‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 187 sur 257 · ÉTATS GÉNÉRAUX. 45T · texte numérisé non relu

ÉTATS GÉNÉRAUX. 45T

temps d'ignorance. On lui fit sentir que les temps étaient changés, et que les usages changeaient avec eux.

L'Université n'ayant fait qu'une démarche imprudente, le parlement en fit une qui mérite dans tous les âges les applaudissements de la nation entière, et qui cependant fut très-mal reçue à la cour.

Le tiers état est sans doute la nation même, et alors il l'était plus que jamais. On n'avait point augmenté le nombre des nobles comme aujourd'hui ; le peuple était en nombre, par rapport à la noblesse et au clergé, comme mille est à deux. La chambre du tiers état proposa de recevoir, comme loi fondamentale, que nulle puissance spirituelle n'est-en droit de déposer les rois, et de délier les sujets de leur serment de fidélité. 11 était déjà honteux qu'on fût obligé de proposer une telle loi, que le seul bon sens et l'intérêt de tous les hommes ont dû rendre de tout temps sacrée et inviolable ; mais ce qui fut bien plus honteux, et ce qui étonnera la dernière postérité, c'est que les chefs de la chambre du clergé la regardèrent comme hérétique.

D suffisait d'avoir passé dans la rue de la Ferronnerie, et d'avoir jeté un regard sur l'endroit fatal où Henri IV fut assassiné, pour ne pas frémir de voir la proposition du tiers état combattue.

Le cardinal Ouperron, qui devait tout ce qu'il était à ce même Henri IV, intrigua, harangua dans les trois chambres pour empêcher que l'indépendance et la sûreté des souverains, établie par tous les droits de la nature, ne le fût par une loi du royaume. Il convenait qu'il n'est pas permis d'assassiner son prince, mais il disait qu'il est de foi que l'Église peut le déposer.

Cet homme, si indigne de la réputation qu'il avait usurpée, devait bien voir qu'en donnant à des prêtres ce droit absurde et affreux de dépouiller les rois, c'était en effet les livrer aux assassins : car il est bien rare d'ôter à un roi sa couronne sans lui ôter la vie. Étant déposé, il n'est plus roi ; s'il combat pour son trône, il est un rebelle digne de mort Duperron devait voir encore que c'était la cause du genre humain qu'il combattait ; et que si l'Église pouvait dépouiller un souverain, elle pouvait à plus forte raison dépouiller le reste des hommes.

c Hais, disait Duperron dans ses harangues, si un roi qui a juré à son sacre d'être catholique se faisait arien ou musulman, ne

<tt* CHAPITRE XLVi.

faudrait H pas le déposer ?» Ces paroles étonnèrent et coefondireai le corps de la uoblesse. Elle pouvait aisément répondre que le jaci* ne donne pas la royauté» que fiera IV, calviniste, await clé reconnu jBoi par la plus saine partie 4e oeUe même noblesse, par quelques éveques même, par Ja république de Venise, par le duc de -Florence, par l'Angleterre, par les rois du Nord, par tous les fonças qui n'étaient pas dans les fiers du pape et de la snaisea d'Autriche. Teiisles chrétiens axaient obéi at£reiois à des «empereurs arias. Us ne se révoltèrent point contre Julien le Philosophe devenu païen, •qu'ils appelaient apostat. La religion n'a rien de commun avec île* droits civils. Un banane, pour être mahojnétan, n'on 4oit pas moins étse rbéxitier de son pêne, fieux cent mille obrAUens 4c la religion grecque, établis dams (kratantinople, ceconnaiseeat le sultan turc. En un moi, la terne entière devait élever m voix -contre le caidinal ûunerren. —

Cependant Lui et ses collègues persuadèrent à la chambre de la noblesse qu'on a>ait besoin de la cour de Rome, qu'ilae fallait pas la choquer par des questions épineuses, qui au moins étaient inutiles; et que dans fcnrt Étal il y a des mystères qu'on doàt laisser derrière un voile. Ces funestes harangues éblouirent la noblesse, •d'ailleurs mécontente du tiers état1.

La nation, rebutée dans ceux qui portaient sas plaintes, s'adressa au parlement par l'organe de l'avocat général Servin, citoyen *age, éloquent et intrépide. Le parlement, assemblé sans qu'il y -eût aucun pair, donna un arrêt9 qui renouvelait toutes les anciennes lois sur ce sujet important, et qui assurait los droits de la couronne. Tout Paris le reçut avec des acclamations. Si on «a croit les mémoires, le cardinal Duperron, en se plaignant de cet arrêt à la reine, protesta que, si on ne le cassait, il serait obligé de se .servir de la voie de l'excommunication,

U parait inconcevable qu'un sujet ait dit à son souverain : « Si ous ne punissez pas ceux qui soutiennent vos droits» j*le*<

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