‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 5 sur 42 · JffriO!S''QU-,StI&QfeK ,D E L OU I S XV · texte numérisé non relu

JffriO!S''QU-,StI&QfeK ,D E L OU I S XV

lui. H pcHesJa qu'.il y avait pour Jes cardinaux un remontai particulier,, et cardinal ne recevait

pas lextrème-onction et le- viatique comme un autre homnm* Jte curé de Versailles alla aux informations, et pendant ce temps du Bois mourut,, le 10 auguste 1728. Nous rimes de sa mort comme de son ministère : tel était lê goût des T Français , accô^utumés à rire de tout, (a) \ • • . . ^ ,

Le duc d'Orléans prit alors le titre de premier ministre , parce que , le roi étant ma jeur 1 il n'y avait plus de régence; mais il suivit bientôt son cardinal. C était un prince à qui on ^pouvait reprocher que son gcïût ardent pour les/plaisirs et pour les nouveautés.

De toute la race de Henri IV, Philippe d'Orléans fat celui qui lui ressembla le plus ; il en avait la valeur , la bonté, l'indulgence , la gaieté , la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physionomie, incomparablement plus gracieuse 7 : était cependant celle de Henri IV. Il se plaisait quelquefois à mettre uno fraise, 1 et c itait alors Henri IV embelli. ~ * s - • ■ , • j Il ayaitalors un singulier projet , dont sa mort subite sauva la France. C'était de rappeler Lass, réfugié et oublié dans Venise, et de faire revivre son système,

dont il co

ÏSS

er les abus et augmenter les

(a) Le régent, en , avait fait le cardinal du Bois pre-

mier ministre. Ou le compilateur des mémoires de Maintenir a-uil pris que Louis XIV, avant donné un petit bénéfice , en 1692 , à Cèt abbé du Bois , alors obscur , avait dit de lui : U ne.s'attaçjie pçintaux femmes, qu'il aime; *' il boit, Il ne s'eïivjp pas; et, s'il joue) U ne p.erd jamais ? Voila de singulières rasons pour donner un bénéfice. Peutr>on faire parler ainsi 'Loitis'XIV ? et ce monarque jetait-illavue sur l'abbé du Bois? 1) ailleurs l'abLc; du Bois 11 c tait ni joueur ni buveur.

MlÈCTS 0TJ SftCLÊ DE L O \fï% Xf . - ~ 21

avantages; Kié& ne pôt jai&aîs le détacher, dé l'idée ■ d'une banque générale, chargée de payer toutes les dfeftes de rÊtat. L'exempi^dè Venise, dê laUoilande, | de 1-Àngteterre,'ltfi faisait-illusion > Son secrétaire Melon, esprit systéniutiqtie, très éclairé, mmà chiraé- * noue, lui avai t inspiré ce .-dessein , et l'y confirmait de jour en jour. Il oubliait ^différence établie parla nalure entre le génie des Frànç;ns* et despeupleà qu'on voulait imitera combien de tëmpfc il' feut potir faire rén4sir de tels établissements-, (pie lit m tron était alors plus révoltée contre le système dê Lass, qu'elle n'en avait été d'abord enivrée; ef cjlie Lass, revenait une seconde fois bouleverser là' France avec- des billets , trouverait des ennemis plus ett garde, plus acharnés et plus puissants qu'il tievï avàit\éus à côtaibattre dans ses premiers prestiges. - ' . •' • • ]

La contemplation continuelle de cette "gtanfde eff-' j taprise q[ui séduisait le due d"Oi4éaris, et celle des * orages quil allait exciter, allumèrent son saiTg. Les plaisirs.de la^tàWè et îfe Famoto dérangèrènt sa-s&wté davantage. Il fut averti par unoié^ërè'-atteqtief d'^po^ j plexie q^négligei^ et>qui lui en âf tirà^ u^e séfcoàde^ lê 2? décènitré 4 > i , à >Vérsaitij8^ It &éu*tiÇ ! artv mip* nMmtquHl-eji f*Ç frappée ^ *|» t " 1 11 ' M

Son fils , le duc de Chartres , d'un caractétfé! faible et • J farre , plùsr fait pour ntafe^eétiulè à Sakifé^Geîieviève ,

