‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens egyptiens, ou, Recherches sur les élémens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennesChapitre 1 sur 41 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Chez TREUTTELet WÜrtz, Libr. , rue de Bourbon, n.° 17. A Strasbourg et à Londres, même Maison de commerce.

dévolu cachev pouv toujours , sous le voile dune écriture mystérieuse , l histoire, le culte , le système graphique et l’état moral du peuple (pie l antiquité jjrecque et romaine a reconnu pouv l institut euv premier) de la cwilisatioç .

c£a découverte de l'alphabet des hiéroy lyphes phonétiques appliqué d abord aux monumens élevés pav les Sjjyptiens sous la domination) des molémées et des Césars , écarta urq cou) de ce voile et jeta suo ces problèmes une lumière inespérée; appliqué maintenant aux monumens des cm es antérieurs, il doit nous montres) l ’cjypte toute entière avec ses vieux oPharaons et leurs produjieux et impériëables ouvrages. C’est à la protectiqÿ éclairée que rPotxe

cMoajeité accorde aux sciences historiques, quog sera redevable de ceâ résultat* aussi importuns au ’ mattenduXj .

X ' ' approbatioi) dont ^otte cMDajejté honorâmes nremters efforts a soutenu et redoublé mot) dele ; mouvant me flattev aigourd’ hui d’atteindre le but vers lequel i ai constamment dirigé mes études , qu il me soit mermis de m enorgueillw de vos bienfaits , et de dire cjue c’est a la munifcence de ^otte cMoaieité que je dois l’ impression 7 de ce nouvel écrit dont sa bonté daigne agréeo l’hommage, comme une offrande de ma ^profonde et respectueuse gjratiiude. m l’histoire des progrès de nos connaissances sous votre règne marie avec

ijuclijuô estime de mes travaux , elle redira surtout comlnei) i 'ai du d 'encouragement à vo f) lumières et a votre annuité protcctioÿ.

(de

’ mis avec

respect

(De y oke ,11-,

Cf

s Jtre,

l%eé - Biuu CCe f - AoiinuA et bceô ~ ptc>èPe Mijei ^ ^

J. F. CHAMPOLLION le jeune.

PRÉFACE

F, N publiant, en i B 1 4 , les deux premiers volumes de mes Recherches sur ia géographie , la religion , ia langue , ies écritures et l’histoire de ¥ Egypte sous les Pharaons (i), je me flattais de l’espoir que les volumes suivans pourraient succéder à ceux-là d’aussi près que le permettraient les difficultés de leur exécution typographique, L’Égypte était alors fermée à la curiosité et aux désirs de l’Europe savante, et l’ensemble des matériaux recueillis durant la mémorable expédition française ne me semblait pas devoir s’accroître sensiblement.

Des événemens imprévus en ont autrement décidé : l’orient nous est ouvert; un

(i L’Egypte sous les Pharaons , tomes ï et II , contenant fa description géographique, 2 volumes grand in- 8.°; Paris ? chez Debure frères ? libraires du Roi } rue Serpente..

vj PRÉFACE,

nouveau chef de l’Egypte en a changé l’administration, y a attiré, par une protection déclarée, le commerce et les arts de l’occident ; et une foule de voyageurs instruits ont exploré de toutes parts cette terre antique, et transporté au milieu de nous ses dépouilles savantes. MM. Burckhardt , Belzoni , Gau , Huyot, ont enrichi l’histoire de leurs observalions dans cette belle contrée , et notre courageux compatriote, M. Cailliaud, a réuni, par ses deux importans voyages, aux ruines de l’Egypte et de la Nubie, celles de Méroé et de la haute Éthiopie, produits d’une civilisation analogue à celle de l’Égypte.

