PARIS
IBRAIRIE J.-B- BAILLIÈRE^t PILS
19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Germain
PRÉFACE
J’offre ce Précis des Maladies de l'Oreille aux élèves et aux praticiens. Il contient tout ce qu’il importe de savoir en otologie, tout ce qu’une pratique et des recherches spéciales, datant de quinze années, ont pu m’apprendre.
Il y a longtemps en effet que j’ai dirigé mès études sur ce sujet particulier et que j’ai lu mon premier mémoire à l'Académie de médecine. Il est intitulé : De l'Examen des mouvements du tympan au moyen de V endotoscope (1), et depuis j’ai continué mes travaux dans cette voie.
J’ai dirigé, sous le patronage du professeur Dolbeau, une clinique otologique, et pendant cinq années j’ai fait des cours réguliers à l’École pratique de la Faculté de médecine de Paris.
Ce Précis des Maladies de l'Oreille , sous son titre et avec son format modestes, contient tout ce qu’on doit connaître de l’anatomie, de la physiologie et de la pathologie auriculaires.
Il est divisé en dix parties qui traitent de l’oreille externe, de la membrane du tympan, de la cavité tympanique ou caisse, des cellules mastoïdiennes, de la trompe d’Eustache, de l’oreille interne ou labyrinthe, puis du nerf auditif et des centres acoustiques. L’anatomie, la physiologie et la pathologie sont exposées dans
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chaque partie successivement ; puis, les affections de l’oreille et la surdité sont étudiées dans leurs rapports avec les maladies générales et avec les maladies locales; puis dans les professions; enfin au point de vue médico-légal, du service militaire, de la simulation, des assurances, etc.
La surdité à l’école fait la matière d'un chapitre spécial. Un autre chapitre traite de la prothèse; un autre des affections du pharynx et des fosses nasales dans leurs rapports avec les lésions et troubles auriculaires. Ce dernier chapitre est traité par une méthode particulière, car il s’agissait de se limiter aux seuls rapports intéressants pour l’auriste.
Des planches nombreuses donnent de la clarté aux descriptions, et fixent dans l’esprit, par les yeux, les points délicats, les rapports importants, les lésions typiques . Les élèves pourront y reconnaître les dessins et les tableaux de mon cours à l’école pratique, ainsi que les coupes et les pièces anatomiques, que j’avais l’habitude de leur placer entre les mains.
De nombreux schémas aussi clairs et aussi parlants que possible rendront l’étude de l’anatomie plus facile et le rôle des parties plus compréhensible. Je me suis attaché à donner les plus typiques et à montrer les lésions les plus communes, les plus utiles à connaître dans la pratique.
J’ai été très sobre d’exhibitions d’instruments, d’appareils électriques ou autres.
Au point de vue des indications bibliographiques, j’ai dû faire un choix, pour ne pas ôter à ce traité son caractère classique et de vulgarisation, et pour ne pas compromettre sa clarté plus nécessaire à l’élève que le vernis d’érudition à l’auteur. Cependant chaque opinion est, autant que je l’ai pu, rapportée à son auteur.
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J’ai voulu citer les sources, mettant à honneur de rendre à chacun ce qui lui est dû.
J’insisterai plus particulièrement sur la disposition que j’ai donnée aux chapitres de sémiotique; à dessein j’ai placé au chapitre de l’oreille externe tout ce qui a rapport à l’exploration de visu, à l’inspection; et j’ai réservé avec soin, pour- le chapitre qui traite de la pathologie de l’oreille moyenne, l’exposé des procédés d’investigation des troubles fonctionnels, de leur signification, et j’ai formé à ce propos des syndrômes caractéristiques des lésions de cette cavité. Il était à mon sens de la plus grande importance que l’élève sût qu’il doit modifier complètement ses procédés d’examen suivant la partie de l’oreille qu’il étudie.
Je pense que l’enseignement sera plus précis et plus clair, puisqu’on marchera du simple au composé, de l’objectif au subjectif, et des parties superficielles aux plus profondes, aux plus cachées.
J’espère quele praticien se pénétrera ainsi del’idée que la grande cellule aérienne qui constiluel’oreille moyenne est aussi abordable à nos moyens d’investigation que la cellule pulmonaire, tout aussi invisible cependant. J’ai énoncé beaucoup de bons principes, et conseillé peu d’instruments : j’ai voulu simplifier pour vulgariser.
Le livre contient un chapitre spécial sur la « surdimutité ». On y verra comment l’enfant en bas âge devient sourd; et comment on devient sourd-muet. L’éducation du sourd-muet est traitée d’après les méthodes les plus récentes et les mieux accréditées aujourd’hui.
Le lecteur jugera par l’étendue des chapitres de thérapeutique du soin avec lequel ils sont traités, et des ressources que j’y ai accumulées.
En terminant, je ne puis omettre de signaler le délaissement absolu dans lequel l’enseignement officiel
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abandonne l’étude de l’otologie. Certes, cette partie de la médecine prend une place tous les jours plus grande dans les travaux de quelques hautes notabilités scientifiques, mais il n’existe aucun foyer scolaire où l’élève et le jpraticien puissent apprendre la pathologie auriculaire; et nos jeunes docteurs ignorent pour la plupart à leur sortie de l’école comment on examine une oreille.
Pourquoi renseignement technique offre-t-il ce désidéraium en France?
Maisvousne guérissez pas les sourds, s’écriera quelque bel esprits! — Et Tophthalmologiste guérit-il un aveugle? Les oculistes traitent et guérissent les maladies de l’œil, qui peuvent aboutir à la cécité ; et il ne vient à l’esprit de personne de leur reprocherde ne pas guérir les aveugles.
Enseignez aux élèves à reconnaître les maladies de l’oreille. Trop souvent aujourd’hui c’est quand tout espoir est détruit, quand la mort est proche (car on meurt par l’oreille), que l’on fait appel aux lumières de l’otologie.
La surdité incurable, loin de montrer l’insuffisance des soins et l’incapacité de ceux qui les donnent, indique surtout l’ignorance fâcheuse de la plupart des médecins en pathogénie auriculaire, ignorance excusable, puisque l’enseignement officiel spécial fait défaut.
C’est cette lacune -que nous avons essayé de . combler, en publiant ce Précis, qui, à défaut d’autre mérite, aura du moins celui d’être un livré français, et nous avons l’espoir que nos confrères nous sauront gré de nos efforts.
Dr Gellé.
25 août 1&84.