalie bien importante, mais nous ne pouvons nous dispenser de citer quelques exemples de cette variation.

Erasmus Wilson, de Londres, a vu une femme de trente-huit ans, dont les cheveux ne mesuraient pas moins de lm,65 de long. — Le docteur Henri Léonard, de Philadelphie, parle d'un Américain de l'intérieur, dont la barbe traîne sur le sol, quand il est debout et mesure 2m,24 de long.

Dans la Nature du 9 janvier 1892, on trouve un fait qui mérite d'être rapproché des précédents. — Un propriétaire du Connecticut (Etats-Unis), possède un cheval percheron, de huit ans, qui est porteur d'une crinière ne mesurant pas moins de 4 métrés de longueur et d'une queue qui dépasse les 3 mètres. C'est un bel exemple de développement excessif des poils.

Développement des poils sur un os. — Comme exemple de développement hétérotopique des poils, nous citerons encore le cas assez curieux dont nous avons publié l'observation détaillée dans le Lyon médical.

11 s'agit d'une pièce que nous avons trouvée dans les collections de l'École vétérinaire de Lyon et sur laquelle nous n'avons malheureusement pas pu avoir de renseignements précis.

Cette pièce, conservée a l'état de squelette, se corn-

pose essentiellement d'un maxillaire inférieur complet et de plusieurs fragments appartenant aux os de la face et au maxillaire supérieur; le tout provenant d'un

Fie. 88. — Poils nombreux développés sur les maxillaires d'un animal de l'espèce bovine.

fœtus de vache qui devait avoir sept ou huit mois environ (fig. 88).

Ces os se montrent en grande partie recouverts par des poils nombreux, longs et touffus, s'échappant de presque toute la surface, implantés sur la lame externe et se plongeant dans l'épaisseur même des organes, qui en renferment de grandes quantités.

Lorsque ces os étaient frais, ils devaient être beaucoup plus velus qu'ils ne le sont actuellement, car par suite

de la dessiccation, les poils ont perdu leur fixité et leur résistance; ils se détachent avec une extrême facilité, et il est certain que depuis le temps, beaucoup d'entre eux sont tombés. Mais il est facile de voir les points sur lesquels ils étaient implantés, car, en ces points, la surface de l'os au lieu d'être lisse et compacte se montre poreuse et comme chagrinée.

Cet examen nous a appris que la presque totalité de la surface du maxillaire inférieur était recouverte par des productions pileuses ; on ne voit même pas, soit à la face interne, soit à la face externe, où pouvaient se faire les insertions musculaires. Toutes les parties paraissent envahies et devaient présenter des poils. Ceux-ci sortent abondamment par les conduits dentaires et le trou mentonnier, occupant absolument la place du nerf, remontant en haut le long de l'apophyse coronoïde et entourant la base du condyle.

On les voit aussi sortir en touffes serrées et agglutinées par les alvéoles des dents molaires, et on en trouve également des pinceaux bien garnis qui s'échappent du cornet extérieur des mêmes dents.

Ce que nous disons du maxillaire inférieur, s'applique au maxillaire supérieur et aux os de la face que nous avons examinés aussi. Partout il y a des poils, sur la surface, dans la profondeur, sur les dents, etc., nous en avons vu jusque dans les sinus.

i Ces poils, fragiles et cassants, sont blancs, gris ou jaunâtres, droits et non frisés ; ils ressemblent assez à des poils, de chien griffon, et ne mesurent pas moins de 24 h 28 millimètres de longueur sur 7 à 9 [>. de diamètre.

Il aurait été intéressant de connaître exactement les rapports existant entre le point d'insertion de chaque

poil dans l'os et les éléments environnants, de se rendre compte du mode de fixation de ces organes et de voir s'ils étaient pourvus de follicules pileux.

Malheureusement, l'état des pièces ne permettait pas de se livrer avec fruit à des investigations de ce genre, car c'est à l'état frais que cette étude pouvait seulement être intéressante à poursuivre.

Malgré cela, M. le professeur Lesbre a bien voulu se charger de faire l'examen histologique d'un fragment de ces os velus, après décalcification préalable dans l'acide chromique ; mais il n'a pu observer qu'un seul fait, c'est que les poils se perdaient au sein de la sub stance médullaire et étaient par conséquent logés dans les espaces médullaires du tissu spongieux. Il était impossible de distinguer autre chose.

Nous croyons bon de noter que les dents molaires qui, seules, ont été conservées, sont en nombre normal.

Comment interpréter une semblable anomalie?

Nous ferons remarquer d'abord, car l'objection pourrait être faite, qu'il ne s'agissait pas d'un produit de monstruosité par inclusion. La pièce constitue une portion de tête trop complète et trop régulière pour que cette origine puisse être admise.

Laissant de côté l'idée d'une invagination épithéliale profuse, difficile à justifier et à comprendre, nous admettrons plutôt que le développement hétérotopique des poils dont il vient d'être question est justifiable delà loi de pathologie générale que Lebert a ainsi formulée : a Beaucoup de tissus et d'organes complexes peuvent se former de toutes pièces dans les endroits du corps où à l'état normal on ne les rencontre point. »

Par conséquent, nous sommes tout disposés à croire

que les éléments embryonnaires de la substance médullaire des os ont subi une déviation, une transformation dans leur évolution et ont perdu leurs caractères de tissu mésodermique, pour prendre les caractères des tissus épithéliaux et se transformer en poils.

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