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Je ne vois qu'une seule objection à faire contre cette conséquence : ce serait de supposer que , dans ces textes égyptiens, les caractères, étant idéographiques, ne se permutent ainsi que parce qu'ils expriment la même idée»
Mais on se demanderait alors dans quel but les Egyptiens auraient inventé et employé simultanément cinq, six, huit, dix ou quinze caractères divers pour exprimer précisément la même idée : car il faut que ces signes expriment exactement la même idée , puisque, employée comme phonétiques à la transcription des noms propres étrangers , ces mêmes signes expriment précisément aussi la même voyelle ou la même consonne.
Chez les Chinois , nous voyons , il est vrai , un nom propre ou un mot étranger transcrit parle moyen d'une foule de caractères différens et en réalité idéographiques , lesquels n'apportent néanmoins que itvw prononciation seule dans la transcription du nom étranger. Mais cela s'explique bien naturellement ; un seul et même monosyllabe sert très-souvent de prononciation à une foule de caractères chinois , qui expriment cependant des idées bien distinctes. Il était donc indifférent à la Chine d'employer tel caractère idéographique ou tel autre , puisque leur prononciation est absolument la même , quoique leur sens n'ait souvent aucune analogie. Pouvait-il en être de même en Egypte ! La constitution intime de la langue parlée s'y opposait invinciblement : chaque monosyllabe égyptien n'exprime
( 5<5) qu'une idée ; chaque idée distincte est , dans cette langue , représentée par un mot distinct.
Or, en supposant même, ce qui n'est point, que chaque caractère hiéroglyphique égyptien fût le signe d'une idée , et qu'on eût attaché invariablement à ce sione la prononciation ou le moî.(\m, dans la langue égyptienne parlée, exprimait cette même idée , on expliquerait ainsi assez bien pourquoi un grand nombre de ces signes, employés phojiétîquement dans la transcription des noms propres étrangers , se permutent et s'échangent sans cesse : mais il serait toujours impossible de comprendre pourquoi , dans le courant des textes , hors des noms propres étrangers , là où ces mêmes caractères seraient employés avec leur valeur idéographique , un certain nombre de ces signes se permuteraient encore et se mettraient indifféremment les uns à la place des autres , puisque alors ils exprimeraient des idées essentiellement diverses.
Pour comprendre ce fait bien remarquable de la permutation continuelle des mêmes signes, et dans les textes regardés comme entièrement idéographiques , et dans les noms propres grecs et romains , nous sommes donc en quelque sorte conduits forcément à croire que, dans le corps des textes, ces signes ont une valeur phonétique comme dans les noms propres , puisque, employés dans ces textes, rien n'indique d'ailleurs en eux un changement de nature.
Mais , avant de prouver la certitude de ceite conclusion inattendue, par des applications de l'alphabet
( 57 )^ phonétique à des groupes hiéroglyphiques pris dans
les textes courans , il est nécessaire de fixer définitivement nos idées sur la nature de l'alphabet phonétique lui-même; alphabet qui résulte de la lecture des noms propres grecs et romains , et dont tous les caractères se montrent si fréquemment dans les textes.
J'ai déjà, énoncé mon opinion contre la nature syllabique de cet alphabet ; et aux considérations déjà exposées je vais ajouter des faits qui, ce me semble, établiront invinciblement que l'écriture phonétique égyptienne consistait en un simple alphabet , semblable à celui des Hébreux , des Syriens , des Phéniciens et des Arabes , abstraction faite du nombre des signes.
Cette écriture ne fut point en effet syllûhique , puisque un seul de ses caractères répondrait, dans les noms propres grecs et romains, à plusieurs syllabes différentes, et qu'ainsi la inain serait TO dans ccuTO- Xfùilcûpy TI dans TlCgg^to^, TO à la fin d'Aurox^ctTOp, et cependant un simple T dans T^iavo^;
Le cûrre serait IIA dans Vespasien , III ou 01 et no dans le nom hiéroglyphique de Philippe , OiAivr- TTo^, et un simple n dans Ptolémée.
