RHYTHME DE LA TEMPERATURE
La conDaissance de la relation qui existe entre la température du matin et celle du soir est très importante pour le diagnostic, pour la détermination du type de la fièvre, et, par conséquent, pour le pronostic et la thérapeutique.
Dans rétat physiologique la température de la soirée est en général supérieure (de quelques dixièmes de degré ordinairement; à celle de la matinée ; un fait anologue se produit dans rétat fébrile.
Pour plus de clarté faisons une distinction, en considérant ces deux époques thermiques tant pendant une seule et même révolution diurne ou dans les 24 heures, que comparativement en des jours différents.
Dans le premier cas la règle est que la température du soir offre une exacerbation ou que celle du malin présente une rémission. Il se peut cependant, bien que cela arrive rarement, que la chaleur qui a lieu dans la soirée demeure égale à celle qui a lieu dans la matinée ou même qu'elle lui soit inférieure. Il y a alors anomalie dans la marche diurne de la température et par conséquent aussi dans la marche de la maladie, circonstance qui doit attirer l'atten- Uon du praticien parcequ'en général elle indique de la gra-
vite, et fait appréhender une durée longue et une terminai' 8on défavorable; raffection marche alors irrégulièrement et son pronostic est d'autant plus fâcheux que l'irrégularité thermique se répète plus souvent dans le cours de la journée. L'inversion du rhythme diurne de la température peut avoir une autre signification et annoncer une complication ou une récidive*
Mais si nous considérons les oscillations thermiques pen^ dant plusieurs jours successifs, il se produit une circonstance qui pourrait faire admettre une exception à la règle quand il n'en est rien. Dans la période d'augment des maladies ai-» guës la température de la matinée peut être plus élevée que celle ce la soirée du jour précédent, et dans la période de déclin franc la température de la soirée peut être inférieure à celle de la matinée du même jour. Il est si fréquent d'observer ces deux cas qu'ils peuvent être compris dans le type ordinaire du cours régulier de la chaleur*
Divers types de fièvre peuvent être distingués selon le degré d'intensité de l 'exacerba tion du soir.
Le type est continu (fehris contintui) lorsque la hausse calorifique du soir dépasse de quelques dixièmes de degré à un degré celle du matin ; on peut citer comme exemple la pneumonie. Ce type ne peut durer longtemps sans compromettre l'économie.
Le type est rémittent quand le maximum de la température du soir est supérieur d'un à deux degrés à celui du matin, sans que cette température soit descendue jusqu'au niveau normal; le rhumatisme articulaire aigu peut servir d'exemple. Ce type est le plus fréquent.
Le type est intermittent quand les températures élevées sont séparées par des températures normales qui se manifestent soit à certaines heures chaque jour, soit a des intervalles d'un ou de plusieurs jours ; de ces conditions proviennent les difl'èrentes variétés de type des fièvres intermittentes.
Ces deux derniers types, et principalemeot rintermittent, peuvent persister pendant longtemps sans compromettre la vie.
Pour le docteur Spielmann le type rémittent paraît être l'exagération des oscillations quotidiennes de la température normale, parceque chez Thomme sain la différence entre la chaleur du matin et celle du soir atteint presque un degré*. Cette interprétation ne nous paraît pas exacte, parceque dans le type rémittent la température ne descend jamais au niveau normal, et que dans le type intermittent, où la ctialeur revient à ce niveau^ la température d'exacerbation dépasse toujours la normale.
Le docteur Griesinger avertit que lorsque la température du matin est un peu plus basse que celle du soir, 39^,8 à 40**, par exemple, au lieu de W,8 (température du soir) on ne doit voir dans cette variation une véritable rémission fébrile ; ce type est plutôt celui d'une fièvre continue violente (febris cotitinua continensj; on ne doit admettre de rémissions que lorsque la chaleur descend d une valeur notable au dessous de la hauteur moyenne de la température fébrile. Quand ces véritables rémissions se produisent les exacerbations de la soirée sont mieux supportées que lorsque des hausses thermométriques moins fortes ne. sont pas suivies de rémissions dans la matinée *.