8 à. fini ses joiii^, qôë poùrle infinistére, ne de*iaanda pas la fkee dé s6ti pèrel Lè duc de Bo^rbôûy ^fèi^pèt&4te d^ g^^ C^déj te'deftiafîdâ éfcr-le- S àtinp àti jëuite rot faafefl t ? Le 1 ifoi éfâit à^3é Fletiri , atifen éVêque de ÉréjUs^ ^ précepteur. H cqâsôk^^

nctt regaid;, «tf VidBâEé %i^âél& è£ ^éfepèét,

23 i PRÉCIS DU «iiCLE DE LOUIS XV.

qui n'osa pas s'opposer par un signe de tête à la demande du prince.

• La patente de premier ministre était déjà dressée par le secrétaire d'Etat la Vrillière, et le duc de Bourbon fut le maître du royaume en deux minutes.

• Le sort des princes.de Condé a toujours été d'être opprimés par des prêtres. Le premier grince de Coudé, Louis , oncle de Henri IV, fut toute sa vie persécuté par les prêtres de Rome et de la France, et assassiné sur le champ de bataille immédiatement après la perte de la journée de Jarnac, . . .

Le second, Henri, cousin germain de Henri IV, plus poursuiyi encore par les prêtres de la Ligue, empoisonné dans Saint-Jean d'Àngeli.

Le troisième, Henri II, .nps^u prison sous le gouvernement du Florentin Concini, et depuis toujours tourmenté par le cardinal 4e Richelieu, quoiqu'il eut marié son fils à la nièce de ce cardinal.

Le quatrième, qui est le grand Condé, enfermé à Vincennes et ,au, Hawej poursuivi hors du royaume par le cardinal Mazarin. ; % . 4 T, t ... r».

Enfin celui dont nous parlons, et que nous appelons tsieur le, DuCj supplanté, chassé de la côur, : et exilé par Fleuri, évêque de Fjréjus, qui &t : cardinal bientôt après* ; .v.- ■„ .y, , f2

Voici -commentée fil cette révolution , qui étonna la France , et qui n'était après tout qu'un changement de ministre , ordinaire dans toutes les cours.

Monsieur le Duc aban#onfta d'abord tout le département d^ l'Eglise, et le soin de poursuivre les calvinistes et lçsijansé^tes^à.lW^e de Fréjus, se rçsfrvaut radmuûstraùpjx de tofct À* mM* Ce par£g« pio^

PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS ZY. Si3

duisit quelques difficultés entre eux- Le prince était gouverné par un des frères Pâris, nommé du Verney, qui avait eu la principale part à l'ouvrage inoui de la liquidation des biens de tous les citoyens, après le renversement dès chimères de Lass* Une autre personne gouvernait plus gaiement le prince ministre; c était la fille du traitant Pléneuf , mariée au marquis de Prie, jeune femme brillante, légère, d'un esprit vif et agréable. Pour Fleuri , âgé alors de soixante et treize ans, il n'était gouverné par personne, et il avait sur le roi, son élève, un ascendant suprême, fruit de l'autorité d'un précepteur sur son disciple et de l'habitude.

. Pàris du Verney, étroitement liéavec cette marquise de Prie, résolut avec elle de mettre le roi entièrement' dans la dépendance du prince, et de chasser le précepteur. Nous avons déjà vu que le duc d'Orléans, régent de France^ polir finir sa guerre contre le roi d Espagne, Philippe V, avait marié l'infante , fille de ce monarque et de la princesse de Parme, âgée Alors de cinq ans et demi, au roi de France , qui en avait quinze, Il fallaitattendre environ dix ans au moins la naissance incertaine d'un dauphin. Madame de Prie et du . Verney prirent ce prétexte pour renvoyer l'infante à son père, et pour faire un véritable mariage du roi de France avec une sœur du duc de Bourbon , très belle et très capabh de donner des enfants, élevée à Fontevraud , sous le nom de princesse de Vennandois,

On commença par renvoyer la femme de cinq ans avant de s'assurer d'une plus mûre. Ou, la fit partir ppur l'Espagne, ^ans pressentir son père et sa mère, sans adoucir la dureté dune telle démarche par la plus.