Ces précieuses conquêtes sur une indolente barbarie, ont aussi , contre toute attente , considérablement augmenté l’ensemble de ces matériaux dont la source nous semblait défendue pour si long-temps ; les amis de l’antiquité y ont puisé un zèle nouveau pour l’étude de l’Egypte , en même temps qu’une sage lenteur ; tes copies d’inscriptions hiéroglyphiques, les papyrus originaux de toutes les époques , les stèles funéraires et d’autres monumens

PREFACE. VlJ

écrits, ont ajouté chaque jour, par leur grand nombre, à nos premières richesses; et chacun de ces monumens , le plus grossier même ou le plus commun, fournissant quelque donnée nouvelle pour l’étude des écritures anciennes de l’Egypte, j’ai dû aussi m’astreindre à cette sage lenteur que tout me commandait. En conséquence , j’ai dû retarder jusqu’à présent la suite de mon ouvrage , sur-tout en voyant se fortifier chaque jour davantage cette espérance que j’ai déjà manifestée en 1814, « qu’on retrouverait enfin , sur ces tableaux » où l’Egypte n’a peint que des objets maté- « riels , les sons de la langue et les expressions » de la pensée ( 1 ). » Cette espérance n’a point été trompée.

Ce but particulier de mes constans efforts est enfin atteint aujourd’hui : ma découverte de 1’ alphabet des hiéroglyphes phonétiques (2) appliqué d’abord aux monumens égyptiens

( 1 ) V Egypte sous les Pharaons , Préface , page xviip

(2) Lettre a A4. Dacier f relative à l’Alphabet des hiéro* gîyphes phonétiques.

viij PRÉFACE,

de lepoque grecque et romaine seulement, et parce qu’ils se prêtaient à de faciles vérifications par l’histoire bien connue de ces temps-là, a ouvert cette carrière nouvelle et comme vierge encore malgré tant d’autres tentatives.

Mais cet alphabet dont le premier résultat a été de fixer irrévocablement ia chronologie des monumens de l’Egypte , vaste sujet de dissidence dans le monde savant , acquiert un bien plus haut degré d’importance encore , puisqu’il est en quelque sorte devenu pour moi ce qu’on a vulgairement nommé ia véritable clef du système hiéroglyphique : c’est en effet par la connaissance des signes hiéroglyphiques phonétiques, et par celle de leurs combinaisons variées , que je suis parvenu à discerner, dans les textes sacrés égyptiens , deux autres ordres de signes d’une nature tout-à-fait différente , mais susceptibles de se coordonner et de se combiner avec les caractères de ia première espèce. D’autres moyens m’ont aussi fait constater ia nature propre et presque toujours le véritable sens d’un grand nombre de signes

préface, îx

des deux classes purement idéographiques . C est par des faits positifs que je crois être arrivé à me former une idée juste des premiers élémens dont se composait l’écriture hiéroglyphique égyptienne , et des principes constitutifs qui présidaient à sa marche et à ses combinaisons.

Ces faits et ces résultats sont exposés dans les divers chapitres de cet ouvrage, que l’importance , je dirai même la nouveauté du sujet , ont naturellement divisé en deux parties principales , l’analytique et la synthétique.

On a procédé dans un ordre inverse pour exposer des systèmes a priori; mais un système défaits, pour obtenir quelque confiance, ne pouvait se produire sous d’autres formes que celles que j’ai adoptées ; les conséquences ne devant venir qu’après l’énonciation des faits, forment donc le sujet du VIII. e chapitre de mon ouvrage, que plus d’un lecteur peut-

être sera tenté de regarder comme le premier; mais il ne pourra me savoir mauvais gré d’avoir plutôt cherché à le convaincre par des faits seuls, qu’à lui inspirer mes opinions

PRÉFACE

qu’il n’aurait pu adopter que de confiance.

Je me fais illusion peut-être , mais les résultats de mon travail peuvent n’être point sans intérêt pour les études historiques et philosophiques. La langue et les écritures de l’Egypte diffèrent tellement de nos langues et de tous les systèmes d’écriture connus, que l’histoire de la pensée, du langage, et celle des procédés graphiques pratiqués depuis l’origine des sociétés, ne sauraient manquer d’y recueillir quelques données qui ne paraîtront pas moins importantes que nouvelles. L’historien verra dans les plus anciens temps de l’Egypte, un état de choses que le cours des générations n’a point perfectionné, parce qu’il ne pouvait pas 1 être : l’Egypte est toujours elle-même à toutes ses époques ; toujours grande et puissante par les arts et par les lumières. En remontant les siècles, on la voit toujours briller de la même splendeur, et rien ne manque pour satisfaire notre curiosité , que la connaissance de l’origine et des progrès de sa civilisation.

