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naturelle, devenue à la fois un devoir sacré et une espèce de fureur» S'il avait tenté seulement de la modérer, il aurait risqué sa vie et sa gloire.
Cette gloire n'était pas chez lui celle de combattre : il était plus législateur que guerrier; son courage était dans l'esprit; il dirigeait toutes les opérations militaires. Enfin il eut l'honneur de résistera un roi de France prés d'une année. Aucune puissance étrangère ae le secourut. Quelques Anglais seulement, amoureux de celte liberté dont il était le défenseur et dont il allait être la victime, lui en» voyérent de l'argent et des armes : car les Corses étaient mal armés; ils n'avaient point de fusils à baïonnette ; même quand on leur m fit tenir de Londres, la plupart des Corses ne purent s'en servir; ils préférèrent leurs mousquetons ordinaires et leurs couteaux; leur arme principale était leur courage. Ce courage fut si grand que dans un des combats, vers une rivière nommée le Gclo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire; leurs blessés se mêlèrent; parmi les morts pour raffermir le rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que ches des peuples libres. Malgré tant de valeur ils furent vaincus. Le comte de Vaux, secondé du marquis de Marbœuf, soumit l'Ue en moins de temps que le maréchal de Maille bois ne l'avait domptée1.
Le duc de Choiseul, qui dirigea toute cette entreprise, eut b gloire de donner au roi son maître une province qui peut aisément, si elle est bien cultivée, nourrir deux cent mille hommes, fournir de braves soldats, et faire un jour un commerce utile.
On peut observer que si la France s'accrut, sous Louis XIV, dt- 1* Alsace, de la Franche-Comté, et d'une partie de la Flandre, ettft fût augmentée, sous Louis XV, de la Lorraine et de la Corse1.
Ce qui n'est pas moins digne de remarque, c'est que, par les soins du même ministre, les possessions de la France en Amérique acquirent un degré de force et de prospérité qui vaut de nouvelles acqui-
1. Paoli s'embarqua pour l'Angleterre avec son frère et environ trois cents hommes. H ne revint en Corse qu'en 1790. Mis hors la loi par la Convention
nationale comme traître à la république, il livra aux Anglais son île, et retourna en exil à Londres. {G. A.)
2. C'était ici la fin du chapitre en 1769. Les cinq alinéas qui suivent sont posthumes, et ont paru, pour la première fois, dans les éditions de Kehl. Le* deux derniers alinéas du chapitre étaient dans l'édition de 1775. (B.)
! niions. Ces avantages furent dus au choix que l'on fit du comte d'Ennery pour administrer successivement toutes nos colonies. Il L se trouvait officier général très-jeune, à la paix de 1762, et n'était | connu alors que par ses talents pour la guerre Le duc de Ghoiseul | démêla en lui l'homme d'État. En effet le comte d'Ennery, pendant six années de gouvernement, ne cessa de montrer toutes les lumières et les vertus qui peuvent faire chérir et respecter l'autorite, t Tout le monde le craint, et il n'a encore fait de mal à personne, » écrivait-on de la Martinique. Partout il fit régner la justice, et il inspira l'amour de la gloire; partout il animait 1» commerce et l'industrie. 11 parvint à entretenir la concorde entre tous les états, ce qui est une chose bien rare. 11 adoucit le triste sort des esclaves. Il fit défricher l'île de Sainte-Lucie, et par là il créa une colonie nouvelle.
Dans d'autres parties, en creusant des canaux il épura l'air, féconda la terre, fit naître de nouvelles richesses ; et en même temps il pourvoyait à la sûreté et à l'embellissement de nos possessions.
Quelque temps après avoir été rappelé en France par le mau~ vais état de sa santé, il se dévoua à de nouveaux sacrifices, plutôt sollicités qu'exigés par un jeune monarque * qui lui écrivit de sa propre main : « Votre réputation seule me servira beaucoup à Saint-Domingue. •
Le comte d'Ennery avait mérité une confiance si honorable en , rendant au roi un des plus importants services , celui de fixer, ! svec les Espagnols, les limites des deux nations. Cet administrateur, qui faisait tant d'honneur à la France, ne put résister aux ftmestes influences de ce climat brûlant. Sa perte fut une cala- Mite publique pour toutes nos colonies, qui s'empressèrent de lui élever des monuments, et qui ne prononcent son nom qu'avec attendrissement et avec admiration.
Les Anglais, dont il avait acquis l'estime, et qui l'avaient souvent pris pour arbitre entre nos colonies et les leurs, avaient concacré le nom du comte d'Ennery par le plus juste et le plus flatteur de tous les éloge» : «Cet homme ne fera ni ne souffrira jamais d'injustice. »