Ifcère^usp., On chargea seulement Kahbéxk hWrj,

Skngv&û , fils dW ^ettfîe^ maître d'hôtel dû tôi . irinistrë alors en Pôflligal, de passer èfr Espagne pour #n iristruirè le rot et la'Tèmë, pendant que létrf eiifatft était en» cbëmiiiy rfecohdùite à petites journées. Get ouWi de toute bieriséan'cë n était 1 effet daùcuàe que- | rëHc «ntte ïes l coUrs de France et d Espargne-. 11 seihblait qu'une telle démarche ne pouvait êtté imputée qu'au caractère dé du V'erney,qiii, ayant été garçon cftbarctiët* ckms soir enfance 1 , chez sa mère , en Dauphiné, soldat aux gardes '-tfdtts sa jeunesse, et plongé depuis dans la finance, retint tbuté.sa vie uri peu de la dureté de- ces trois professions. La marquise de Prie rie songea jamais aux conséquences r et Mono(siel»de y I>tac tfétuit pas politique.

L'infante, qui ftitairt si recoiidtiif e , #ut'3ê£ms rèihe en Portugal. Elle donnai Jôseph IF les enfants 'quWir ne voulut pas qu elle dôiinàfà Louis 1 X V,: et û'èii fut pas plus heureuse. x • I ' 4 '

Quelques mois après son renvoi', madame dë «Prie courut eu poste à'Fbritèvraud^ pnnbèséè ùe Vermandois r hfl donVenâit \ 'èt-'sf én pouvait' s'Ssstt 1 - 4 rci» de gouverner lé roi deF&ricé par'rffevLaprii^esséy etidôfe phïs fi&te <|uè l^mattjûïsé ri'ëfiïi t légôr'è * et rtH* cirnsidéfée; MwArt J av^

\ûY fit sentir qu'elld étàîtfJftdlgriëë'tjfué sôWfi^èWlttPdé^ déliât une telle aîiibass^ricc.^ dette sèteti^éSrttelà priva de laxouronne. On- ÎM laissa foire "là 'fi&?è?Hfaife : sotfcbûVcnt : elle mourtit? ^ssëlde 1 BeffflWdrfl^s-

••'Ityavatt dans MsWMW^^^

Plléci5 DU SliCLE DE I.OTJIS XT. 31 5

dame de Prie. Elle était retenue pour toujours dans son lit par une maladie affreuse qui lui avait rongé la moitié du visage. Vauchon lui parla de Stanislas Leczinski, fait roi de Pologne par Charles XII, dépossédé par Pierre le grand, et réfugié à Veissembourg, frontière de l'Alsace, y vivant d'une pension modique que le ministère de France lui payait très mal. Il avait uno fdle élevée dès son berceau dans le malheur, dans ta v modestie, et dans les vertus qui rendaient ses infortunes plus intéressantes. La dame Texicr pria la marquise de la venir voir; elle lui parla de cette princesse pour laquelle on avait proposé des partis un peu au* dessous d'un roi de France, Madame de Prie partit deux jours après pour Veissembourg , vit cette infortunée princesse polonaise, trouva qu on ne lui en avait pas a&ez dit , et la fit reine. -

Dans le conseil privé qu on assembla pour décider de cette alliance , l'évêque de Fréjus dit simplement .qu'il ne, s'était jamais mêlé de mariage. Il laissa conclure l'affaire sans la recommander, et sans s'y opposer. La nouvelle reine fut aussi reconnaissante envers Monsieur le Duc , que le roi et la reine d Espagne furent indignés du renvoi ou plutôt de l'cxpubion de l'infante. ' • .

Quelque temps après, les murmures de Versailles et de Paris ayant éclaté , la défiance, entre Monsieur le Duc et le précepteur étant augmentée , la cour ayant formé deux partis , les esprits commençant à s aigrir , levéque déclare enfin au prince ministre , que le seul moyen d'eu prévenir les suites, était de renvoyer de la cour madame de Prie , qui était dame du palais dé la reine. La marquise, de son côté, résolut, selon les

i6 PRÉCIS DU JHÈeiE DE LOUI5 XT.

règles de la guerre de cour , de faire partir le prié* deepteur.

