VI. — DIARRHÉES DES NOURRISSONS
I. — Gastro-entérite infectieuse suraïguë. Choléra infantile.
On décrit sous le nom de choléra infantile (Trousseau) une diarrhée loxi-infectieuse Suraiguë qui s'observe chez les nourrissons, de la naissance à l'âge de deux ans, et dont le tableau clinique est frappant.
Syinptomatologie. — L'enfant, jusque-là bien portant, ou plus souvent atteint déjà de troubles digestifs et de tendance à la diarrhée, est pris brusquement de fièvre, d'agitation, d'altération de a physionomie, de vomissements répétés. Les selles sont liquides, d'abord diarrhéiques, grisâtres ou verdâties, puis aqueuses, franchement acides. Très rapidement l'état général décline, les traits se tirent, les yeux se cernent, la fontanelle se déprime, indiquant la déshydratation de l'organisme due aux pertes constantes d'eau par les selles; la peau se dessèche, la graisse sous-cutanée fond rapidement, l'enfant s'émacie à vue d'œil. La température est des plus variables : il y a des formes à hyperthermie continue, des formes hypothermiques et des formes à oscillations irrégulières : ces dernières ltons les plus fréquentes. L'abdomen se rétracte, des convulsions sui'viennent parfois; souvent l'auscultation dénote détins foyers de râles ou du souffle plaintif dans les poumons. L'affaiblissement augmente rapidement, et l'enfant succombe, en général, sans que les évacuations diarrhéiques aient cessé. Parfois cependant les phénomènes généraux persistent seuls, alors que la diarrhée est légère ou nulle (choléra sec, Hutinel); mais c'est exceptionnel.
La durée de la maladie est parfois très brève, trente-six à quarante-huit heures; dans des cas moins foudroyants, elle se prolonge davantage, et on peut alors arriver à sauver le malade ; les selles deviennent moins abondantes et moins fréquentes, la température
388 IHARRI1ÊES DES NOURRISSONS.
se rapproche de la normale; il est fréquent d'observer des rechutes, mais elles deviennent moins longues, moins intenses, au fur et à mesure que le temps s'écoule; enfin ladiarrhée cesse, la température revient à la normale, l'enfant reprend du poids et une meilleure mine. La guérison est définitive s'il s'agit d'enfantsde plus de huità dix mois; mais, chez les nouveau-nés, le pronostic reste grave, même quand l'orage est terminé; l'enfant n'a plus de fièvre, plus de diarrhée ; il a repris en se réhydratant un poids peu éloigné deson poids antérieur; mais, à partir de ce moment, il cesse d'assimiler ; il semble que les parenchymes intestinaux et hépatiques ne puissent plus remplir leurs fonctions; c'est alors qu'il sera nécessaire de surveiller avec le plus grand soin l'alimentation, de la varier, de tâtonner jusqu'à ce qu'on ait trouvé la méthode qui conviendra au cas particulier, difficile à indiquer d'emblée. C'est affaire de doigté et d'observation attentive aidée par l'examen des selles et la balance (voy. Dyspepsies).
Étiolo^ie et prophylaxie, — Les nourrissons nourris exclusivement au sein sont à l'abri du choléra infantile ; ce sont surtout les enfants au biberon et les enfants récemment sevrés qui fournissent la très grande majorité des cas de cette terrible maladie ; quelques cas concernent des, enfants à l'allaitement mixte.
L'influence de la température est prépondérante; c'està juste titre que les Anglais l'appellent la maladie d'été (summer's disease). La courbe de la mortalité par gastro-entérite présente des acmés qui répètent, huit ou quinze jours après, les acmés de la courbe de la température extérieure chaque fois que celle-ci dépasse 25° à 30n.
Ces températures élevées semblent prédisposer les enfants à l'infection intestinale, en altérant les sécrétions du tube digestif par dérivation vers les sécrétions cutanées ; mais par elles-mêmes, elles le rendent simplement réceptif; la cause efficiente est l'altération des aliments ; alors que les enfants au sein ne présentent, en général, au moment des chaleurs, que de légers troubles intestinaux ou généraux, ces troubles se transforment rapidement en choléra fatal chez les enfants qui reçoivent du lait susceptible d'avoir été altéré par la haute température, ou chez les sevrés à qui on donne imprudemment des fruits, des crudités, des aliments facilement altérables par les hautes températures d'été. La stérilisation du lait ne suffit pas à mettre à l'abri du choléra infantile; si le lait a déjà eu le temps de fermenter avant d'être stérilisé, le liquide absorbé n'est plus, il est vrai, iniectieux, mais il est toxique, irritant pour l'estomac et l'intestin, et l'infection endogène se développe alors à la faveur de celte irritation primitivement non infectieuse.
Les microbes pullulent dans l'intestin (fig. 83) ; c'est la plupart