‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 61 sur 257 · DE LOUISBOURG · texte numérisé non relu

DE LOUISBOURG

Canada, et «es vaisseaux, au retour des Grandes-Indes, venaient souvent neuiHer à Louisbeorg. Deux gros vaisseaux de la compagnie y abordent immédiatement après sa prise, et se livrent en-mêmes. Ce ne fut pas tout, une fatalité non moins singulière enrichit encore les nouveaux possesseurs du cap Breton. Un grée bâtiment espagnol, nommé rEipirance1, qui avait échappé à des armateurs, croyait trouver sa sûreté dans le port de Louisbourg, comme les autres ; il y trouva sa perte comme eux. La charge de ces trois navires, qui vinrent ainsi se rendre euxmêmes du fond de l'Asie et de l'Amérique, allait à vingt-cinq millions de livres. Si dès longtemps on a appelé la guerre un jeu de hasard, les Anglais, en une année, gagnèrent à ce jeu environ tuais mHMons de livres sterling. Non-seulement les vrinqueurs comptaient garder à jamais Louisbeurg, mais ils firent des préparatifs pour s'emparer de toute la Nouvelle-France.

H semble que les Anglais dussent faire de plus grandes entreprises maritimes. Ils avaient alors six vaisseaux de cent pièces -de canon, treize de quatre-vingt-dix, quinse de quatre-vingts, viagst-six de soixante-dix, trente-trois de soixante. U y en avait trente-sept de cinquante à cinquante-quatre canons; et au-dessous de cette forme, depuis les frégates de quarante canons jusqu'aux moindres, on en comptait jusqu'à cent quinse. Ils avaient encore quatorze galiotes à bombes et dix brûlots. C'était en tout deux cent soixantetrois * vaisseaux de guerre, indépendamment des corsaires et des vaisseaux de transport. Celte marine avait le fonds de quarante mille matelots. Jamais aucune nation n'a eu de pareilles forces/ Tous ces vaisseaux ne pouvaient être armés à la fois ; il s'en fallait beaucoup : le nombre des soldats était trop disproportionné ; mais enfin, en 1746 et 1747, les Anglais avaient à la fois une flotte dans les mers d'Ecosse et d'Irlande, une à Spitbead, une aux Indes Orientales, une vers la Jamaïque, une à Antigoa, et ils en armaient de nouvelles selon le besoin.

1 fallut que la France résistât pendant toute la guerre, n'ayant en tout qu'environ trente-cinq vaisseaux de roi à opposer à cette puissance formidable. 11 devenait plus difficile de jour en jour de

i. Voyez page 18S.

1 D'après le dénombrement que vient de ùàm Voltaire, il devait ôittÂma #fRf toixanU-ntuf.

ISS CHAPIïRE XXVIII.

soutenir les colonies. Si on ne leur envoyait pas de gros convois, elles demeuraient sans secours à la merci des flottes anglaises. Si les convois partaient ou de France ou des îles, ils couraient risque, étant escortés, d'être pris avec leurs escortes. En effet, les Français essuyèrent quelquefois des pertes terribles : car une flotte marchande de quarante voiles, venant en France de la Martinique sous l'escorte de quatre vaisseaux de guerre, fut rencontrée par une flotte anglaise (octobre 1745); il y en eut trente de pris, coulés à fond ou échoués ; deux vaisseaux de l'escorte, dont l'un était de quatre-vingts canons, tombèrent au pouvoir de l'ennemi.

En vain on tenta d'aller dans l'Amérique septentrionale pour essayer de reprendre le cap Breton, ou pour ruiner la colonie anglaise d'Annapolis dans la Nouvelle-Ecosse. Le duc d'Enville, de la maison de La Rochefoucauld, y fut envoyé avec quatorze vaisseaux (juin 1746). C'était un homme d'un grand courage, d'une politesse et d'une douceur de mœurs que les Français seuls conservent dans la rudesse attachée au service maritime ; mais la force de son corps ne secondait pas celle de son âme. (Septembre) Il mourut de maladie sur le rivage barbare de Chiboctou1, après avoir vu sa flotte dispersée par des tempêtes. C'est lui dont la veuve s'est fait dans Paris une si grande réputation par ses vertus courageuses, et par la constance d'une âme forte, qualité rare en France*.

4. Les éditions originales (de 1768, in-8#), 1769, in-12; l'édition in-4" et l'édition encadrée de 1775, portent : « ... après avoir vu sa flotte dispersée par une violente tempête. Plusieurs vaisseaux périrent ; d'autres, écartés av loin, tombèrent entre les mains des Anglais.

« Cependant il arrivait souvent que des officiers habiles, qui escortaient les flottes marchandes françaises, savaient les conduire en sûreté, malgré les nombreuses flottes ennemies.

« On en vit un exemple heureux dans les manœuvres de M. Dubois de La Motte, alors capitaine de vaisseau, qui, conduisant un convoi d'environ quatrevingts voiles aux lies françaises de l'Amérique, attaqué par une escadre entière, sut, en attirant sur lui tout le feu des ennemis, leur dérober le convoi, te rejoindre, et le conduire au Fort-Royal, à Saint-Domingue, combattre encore, et ramener plus de soixante voiles en France; mais il fallait bien qu'à la longue la marine anglaise anéantit celle de France et ruinât son commerce.

< Un des plus grands avantages, etc. »

Le texte actuel est posthume. (B.)

% Louise-Elisabeth de La Rochefoucauld, née en 1716, mariée, en 1732. à Jean-Baptiste-Louis-Frédéric de Roie de La Rochefoucauld, créé duc d'Enville en considération de ce mariage. Voltaire était en correspondance avec elle.

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