‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 34 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Application de l’Alphabet des hiéroglyphes phonétiques aux Noms propres égyptiens hiéroglyphiques de personnages privés.

Si les Égyptiens ont employé, comme on vient de le voir, les hiéroglyphes signes de sons, c’est-à-dire , des caractères purement phonétiques , à la transcription des noms propres des dieux mentionnés dans les textes en caractères sacrés, nous devons nous attendre, à plus forte raison, à retrouver, dans ces mêmes textes, les noms des simples particuliers des deux sexes également écrits au moyen de caractères phonétiques. Ges noms propres ne sont ni des noms grecs ni des noms latins, mais des noms appartenant à la langue égyptienne, et que portèrent des individus de race égyptienne ayant vécu en Égypte, soit avant l’invasion de Cambyse , soit depuis la conquête de cette contrée par les Perses , par les Grecs et par les Romains. Les noms que nous allons citer sont principalement peints ou gravés sur des momies , sur les figurines de bois ou de terre émaillée, et sur les manuscrits funéraires qu’on découvre dans les tombeaux égyptiens; et comme ces différens objets portent fort rarement, soit des dates, soit des noms de souverains qui puissent servir à assigner leur époque précise , nous ne saurions affirmer que les individus auxquels ces noms purent appartenir, vécurent soit avant, soit après Cambyse,

ni induire de la lecture de ces mêmes noms seuls , que 1’ écriture phonétique remonte aux plus anciennes époques de .{'histoire égyptienne : mais il nous suffit de prouver, dans ce chapitre , que les signes hiéroglyphiques phonétiques furent employés d la transcription des noms propres appartenant d la langue égyptienne. Nous ferons ainsi un pas de plus dans la connaissance générale du système hiéroglyphique , et l’on rejettera alors une opinion erronée qu’on s’est trop hâté d’énoncer après la publication de ma Lettre à M. Dacier; opinion selon laquelle l’écriture hiéroglyphique phonétique n’aurait été employée par les Égyptiens qu’à la seule transcription des mots et noms propres étrangers à la langue égyptienne.

En étudiant le très-grand nombre de noms propres égyptiens que les auteurs et les monumens grecs nous ont conservés écrits en lettres grecques , on doit pressentir que, dans les noms propres égyptiens écrits en hiéroglyphes , noms qui vont devenir ici l’objet de notre étude , nous allons retrouver les noms propres hiéroglyphiques des dieux , que nous connaissons déjà sous trois formes distinctes; car les noms égyptiens d’individus des deux sexes, que les auteurs ont mentionnés , «ont presque tous évidemment composés des noms propres de divinités : ainsi A/u.uv1cuoç signifie donné par Amoun; N iruxpiç, Neith victorieuse; AÔojÔ^, engendré de Thoth ; Mapiç ou Moiçjlç, don de Ré ( le soleil); 'Eep.qtovypctTY]^, Hercule-Harpocrate; ©o/xcLëÇdoL , le monde ami de P ht ha; ïlouyo-iç, le consacré d lsis; OccvouÇiç ou ïl&vovpiç, le consacré à Cnouphis; Il ciûepp.ovr,

le consacre' à Thermuthis ; ïlélyunç, celui qui appartient à Isis; HëToo-içj.ç, , celui qui appartient à Osiris; M oirjcriç, don d’Isis ou aimant Isis; Tsyct/xotiv , I enfant d’Amoun ; 'Zevocrof, l’enfant d’ Osiris; , celui qui

appartient à Harpocrate ; UélëcLpuYiçjLç , celui qui appartient à Arouéris; Ocoycriç, la consacre'e à Isis; TctvovÇiç , la consacrée à Cnouphis , &c. Nous savons aussi que de simples particuliers portèrent ies noms mêmes des dieux, tels que A/ulovv ? A pcnno-is, A mon, Horus ,

Horus fis d’Isis , Sec. Ainsi ies noms propres des Égyptiens offraient cette empreinte religieuse qui caractérise tous leurs travaux et toutes leurs institutions.

Les noms propres égyptiens de simples particuliers des deux sexes sont tracés en ligne courante dans les textes hiéroglyphiques, et ne se trouvent jamais entqurés du cartouche ou encadrement elliptique, marque distinctive des noms propres de souverains seuls; mais ils se terminent constamment par le signe d’espèce homme ou femme, gravé dans notre Tableau général sous les n.oS 245 et 246. Il n’y a point de momie, de stèle, et même de figurine ornée de quelques hiéroglyphes, qui ne donne le nom d’un individu suivi de celui de son père et plus souvent du nom de sa mère; la filiation est toujours indiquée, comme je l’ai déjà dit, par les groupes hiéroglyphiques CE ou es, fils, enfant , et ou jw-XCE , enfanté, engendré, natus. Il m’a donc été facile de réunir un très-grand nombre de noms propres de simples particuliers; je vais en citer ici plusieurs, et l’on verra avec quel succès mon alphabet hiéroglyphique s’applique à la lecture de tous ces noms.