.Une des mortifications <\i\ premier ministre était que, lorsqu il travaillait avec le roi au* allures d'Etat, Fleuri y assistait toujours,, ot que, lorsque Fleuri faisait signer au roi des ordres pour l'Eglise, lef prince riy était point admis. On engagea un jour le roi à venir tenir son petit conseil sur des objets de peu <Jifnpoi> lance dans la chambre de h reiné ,• et quand lévôquç de Fréjus voulut entrer, Ja porte lui f^t ferrie. Fleuri, incertain si le roi n'était pas du complot -, prit incon>tinent le parti de se retirer au village dlàsi , entre Paris et Versailles , àetns une petite j^aison de camr pagne appartenant à un ^éutinaire. C'était là son ré* Juge qu&nd il était mccopteiït ou qu'il feignait de l'être.

Le parti du premier ministre paraît triompher peu* dant quelques ieures , mais ce fut une seconde journée ,de\ dupes j semblable à Cette journée si Connue, dans, laquelle le cardinal de Richelieu i chassé par Marie dfe Médicis et par ses autres ennemis, Jcs chassa tous i contour.

< Le jeune Louis ,XV , accoutumé à son précep* Jcur, aimait en lui un vieillard qui , n'ayant rieu 4# fiiandé jusque-l£ pour sa famille inconnue à la cour, n avait d aulre intérêt que celui 4e son pupille; Fleuri i \ui plaisait par la douceur de son caractère , par le* 3grémegts de son esprit naturel et facile. Il n'y ayait Ças jusqu : à sa physionomie, douce et imposante , et jusqu'au son de sa voix q^i n'eût subjugué le roi. Moa- £ieur le Duc 1 ayant reçu de la nature des quali tés coçr |rgi* cs ? insjpirait au roi me secrète répugnance

Le monarque , qui n avait jamais marqué de volonté, qui avait vu avec indifférence son gouverneui 4 , le maréchal de Villeroi, exilé par le duc d'Orléans régent; qurayant reçu pour femme un enfant de six ans sans en être surpris, 1, avait vu partir comme un oiseau qu on change de cage ; qui avait épousé la fille de Stanislas Leczinski, sans faire attention à elle ni à sort père ; ce prince enfin à qui tout paraissait égal, fut réellement affligé déjà retraite de Pévêque de Fréjutf. Il le redemanda vivëment , non pas comme un enfant ■ qui se dépite ! quand on change sa nourrice , mais Comme tm souverain qui commence à sentir qu'il est le maître. Il fit des reproches à la reine , qui ne répondit qu'avec des larmes. Monsieur le Duc fiit obligé décrire lui-même à Tévêque, et de le prier au nom du roi de revenir.

Ce petit démêlé domestique fut incontinent le sujet de tous les discours chez tous les courtisans., chez tout ce qui habitait Versailles. Je remarquai cfu'il fit plus d'impression sur les esprits que n'en firent depuis toutes les nouvelles d'une guerre funeste à la France et à l'Europe. On s'agitait, on s'interrogeait, on partait avec égarement et avec défiance. Les uns désiraient une grande révolution, les autres la craignaient : tdut était en alarmes.

H y avait ce jour-là spectacle à la cour : on jouait Brilannîcus. Le roi et la reine arrivèrent une heure plus tard qu'à l'ordinaire. Tout le monde s dperçuf que la reine avait pleuré; et je me souviens que, lorsque Narcisse prononça ce vers ,

Qw> tasd<*-V<m*, Seigaew , U 4i répudier ?

$8 PRlipiS DU SligLE die; LO-Ulf XV,

presque toute la salle tourna les yeux sûr la rcino pour Tobscrypr avec une curiosité plus indiscrète qua maligne, • \ ■

Le lendemain Fleuri revint. Il affecta de ne se point plaindre ; et sans paraître demander ni satisfaq.tion ni vengeance , il se contenta cl abord d'être en se* cret le maître des affaires. Enfjm le n juin 1726, le rai ayant invité Monsieur le Dijc A vepir coucher à I3 maison de plaisance de Rambouillet , et étant parti , divsaitril , pour l'attendre , le duc de Çharost , capiTgraine des gardes , vint arrêter ce prince dans son àpr partement ; jl le mit entre les mains d'un exempt qui le conduisit à Çhaptilli 3 séjour de ses pères et soi) exil.