Le docteur Thomas a décrit dans la marche ascendante de la fièvre de la pneumonie quatre types: 1**, les variations quotidiennes de la température sont représentées par deux ou trois dixièmes de degré ; c'est le type sous-continu, qui dure ordinairement un ou deux jours; 2^, les rémissions * se produisent en variant de cinq dixièmes à un degré ; c'est le type sous-rémittent; 3^, les oscillations thermiques dé-
^ Des modifications de la température animale, pag. 8. — Strasbourg, 1856.
* Op. cil.
passent r,2; c'est le type franchement rémittent; 4®, type presque franchement intermittent qui, de même que le souscontinu, est rare dans la pneumonie K Ou peut sans incon^ vénient réduire les deux premiers types au type continu.
Le docteur Wunderlich, dans son excellent ouvrage, établit cinq formes ou types dans le cours des maladies fébriles, lesquels, en résumé, sont les suivants : 1®, accès fébriles (fébricule, fièvre éphémère); 2°, marche fébrile essentiellement continue, laquelle présente à son point le plus élevé de légères variations diurnes et a une défervescence rapide; 3®, marche fébrile essentiellement rémittente avec des différences diurnes considérables et suivie d'une défervescence lente; 4°, marche fébrile intermittente avec répétition; 5% marche fébrile chronique qui dure pendant des semaines et des mois et qui est ordinairement entrecoupée d'interruptions.
Dans la fébricule et la fièvre éphémère la température peut s'élever à 40** et à 40°,5 ; elle ne se soutient que peu de temps à ce niveau, et puis elle décline avec une rapide défervescence; la durée de cette fièvre est d'un, deux, et rarement de trois jours.
Les fièvres avec élévation continue de température ont ordinairement leur première période rapide; au fastigium la température moyenne est de 39° à 40°, rarement supérieure, et la différence entre le maximum et le minimum diurnes est de 0^5, et rarement de 1°; la durée du fastigium est ordinairement d'une semaine, et la défervescence est quelquefois rapide et quelquefois lente. Dans cette forme se trouvent comprises la pneumonie, la variole, la scariatine, la méningite et en général les maladies fébriles de grande intensité.
Dans le type rémittent lajDériode d'augment est courte ou longue; la température moyenne diurne varie selon la
* Veher die Temperaturvé'rhaltnisse bei croupôser Pneumoni ; 1864.
gravité des cas ; elle peut être de 38^5 ou même moins et ' s'élever ensuite jusqu'à 40^5 et plus; la défervescence suit aussi la marche rémittente ; la durée de cette forme est moins limitée que celle des précédentes, et elle peut se prolonger quelquefois pendant plusieurs semaines. À ce type appartiennent les catarrhes fébriles, la pneumonie catarrhale, la grippe, la tuberculose aiguë, etc.
Dans le type intermittent il y a entre les accès fébriles des intervalles de température normale ; les paroxysmes fébriles alternent, leur durée est courte, elle est rarement d'un jour, et la température monte ordinairement à W, 41®, 41^5; Tapy/'éxie est également courte, mais elle peut cependant durer pendant quelques semaines. Dans la forme récurrente Taccës a une durée moins limitée, l'élévation de la température varie, l'apyréxie est plus longue et la répétition des accès a lieu une fois ou deux et rarement plus. La fièvre intermittente et la fièvre malaria représentent parfaitement le type qui porte cette dernière qualification.
La forme fébrile chronique se distingue par sa longue durée qui, dans certains cas, peut aller jusqu'à des années; son cours est quelquefois très irrégulier, mais présentant néanmoins un certain type qui malgré cette irrégularité garde cependant une remarquable uniformité pendant un certain temps ; ce type est le rémittent avec exacerbations journalières (ayant lieu une ou deux fois), lesquelles atteignent des tiumma égaux; pendant les rémissions la température approche, atteint ou dépasse la normale ; aux approches de la mort ou lorsqu'il survient des complications, le type rémittent se transforme en type continu. Cette forme comprend les inflammations chroniques, les longues suppurations S etc.