Le nom propre du défunt dont le grand manuscrit hiéroglyphique du cabinet du Roi (i) accompagnait la momie, est composé de cinq caractères : le carré II; le signe triangulaire que j’ai appelé le niveau , et qui est un 'T , dans les noms hiéroglyphiques de Domitien et d’Antinoiis; la feuille i>; le parallélogramme crénélé ju., et la ligne horiiontalc n; ce qui donne ÏTrzJU-h Pétamon, nom dans lequel nous retrouvons le nom phonétique d ’Amoun , et qui est bien évidemment la transcription hiéroglyphique du nom propre égyptien HëTcip,ovv, IIé- TcLgcfAw , conservé dans divers textes grecs (Tableau général, n.° 154)*

Ce nom propre signifie celui qui est à Àmoun, celui qui appartient à Amoun , Ammonien , AfA/Liocnoç-, il est très -commun dans les inscriptions hiéroglyphiques des momies , des papyrus et des figurines , et nous devons attribuer la fréquence de ce nom propre à deux causes principales. La première fut sans doute

parce qu ’Amoun étant la plus grande divinité des Egyptiens (2) , iis placèrent plutôt leurs enfans sous la protection spéciale de ce dieu que sous celle de tout autre ; la seconde , parce qu ’Amoun étant le dieu que les habitans de Thèbes adoraient plus particulièrement , nous devons trouver très-fréquemment le nom

(1) Gravé dans la Description de l’Égypte, Ant. , vol. II, planches 72-75. — Voyez planche 72, colonne 76; pîanche 73 , colonnes 7, 41 , 49, &c.

(2) Voyez la première livraison da Panthéon égyptien , texte et planches numérotés 1 et 2.

Pa-qe. S 6 J

de Pétamoun ou Pétamon sur les momies, les figurines, les stèles funéraires et les papyrus déjà connus , la plupart des objets de ce genre que renferment les cabinets de l’Europe, sortant , presque tous , des tombeaux de Qournah à Thèbes.

Le nom propre IÏts-julk, Pétamon, se montre, par exemple, dans l’inscription hiéroglyphique qui décore la base de la statuette en bronze d’un dieu à tête de lion , que possède le cabinet du Roi. Le devant de la plinthe porte l’inscription gravée sur notre planche XI, n.° i. Ses trois premiers signes, qui commencent toutes les légendes hiéroglyphiques placées devant les images des dieux et des déesses , paraissent répondre aux mots coptes T çh ou TM te W , ceci est la figure , ceci est la ressemblance. Le groupe suivant , dont il ne reste plus que le signe initial, le lion A, et le signe final, le trait recourbé c , est le nom même du dieu que représente la statuette, les deux derniers hiéroglyphes , le niveau t et la croix ansée , symbole de la vie , , répondent au mot copte tmî^o. Cette inscription du devant de la plinthe doit donc se lire tm çk

(h) î\ c tmv^o, et signifie, mv est la ressemblance

de L. S, vivifie ateur. Les caractères qui formaient

le milieu du nom divin sont effacés.

Deux autres côtés de la plinthe offrent l’inscription gravée sur la planche XI, n.° 2 , et qui se compose de vingt-six caractères. Dans ce nombre, vingt-un sont ■phonétiques et leur valeur est bien connue : sur les cinq autres, deux sont figuratifs ; ce sont les deux signes d’espèce homme , qui terminent deux noms propres

masculins ; les trois autres forment le groupe symboiîco-phonétique répondant au riiot copte tne&ks , maîtresse de md/son ( dame ) , titre qui précède très-souvent les noms propres de femmes. Cette inscription se lit donc sans difficulté ïlE'rjDKuy (pauj-E) CS h iTET£>AMt ('punur) wc (rr) ("tnEb-Hs) T^ojnrfia.v , c’est-à-dire, Petkhésch ( homme') fils de Pétamon (homme) engendré de dame Taschetho.

Cette inscription nous fait ainsi Connaître le nom et les pàrens de l’individu qui ordonna l’exécution de ceffe statue, ou qui eh fut le possesseur.

