PAU
le D? MARFAN
Médecin de l'hôpital des Enfants -Malades, Professeur à la Faculté de médecine de Paris.
L'enfance est la période de la vie qui s'étend de la naissance à la puberté, laquelle s'établit entre douze et seize ans, un peu plus tôt chez les filles que chez les garçons. Ce qui la caractérise avant tout, c'est qu'elle est la grande période d'accroissement et que, du fait de la croissance, l'organisme infantile subit des modifications rapides etprofondes. Sionconsidèrelesdifférencesquiséparentlenouveau-né de l'adolescent pubère, on conclura qu'à aucune autre époque de la vie extra-utérine on n'observe une transformation aussi grande en un temps aussi court. En réfléchissant à ce fait, on est conduit à présumer qu'il y a dans l'enfance elle-même des périodes distinctes et que, dans chacune d'elles, la vie infantile revêt des caractères différents. C'est, en effet, ce que montrent la physiologie et mieux encore peut être la pathologie. En nous appuyant sur les données Apert. — Mal. des Enfants, S' éclil. j
qu'elles nous fournissent toutes les deux, nous avons proposé (1) une division de l'enfance en trois phases :
1° La première ou petite enfance comprend les trente premiers mois de la vie; à cette phase, l'enfant est appelé nourrisson. Cette période est celle dans laquelle le lait est l'aliment d'abord exclusif, puis prépondérant et dans laquelle s'accomplit la première dentition. On y observe certaines maladies avec une grande fréquence : les troubles digestifs, l'atrophie et l'athrepsie; la broncho-pneumonie; l'eczéma, les pyodermites, les érythèmes; la paralysie spinale, l'éclampsie;
le rachitisme.
Durant le premier mois, le nourrisson est dit nouveau-nc. C'est au cours de ce premier mois que s'opèrent la formation de l'ombilic, l'établissement définitif de la circulation de la veine porte et l'involution des canaux sanguins du fœtus désormais inutiles. C'est dans cette période que l'attention du médecin est attirée sur les malformations et les infections congénitales ; que l'on observe la débilité congénitale, particulièrement chez les prématurés ; qu'on a l'occasion de soigner ces affections qui ont pour origine un des actes de la parturition et que, pour ce motif, nous avons appelées maladies obstétricales du nouveau-né : asphyxie du nouveau-né, infection du cordon, ophtalmie purulente, céphalématome, paralysie obstétricale.
2' La seconde ou moyenne enfance s'étend du trentième mois à six ou sept ans; elle se termine au moment où sortent les premières molaires définitives et où va commencer le remplacement des dents de lait. Dans cette période, le système nerveux se développe, et on voit s'éveiller les activités motrices et psychiques. Les maladies qu'on y observe peuvent se rencontrer à toutes les époques delà vie; mais quelques-unes y sont beaucoup plus fréquentes: telles les lièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie, l'adénopathie trachéo-bronchique, la méningite tuberculeuse, les tuberculoses osseuses et articulaires.
3° La troisième ou grande enfance s'étend de six ou sept ans jusqu'à la puberté, laquelle s'établit en général entre douze et seize ans, un peu plus tôt chez les filles que chez les garçons. Ce qui la caractérise, c'est le développement du squelette en longueur et les phénomènes qui préparent la puberté. Les maladies qu'on y rencontre sont, à peu de chose près, celles qu'on observe chez l'adulte ; cependant on y relève la fréquence du rhumatisme articulaire, des cardiopathies rhumatismales, de la chorée, du rachitisme tardif, de certaines localisations de la tuberculose (péritoine, os, articulations).
Cette division nous paraît plus rationnelle que celles qui ont déjà
(1) Semaine médicale, 21 nov. 1896, p. 409.
élé proposées. Sans aoute il ne faut pas considérer comme absolues les limiLes que nous avons assignées à chacune de ces périodes ; il faut les regarder comme représentant des moyennes. Cette réserve faite, noire division offre d'utiles points de repère; elle correspond à des différences assez tranchées dans révolution physiologique e1 dans les aptitudes morbides; si les phases qu'elle comprend sonjt reliées entre elles par une condition commune, la croissance, chacune d'elles n'en a pas moins des caractères et des maladies qui lui sont propres.
Ces définitions établies, nous pouvons dire que, si la pédiatrie constitue une branche spéciale de la médecine, elle le doit peu à lu pathologie de la grande enfance, dont on pourrait faire une annexe de la médecine des adultes; elle le doit plus à la pathologie de la moyenne enfance ; elle le doit surtout à la pathologie de la première • enfance, qui offre des caractères propres, que des différences importantes séparent de la pathologie de l'adulte et qui exige, par suite, une étude spéciale. A notre sens, aucun médecin ne devrait exercer sans avoir l'ait cette élude. S'il est permis à un praticien qui n'a pas cultivé spécialement certaines branches de la chirurgie de ne pas exécuter L'opération de la cataracte ou de la néphrectomie, par exemple, on ne saurait admettre qu'il ne sache pas donner des conseils sur l'alimentation des nourrissons, reconnaître et soigner un choléra infantile, découvrir la cause et établir le pronostic d'une hypothrepsie infantile, traiter une bronchopneumonie du premier âge, ou dépister les formes larvées de la syphilis congénitale.
Quoi qu'il en soit, rien n'est plus propre à montrer ce qu'il y a de particulier dans la médecine de la première enfance que l'exposé des règles qui doivent présider à l'exploration clinique des nourrissons. Aussi, notre ancien élève, M. Apert, devenu maître aujourd'hui, ayant bien voulu nous demander une introduction à son Précis très étudié, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de consacrerquelques pages à ce sujet.