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II. - STOMATITES

Les lésions inflammatoires de la muqueuse buccale portent le nom de stomatites. 11 faut décrire à part certaines lésions, bien particulières dans leur étiologie ou leur localisation : la glossite desquamative marginée, le muguet, la perlèche, la subglossite diphtéroïde. Ainsi allégé, le cadre des stomatites reste encore très vaste.

Stomatites érythémateuses. — La stomatite èrythémateuse, c'est-à-dire la rougeur intense de la muqueuse buccale, se voit fréquemment chez les jeunes enfants au cours des gastro-entérites ; toute la muqueuse est rouge vif et sèche; la langue est blanche au centre, mais rouge et sèche à la pointe et sur les parties latérales.

Au début de beaucoup d'affections fébriles de l'enfance, en particulier des fièvres éruptives, la muqueuse buccale est le siège d'une inflammation avec prolifération épithéliale surtout marquée sur les gencives; c'est la gingivite éryllaimato-pultacée de Comby; sur le fond rouge des gencives, la couche superficielle desquamée de l'épithélium forme un petit enduit blanc crémeux, facile à détacher.

La stomatite èrythémateuse et la stomatite érythémato-pultacée ne sont que des éléments de tableaux morbides plus compliqués. Il

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n'en est pas de même des stomatites qui nous restent à étudier maintenant.

Stomatites ulcéro-exsudatives. — Elles surviennent dans des circonstances très différentes, tantôt chez des enfants sains exposés à une contagion, tantôt chez des enfants prédisposés, soit par une moindre résistance locale (éruption dentaire, d'une molaire par exemple), soit par un mauvais état général (fièvre éruptive, tuberculose, misère). L'aspect clinique est également très variable; il s'agit toujours de plaques blanchâtres, plus ou moins bien circonscrites, sur la face interne des joues, la langue, les gencives ; mais il y a tous les passages entre les cas à exsudations superficielles n'entamant pas le derme de la muqueuse et ceux où il s'agit d'ulcérations creusantes, à fond grisâtre, avec salivation et fétidité de l'haleine ; il est certain que, dans ce cadre des stomatites, sont confondues beaucoup d'affections différant par leurs causes, leur évolution, leur gravité. Quelques-unes d'entre elles sont bien étudiées et dès maintenant bien déterminées.

1° Stomatite herpétique. — Elle résulte de l'éruption sur la muqueuse buccale de vésicules d'herpès analogues à celles de l'herpès labial ; mais, tandis qu'à la surface cutanée des lèvres, la vésicule sèche et forme croûte, sur la muqueuse labiale l'épiderme soulevé macère, se délite et laisse sous lui une petite exulcération circulaire blanchâtre; ces exulcérations sont multiples, souvent groupées et parfois confondues en une ulcération polycyclique; l'exulcéralion est entourée d'une bordure rouge, soulevée, inflammatoire; elle est le siège d'une vive cuisson exacerbée par les mouvements de la langue et le contact des aliments ; il n'y a dans la stomatite herpétique, ni salivation, ni fétidité de l'haleine ; l'affection dure peu ; en quelques jours, trois ou quatre, les exulcéralions sont cicatrisées.

La stomatite herpétique est facile à reconnaître. Une fâcheuse confusion avec la stomatite aphteuse résulte de l'habitude défectueuse d'appeler aphtes lesulcérations de la stomatite herpétique. En réaiité, il n'y a aucune ressemblance entre les deux maladies.

2° Stomatite aphteuse. — La fièvre aphteuse des bovidés se transmet facilement à l'homme; elle se manifeste par de la fièvre et des lésions buccales sous forme de petites ulcérations de la dimension d'une lentille, en nombre variant de trois ou quatre à vingt ou trente sur les joues, la langue, les gencives, le palais; elles sont arrondies sur le palais et la face supérieure de la langue, allongées sur les bords de cet organe et dans les sillons gingivaux; la langue est recouverte d'un enduit saburral épais ; l'haleine est fétide, la

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mastication douloureuse, la salivation intense. L'affection dure cinq à six jours, puis guérit complètement. Dans des cas rares, il survient en même temps à la pulpe des doigts des vésico-pustules dermiques, analogues à celles beaucoup plus fréquentes qui apparaissent à la sertissure des sabots chez les bovidés atteints de fièvre aphteuse.

