‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 7 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mort de l'empereur Charles VI. La succession de la maison d'Autriche disputée par quatre puissances. . La reine de Hongrie reconnue dans tous les Etats de son père. La Silésie prise par le roi de Prusse.

L'empereur Charles VI mourut, au mois d'octobre 1740, à l'Age de cinquante-cinq ans. Si la mort du roi de Pologne, Auguste II, avait causé de grands mouvements , celle de Charles VI, dernier prince de la maison d'Autriche, devait entraîner bien d'autres révolutions. L'héritage de cette maison sembla surtout devoir être déchiré ; ils agissait de la Hongrie et de la Bohême, royaumes long -temps électifs, que les princes autri-

chiens avaient rendus héréditaires; de la Suabc autrichienne appelée Autriche antérieure, de la haute et basse Autriche conquises au treizième siècle, de la Stiric, de la Carinthie, de la Carniole, de la Flandre , du Burgau, des quatre villes forestières,, du Brisgau , du Frioul, du Tirol, du Milanais, du Mantouan, du duché de Parme; à 1 égard de Naples et de Sicile, ces deux royaumes étaient entre les mains de don Carlos, fils du roi d Espagne, Philippe V.

Marie-Thérèse, fille aînée de Charles VI, se fondait ' sur le droit naturel qui l'appelait à l'héritage de sou père, sur une pragmatique solennelle qui confirmait ce droit, et sur la garantie de presque toutes les puissant ces. Charles- Albert , électeur de Bavière , demandait la succession en vertu d'un testament de l'empereur Fer- ■ dinand I, frère de Charles-Quint.

Auguste 111, roi de Pologne, électeur de Saxe, alléguait des droits plus récents, ceux de sa femme même, fille aînée de l'empereur Joseph I, frère aîné de Charles Vf. . ' . •

♦Le roi d'Espagne étendait ses prétentions sur tous les Etats de la maison d'Autriche, en remontant à la femme de Philippe II, fille de l'empereur Maximilien II. Philippe V descendait de cette princesse par les femmes. Louis XV aurait pu prétendre à cette succession à d'aussi justes titres que personne, puisqu'il descendait en droite Inné de la branche ai née masculine d'Autriche p:ir la femme de Louis XIII, et par celle de Louis XIV: mais il lui convenait plus dèlre arbitre et protecteur que concurrent ; car il pouvait alors décider de cette succession et de l'empire , de concert avec kunôhié de l'Europe; jhais, s il y eût pré- ■

PRÉCIS DU SIÈCLE BE LOUIS Xf, ijS

! JcLdu , il aurait eu l'Europe à combattre. Cette cause de tant de têtes couronnes ftit plaidée dans tout le monde chrétien par des mémoires publics; tous leg princes, tous les particuliers y prenaient intérêt. On s'attendait â une guerre universelle; mais ce qui, confondit .ta politique humaine, c'est que Forage comr mença d'iin côté oùi personne n'avait tourné les ycu:ç f

Un nouveau royaume s'était élevé au commence* jnent de ce siècle ; 1 empereur Léopold, usant du droit que se sont toujours attribué les empereurs d'AUema» gne de créer des rois, avait érigé, en iyoi , la Prusse

I ducale en royaume , en faveur de l'électeur de Brands- ■ bourg, Frédéric-Guillaume. La Prusse n'était encore

I qu'un vaste désert; mais Frédéric-Guillaume II, son • second roi , qui avait une politique différente de celle des princes de son temps, dépensa près de vingt-cinq millions de notre monnaie à faire défricher ces terres, â bâtir des villages , et à les peupler; il y fit venir des familles de Suabe et de Franconie; il y attire* plus de seize mille émigrants (Je Salizbourg, leur fournissant à tous de quoi s'établir et de quoi travailler. En se for» jnant t>insi un nouvel Etat, il créait, par une écono* . $i:e singulière, une puissance dune autre espèce : U

! mettait tous les mois environ quarante mille éeu$

| d Allemagne en réserve , tantôt plus , tantôt moins ; ce .

| qui lui composa un trésor immense en vingt-huit an?, nées de règne. Ce qn il jie mettait pas dans ses coffres

' lui servait à former ujie armée d environ soixante et dix mille hommes choisis, qu'il disciplina lui-inêms » dune manière nouvelle, sans néanmoins s'en servir ; mais son fils ; Frédéric III , fit jisage de tout £e.<ju§ lq

$S Httë&tè du siècle ùe Lotris xv.

père v&àit préparé. Il prévit la confusion générale, cl tfepealït pas un moment pour en profiter. Il prétendait en Siiésic quatre duchés. Ses aïeux avaient renoncé à toutes leurs prétontions par des transactions réitérées* parce qu'ils étaient faibles-: il se trouva puissant, et il fes réclama.