L’orthogràphe du nom propre de Pétamon, père de Petkhésch, rie diffère, dans cette inscription, de i’orthograpHe de Pétamon, nom du défunt mentionné dans le grarid riiariuscrit hiéroglyphique du cabinet du Roi, que par l’emploi du bras étendu tenant le niveau dans le premier/au lieu du niveau seul que présente le second; mais ces deux cârâctères sorit homophones , et on les voit sans cesse permutés indifféremment pour exprimer la consonne *r , dans le nom de Domitien , par exemple, sculpté à Dendéra et élir l’obélisque de Béiiévënt. Le Tableau général de signes et de groupes hiéroglyphiques placé à la suite de cet ouvrage, offre, sous les n.os i 55 et 15 6 , deux nouvelles variantes du nom propre égyptien Pétamon , recueillies sur diverses figurines en terre émaillée, qui se trouvent en assez grand nombre, soit dans le cabinet du Roi, soit dans la belle collection égyptienne du Musée Charles X. Len.° 15^ présènte la ligne brisée h , 'homophone habituel de la ligne horizontale, et le n.° 156 porte de plus la forme ordinaire

du T , segment de sphère, homophone du niveau ou du iras e'tendu soutenant le niveau, que contiennent ies autres variantes de ce même nom propre , reproduites sous les n. 05 154, 155 et 157.

Le beau manuscrit orné de peintures accompagnées de légendes hiéroglyphiques, et que le cabinet du Roi vient récemment d’acquérir de M. Tédenat, a appartenu à la momie d’une jeune femme dont l’image joue le principal rôle dans les diverses scènes du papyrus; elie y est constamment suivie d’une légende contenant son nom propre terminé par le caractère figuratif signe d’espèce femme. Ce nom propre gravé dans le Tableau général sous le n.° 159, se lit sans difficulté. Le premier caractère est un *t : ce signe se permute , en effet, dans tous les textes , avec le segment de sphère et ses autres homophones , et l’on peut voir des exemples de cette permutation dans les diverses variantes du nom propre du dieu Amsèt ou Omsèt , le premier des'quatre génies de ïAmenti ou enfer égyptien , au Tableau général n.os 61 et 62. Les cinq autres caractères de ce nom de femme sont déjà bien connus ; et ce nom entier, transcrit en lettres coptes, donne 7 entamon ; c’est laforme thébaine féminine du nom propre Petamon ; Tîtt2>.- *5.cm Tentamon signifie celle qui appartient à Amon.

J’ai trouvé sur diverses stèles funéraires, et dans ies légendes qui couvrent les figurines en terre émaillée qu’on découvre en si grand nombre dans ies tombeaux égyptiens, une foule de noms propres contenant aussi, comme les précédens, le nom du dieu Amen, Amoun ou Amon : je vais donner ici la lecture de quelques-uns

d’entre eux que j’ai réunis sous divers numéros dans ie Tableau générai.

Le nom n.° 156 a se lit ïrT2JU.NpK , Petamotirè, et signifie celui qui appartient à Amonrè ou Amonra, un des noms du dieu Amoti. Le nom hiéroglyphique n.° 1 60 est i’orthographe égyptienne du nom propre que les Grecs ont écrit tantôt A fxevaxptç ou A /A,evoÇn$ , et tantôt AfxevoûQyiç. Ce groupe n’est qu’une abréviation du nom propre 11. 0 161, qui se lit Aménbtp ou

Aménôthph, suivant les dialectes. Formé du nom divin d 'Ammon et de la racine arm ou arrc£ — , ce nom propre paraît avoir exprimé l’idée de dévoué' à Amon , offert , appartenant à Ammon.

Le n.° 162 , ou Otpamon ou Othphamon, a

le même sens que le précédent ; mais c’est un nom de femme , comme le démontre le signe figuratif d’espèce qui le termine.

Les n.os 163 et 164 se lisent dAmu ou et

pouvaient se prononcer Amoni, Améni ou Amonei : ce sont deux noms propres masculins.

Le nom propre de femme, n.° 1 65 ,

Amonièt ou Amentèt, signifiait probablement dirigée par Amon. Le segment de sphère placé après les deux bras étendus soutenant le niveau , 11’est qu’un signe de genre.

Len.°i70 donne, transcrit en lettres coptes, et a pu se prononcer Amonios , Amotiés ou Amonis : si l’on adoptait la première prononciation , ce nom propre d’homme pourrait 11’être que la transcription hiéroglyphique du nom propre grec A/u.fxa>\no<;, que j’ai trouvé aussi orthographié Xuomc dans un manuscrit égyptien

en écriture démotique : s Amonmai ( n.° 1 64 bis),

nom propre d’homme , signifie chéri d’Amon.

On lit enfin un nom propre égyptien formé du nom divin Amon , sur un monument fort curieux qui fait partie du Musée royal du Louvre ; c’est un très-beau vase d’albâtre oriental , de l’espèce de ceux que les Grecs désignèrent sous le nom d ’alabastre ou d’ alabastrite , et qui étaient destinés à contenir des parfums ou des huiles précieuses. Sur la panse de ce vase, dont la forme est tout-à-fait semblable à celle du vase qui , dans l’écriture hiéroglyphique, exprime la consonne K (Tableau général , n.oS 4 * et 42 ) , est gravée une inscription divisée en deux lignes, contenant vingt-deux caractères tous phonétiques , à l’exception de deux signes d’espèce homme qui terminent deux noms propres.