Le vdse à parfum serait NE dans NE^^uûl (Nerva), NO dans T^ioiNOa-, et un simple N dans Avro-
La bouche, qui serait PA dans A'jrox^ccrajp, deviendrait PE dans BsPEviJc^, PO dans Kct<(rccPOcr , PI ou
PIO dans TiCeejLoç, et ne serait cependant qu'un simple P (rho ) dans yePfA.cLviMç et à la fin d'Avro^fctrcûP.
Puisque tous les caractères phonétiques seraient soumis à d'aussi fortes variations si l'on persistait aies considérer comme syllaUques , et puisque encore ils n'expriment évidemment, dans une foule de noms propres, qu'une simple consonne ou une simple voyelle, j'ai dû en conclure que les Egyptiens écrivaient à la manière des Arabes , c'est-à-dire que leur alphabet était formé de signes qui représentaient réellement des consonnes, et de quelques caractères voyelles qui, comme ïélif\ , le waw ^ et le ya ^ des Arabes, n'avaient pas un son invariable, et se permutaient dans certains cas.
Un second fait démontre mieux encore que l'alphabet égyptien n'était point syllabique : j'ai observé que les noms propres étrangers sont écrits, tantôt seulement avec des signes qui ne répondent jamais qu'à des consonnes, et tantôt, toujours sur les mêmes monumens , avec une additioii de plusieurs signes qui répondent invariablement à des voyelles.
A Phila: , par exemple, le nom de Tibère est écrit tantôt TBPX, tantôt TBPIS et enfin TIBPIS.
Le mot KoLio-ctp ou Kct/crct£5i^ est orthographié KSP2),. KI2PS, KISAPS, KAIXP, KAISAPS.
Le titre Avroxfoirœp , ATTKPTP , ATTOKPTP , ATTOKPTOP.
A Dendéra, le nom de Claude est écrit KATIX, KATIOS, KAOTIS.
Sur l'obélisque Pamphile, le nom de Domitien se lit IndifFcremment TMITANS , TMTIANS , TMI- TIANSi à PhiliE, TOMTINS, et à Dendéra, TO- MITNX.
Cette extrême variation dans l'orthographe des noms propres étrangers , prouve que les Egyptiens n'avaient point l'usage de représenter toutes les voyelles en écrivant les mots de leur langue nationale, et que leur alphabet ne fut jamais syilabique, à moins qu'on ne veuille considérer comme tel celui des Hébreux, des Phéniciens, des Syriens, en un mot celui de la plupart des peuples anciens et modernes de l'Asie occidentale.
Il faut le dire , et c'est ici le lieu de faire ce rapprochement utile à la suite de cette discussion, l'alphabet hiéroglyphique égyptien avait, dans sa constitution même, abstraction faite de l'absence de quelques sons , du nombre et de la forme matérielle des signes , une ressemblance très-marquée avec l'alphabet hébreu.
Nous voyons, en effet, io. feuille ou plume, ainsi que ses homophones, être , suivant l'occasion , un A, un I, un E, et même un O, comme 1'^^ (aleph) des Hébreux. Aussi trouvons-nous dans la langue égyptienne, écrite en caractères coptes d'abord, un dialecte qui écrit indifféremment 2> ou o, là où les deux autres écrivent o seulement, et X. là où les deux autres écrivent h^', nous avons dans un même dialecte 2>fxE et oêe, s'iùre , hY.z ou OKE, juncus , 6cc. &c.
Le B hiéroglyphique, la cassolette, est perpétueîlement échangé , dans les noms propres et dans les textes égyptiens, avec le ce'raste , qui est F ou V; avec Ja caille , qui est la voyelle OU, et avec le liîuus, qui est aussi un OU et un F. On attribue également au 3 ( heth ) hébreu un son fort approchant du V.
Cela explique pourquoi , dans le copte thébain , nous trouvons indifféremment i^èxz>\\ ou z^oifx^u color, z>^ ou 2.q musca, caro , i^L^^ et &o'*0"T habitatîo , £i«.ï ou qM , Li ou ^ ferre , ^av ou qav coma, fiOit ou bien o'sfOît tes , fiM'^ pour qm vermis, ^tin ou qa\T abstergere,r 8cc. &c.