. Déjà la France, l'Espagne, la J Bavière, la Saxe se remuaient pour faire un empereur. La Bavière pressait la Fiance de lui procurer au moins un partage de la succession autrichienne. L'électeur réclamait tous ces héritages par ses écrits; mais il n'osait les demander tout entiers par ses ministres. Cependant Marie- Thérèse, épouse du grand duc de Toscane, François de Lorraine, se mit dabord en possession de tous les domaines qu avait laissés son père; elle reçut les hommages des états d'Autriche à Vienne, le 7 novembre 1740. Les provinces d'Italie, la Bohême lui firent leur* «erments par leurs députés : elle gagna surtout l esprit des Hongrois en se soumettant à prêter l'ancien serment du roi André II, fait Tan 1222. tSï moi ou quel* ques-un$ de mes successeurs, en quelque temps que ce soit, veut enfreindre vos privilèges y qu'il vous soit permis , en vertu de cette promesse, à* vous et à vos descendants , de vous défendre , sans pouvoir être traités de rebelles.

Plus les aïeux<le l'archiduchcsse-reine avaient montré d'éloignement pour l'exécution de tels engagemen ts, plus aussi la démarche prud-nte dont je viens de par* 1er rêndit cette princesse extrêmement chère aux Hongrois. Ce peuple qui avait toujours voulu secouer le joug de la maison d'Autriche, emhrassa celui de Marieïherèse y et après deux cents ans de séditions ? de

fiaines et de guerres civiles, il passa tout d'un coup à Fadoration. La reine ne fut couronnée à Presbom^ que quelques mois après, le 24 juin 174*1- Elle n'en fut pas nioins souveraine ; elle fêtait déjà de tous les cœurs par une affabilité populaire que ses ancêtres avaient rarement exercée; elle bannit cette étiquette et Cette morgue qui peuvent rendre le trône odieui Sans lç rendre plus respectable. L'archiduchesse sa tante, gouvernante des Pays-Bas, n avait j tmais mangé avec personne, Marie - Thérèse admettait à sa table toutes les dames et tous les officiers de distinction : lé* députés des états lui parlaient librement; jamais cite fcc refusa d'audience , et jamais on* n'en sortit mécOn* .tenttfdfe. il -

Son premier som fiitf d'à&itter au grand duc de Toscans, son époux, le partage dé toute* ses cotfr ronnes sons le nom de co - régent , sâhs perdre en rien sa souveraineté, et sans enfreindre la pragmatique* sanction : clic se flattait dans ces premiers motnenfà *fue les dignités dont elle ornait ce prince lui préparaient la couronne impériale] mais cette princesse 11 a* rai!; point d argent , et ses troupes très - diminuées étaient dispersées dans ses vastes Etats.

* Le roi de Prusse lui fit proposer alors qu elle lui •cédât hr basse Sikîsfc, et lui offrit son : crédit, ses secours, ses armes, avec cinq millions de ftos livres, pour lui garantir tout le reste, et donner l'empire à sott époux. Des ministres babileg -prévirent que si la reine de Hongrie refusait de telles offres, l'Allemagne serait bientôt bouleversée; mais le sang de tant d empereurs, qui coulait dans les veines de cette princesse, ne lui bissa pas seulement l'idée de démembrer son patri*

48 ÏUlid& DU SIÈCLE DE lOVXS XV*

momo; elle était impuissante et intrépide. Le roi de Prusse voyant qu'en effet cette puissance n était alors qu'un grand -nom, et que letat où était l'Europe lui donnerait infailliblement des alliés , marcha en Silésic, au milieudu mois de décembre ij^o,

On voulut .mettre sur ses drapeaux cette devise : pro Deo et paîrid; il raya pro ~Dç,o , disant qu'il ne fallait point ainsi mêler le nom de Dieu dans les que* relies des hommes, et qu il s agissait d une province et non de rçligion. Il lit porter devant 'son régiment des gardes l'aigle romaine éployée en relief au haut d un I)âton doré : cette nouveauté lui imposait la nécessité d'être .invincible. Il harangua spn.arniée pour ^cssein* bler en tout aux anciens Romains. Entrant ensuite en çSilésié , il s'empara de presque toute cette proyiuce dont on lui avait refusé une partie; mais rien n'était encore décidé. Le général Neupcrg vint ayee enyiroq vingt-quatre ipille Autrichiens au, secours de cette province déjà envahis : il mit le roi dp Prusse dans h nécessité de donner bataille à Molvitz, près de la ri-f vière de Neisse. On vit alors ce que .valait l'infanterie prussienne : . la cavalerie du roi, moins forte de près de moitié que l'autrichienne, fut entièrement rompue; fa première ligne de son infanterie fat prise en flanc, on crut la. bataille perdue y tout Je bagage du roi fuî pillé; et ce prince, en danger d'être pris, fu,t entraîné loin du champ.de bataille par tous ceux qui lcnviroQ-f naient. La seconde ligne de l'infanterie rétablit tout par-cette discipline inébranlable A laquelle les soldats prussiens lout accoutumés, par ce feu continuel qu ils ïont,,en tirant cinq coups 311 moins par minute, e< chargeant leurs fusils avpc leurs baguettes de fer en

un moment. La bataille fut gagnée, et cet événement devint le signal d un embrasement universel-

Page 1