La première ligne de cette inscription figurée dans notre planche XI, n.° 4, produit, transcrite en lettres coptes : CWK& h on paou-E, le prêtre

d’Amon Autaoui (ou Autan) , et la seconde , KCE<q Ojulonce poouLE, à son fils Amonsé ( ou Amensé ).

Le contenu de cette inscription indique assez clairement que le prêtre d’ Am mon Autaoui avait fait présent de ce beau vase d’albâtre à son fils Amonsé. Ce dernier nom propre peut se traduire par né d’Amon, enfant d’Amon, et il était naturel qu ’ Autaoui plaçât son fils, en lui donnant ce nom , sous la protection de la divinité même dont il était le prêtre.

J’ai mis, souslen.0 \ 6y du Tableau général, un nom propre de femme qui se lit (Xjw-Hge Amonsé ou Aménsè, et qui n’est que la forme féminine du précédent.

Le nom phonétique du dieu Phtha entre assez souvent dans la composition des noms propres de simples particuliers. Sur la plinthe d'une figure d’Horus, en bronze , appartenant au cabinet du Roi , on iit ie nom propre, (Tableau général, n.° 172) ILt^utttt Ptahotp ou Phtahothph , tout-à- fait analogue au nom propre déjà cité Aménôthph , et qui signifie Y offert a Phtha , ( celui qui ) appartient à Phtha. Nous trouvons une abréviation de ce nom propre (Tableau général, n.° 17 1), de la même manière que nous en avons reconnu une semblable pour Aménôthph.

Les groupes exprimant ies noms propres Aménôthph et Ptahôthph, se montrent aussi assez souvent sous une forme inverse dans les textes hiéroglyphiques , et ils deviennent alors de simples titres, portés soit par des rois, soit par des personnages d’un rang distingué : les inscriptions présentent d’ailleurs une foule de titres analogues , formés du même qualificatif arm possédé, dévoué, consacré , et des noms, soit phonétiques, soit symboliques, de diverses divinités égyptiennes. Je ne citerai ici que les groupes

tU'TTTThpK. . . Othph-an-Rè . ., Le dévoué au Soleil. n.° 338. CL\T*TTTkz>-Wt . . ... Othph-an-Amon. Le dévoué à Amon . n.°339. tttrTTtîtTT'T<>. . . . . Othph-an-Ptah . . Le dévoué à Phthah. n.° 340. tLrTïTTTT^. . .... Othph-Ptah.. . < .iLe dévoué à Phthah. n.0 340.

tmnTCTU. Othph-Smé 'Le dévoué à Smé. .. n.° 344-

CITTTTTT (o'îfGSpç). OthpJi-an- Omiré. Le dévoué à Osiris. . n.° 341. timUT ( HCE ) . . . Othph-'tfn*Isé. ... Le dévoué à Isis . . . . n.° 342. UJ'TïTN&'ttTTÙtï . . . . Othph-an-Anébo . Le dévoué à Anubis. n.® 3.43*

'Le nom du dieu Phtha se montre encore comme partie constitutive d’ün nom propre d’enfant mâle , sculpté sur u'ne stèle de M. Tédenât ; ce nom gravé au Tableau générai, n.° iyz, se lit Trr^^p, Ptahdjèr ou Ptahdjor , et signifie Phtha le puissant ou te puissant par Phtha.

Une autre stèle funéraire de la collection de M. Durand offre le nom propre d’homme OcpTCN Osertasen ou Osôrtàsèn, dans la composition duquel nous reconnaissons les trois premiers signes du nom phonétique d ’Osiris. La comparaison que j’ai faite de plusieurs noms propres égyptiens , tels que Senosôr et Osoroeris mentionnés dans Un texte grec, avec les noms écrits eti lettres égyptiennes de'motiques dans un texte égyptien correspondant au texte grec (i), ne me permet plus de douter que le nom phonétique d? O si ris et son nom symbolique ne se prononçassent tous deux Ousiri, et en composition OsoR. Le nom Senosor, signifie enfant d’Osiris , et Osoroeris est un nom composé de deux noms propres des dieux O sir i s etPoëris. Quant au sens d? Osertasen Ou Osortasen , les textes coptes rte m’ont poiht encore présenté la racine ^rcn , ni aucun de ses dérivés ; racine avec laquelle le nom d?Osiris paraît être ici en composition.

