‹ Précis des maladies des enfants (volume 2)Chapitre 93 sur 263 · SCROFULE · texte numérisé non relu

SCROFULE

chronique spéciale, ou mieux une diathèse, une constitution morbide de l'organisme, la constitution scrofuleuse ou scrofule. Les découvertes histologiques et bactériologiques du xix« siècle montrèrent que beaucoup des manifestations de la prétendue diathèse scrofuleuse sont le plus souvent de nature tuberculeuse. 11 en est ainsi des tumeurs blanches articulaires, des suppurations chroniques des os, de beaucoup de lésions cutanées dites scrofulides et, comme nous venons de le voir, d'un bon nombre d'adénites chroniques du cou. La si/philis héréditaire revendique, d'autre part, un certain nombre de ces manifestations. Elles peuvent aussi être dues à des infections locales prolongées à microbes pyogènes.

On voit donc que la scrofule des anciens englobait des manifestations de natures très différentes et qu'il est possible, en mettant à parties adénites chroniques de la, leucémie, qui sont de nature toute spéciale, de rattacher aujourd'hui à des maladies microbiennes bien définies. Faut-il pour cela supprimer le terme scrofule du vocabulaire médical? On a prétendu le faire par une exagération bien naturelle des résultats acquis. Le terme a cependant subsisté, parce qu'il répond à un type clinique fréquemment rencontré. Nous devons donc non seulement le conserver, mais consacrer un article à l'étude clinique et au traitement de la scrofule, tout en sachant bien que ce terme ne répond pas à une maladie définie, mais à un syndrome susceptible de relever d'infections chroniques diverses ; il est dautant plus nécessaire de conserver ce terme que, souvent, il est impossible de faire la part, dans un cas donné de scrofule, de ce qui revient aux infections chroniques banales des premières voies, et de ce qui est dû à la tuberculose. Les infections chroniques locales se combinent ou se succèdent pour aboutir au type clinique scrofule, et souvent la tuberculose semble greffée sur des altérations chroniques primitivement non tuberculeuses.

Symptomatologie. — Dans ses formes les plus complètes, la scrofule donne aux sujets qui en sont atteints un aspect qui les fait reconnaître au premier coup d'œil. Des lésions d'irritation chronique existent aux alentours des orifices de la face : les bords des paupières sont rouges, recouverts de squames ou de croûtelles [blcpharite chronique) ; les cils, plus ou moins altérés par cette lésion, sont raréfiés, ou grêles, courts, cassants; la conjonctive participe parfois à l'irritation ; le blanc de l'œil est parcouru de traniées rougeâtres de capillaires dilatés ; parfois un peu de pus existe dans le grand angle de l'œil, ou des phlycténules se forment au pourtour de la cornée {kératite phlycténulaire). L'orifice des narines est également irrité, rouge, squameux ou croûteux: l'intérieur des narines est humide,

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suintant {coryza chronique) ; la peau du milieu de la lèvre supérieure, constamment irritée par l'écoulement nasal, est atteinte de lymphangites l abia le :i répétées, qui finissent par épaissir notablement la lèvre [labialite chronique); surviennent alors des fissures labial' s, qui, rayonnant autour de Toritice buccal, n'en finissent pas de guérir et reparaissent avec une ténacité désespérante ; elles sont à leur tour le point de départ de lymphangites et de dermites du pourtour des lèvre<; elles se compliquent volontiers de perlèche et d'impétigo, qui se sème facilement à la face, aux doigts, à toute la surface cutanée.

L'exploration des cavités du massif facial, bouche, fosses nasales, pharynx, montre des afTections chroniques irritatives ou suppuratives : coryza chronique, rhinite hypertrophique, végétations adénoïdes, hypertrophies amygdaliennes, gingivites chroniques, écoulements mucopurulents parfois sanguinolents, encombrant le naso-pharynx. La propagation de l'infection chronique du pharynx à la trompe d'Eustache et à la caisse du tympan explique la possibilité d'écoulements auriculaires [otites chroniques). En dehors de ces lésions de l'oreille moyenne, on observe souvent des lésions du pavillon, eczéma intertrigo du pli rétro-auriculaire, infiltration chronique du lobule de Voreille, entretenue ou non par le port intempestif de boucles d'oreilles.

Ces lésions irritatives et suppuratives de la face et de la région auriculaire peuvent facilement s'inoculer au cuir chevelu ; des pustules, de l'impétigo s'y entretiennent, et causent Vengorgement des ganglions de la nuque.

Sous la mâchoire inférieure et à la région supérieure du cou, l'exploration avec la pulpe des doigts fait percevoir un chapelet de ganglions gros et durs, tantôt facilement mobilisables, tantôt plus ou moins immobilisés par des poussées de périudf^nite. Souvent un ou plusieurs de ces ganglions, spécialement à l'angle de la mâchoire, prennent un volume considérable et soulèvent la peau de la région, soit qu'ils aient progressé lentement, soit qu'ils se soient acci'us par une succession de poussées aiguës, consécutives ou non à des poussées d'impétigo, de labialites, de coryza. Finalement ces ganglions peuvent adhérer à la peau, suppurer, s'ouvrir, donner lieu à des fistules intarissables [écrouelles], qui ne guérissent qu'en laissant à la partie supérieure du cou des cicatrices difformes, mal masquées par la saillie de la mâchoire inférieure.