Le diagnostic de stomatite aphteuse peut être affirmé quand une stomatite ayant les caractères ci-dessus a une étiologie bovine bien prouvée, ou quand les vésico-pustules des doigts existent. Mais, dans beaucoup de cas de stomatite ayant l'allure d'une stomatite aphteuse, il est impossible d'affirmer si l'affection est bien due au virus aphteux ; ce virus passe à travers les filtres et est trop petit pour pouvoir être caractérisé par l'examen microscopique ; nous ne savons pas le cultiver ; il ne peut être décelé que par l'inoculation au veau. En réalité, il semble qu'à côté de stomatites aphteuses vraies, dont l'existence est incontestablement prouvée, il y a une série de stomatites analogues encore non classées.

3° Stomatite ulcéro-membraneuse, stomatite de Vincent. — Vincent a montré que certaines formes d'angines et de stomatites à caractères ulcéreux sont dues à une symbiose microbienne fusospirillaire ; il suffit de prendre une parcelle de l'exsudat grisâtre et décolorer au bleu de méthylène pour apercevoir, au milieu de débris cellulaires granuleux, de nombreux spirilles et un bacille en forme de fuseau, à caractère très voisin du bacille de la pourriture d'hôpital (fig. 53). Il semble que la plupart des cas décrits autrefois sous le nom de stomatite ulcéro-membraneuse (Bergeron) soit la même affection que la stomatite de Vincent.

La maladie est le plus souvent unilatérale ; des ulcérations grisâtres, creusantes, sanieuses, non saignantes, existent sur les gencives le long de la sertissure des molaires, sur la joue au point correspondant, dans le sillon gingival inférieur; la salivation est intense et l'haleine fétide ; les ganglions cervicaux sont gros, douloureux, empâtés ; l'état général est atteint; la température est à 38°, 38°5 ; il y a de l'abattement, de l'anorexie ; au bout de quelques jours, les phénomènes généraux s'amendent; les phénomènes locaux sont beaucoup plus longs à s'atténuer, et la maladie peut durer un ou deux mois si le traitement approprié n'est pas appliqué.

4° Stomatite impétigineuse. — L'impétigobuccalse produit sous forme d'ulcérations superficielles, blanchâtres ou grisâtres, peu douloureuses, étendues, irrégulières, cerclées de rouge, siégeant surlout à la face buccale des lèvres ou des joues, et coexistant ou non avec l'impétigo facial et des pyodermites cutanées. L'état général n'est

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pas atteint; la salivation et la douleur sont minimes. On peut déceler le staphylocoque à la surface des parties malades.

5° Stomatite diphtérique. — La fausse membrane fibrineuse épaisse, la couenne, qui existe dans ce cas, différencient bien cette stomatite des précédantes. Elle n'existe guère sans anginediphtérique et coryza diphtérique.

6° Stomatites indéterminées. — Enfin certaines stomatites n'ont pas de caractères assez tranchés pour être rangées dans aucun des groupes précédents. L'examen bactériologique révèle une flore très riche, où pullulent les microbes habituels de la cavité buccale. Telles sont le plus souvent les stomatites survenant secondairement au cours des fièvres éruptives ou dans les convalescences, et les stomatites toxiques, ces dernières rares du reste chez l'enfant.

Traitement. — Dans toutes les stomatites, on obtient un bon résultat par les fréquents lavages de bouche chez les enfants déjà grands, par les injections buccales et les nettoyages au tampon d'ouate humide monté sur une pince hémostatique chez les enfants plus jeunes. Les lavages, injections et nettoyages seront faits, soità l'eau bouillie simple dans les formes bénignes, soit kl'eau oxygénée au dixième ou même au quart dans les formes avec salivation et fétidité, soit même à l'eau thymolée ou chloralée. On peut faire suivre le lavage d'un badigeonnage à la glycérine boratée (à 10 p. 100). Dans les formes ulcéreuses, il est nécessaire d'y joindre des attouchements des ulcérations : la teinture d'iode, V acide chronique, le nitrate d'argent, Yacide lactique, l'acide pierique donnent également de bons résultats. A l'hôpital des Enfants-Malades, le traitement traditionnel a été longtemps d'étaler avec le doigt sur les ulcérations une petite boulette de chlorure de chaux pâteux, puis de faire immédiatement un grand lavage à l'eau bouillie. Dans la stomatite ulcéro-membraneuse et dans la stomatite impétigineuse, les badigeonnages avec la solution de bleu de méthylène sont spécialement indiqués. Le chlorate de potasse à l'intérieur, en lavages et en badigeonnages, est presque un médicament spécifique vis-à-vis de la stomatite ulcéromembraneuse.

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