Une séconde étèle funéraire de la même collection porte le nom féminin hiéroglyphique (Tableau général, *n.° 178 )/qüi doit se lire Ocp'TCE (,T£XJU-e) Osortse

(1) Account of soitie recent discoveries if c. , by Thomas Young, Appendix , pag. 146, et pag. 126 et 128.

femme, ou mieux OcpCE'T Osorsè; car ie segment de sphère T dans ie groupe hiéroglyphique est un signe de genre. Si l’on adopte la seconde lecture , nous aurons dans Osorsè un nom féminin analogue à celui d’Amonse'.

Les noms des dieux Horus, Rê et Apis, entrent dans la composition des deux noms propres n.os 186 et ip^. Le premier, qui se lit irr-^p-TTpK (ptujuue) Pet-hor-prè ou Pet-har-prè , signifie celui qui appartient à Horus et à Rê { le soleil); c’est une variante du nom symbolicophonétique n.° 201. Le second, qui peut être, rendu en lettres coptes par Hapi-mên , est formé du

nom propre contracté du dieu Apis, qu’on peut voir dans son entier sous le n.° 64, et du monosyllabe juin très-souvent écrit aussi jülhu ; et ce nom me paraît avoir signifié l’assistant d’ Apis , le serviteur d’Apis.

Ainsi nous venons de voir dix-sept noms propres de simples particuliers égyptiens, renfermant en euxmêmes des noms propres de dieux. Il nous reste à donner aussi des exemples de noms propres égyptiens toujours phonétiques , mais dans la composition desquels il n’entrera, selon nos connaissances actuelles du moins, aucun nom divin.

Le nom numéroté 180 au tableau général, et formé de six caractères, se lit Carrxjmc (paums), Sôti-mès. Il signifie enfant de Sôti, engendré par Sôti ; mais nous ne pouvons décider si Sôti est un nom commun ou un nom propre, et encore moins si c’est là le nom de l’étoile XùiÔ/ç. J’ai observé une variante de ce nom , gravée sous le n.° 180 bis, et qui ne diffère du n.° 180 que

par l’emploi de deux différens caractères homophones, le lituus au lieu de la caille , et la ligne horizontale coupe'e de deux perpendiculaires au lieu du trait recourbe' final c. Ce nom propre Sôtimès , écrit ainsi de deux manières, a appartenu à un individu dont le double cercueil en bois de sycomore, décoré d’une quantité prodigieuse de peintures très-fines, très-soignées, et brillant des plus belles couleurs, a été rapporté d’Égypte par M. Tédenat, et appartient aujourd’hui au Musée royal du Louvre. C’est, sans aucun doute, le plus beau monument de ce genre existant en Europe; et les scènes variées, les figures qui couvrent l’intérieur et l’extérieur des deux cercueils et leurs couvercles , sont du plus haut intérêt pour les études égyptiennes. D’un autre côté, le cabinet du Roi a acquis de M. Casati un superbe manuscrit funéraire hiéroglyphique, et un triple tabernacle renfermant , selon l’usage , plusieurs centaines de figurines en bois représentant un défunt; et j’ai reconnu que, par un hasard fort remarquable, le manuscrit et le tabernacle avaient appartenu à la momie de l’individu que renfermait le double cercueil du Musée royal; de sorte que si l’on réunissait un jour les cercueils , le papyrus et le tabernacle avec ses figurines , on posséderait la suite complète de tout l’appareil funéraire d’un seul et même personnage. On peut d’autant moins douter de ce fait, que les cercueils, le tabernacle et le papyrus portent tous la même légende. Elle est gravée sur notre planche XI ( n.° 3 ). Je la lis cnfCipe cnfH& * *5.TipTTE hzjut-st-m cw'tsjulc; elle signifie l’Osi-

rien prêtre-scrihe ( ou hiérogrammate ) du temple de Thèbes , Sotimès; et cette même légende, répétée un très-grand nombre de fois, nous fait connaître à quelle classe de la nation égyptienne appartenait Sotimès : c’était un membre de la caste sacerdotale, dans laquelle les hiérogrammates , ou scribes sacrés, tenaient un rang très-distingué. La beauté des cercueils et la richesse de toutes les parties de l’embaumement de ce personnage, trouvent ainsi dans cette circonstance une explication bien naturelle.

Une belle inscription hiéroglyphique du Musée royal contient le nom propre d’homme gravé sous le n.° 182; et une momie récemment envoyée d’Egypte àM. Tédenat, le nom propre n.° 183. Ces deux noms, où sont employés des caractères homophones divers , produisent en lettres coptes ou TTG**.rr6" Psa-

mètik ou Psamêtig, nom auquel nous trouvons une analogie bien marquée avec un nom égyptien que les Grecs ont écrit ’irapifxeriwç , Mais les

deux noms hiéroglyphiques , n’étant point entourés du cartouche , ne peuvent être que ceux de deux personnages privés , qui n’avaient rien de comrpun que le nom avec le célèbre Pharaon Psammétichus , si souvent mentionné dans les écrivains grecs.