Le nombre assez étendu de mots communs à l'égyptien et à l'hébreu, mots qui, dans les textes coptes, sont écrits par la lettre o, et dans l'hébreu par un } (ghimel), un D (caph), ou unp (koph), m'ont depuis long-temps suggéré l'idée que le (> copte, dont la prononciation n'est pas encore bien connue, répondait au } (ghimel) hébreu, ou du moins était une consonne dont le son fut très-jvoisin du } (ghimel) et du D (caph).
Deux faits peuvent l'établir, i.° Scholtz^ auteur de la Grammaire égyptienne publiée par Woide , a déjà fait remarquer que, dans le dialecte thébain, on employait le 6' à la place du k pour transcrire des mots purement grecs , tels que Kio- , 6sc ; Ejoc^cx^f, Gr'^&KES, AoxAjtA.cLl^eiv , ^o5sJUL2.^£îît (i).
(i) Grammatica y^gyptiaca utriusque dialecti , pag. 8. Oxford, 1778, 10-4.*"
2.® Dans les noms hiéroglyphiques de Cléopâtre , ■â^ Alexandre et de Claude , dans les titres KoLia-ctpy Au- ToxfoLTCû^y et dans le surnom Tep/L^oLVucaç, le T et le K sont très-souvent exprimés par le bassin à anneau ; et il se trouve que le signe hiératique correspondant à cet hiéroglyphe , a précisément la même forme que ie 6 de i alphabet copte.
Cette ressemblance de forme ne peut être fortuite , puisque , ayant trouvé dans les textes hiératiques les signes équivalens des hiéroglyphes qui, dans les textes et les noms propres , expriment les sons des lettres coptes cg, q, J:^, 5i, ces signes hiératiques ont précisément aussi la même forme que les lettres coptes Sy » ^ » fc » ^' ^^ résulte évidemment de ce fait bien curieux , que les Egyptiens , en adoptant l'alphabet des Grecs pour écrire leur langue, y ajoutèrent les signes mêmes de leur alphabet propre , représentant les sons tg, q , > , Jd, 2S et d , sons qui n'existaient point dans l'alphabet grec; et qu'au lieu de conserver le signe hiéroglyphique de chacun de ces sons, qui, étant un objet physique, ne se fût point accordé avec l'ensemble des formes alphabétiques grecques , les Egyptiens prirent les signes hiératiques et démotiques correspondans à ces mêmes hiéroglyphes , c'est-à-dire , des caractères très-simples, purement linéaires, et tout-à-fait en harmonie avec la forme générale des lettres grecques.
Le segment de sphère et ses homophones peuvent répondre au n (daleth) hébreu, puisque le t copte, dont cet hiéroglyphe est sans aucun doute l'équivalent
ordinaire, fut fort habituellement prononce D par les Coptes. De là vient que , dans les textes coptes , le A de certains mots et noms propres grecs est remplacé par le t (dau) , et que tous les noms hiéroglyphiques grecs et latins qui renferment, soit un T, soitun A , présentant toujours le segment de sphère ou quelqu'un de ses homophones.
Le n (hé) hébreu trouve son équivalent dans le > (hori) hiéroglyphique et ses homophones.
Le 1 (vau) hébreu se prononce tantôt O, tantôt OU, et souvent V; dans les noms propres hiéroglyphiques le céraste , l'a caille et le lituus s'échangent perpétuellement pour exprimer les sons O, ô, OU, l'Y grec, et les consonnes F ou V.
Le î (zaïn) ne paraît point avoir existé dans la langue égyptienne. Les Coptes ou Égyptiens chrétiens adoptèrent la forme du Cgf^c pour la transcription des mots grecs qu'ils introduisaient dans leurs livres.
Le n (chèt) hébreu a son équivalent dans le Jd copte, et l'on peut voir, dans notre tableau général de l'alphabet égyptien , que la forme hiératique de r/z/Vroo'/y/?//^ exprimant le J:), est, à très-peu de chose près , absolument la même que celle du ^ copte.
Le D (teth) hébreu semble avoir eu pour signe correspondant un hiéroglyphe que j'ai souvent observé dans des noms propres qui, transcrits par les Grecs , présentent ordinairement un 0.
Les deux feuilles , les deux ligues perpendiculaires ou inclinées, et les trois lignes perpendiculaires , répondent.