^a dissimulation de levéque, dans cette exécution ,

n était pas extraordinaire ; celle du roi parut l'être ;

mais le précepteur avait inspiré à son élève une partie

de son caractèi^ ; et d ailleurs on avait dit depuis sj

long-temps, qui ne sait dissimuler, ne sait pas régner^

que ce proverbe royal . invenlé pour les grandes occa-r

Sions , était toujours appliqué aux petites,

Pàris du Verney, drr> ce moment, ne fut plus le maître de FEtat. Le roi déclara, dans un conseil extraordinaire, que c'était lui qui devait lêtre, et que tous les ministres iraient travailler chezl'évèque de Fréjus , ç est-i-dire , que Fleuri allait régner; les Itères Paris furent exilés ? et bientôt du Verney fut mis *â la Basr* ^ille. - ...

C'est ce même du Verney que nous avons vu de*puis jouir d une assez grande fortune et de beaucoup de considération. 11 fut l'inventeur et le vrai fondateur 4e l'Ecole Militaire. Pour madame de Prie, elle fu*

PRECIS du' siècle de louis xy. 1 u$

envoyée au fond de la Normandie , où elle mourut bientôt dans lés convulsions dû désespoir*

Il manquait à Fleuri détre cardinal. C^cst Une qua* lité étrangère à l'Eglise et à l'Etat , que tout ecclésiastique romain , à portée de l'obtenir , poursuit avec foreur , que les papes font long- temps espérer pour avoir des créatures , et que les rois honorent chez cm, par une ancienne coutume qui tient lieu de raison et même de politique.

Monsieur le Duc avait secrètement empoché, par le cardinal de Polfgnac^ ambassadeur à Rome, et par l'abbé de Rothelin, qu'on n'envoyât cette barrette tant désirée : elle arriva bientôt; Fleuri la reçut avec la même simplicité apparente qu'il avait reçu la place de premier ministre , et qui dirigea toutes les actions de sa vie , sans jamais laisser entrevoir sur son visage , ni les sourcils de la fierté , ni les grimaces de l'hypocrisie.

S'il y a jamais eu quelqu'un d heureux sur la terre, c'était , sans doute , le cardinal de Fleuri. On le regarda comme un homme des plus aimables et de la société la plus délicieuse jusqu'à l'âge de soixante- treize ans : et, lorsqu'à cet âge, bii tant de vieillards se retirent du monde ^ il eut pris en main le gouvernement, il fat regardé comme un des plus sages. Depuis 1736 jusqu'à 174^ tout lui prospéra. 11 conserva jusqu'à près de quatre-vingt-dix ans une tète très saine, libre et capable d'affaires.

Quand on songe que de mille contemporains il y en a très rarement un seul qui parvienne à cet âge , on est obligé d'avouer que le cardinal de Fleuri eut une destinée unique: Si. sa grandeur fut singulière , en ce

3o PRÉCIS DU SÏÈÇLE DE LOUIS XV.

qu'ayant commencé si tard , elle dura $i Long-temps, saas aucun nuage , sa modération et h douceur de s s „ mœurs ne le furetât pas moins. On sait quelles étaient les richesses et la magnificence du cardinal d'Ainbaisç, qui aspirait à la tiare ; jet lhypocrisie arrogante de Ximénès, qui levait des armées è ses dépens, et qui, , vâtu en moine, disait qu'avec son cordon il conduisait les grands d'Espagne : on connaît le faste royal de Richelieu , les richesses prodigieuses accumulées par Mazarin. Il restait au cardinal de Fleuri U distlnctÎQjn de la modestie ; il fut simple et économe en tout , sans jamais se démentir. L élévation manquait à $on caractère. Ce défaut tenait à des vertus, qui sont la douceur, i égalité, l'amour dej'ordre et de la paix : il prouva que les esprits doux et conciliants sont &its ; pour gouverner les autres.

