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Précis des institutions du droit privé de Rome

Que l'esprit des Romains ait été pénétré d'idées juridiques, que leurs œuvres littéraires soient pleines de souvenirs, d'images et de termes empruntés au droit civil, c'est une vérité qui n'est ni nouvelle, ni discutée. Mais, si on ne la conteste pas, on ne l'applique guère, du moins dans l'étude des grands classiques. Tandis que nos philologues du XVI* et du xyii® siècles remplissaient de dissertations de droit les notes et les commentaires de leurs imposantes éditions, la plupart des éditeurs et des lecteurs modernes oublient un peu qu'il n'y a pas une page, pour ainsi dire, dans toute la littérature latine où l'idée juridique n'ait laissé sa trace. Et cet oubli est aussi pardonnable chez ceux qui s'instruisent que naturel chez ceux qui enseignent. L'érudition spéciale est trop riche aujourd'hui pour ne pas décourager toute ambition encyclopédique. L'étudiant èslettres est tenu à trop de connaissances nécessaires pour ne pas se refuser ce qu'il croit superflu. La science est longue, l'examen est proche. Il faut opter : on se consacre aux lettres, à la grammaire, à l'histoire : on ignorera le droit.

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Cependant, si les conditions des étades classiques ne sont pas restées les mêmes, les auteurs latins n'ont pas changé. On peut retrancher des programmes et bannir de ses lectures le De Legihus, le Pro Cœcina et le Pro Quinctio, où il y a pourtant de belles pages : on ne va pas jusqu'à omettre Cicéron tout entier, et Gicéron est juriste partout et toujours. On ne peut non plus exclure Plante, éliminer Horace, repousser Tacite; et Plaute, Horace, Tacite présentent à chaque instant des pensées et des mots incompréhensibles à qui n'a pas une notion précise du droit civil. En vain Ton demandera secours aux meilleurs lexiques : on n'y trouvera que des équivalents français, c'està-dire une incertitude ajoutée à une incertitude Le recours aux ouvrages spéciaux s'impose alors; mais les plus élémentaires sont encore assez étendus : c'est tout une science à apprendre et l'on recule. Qu'arrive-t-il? On se résigne à ne pas comprendre tout à fait, on se contente d'une demi-lumière, c'est-à-dire d'une demi-obscurité; on accepte une notion vague au lieu de l'idée claire et précise que l'auteur avait et présentait; parfois môme on admet un sens tout à fait éloigné de la pensée du texte.

Le présent ouvrage s'adresseà ceux qui veulent la pleine intelligence des textes qu'ils lisent. Ils y trouveront un Précis et un Index. Le Précis est un expo«é élémentaire des institutions du droit civil romain, débarrassé de toute critique, réduit à l'essentiel, mais écrit pour des esprits déjà mûrs. Puisque nous prétendions suppléer pour les étudiants ès-leltres les traités trop longs qu'ils n'ont pas le

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temps de lire, nous avons dû rendre cet abrégé très succint. Il s'en faut donc, et de beaucoup, que tout s'y trouve. Notre ouvrage est incomplet par déQnilion. Tout ce qu'on lui demandera, c'est de n'omettre aucune idée essentielle et de n'enseigner aucune erreur. Nous espérons n'avoir pas failli à ce double devoir, nous ne le prétendons pas. Toutefois, le droit romain étant chose essentiellement vivante, c'est-à-dire dans un perpétuel devenir, nous n'avons même pas songé à bannir tout historique de ce manuel : c'était trop donnera la concision que lui sacrifier la vérité môme. A la théorie nous avons joint un petit texte, qui, suivant les cas, indique, explique ou traduit des termes ou des passages empruntés aux auteurs classiques; le but même que nous nous proposions imposait des commentaires, des analyses, parfois môme des discussions lexicographiques; nous ne les avons pas repoussés.

Quant à l'Index, il renferme tous les mots latins qui sont expliqués dans le corps de l'ouvrage et s'y trouvent imprimés en caractères gras; c'est à l'Index qu'il faudra s'adresser d'abord pour une recherche particulière. Nous n'avons pas trouvé de disposition plus simple pour répondre au besoin que nombre d'étudiaots nous avaient signalé.

Tel est ce petit livre pour lequel nous n'avions pas de modèle. Nous espérons qu'il rendra la lecture des écrivains latins plus facile et plus agréable. Peut-être même s'en dégagera-t-il, pour ceux qui voudront bien lui consacrer un peu d'attention, quelques idées générales.

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Est-il vrai d'abord que la littérature latine soit, plus qu'une autre, imprégnée de droit? On n'en pourra guère douter, si l'on observe que nous avons pu exposer les règles du droit civil, en les appuyant toutes de citations empruntées aux seuls auteurs classiques. Les juristes ne nous ont prêté que de rares définitions et quelques formules; encore aurait-on pu s'en passer : nous ne les avons admises que pour abréger et donner une idée de leur langue, plus semblable qu'on ne le croit à la langue littéraire. Il s'est même trouvé que les écrivains qui nous fournissaient le plus étaient, exception faite pour Cicéron, ceux dont on devait attendre le moins, à ne juger que les apparences : c'est le cas pour Plaute et Horace. La Jurisprudence soufflant à la Comédie nombre de plaisanteries bien reçues de la populace, une Muse capricieuse et sceptique jouant avec la Science rigide et formaliste entre toutes, n'est-ce pas chose digne d'attention?

S'il est vrai que les œuvres de fantaisie, comme les traités d'érudition, les odes comme les histoires, les épigrammes comme les plaidoyers offrent à chaque instant des termes juridiques, on peut tirer de là, semble-t-il, une conclusion générale pour la langue latine. Tout le monde s'accorde à reconnaître en elle le plus précis et le plus clair des idiomes, à y admirer la force des antithèses, la symétrie des constructions, le relief et la netteté de sentences Irappée.'S comme des médailles. La pratique du langage immuable des lois, l'usage des invariables formules de la procédure n'ont pas peu contribué sans doute à don-

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ner à la langue des Roniaios ses maltresses qualités. Ceux qui l'ont maniée avec talent, prosateurs ou poètes, mêlés ou étrangers à la vie active, n'en ont pas moins vécu dans un monde de praticiens, d'avocats, déjuges, de plaideurs : qu'ils le voulu.-sent ou non, leur oreille et leur mémoire étaient envahies par la langue du Forum : c'étaient des gens d'affaires qui composaient leur public : tout leur art, par conséquent, consistait moins à éliminer la langue des atlaires quâ l'adapter ingénieusement à des sujets plus nobles.

Enûn, ce rapport intime de l'art littéraire et de la science juridique apparaît comme un caractère essentiel de l'esprit romain lui-même. Eloignée de l'abstraction, attachée au fait et à la pratique, éprise de l'intérêt matériel, l'âme romaine n'a jamais pu se dégager entièrement et s'élever jusqu'aux conceptions de pure esthétique. Le meilleur des philosophes de Rome reste éclectique et superficiel : son plus grand poète épique écrit une œuvre de commande merveilleusement lissue d'érudition et de poésie; le plus brillant de ses lyriques est l'apôtre du bon sens. iMais, tel (|u'il est, ce peuple de soldats agriculteurs, âpre au gain, pauvre de pensées, incapable de loisirs, par un effort entêté et une logique inflexible a conquis, pacifié, organisé un empire immense et durable. Il a édifié le monde ancien et londé le monde moderne sur une seule idée. Cette idée même, elle ne lui était point naturelle : il l'a conquise elle^ aussi et lentement; il ne lui a pas fallu moins de dix siècles pour la préciser. D'abord, il n'a connu et respecté que la

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