Le docteur Jockmann, de Berlin, a publié un intéressant travail sur le cours de la température dans les affections chroniques; ce distingué disciple du professeur Traube juge,
* Das Verhalten der Eigenwàme in Krankheiten, — Leipzig, 1868.
d'après le résultat de ses observations, que les oscillations de la chaleur animale dans ces maladies peuvent se réduire aux trois types suivants :
r. Les températures du matin et du soir approchent beaucoup de la normale avec une différence en plus cepen^* dant dans l'élévation de celle du soir; au milieu du jour la chaleur est tantôt plus élevé tantôt plus basse que celle de la matinée.
2^. La température de la matinée est égale ou inférieure à la normale ; celle du soir est constamment supérieure.
Ce type offre deux variétés :
i. La température du soir approche beaucoup de la nor« maie;
B. La température du soir dépasse de beaucoup la nor^ maie, et celle de la matinée se maintient près de la normale ou au dessous. Ce type est intermittent et peut être quotidien ou tierce.
3°. La température se soutient constamment au dessus du niveau normal ; quelquefois celle de la matinée est plus élevée, d'autres fois c'est celle de la soirée, d'autres fois encore celle (lu milieu du jour.
Le type le plus fréquent, selon le docteur Jockmaûv^ est celui dans lequel la température se conserve à un niveau au dessus de la normale, en présentant des exacerbations le soir. Il est rare que le même type fébrile se maintienne pendant longtemps, car il est altéré par des exacerbations de la maladie principale, par des affections intercurrentes, par les moyens thérapeutiques et par diverses autres circonstances ^
Spielmann, thèse citée»
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. En considérant d'une manière générale la durée du courd de la température pathologique dans les diverses maladies» les observateurs ont établi les formes ou types suivants :
I®. Type très rapide. — Il est caractérisé par une période d'invasion de deux à trois heures, une période d'état de quatre à huit heures, et une période de défervescence de deux à quatre heures. Sont compris sous ce type les accès de fièvre intermittente, la fièvre éphémère> etc.
2®. Type rapide. — Première période ou d'augment de douze à trente-six heures; seconde période ou de fastigium de trois à neuf heures; troisième période ou de défervescence d'un à deux jours. Ce type est celui des maladies inflammatoires aiguës (pneumonie, angine, pleurésie), des fièvres éruptives (scarlatine, rougeole), et des fièvres graves (typhus, pyémie, fièvre puerpérale).
3®. Type progressif, graduel. — Augment de trois à cinq jours; fastigium de deux à trois septénaires; défervescence de trois à cinq jours. Ce mode s'observe dans les fièvres typhoïdes.
4**. Type oscillant. — Augment de deux à cinq jours, ftistigium de deux à quatre septénaires, défervescence de trois à sept jours. On le trouve dans le rhumatisme de marche irrégulière, les fièvres éruptives anomales, les fièvres typhoïdes irrégulières *.
Ces types, comme prend soin de nous en avertir le docteur Hirtz, ne doivent pas être admis comme absolus; outre qu'ils peuvent se combiner entr'eux ils sont encore sus-
* Nouv. dict. de méd. et de chirurg, pratiques, t. vi. — Paris,
ceptibles d'autres modifications dues à des circonstances accidentelles, lesquelles peuvent procéder soit de complications, soit de Texagération des phénomènes propres de la maladie, soit du traitement employé.
En comparant les différentes périodes du cours de la température pathologique sous le point de vue de la durée, on trouve qu'en général elles conservent enti^elles un certain rapport qui promet, par la connaissance de l'une, de juger des autres. Ainsi une période d'augment rapide fait supposer les deux autres périodes également courtes, de quelques heures seulement, comme dans la fièvre intermittente ; lorsque la première période est lente, les deux autres doivent l'être dans la même proportion ; enfin quand la première période se présentera avec une marche oscillante, il y aura lieu d'espérer que les périodes d'état et de terminaison offriront un 'caractère analogue.