V. - CONSTIPATION DU NOURRISSON. MÉGACOLON
La constipation est parfois symptomatique de troubles dyspeptiques ; elle est fréquente dans la dyspepsie du lait de vache pur des nouveau-nés et dans la dyspepsie grasse ; elle relève alors, outre le traitement symptomatique que nous indiquons plus loin, du régime antidyspeptique (voy. Dyspepsie).
A côté de ces faits de constipation symptomatique, on observe parfois chez les nourrissons une constipation opiniâtre, que rien n'explique ; elle est vraiment primitive; l'intestin semble atone, les matières s'y accumulent ; elles ne sont expulsées qu'à de rares intervalles; lavements, laxatifs, purgatifs, régime ne donnent que des résultats incomplets et momentanés. Cette atonie semble liée à une disposition congénitale; la flexuosité exagérée du côlon descendant et de l'S iliaque entraîne la difficulté de la progre=sion des selles, la dilatation du côlon et l'alonie des parties dilatées. Plus l'intestin est dilaté, plus il devient atone, et plus il est atone, plus il se laisse facilement dilater.
La dilatation idiopathique du côlon ou mégacôlon (Mya, de Copenhague) est l'état extrême de cette disposition congénitale. Le côlon à partir de l'S iliaque est considérablement dilaté, et en même temps hypertrophié par inflammation proliférative de la muqueuse et de la sous-muqueuse. Le ventre, augmenté de volume, ressemble extérieurement à un abdomen ascitique (fig. 87); il existe souvent une circulation collatérale de la paroi abdominale. Le toucher rectal ne révèle dans le rectum rien de particulier ; la dilatation ne commence qu'au delà du rectum ; une sonde pénètre facilement dans la dilatation et s'y meut librement; on peut introduire par la sonde des litres d'eau sans difficulté; on ramène ainsi des boulettes dures de matières desséchées, accumulées dans la dilatation.
L'injection d'eau, additionnée ou non de sous-gallate de bismuth, permet de voir, par la radioscopie, l'étendue de la dilatation ; elle occupe la plus grande partie de l'abdomen.
Selon les cas, la dilalation met plus ou moins longtemps à se constituer, en sorte qu'il s'agit tantôt d'enfants d'un à deux mois, tantôt d'enfants [dus âgés et jusqu'à Irois on quatre ans. Léfat
génôral.longtemps conservé, décline dès que l'abdomen prend des proportions exagérées : amaigrissement, anémie, faiblesse, pâleur, poussées de fièvre dues à l'intoxication stercorale et à des poussées d'entérite locale provoquant parfois des débâcles diarrhéiques.
Traitement. — Le nourrisson a normalement deux à trois selles par jour ; on peut, à la rigueur, se contenter d'une seule selle; si elle ne se produit pas spontanément, il faut la provoquerjle rnoyenle plus simple consiste à donner à l'enfant un lavement d'eau bouillie de 20 à 60 grammes selon l'âge, à l'aide d'une petite poire en caoutchouc munie d'une canule ad koe; ou encore à introduire dans le rectum un suppositoire de beurre de cacao de Oe',50 à 1 gramme ; on usera aussi aveefruit de légères frictions circulaires sur le ventre dans le sens des aiguilles d'une montre et de légers massages abdominaux. Quand ces moyens inoffensifséchouent, il faut avoir recours aux laxatifs etpurgatifs; les plus à conseiller pour les jeunes enfants sont la mannite, la manne, l'huile de ricin, le calomel. Il faut se défier des soi-disant préparations
Fig. 87. — Mégacolon
Enfant de quatre ans ; depuis la naissance, constipation opiniâtre avec débâcles diarrhéiques, augmentation progressive du volume du ventre. Circonférence abdominale, 77 centimètres, pour une taille de 87 centimètres, appétit conservé, thorax raccourci et évasé à sa partie inférieure, abdomen énorme, réseau veineux sous-cutané très développé ; mouvements Végétales à hase ae iruits, péristaltiques visibles à travers la paroi, bruyants.
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