COPIE DU BILLET
MM. Cbagrange. Seconde. Baisse de Lisse*. De la Guyomie. Clément. Lambert. Le président de Rieux Bonnainvilliers.
Président du Massy, et presque tous.
11 tint qu'il remette son parlement, et qu'il le soutienne avec promesse de ne rien faire aux ci-dessus et compagnie.
Signé ; Damiers.
Plut bas e$t écrit :
Paraphé, ne varietur, suivant et au désir de l'interrogatoire de ce jour neuf janvier mil sept cent cinquante-sept.
Signé : Damiers.
Le Clerc do Brillet et Duvoighe, avec paraphe. Ladite lettre, ainsi que ledit écrit, annexés à la minute dudit interrogatoire.
* Ce misérable estropie presque tous les noms de < eux dont il parie. (Note de Voltaire.) — J'ai rétabli presque tous ces noms dans une note du chapitre lxtii de V Histoire du Parlement. Le président appelé Du Masse par Damiens est, avec raison, nommé Vazi par Voltaire, dans ton Histoire du Parlement. Veltaire, en rapportant ci-dessus la lettre de Damiens an roi (Sire, je mis bien fiché, etc.), a supprimé un Post-seriptutn où J'accuse rend compta des cruautés commises sur sa personne par Machault. Voici ce Post-scriptum :
c J'oublie à avoir l'honneur de représenter à Votre Majesté que, malgré les ordres que vous avez donnés, en disant que l'on ne me fasse pas de mal, cela n a pas empêché que monseigneur le garde des sceaux a lait chauffer deux pinces dans la salle des gtrdes, me «en >nt lui-même, et or onné a deux gardes de me brûler les jambes, ce mu fut exécuté en leur promettant récompense, en disant A ces deux gardes d'aller chercher deux fagots, et de les mettre dans le feu, afin de m'y faire jeter dedans, et que sans M. Le Clerc, qui a empêché leur projet, je n'aurais pas pu avoir l'honneur de vous instruire de ce que dessus. Damiers. »
Le Clerc du Brillet était lieutenant du grand prévôt. (B.)
— Mathault, le garde des sceaux, voulait à toute force que Damiens se dit jésuite. Le patient lui cria ■. « C'est loi qui n'es qu'un misérable ! Si tu avais so tenu la compagnie (le parlement), tout cela ne fût pas arrivé I » Alors Machault : « Deux fagots! » et il voulait le brûler vif. Voltaire, qui a omis & dessein le posl-scriptum, s'enhardira pourtant à signaler les crurales de Machault dans son Histoire du Parlement. (G. A )
26* CUAPITUE XXXVII.
déclara toujours qu'il n'avait point voulu tua* le roi, mais qui! avait formé le dessein de le blesser depuis l'exil du parlement. (Interrogatoire au parlement, pages 132 et 155.)
D'abord, dans son premier interrogatoire, il dit que • la religion seule Ta déterminé à cet attentat ». (Page 131.)
11 avoue qu'il n'a « dit du mal que des molinistes et de ceux qui refusent les sacrements, que ces gens-là croient apparemment deux dieux ». (Page 145.)
H s'écria, à la question, « qu'il avait cru faire une œuvre méritoire pour le ciel; c'est ce que j'entendais dire de tous ces prêtres dans le palais ». Il persista constamment à dire que c'était l'archevêque de Paris, les refus de sacrements, les disgrâces du parlement, qui l'avaient porté à ce parricide ; il le déclara encore à ses confesseurs. Ce malheureux n'était donc qu'un insensé fanatique, moins abominable à la vérité que Ravaillac et Jean Châtel, mais plus fou, et n'ayant pas plus de complices que ces deux énergumènes. Les seuls complices, pour l'ordinaire, de ces monstres sont des fanatiques dont les cervelles échauffées allument, sans le savoir, un feu qui va embraser des esprits faibles, insensés, et atroces. Quelques mots dits au hasard suffisent à cet embrasement, Damiens agit dans la même illusion que Ravaillac, et mourut dans les mêmes supplices1 (28 mars).
Quel est donc l'effet du fanatisme, et le destin des rois 1 Henri 111 et Henri IV sont assassinés parce qu'ils ont soutenu leurs droits contre les prêtres. Louis XV est assassiné parce qu'on lui reproche de n'avoir pas assez sévi contre un prêtre. Voilà trois rois sur lesquels se sont portées des mains parricides, dans un pays renommé pour aimer ses souverains.
Le père, la femme, la fille de Damiens, quoique innocents, furent bannis du royaume, avec défense d'y revenir sous peine d'être pendus. Tous ses parents furent obligés, par le même arrêt, de quitter leur nom de Damiens, devenu exécrable*.
Cet événement fit rentrer en eux-mêmes pour quelque temps
1. Voyei les atroces détail» du supplice dans le Dictionnaire philoêopkiqu$, è l'arUcle Curiosité.
%, La ville d'Amiens présenta une requête au roi dans laquelle eUe demandait à changer de nom et à s'appeler Louisville. Gresset composa à ce sujet une pièce de vers qui n'est pas dans ses Œuvra. (6.)