( «3 ) Jansi'alphabet hiéroglyphique, au * (ïod) des Hébreux,' en observant cependant que ces hiéroglyphes n'ont point une valeur constante , puisqu'ils se prennent quelquefois pour A et sur+tout pour E; circonstance qui explique très-bien pourquoi la plupart des mots terminés par la voyelle I , dans les textes coptes memphitiques, finissent par la voyelle E dans les textes thébains.
Les hiéroglyphes phonétiques qui expriment constamment le K des noms propres grecs et le C des noms propres latins , répondent au D ( caph ) des Hébreux.
Le lion couché est l'équivalent hiéroglyphique du 7 (lamed) hébreu; mais il importe de rappeler que, dans les noms propres grecs et latins , cet hiéroglyphe représente souvent la consonne R , et qu'il existe en effet, dans la langue égyptienne , un dialecte dont le trait distinctif était de changer indifféremment les R en L. Les inscriptions sassanides , dont M. de Sacy a si heureusement découvert l'alphabet, offrent également des mots écrits avec un L au lieu de l'être avec un R , et il est fort remarquable aussi que , dans les alphabets zend et pehlvy, les consonnes R et L diffèrent à peine dans leur forme , et sur-tout que ces deux lettres persanes ressemblent beaucoup à L et à R de l'alphabet égyptien démotique.
Le Q (mem) , le J (noun) et le D (samech) de l'alphabet hébreu, ont des correspondans bien distincts dans l'écriture phonétique égyptienne; ce sont les hié-
roglyphes qui expriment le plus ordinairement les consonnes M, N et S, des noms propres grecs.
Le V (aîn) hébreu n'eut probablement point d'équivalent dans l'alphabet hiéroglyphique.
Le Û (phé) hébreu paraît s'être prononcé tantôt P, tantôt PH. Les Egyptiens, dans leur écriture phonétique , exprimèrent aussi ces deux consonnes par un seul et même caractère, le carré strié. Le nom de Philippe, père ai Alexandre Je Grand, que j'ai retrouvé dans les légendes hiéroglyphiques du grand sanctuaire de Karnak à Thèbes , offre un exemple remarquable de l'une et de l'autre valeur du carré strié, P ou PH (i).
Le '^ copte peut répondre au V (tzadé) hébreu ; Y hirondelle, qui est le signe hiéroglyphique du 2S copte, a aussi pour équivalent dans les textes hiératiques un caractère tout-à-fait semblable à la forme du 2S.
Le son du 12/ (schin) hébreu est représenté dans l'alphabet hiéroglyphique par ïoie, et sur-tout par un autre caractère, une espèce de jardin, dont le signe hiératique correspondant a la forme du oj copte.
Quant au p ( koph ) hébreu , aucun hiéroglyphe phonétique ne m'a semblé précisément en tenir la place ; et le son du n (thau) hébreu se confond, dans l'écriture hiéroglyphique , avec celui du •i(daleth), ainsi qu'on a déjà pu le voir.
Telle est la concordance que je crois pouvoir établir
(i} Voyez ce nom au Tableau général, noms propres grecs hiéroglyphiques.
entre lalphabet hiéroglyphique égyptien et i alphabet
hébreu.
La planche annexée à cette page renferme d'abord les alphabets hébreu, grec, latin et copte, mis en harmonie avec l'alphabet hiéroglyphique. La colonne destinée à ce dernier, contient, i ." tous les signes que l'analyse des noms propres hiéroglyphiques, et la collation de divers textes, m'ont fait reconnaître comme homophones ; 2.° les signes hie'ratiques , véritables équivalens des caractères hiéroglyphiques ^ et exprimant, dans les textes , les mêmes sons que ces derniers ; 3.** les signes démoùques exprimant aussi les mêmes sons.
Enfin il est important de faire observer qu'en tenant compte des caractères qui répondent le plus habituellement, dans les noms et textes hiéroglyphiques, aux sept voyelles i>, E, K , x , ox, o, av, et en les ajoutant aux signes de consonnes bien déterminés, £1, ^, K, ?v,A*., K, n, p, C, T,j::, oj, q, ^, Jd,:^, 6^, et i;-, nous retrouvons dans cet alphabet général les vingtcinq lettres, c'est-à-dire, des signes équivalant aux vingtcinq sons ou articulations qui, selon Plutarque, composaient l'alphabet égyptien.