. }\ s était démis le plus tàt qu'il avait pu de ,&dq , évéché de Fréjus, après l avoir libéré de dettes par son éçonojnie , et y avoir fait beaucoup de bien par son esprit de conciliation. C'étaient là les deus parties dominantes de son caractère. La raison qu'il allégua à ses diocésains était lelat de sa santé , qiji le mettait désormais dans l impuissance de veiller à son trou* pcau;iwxis heureusement il n'avait jamais é]té malade.

Cet évêché de Fréjus , loin de 1# coifr , dans un pays peu agréable , lui avait toujours déplu. Il disait que dès qu'il avait vu sa femme j il avait été dégoûté de son mariage , et signa dans une lettre pl$i$auj.«rie au cardinal Quirini : Fleuri, évpque de Fréjus par ï indignation divine. \

Il se démit vers le commencement de 1715. Le maréchal de Villorpi , apr^ b?a«oup de sûllic^iow h

PHECIS '-DU àlÈCtE DE LOUIS XV. 3l

obtint de Louis XIV , qu'il nommât Pévéque de Fréjus précepteur par son codicille. Cependant voici comme le nouveau précepteur s'en explique dans une lettre au cardinal Quirroi :

J'ai regretté plus d'une fois la solitude de Fréjus. Fm arrivant j'ai appris que le roi était à V extrémité , et qu 'il m'avait fait l'honneur de me nommer précepteur de son petit-fds : s'il avait été en état de m'en* tendre , je l'aurais supplié de me décharger d'un fardeau qui me fait trembler; mais après sa mort on na pas 'voulu m' écouter : fen ai été malade , et je ne me console point de la perte de ma liberté.

Il s'en consola en formant insensiblement son élève aux affaires , au secret , à la prpl>ité , et conserva dans toutes les agitations de la cour , pendant la minorité , la bienveillance du régent et l'estime générale ; ne cherchant point à se faire valoir, ne se plaignant de personne , ne s attirant jamais de refus , n'entrant dans aucune intrigue : mais il s'instruisait en secret de l'administration intérieure du royaume , et de la politique étrangère. U fit désirer à la France , par la circonspection de sa conduite, par la séduction aimable de son esprit, qu'on le vit à la tète des affaires. Ce fut le second précepteur qui gouverna la France : il ne prit point le titre de premier ministre , et-se contenta ùèire absolu. Son administration fui moins contestée et moins enviée que celle de Riçhelieu et de Mazarin , dans les temps les plus heureux de leurs ministères. Sa place ne changea rien da»s ses moeurs. On fut rtonné que le premier ministre fût le plus aimable et !c plus désintéressé des courtisans. Le bien de 1 Etat s'accorda long- temps avec sa modération. On avâll

3a Précis du siècle de lovis xv.

besoin de cette paix qui! aimait ; et tous les ministres étrangers crurent quelle ne serait jamais rompue pendant sa vie.

Il laissa tranquillement la France réparer ses pertes, et s'enrichir par un commerce immense, sans faire aucune innovation ; traitant l'Etat comme un corps puissant et robuste, qui se rétablit de lui-même; haïssant tout système, parce que son esprit était heureusement borné ; ne comprenant absolument rien à une affaire de finance, exigeant seulement des sousministres la plus sévère économie ; in^pablc d être commis d'un bureau^ et capable de gouverner FEtat(a). : ■ • •

Les affaires politiques rentrèrent insensiblement dans leur ordre naturel. Heureusement pour l'Europe, le premier ministre d 'Angleterre, Robert Walpole,était d'un caractère aussi pacifique ; et >ces deux hommes continuèrent a maintenir presque toute l'Europe -dans ce repos qu'elle goûta depuis la paix d'Utrecht jusqu'en lj33j; repos qui n'avait été. troublé qu une fois par les guerres passagères de i y i 8 et de 1726. Ce fol un temps heureux pour toutes les nations , qui , cultiv ant à l'envi la commerce et les arts, oublièrent toutes leurs calamités passées.

En ces temps-là se formaient deux puissances, dont l'Europe n'avait point entendu parler avant ce siècle.