Le père de l’individu à la momie duquel a appartenu le papyrus hiéroglyphique acquis de M. Cailiiaud par le cabinet du Roi, se nommait ncrTttq ou (Tableau général, n.° 1 8 1). Ce nom propre se rapporterait au mot copte TTCO^îtEq, la flèche.

Le n,° 177 contient deux variantes du nom propre

d’homme KttiïRup (pcxu*E) Kôpôr ou Kôphôr, qui fut celui du père du défunt Petharprê, mentionné dans Je manuscrit hiéroglyphique du comte deMountnorris (i).

On trouvera enfin, dans notre Tableau générai, plusieurs autres noms propres égyptiens hiéroglyphiques, qui se lisent sans difficulté par le moyen de notre alphabet (2).

Tous ces noms que nous avons cités jusqu’ici sont entièrement écrits en hiéroglyphes phonétiques. Mais il est aussi un très-grand nombre de noms propres, égyptiens qui sont formés à-ia-fois et de signes phonétiques, et de signes symboliques , dans ce sens que les noms des dieux qui entrent dans la composition de ces noms propres de personnages privés, au lieu d’être tracés phonétiquement , le sont en caractères ou groupes symboliques exprimant ces mêmes noms divins, groupes dont il a été question dans le chapitre précédent (3).

Voici des exemples de cette alliance fort ordinaire de deux sortes de caractères hiéroglyphiques dans un seul et même nom propre.

Celui qui est gravé dans le Tableau général , sous le n.° 196, est formé, i.° de deux signes phonétiques TTT pe't, en copte ïrr ou ttet, monosyllabe qui, dans

(1) Publié en Angleterre, dans la collection intitulée Hierogly phics , recueil de gravures de monumens égyptiens de divers ordres, dont la publication est due aux soins et au zèle éclairé de M. le docteur Young.

(2) Voyez les n.os 175, 176, 179, 184, 185, 188, 189, 19 Y, 193 et 194.

(3) Supra, pag. 159.

la langue égyptienne, signifie, comme on l’a déjà vu,' celui qui est à; 2.0 des trois signes qui forment le nom symbolique du dieu Osiris(i). Ce nom propre d’homme se prononçait donc TTTO'ïCxpE Pètousiré , Pétosiré ou Pétosiri; les Grecs l’ont écrit Tleroa-i^ç.

Les noms symboliques du dieu Horus ( 8p Har ou Hor) (2), entrent dans la composition de plusieurs noms propres égyptiens hiéroglyphiques; tels sont :

i.° Le n.° ipy, qui se prononce Trr^p pet-hor ou pet-h ar, celui qui esta Horus;

2.0 Le n.° 202 , TT&^p pahor , celui qui appartenait à Horus , formé du monosyllabe exprimé phonétiquement, et du nom symbolique d’Horus. Ce nom est gravé sur une terre émaillée du cabinet du Roi ; p°Len.° 20 3 <3 , CîV^p , Senhor.

Le nom propre n.° 201 est celui du défunt mentionné dans le papyrus hiéroglyphique appartenant au comte de Mountnorris; il est formé du monosyllabe tet Pet, du nom symbolique d’Horus, de l’article masculin Tt ou cf>, et du nom figuratif du dieu pn, RÊ, le soleil, et se termine, comme tous les noms propres d’hommes déjà cités, par le caractère figuratif homme. Ces élémens réunis forment le nom propre ILr^opTTpK Pethorpre, Petharpre ou PetharphrÈ, celui qui est à Horus et au soleil ou Phrè.

Le n.° 200 est le nom propre du défunt auquel se rapporte le manuscrit hiéroglyphique acquis de

(1) Tableau général, Noms symboliques des Dieux , n.° 91,

(2) Ibid. n.os 95 et 96.

M. Cailiiaud par le cabinet du Roi. Il ne diffère du précédent que par i’absence d’un seul signe, la petite ligne perpendiculaire placée au-dessus de l’épervier dans le nom de Pethorprê. Comme cette ligne perpendiculaire , qui sur- -monte toujours i’épervier lorsque cet oiseau est le nom symbolique d’Horus, manque dans toutes les légendes du manuscrit deM. Cailiiaud, il est évident que, dans le nom propre n.° 200 , l’épervier rentre dans la classe des signes phonétiques, parmi lesquels il exprime habituellement la voyelle e ou Ce nom propre doit donc être transcrit en lettres coptes TrrÈnpK ou TtE'TÈc^pK , Pétéprê ou Pétaprê, Pétéphrê ou Petaphrê, et nous reconnaissons ici la transcription hiéroglyphique du nom si connu de Putiphar, qui, dans le texte copte de la Genèse, est régulièrement écrit TïEnrÈc^pK Pétéphrê (i), comme notre nom hiéroglyphique. On sait déjà que ce nom signifie celui qui est ou qui appartient à Phre, le soleil ; il convenait aussi très-bien au prêtre de la ville du soleil , Petéphré[p) , dont Joseph épousa la fille par l’ordre de Pharaon. Enfin le nom n.° ipp n’est qu’une variante du précédent : le niveau T y est remplacé par son homophone habituel le bras étendu soutenant le niveau.

