‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 142 sur 257 · DU SUPPLICE D'ANNE OUBOURG · texte numérisé non relu

DU SUPPLICE D'ANNE OUBOURG

temps de se sauver. Il y avait dans le parlement beaucoup plus de magistrats attachés à la maison de Guise qu'aux sciences.

Saint-André et Itinard, présidents aux enquêtes, poursuivirent la Dort d'Anne Dubourg. Comme il était dans le sacerdoce, il fut d'abord jugé par févêque de Parts, du Bellai, assisté de Pinquisileur Mouchy : il appf la comme d'abus de la sentence de révoque, il réclama son droit d'être jugé par ses pairs, c'est-à-dire par les ■ chambres du parlement assemblées: mais l'esprit de parti et l'asservissement aux Guises l'ayant emporté au parlement sur une de se» plus grandes prérogatives, Dubourg fut jugé successivement à l'onV «alité de Paris, à celle de Sens, et à celle de Lyon, et condamné dans toutes les trois à être dégradé et livré au bras séculier comme hérétique, unie mena d'abord à rofikialité; là, étant revêtu de se» habits sacerdotaux» os les lui arracha l'un après l'autre. On fit la cérémonie de passer légèrement un morceau de verre sur sa ton— lure et sur ses ongles, après quoi il fut ramené à la Bastille, et condamné à être étranglé et brûlé, par des commissaires du parlement, que ses persécuteurs avaient nommés. 11 reçut son arrêt avec résignation et courage : a Éteignez vos feux, dit-il à ses juges, renoncez à vos vices, convertissez-vous à Dieu » Il fut pendu et brûlé dans la place de Grève, le 19 octobre 1559 '.

Gui du Faur* fut condamné par les mêmes commissaires à une interdiction de cinq ans, et à une amende de cinq cents livres. Son arrêt porte : « Pour avoir témérairement avancé, qu'il n'y a point de meilleur remède pour finir les troubles de 1 Église que l'assemblée d'un concile œcuménique, et qu'en attendant on doit suspendre les supplices. »

Une grande partie du parlement s'éleva contre cet arrêt, et accepta la protestation de du Faur ; tout le parlement fut longtemps partagé, les esprits s'échauffèrent, et enfin le parti de la raison l'era. portant sur celui du fanatisme et de la servitude, le jugement de» commissaires contre du Faur fut rayé et biffé à la pluralité des voix.

1. Les auteurs de Y Art de vérifier les date* disent le 23 décembre. Anne Dubourg, arrêté vingt-cinq jours avant la mort de Henri U, ne fut condamné que sous François II. Voltaire a composé un Discours du conseiller Anne Du- **urg à ses juges.

2. Les auteurs de Y Art de vérifier les dates prétendent que les quatre coaccusés de Dubourg, s'étant rétractés, furent renvoyés. L'un de ces coaccusé» ■tétait pas Gui, mais Louis du Faur, le même dont il a été question page 374»

376 CHAPITRE XIIL

Cependant le conseiller Anne Dubourg ayant déclaré à la potenee qu'il mourait serviteur de Dieu, et ennemi des abus de l'Église romaine, son supplice fit plus de prosélytes en un jour que les livres et les prédications n'en avaient fait en plusieurs années. Le nftft catholique devint tellement en horreur aux protestants, et les factions lurent si animées, que, depuis ce temps jusqu'aux années paisibles et trop courtes où Henri 1Y restaura le royaume, c'est-àdire pendant plus de quarante années, il ne se passa pas un seul jour qui ne fût marqué par des querelles sanglantes, par des eoft» bats particuliers ou généraux, ou par des assassinats, ou par ées emprisonnements, ou par des supplices. Tel fut l'état où les dis» putes de religion réduisirent le royaume pendant un demi-siècle, tandis que la même cause eut à peu prés les mêmes effets dans l'Angleterre, dans l'Allemagne, et dans les Pays-Bas.

M LA CONJURATION D* AH BOISE, ET DE LA CONDAMNATION A MORT DE LOUIS DE BOURBON, PRINCE DE CONDÉ.

Si Anne Dubourg ne fut pas jugé par ses pairs assemblés, un prince du sang ne le fut pas non plus par les siens. François de Guise et le cardinal de Lorraine son frère, tous deux étrangers, mais tous deux devenus pairs du royaume, l'un par son duché de Guise, l'autre par son archevêché de Reims, étaient les maîtres absolus de l'État, sous le jeune et faible François II, qui avait épousé leur nièce Marie Stuart.

Les princes du sang, écartés et humiliés, ne purent se soutenir contre eux qu'en se joignant secrètement aux protestants, qui commençaient à faire un parti considérable dans le royaume. Plus ils étaient persécutés, plus leur nombre croissait; le martyre dans tous les temps a fait des prosélytes.

Louis de Gondé, frère d'Antoine de Bourbon, roi de la Basse* Navarre, entreprit d'ôter aux Guises un pouvoir qui ne leur appât* tenait pas, et se rendit criminel dans une juste cause par la fameuse conspiration d'Amboise Elle fut tramée avec un grand

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