(a) Dans quelques livres étrangers, on a confondu le cardinal de Fleuri avec l'abbé Fleuri, auteur de l'Histoire da J Eglise, et des excellents discours qui sont si au-dessus de son histoire. Cet abbé Fleuri fut le confesseur de Louis XV: mais il vécut a la cour inconnu; il avait une modestie vraie, a l'autre Fleuri avait la modestie d'un ambitieux habile.

PKÈCTS DU SIECLE Dfc LOUIS XY. 33

La première était la Russie, que le czar Pierre le grancl avait tirée de la barbarie. Cette puissance ne cousistaît , avant lui, que dans, des déserts immenses et dans un peuple sans lois, sans discipline, sans connais- , sances, tel que de tout temps ont été les Tartares. Il était si étranger à la France, et si peu connu, que, ijrsqu en 1G6S Louis XIV avait reçu une ambaasade moscovite, on célébra par une médaille cet événement, comme l'ambassade des Siamois.

Cet empire nouveau commença à influer sur toutes les affaires, et à donner des lois au Nord, après avoir abattu la Suède. La seconde puissance, établie à force d'art, et sur des fondements moins, vastes , était la Prusse. Ses forces se préparaient, et ne se déployaient pas encore.

La maison d'Autriche était restée à peu près dans l'état où la paix d Utrecht l'avait mise. L'Angleterre conservait sa puissance sur mer, et la Hollande perdait insensiblement la sienne. Ce petit Etal, puissant par le peu d'industrie des autres nations, tombait en décadence, parce que ses voisins faisaient -eux - mêmes le commerce dont il avait été le maître. La Suède languissait; le Danemarck était florissant; l'Espagne et le Portugal subsistaient par l'Amérique ; l'Italie, toujours faible, était divisée eu autant d'Etats quau conimcnccment du siècle, si on excepte Mantoue, devenue patrimoine autrichien.

La Savoie donna alors un grand spectacle au monde et une graude leçon aux souverains. Le roi de Sar- • daigne, duc de Savoie, ce Victor - Arasée, tantôt allié, tantôt ennemi de la France et de l'Autriche, et dont Pincer iiiude avait passé pour politique, lassé des

34 rruÉcjs du siècle de louis xv.

affaires et de lui-même, abdiqua, par un -caprice, en ijrôo, à lilge de soixante -quatre ans, la couronna qu'il avait portée le premier de sa famille, et se repentit par un autre caprice un an après. I^a société dç sa maîtresse devenue sa femme, la dévotion et le repos ne purent satisfaire une âme occupée pendant cinquante ans des affaires de l'Europe. 11 lit voir cruelle est la faiblesse humaine, et -'combien .il est difficile de remplir son cœur sur J e trône et hors du trôpe. Quatre souverains, dans ce siècle, renoncèrent à la couronue ; Christine, Casimir, Philippe V, Victor - Àmédée. Philippe V ne reprit le gouvernement que malgré lui ; Casimir n'y pensa jamais ; Christine en fut tentée quelque temps par un dégoût qu elle eut à Rome ; Amédée seul voulut remonter par la force sur le trône que son inquiétude lui avait lait quitter. La suite de cette tentative est connue. Son iils Charles - Emmanuel aurait acquis raie gloire au • dessus des couronne^, m remettant à son père celie qu'il tenait de lui , si ce pèrp seul Peût redemandée , et si la conjoncture des temps l'eût, permis - } mais c'était, dit - on, une maîtresse ambitieuse qui voulait régner, et tout le conseil fut forcé d'en prévenir les suites funestes, et de faire arrêter celui qui avait été son souverain. Il mourut depuis en prison en tyZ'x. U est \ïh faux que 1* cour de France voulut envoyer vingt iuill* hommes pour défendre le père contre le fils, comme on l'a dit dans les mémoires de ce temps -là. Ni l'abdi* cation de ce roi, ni sa tentative pour reprendre le sceptre, ni sa prison, ni sa mort, ne causèrent le moindre mouvement chez les nations voisines. Ce fut un tcryibje événement qui u eut aucune suite»

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Tout était paisible depuis la Russie jusqu'à TEs* pagne, lorsque la mort d'Auguste II, roi de Pologne, électeur de Saxe , replongea l'Europe dans les dissensions et daus les malheurs, dont elfe est si raremenl exempte.

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