‹ Précis de tératologieChapitre 88 sur 211 · DUPLICITÉ DU CŒUR · texte numérisé non relu

DUPLICITÉ DU CŒUR

rencontre que chez les monstres, les omphalosites par ixemple ; elle ne doit donc pas être étudiée comme une '.anomalie simple. Les cas d'absence congénitale cités par les auteurs anciens, chez des sujets d'ailleurs bien conformés, ne sont que de grossières erreurs qui ne méritent même pas d'être discutées.

Absence d'un ventricule. — Un exemple de cette anomalie rare a été présenté par M. Jùrgens à la Société de médecine interne de Berlin (séance du lur février 1892).

A l'autopsie d'un fœtus humain, qui avait vécu ■ quelques jours après sa naissance, on constata que le ventricule gauche faisait complètement défaut, tandis que le ventricule droit était au contraire dilaté et hypertrophié.

De la moitié gauche du cœur, il n'existait que l'oreillette qui communiquait avec l'oreillette droite ; il existait en outre un canal très étroit entre l'oreillette .gauche et le ventricule droit. L'artère pulmonaire ■.communiquait directement avec l'aorte, qui elle-même rejetait dans le ventricule droit. Le reste du système «.circulatoire n'offrait pas d'anomalie.

Duplicité du cœur. — Cette anomalie est admise avec beaucoup de réserve, par un certain nombre d'auteurs et par Geoffroy-Saint-Hilaire lui-même. Ce dernier prétend qu'elle est tellement difficile à concevoir qu'on ne peut la considérer comme mise hors de doute par les observations des savants qui attestent l'avoir rencontrée.

Cependant il y a parmi. eux des hommes dignes de tfoi, des anatomistes de grand talent, tels que Littre, 'Mecl ie\, Collomb, Panum, etc. Ces savants ont décrit

des cas de duplicité du cœur observés chez le poulet adulte, chez l'oie, chez f homme, et sur des embryons de poulet.

Enfin M. Dareste a constaté les mêmes faits ; mais il a apporté à leur étude le soin consciencieux et l'exactitude rigoureuse qui caractérisent tous ses travaux, et c'est en poursuivant l'explication de cette anomalie qu'il a découvert et démontré la dualité primitive et normale du cœur de l'embryon.

En effet le cœur apparaît d'abord sous la forme de deux petites masses oblongues, complètement distinctes l'une de l'autre, qui doivent se souder ensuite sur la ligne médiane pour former le tube cardiaque. C'est ce tube, qui, en s'incurvant en S et en évoluant, donne l'organe central de la circulation.

Il suffit de supposer que les deux blastèmes cardiaques ne se soudent pas entre eux, pour les voir se constituer en deux cœurs séparés, se divisant transversalement en oreillette, ventricule et bulbe.

Anomalies de volume. — Rares comme fait primitif. Nous rappellerons cependant une observation de Zundel, qui a trouvé sur un cheval de huit ans, un cœur ayant un volume général supérieur au volume ordinaire, mais dont les ventricules étaient très petits, tandis que les oreillettes étaient plus que quadruplées.

Déplacements du cœur. — Ce peut être un déplacement très léger, un simple changement de situation dans la cavité thoracique elle-même, comme par exemple un port de l'organe, beaucoup à droite ou beaucoup à gauche, plus en avant, ou plus en arrière; un renversement de la pointe, qui au lieu d'être dirigée en bas est dirigée en haut, etc.

DÉPLACEMENTS DU CŒUH 213

Ces anomalies, lorsqu'il n'y a pas changement de lonnexions, sont ordinairement peu graves, mais il n'en ^stpas toujours de même lorsqu'il s'agit d'un déplaceaent du cœur hors du thorax.

Cet organe peut alors se loger en avant de l'ouverrtire antérieure de la poitrine et des premières côtes, m dessous du cou : déplacement cervical; il peut .ussi s'échapper par une ouverture du diaphragme et •ester dans la cavité abdominale : déplacement abdoninal; ou bien enfin, sortir par la partie inférieure du horax, à la suite d'un défaut de soudure des pièces :ternales : déplacement thoracicpie .

Mode de formation de ces anomalies; exemples

remarquables de chacune des formes citees. le

léveloppement embryonnaire rend parfaitement compte le ces anomalies. Nous savons que, chez le jeune embryon, le cœur se montre d'abord en dessous de la jartie antérieure delà notocorde, et que c'est pendant e cours de l'évolution, qu'il descend prendre sa place lans la cage thoracique. Sa persistance sous la partie intérieure de la notocorde explique le déplacement cervical.

Le diaphragme, laissant subsister, pendant un certain emps, une communication entre les deux cavités splan- ;hniques, le cœur peut en profiter pour passer dans la cavité abdominale ; d'où un déplacement abdominal.

Le sternum se forme par la soudure de deux parties atérales symétriques ; or, il peut arriver que cette oudure n'ait pas lieu et que le cœur fasse hernie en avant du thorax, à travers l'espace laissé libre, entre es deux bourgeons du sternum; nous aurons dans ce sas un déplacement thoracique (fig. 11 G).

Il est intéressant de citer des exemples de ces différents cas, en voici quelques uns que nous trouvons rapportés par I. Geoffroy-Saint-Hilaire.

Vaubonnais a vu un fœtus humain de huit mois mort-né, dont le cœur, privé de péricarde, était suspendu sous le cou au moyen de ses gros vaisseaux, à découvert comme lui.

Un agneau, qui vécut environ six jours, avait le cœu à la partie inférieure du cou, presque entre les deux membres antérieurs ; la pointe était dirigée en avant et l'organe tout entier se présentait sous la forme d'une tumeur presque sphérique, se contractant assez régulièrement.

Chez une petite fille née avant terme, le cœur, le thymus, les poumons s'étaient échappés de la poitrine et se trouvaient placés au-devant du cou; la point du cœur atteignait les deux branches de la mâchoire inférieure et se trouvait même adhérente à la langue sortie hors de la bouche.

Sur un ancien militaire qui, pendant toute sa vie avait souffert de douleurs néphrétiques, Deschamp trouva le cœur dans la région lombaire gauche; les vaisseaux qui remontaient dans la poitrine, passaient à travers une ouverture spéciale du diaphragme.

Nous ne parlerons pas des variétés dans lesquelles le cœur, en déplacement abdominal, faisait hernie à l'extérieur, avec les viscères abdominaux, il ne s'agit plus alors d'une simple anomalie.

Sur un enfant ayant vécu douze heures, le cœur, privé de péricarde, était placé au-devant de la poitrine, la pointe dirigée en avant et la base en arrière.

Enfin chez deux chiens de la même portée, le cœur,

Page 1