A ce tableau sont susceptibles de s'associer des lésions diverses du tronc et des membres : eczéma et ulcérations des plis génitocruraux, des plis fessiers, des plis axillaires, du pourtour de l'ombilic ; adénopathies chroniques des aines et des aisselles ;

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os/e'tfes chroniques susceptibles de donner des fistules intarissables ; tumeurs hlanckfs ; satina venlosa; mal de Pott ; et toutes les manifestations de la tuberculose chronique de la peau, des ganglions, des os, des articulations.

Dans des formes plus atténué» s, la scrofule se limite à Thypei'trophie dure et indolore des ganglions du cou et à quelques stigmates cutanés ou à quelques altérations chroniques des muqueuses et des organes lymphoïdes de la bouche et du naso-pharynx.

Les végétations adénoïdes et Thypertrophie amygdalienne, qu'il s'agisse ou non de tuberculose lardée des trois amygdalts (Dieulafoy), s'accompagnent presque constamment d'adénites chroniques plus ou moins marquées des ganglions du cou. Ce complexus, si on ne prend garde d'en arrêter le développement par les moyens appropriés, aboutirait bientôt à la scrofule et finalement aux tuberculoses ganglionnaires, osseuses ou même viscérales.

Diagnostic. — Le terme scrofule désignant un syndrome clinique et non une entité morbide, il n'y a pas lieu d'insister longuement sur son diagnostic. Il faudra toutefois, dans les cas où l'hypertrophie ganglionnaire est le symptôme dominant, éliminer la leucémie par un examen du sang. Il faudra rechercher si la syphilis héréditaire n'apporte pas son appoint au complexus morbide. Quant à la tuberculose, il serait inutile et impossible de déterminer exactement à partir de quel moment elle est en cause, et, en pratique, il faut traiter tous les scrofuleux comme candidats à la tuberculose.

Faut-il distinguer de la scrofule un autre type morbide, le U/mphatisme, caractérisé par la tendance à la bouffissure, la pâleur, la cyanose et le refroidissement des extrémités, la tendance aux engelures. Il semble qu'on ait décrit sous ce nom tantôt la scrofule fruste, tantôt l'hypolbyroïdie bénigne.

Traitement. — Le traitement sera donc celui de la tuberculose ganglionnaire ou osseuse chronique : grand air, soleil, alimentation forte, huile de foie de morue, viande crue; il faudra spécialement insister sur les préparations iodées: sirop iodotannique, sirop de raifoit iodé. Si la syphilis héi'éditaire est en cause, il faudra y joindre le traitement spécifique. Ce traitement général n'aura qu'une efficacité passagère, si Ion n'y joint pas le traitement local des diverses manifestations, et en particulier l'assainissement des cavités du massif facial ; on peut employer les lavages antiseptiques [eau salée à 10 p. 1 000, eau chloralée à 4 p. 1 000, eau thymolée à 1 p. 1 000, eau additionnée de perborate de soude (5 grammes par litre)], au moyen d'un bock muni d'un embout nasal, l'eau pénétrant par une narine et revenant par l'autre ; toutefois la répétition de ces lavages

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n'est pas sans inconvénient; ils doivent être réservés aux cas de suppuration intense ; en général, on pourra se contenter de simples pulvérisations intranasales suivies d'instillations d'huile faiblement mentholée ou de vaseline au turbith ou au précipité rouge, qui suffisent à donner, sans risque d'otite, les résultats cherchés. La vaseline soufrée benzoïnée donne également des effets satisfaisants. Les lèvres seront également vaselinées pour éviter les fissures et les lymphangites.

Je renvoie aux articles Adénites, Impétigo, Hypertrophie des amygdales pour le traitement de chacune de ces manifestations.

Pathogénie et prophylaxie. — 11 est prouvé que la scrofule n'est pas une constitution due à un vice congénital, mais résulte d'infections chroniques répétées. Dans des travaux très intéressants et très originaux, Gallois d'abord, puis Gaston, ont montré comment, dans la majorité des cas, c'est dans les cavités du massif facial [grotte faciale de Gallois) qu'il faut chercher l'origine de ces infections. L'infection y est entretenue par des altérations chroniques et le plus souvent par des adénoïdes ; mais seules les adénoïdes chroniquement infectées donnent naissance à la scrofule. Certes toutes les infections prolongées peuvent être l'origine d'adénites .dans les ganglions correspondants, puis de complications secondaires réalisant plus ou moins le type clinique de la scrofule. Mais c'est l'adénoïdisme compliqué d'infections à répétition qui réalise le mieux ce type avec ses caractères de persistance, de récidive, de ténacité. L'ablation des adénoïdes est donc une pratique efficace pour la prophylaxie de la scrofule ; mais il ne faut pas oublier que l'infection chronique est susceptible de persister après l'ablation des adénoïdes, et l'acte sanglant ne dispense pas de continuer ultérieurement les précautions hygiéniques journalières.

Enfin il faut éviter avec le plus grand soin aux enfants qui présentent des portes d'entrée nasale, labiale ou cutanée pour les infections à pyogènes et les infections à bacilles de Koch, tout contact suspect avec des sujets tuberculeux ou simplement présentant une suppuration ou une infection quelconque.

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