Le nom symbolique de la déesse Isis (3) se montre aussi combiné avec les monosyllabes ïtet, celui qui est à , celui qui appartient à, et ou celle qui

(1) Genèse , chap. XXXIX, 71.

(2) Ibid. XLII, 4 J.

(3) Tableau général, n." 93.

appartient à , lesquels sont exprimés phonétiquement ; cette combinaison forme, par exemple, les noms propres hiéroglyphiques :

IW (hcx) Petêsi ou Petisi ( n.° 198), celui qui est â Isis : les Grecs ont transcrit ce nom Tlervcns;

Th, (hcx) Paêsi ou Pa'isi{ n.° 207 ), celui qui appartient à Isis : nous trouvons également ce nom propre écrit TT&HCi ou TT&HCE dans les livres coptes , et Il aLYicriç dans le papyrus grec du musée Borgia , publié par Schow (1);

Tz* (hcx) Taèsi ou T ai si (n.° 20 6), celle qui appartient à Isis : ce nom propre de femme se retrouve dans les livres coptes sous la forme memphitique 0z»Hcx Ta'isi , Taêsi ; il est écrit T courts ou T ayjtrns dans le papyrus grec précité du musée Borgia.

On remarque également le nom symbolique de la déesse Isis dans une grande quantité de noms propres phonético-symboliques de simples particuliers des deux sexes. Nous citerons seulement les suivans :

Ch (hcx) Sénisi ou Sanisi (n.° 209 ) , nom de femme, analogue dans sa composition au nom d’homme déjà mentionné , Senhôr ou Sanhôr ( n.° 203 bis).

Dkc (hcx) Asêsi ou Asisi ( n.° 208 ), formé du monosyllabe 8N.C as et du nom symbolique de la déesse : ce nom propre, dans sa composition, paraît semblable à celui que porta l’Egyptienne épouse de Joseph, et que la Genèse appelle fiJDX Astiéth ou Asénèth , nom dans

(1) Schow, C/iarta papyracea græce scripta Mus. Borgiani.

lequel on observe la syllabe As, suivie, selon toute probabilité, du nom de la déesse Neith.

Hcx^p Isidjer ou Isidjor (n.° 210), c’est-à-dire, Isis la grande ou la puissante , nom de femme analogue au nom d’homme Phtahdjer, Phthale puissant (n.° 192), déjà cité.

(nhcs) Khatsanisi (n.° 2 1 3 ) : c’est le nom du défunt mentionné dans le manuscrit funéraire appartenant à M. Fontana, et publié à Vienne, en 1822, avec des observations de M. de Hammer. Le même nom se lit aussi constamment dans le texte hiératique de ce rouleau.

J’ai reconnu également , sur diverses figurines de terre émaillée et sur des stèles funéraires , beaucoup de noms propres hiéroglyphiques de femmes , dans lesquels le nom symbolique de la Vénus céleste égyptienne, Athor , que les Grecs ont écrit A ou A0ty>, entre en composition avec divers hiéroglyphes phonétiques. Ainsi le n.° 2 1 1 se lit è^çtitpcE'T )

HatorsÈ ou HatharsÉ femme , et il signifiait enfanPpié ou née d' Athor. C’est un nom analogue à ceux d’AMONSÉ, née d’Amon ( n.° 169), et de Sowksé , née de Souchis (n.° 21 5 ), dont la forme masculine se trouve sous les n.cS 168 et 214. Le nom propre féminin ( n.° 212), 8^tupAJL2s.,rT Hathorma femme, paraît avoir

signifié , donnée par Athor.

D’autres noms propres égyptiens renferment les noms , soit phonétiques , soit symboliques , de deux et même de trois divinités différentes ; de ce nombre sont :

i.° Le nom propre gravé sous le n.° 203, qui, offrant le nom symbolique du dieu Horus et le nom phonétique du dieu Amon , se prononçait ( 8p ) zjuih Hor-amon; les Grecs ont connu ce nom propre égyptien et l’ont écrit On remarque dans les

auteurs et dans les monumens grecs relatifs à l’Egypte , une foule de noms propres qui, comme celui &Horamon ( Horus- Atnmon ) , sont formés de deux noms de divinités combinés ensemble ; tels sont , par exemple , WçjLjXfj.m ( Junoti-Ammon ) , ( Hercule-

Ammoii), £cc(^7nx./a/u,a>v (.Sarapis- Artimon) ,'hov^tfXfÀ.m (Souchis-Ammon ) , &c. (1) ;

2.0 Le n.° 204, qui, formé du nom symbolique d’Horus , 8p Hor ou Har , du groupe phonétique ce ou Cl (2), et du nom symbolique d’Isis kcs ou kce, donne le nom propre éSpcxKCS Horsiesi ou Harsiesi, c’est-à-dire, Horus né d’Isis, nom propre dont les Coptes ou Egyptiens chrétiens avaient conservé l’usage sous la forme de ëuipciKCX Horsiêsi ou ^uipcxKCE Horsièsé , et qu’on trouve aussi écrit Apcrivuriç dans les textes ou dans l’enregistrement grec de contrats originaux du temps des Lagides. Le groupe hiéroglyphique Harsiesi se trouve habituellement employé, abstraction faite du caractère d’espèce homme qui le termine ici et en fait un nom propre de simple particulier, dans les légendes du dieu Horus , où il signifie encore Horus né d’Isis , Horus enfant d’Isis ;

(1) Voyez Charta papyracea Musei Borgiani.

(2) Enfant, natus. Voyez Tableau général, n.° 257.

3.0 Enfin ie nom propre hiéroglyphique n.° 205 est composé de Horsiesi , que précède le nom phonétique d ’Amon , ce qui produit le nom C^wt^pcsKCX

Amon-Horsiési, c’est-à-dire, Amon-Horus fils d’Isis; et cet usage de prendre pour noms propres ceux mêmes des plus grandes divinités du pays, paraît avoir été particulièrement suivi parmi les habitans de l’Égypte.

On trouvera aussi , sous les n.0î 216 et 217, deux noms propres de simples particuliers entièrement symboliques. L’un est le nom d’homme Horus et l’autre le nom de femme lsis.

En résumant les conséquences de l’analyse de divers noms propres égyptiens contenue dans ce chapitre , il reste bien établi, ce me semble, qu’une très-grande partie des noms propres égyptiens hiéroglyphiques de simples particuliers , sont écrits au moyen d’hiéroglyphes réellement plione'tiques , c’est-à-dire , exprimant les sons et les articulations de ces mêmes noms. Il est évident aussi que l’usage des signes phonétiques égyptiens ne se borna point , comme on a voulu le croire , à la seule transcription des noms propres de souverains ou d’individus étrangers à la langue égyptienne.

Il y a plus , les faits rapportés dans les précédens chapitres établissent également que les signes qui , soit dans les noms propres hiéroglyphiques des souverains grecs et romains, soit dans les noms propres égyptiens des dieux et de personnages privés, expriment rigoureusement le son seul de ces mêmes noms propres , se retrouvent outre cela dans le courant de tous les textes hiéroglyphiques , dans les passages où il ne s’agit point

de noms propres, et qu’ils y conservent absolument leur même valeur phonétique.

Je les ai montrés, en effet, comme simples signes de sons, dans les groupes hiéroglyphiques exprimant des mots égyptiens > noms communs , verbes , prépositions ou conjonctions , et dans une foule de formes grammaticales propres à la langue égyptienne. II exista donc une époque où l’écriture hiéroglyphique égyptienne , ce système que nous avons cru pendant si long-temps formé uniquement de caractères idéographiques , c’est-àdire, de simples signes d’idées) comptait aussi parmi ses élémens des signes phonétiques , figuratifs dans leur forme , il est vrai , mais représentant proprement la prononciation des mots de la langue égyptienne parlée.

Ce fait étant bien reconnu, il s’agit de savoir à quelle antiquité peut remonter ce système d’écriture phonético-idéographique , tel que diverses applications viennent de nous le montrer.

En proposant moi - même l’examen d’une pareille question , j’ai dû prévoir cette objection qu’on ne manquerait point de me faire : nous accordons que , dans certains textes et inscriptions hiéroglyphiques , les noms propres des dieux et des hommes, des mots égyptiens, tels que noms communs, verbes, pronoms, prépositions, &c. , sont exprimés phonétiquement ; mais il est possible que cette écriture hiéroglyphique en grande partie phonétique , soit une forme prise par l’écriture égyptienne , sous l’influence immédiate des Grecs et des Romains, et quelle diffère essentiellement de l’écriture hié-

r°glyphique du temps des Pharaons, écriture que i antiquité toute entière semble nous donner comme complètement idéographique.

Cette objection trouvera sa réponse dans le chapitre suivant.

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