Un jour peut-être de nouvelles décou-

PRÉFACE, xj

vertes de nos voyageurs nous ïes révéleront.

Quoique l’histoire de la race humaine et de ses dispersions présente encore beaucoup de problèmes , l’étude et la comparaison des langues et des institutions civiles des peuples promettent, pour les résoudre, tant d’heureux moyens , qu’on ne doit point désespérer d’obtenir des notions précises sur les origines des nations le plus anciennement civilisées. Quelque temps encore que ces grands résultats se fassent attendre pour l’histoire des autres peuples, celle de l’Égypte s’éclaircit; des monumens authentiques parlent et jalonnent l’espace ; les Pharaons reprennent légitimement la place que de vains systèmes essayaient de leur disputer; et ce n’est point un des moindres résultats des recherches exposées dans cet ouvrage , que d’avoir démontré, par des faits contemporains, la certitude de l’histoire de l’Égypte jusqu’au XIX.C siècle avant 1ère chrétienne, au moyen de la succession de ses rois , fournie par les monumens publics, et qui confirme celle que Manéthon présenta il y a deux mille ans.

xij PRÉFACE.

Le but spécial de cet ouvrage ne m’a point permis de développer ces faits historiques ; ils appartiennent d’ailleurs à une autre partie de mon travail. Le titre àc Précis que j’ai dû adopter pour celui-ci m’a imposé d’autres réserves encore ; j’ai dû, par exemple, m’abstenir d’entrer dans une foule de détails plus spécialement relatifs à la grammaire hiéroglyphique proprement dite : il ne s’agissait ici que du système en général et de ses élémens constitutifs.

L’ Explication des planches contient parfois quelques éclaircissemens qui n’ont pu trouver place dans le texte; ces planches sont aussi de deux sortes : celles que leur forme a permis de laisser en regard du texte qui s’y rapporte, et celles qui composent le Tableau général des signes et groupes hiéroglyphiques des trois ordres cités dans mon ouvrage. Ces 450 mots ou combinaisons hiéroglyphiques suffisent sans doute pour établir la vérité des divers principes qui y trouvent leur preuve en même temps que leur application : j’ai cru inutile de les multiplier davantage , quoique les

PREFACE. XI ï J

monumens me présentassent tîe toutes parts des exemples analogues et tout aussi probans.

Onze autres planches placées à la suite du Tableau général contiennent mon Alphabet hiéroglyphique phonétique , accru d’un grand nombre de nouveaux caractères homophones. La troisième colonne de chacune de ces planches présente l’Alphabet hiératique phonétique, c’est-à-dire , ceux des signes de l’écriture sacerdotale égyptienne qui expriment les mêmes sons ou les mêmes articulations que les caractères hiéroglyphiques de la première colonne. Les signes alphabétiques démotiques ou de X écriture populaire égyptienne occupent 1a. quatrième. Les formes démotiques marquées d’un astérisque * expriment bien le même son que les caractères hiératiques et hiéroglyphiques correspondais , mais ne paraissent point en être directement dérivées. Ce triple alphabet se compose de tous les signes dont la valeur est déjà certaine, et il se complétera par les progrès que doivent faire les études hiéroglyphiques, et par la publication de nouvelles inscriptions et des pa-

XÎV PRÉFACE.

pyrus ou manuscrits appartenant à l’une des

trois sortes d’écritures usitées dans lÉgypte

ancienne.

Il était naturel d’adopter, pour la transcription des mots et des formules hiéroglyphiques , l’alphabet copte, c’est-à-dire i’alphabet que les Egyptiens devenus chrétiens empruntèrent aux Grecs en abandonnant pour toujours leurs anciennes écritures nationales, puisque c’est avec ce même alphabet que sont écrits les livres qui nous ont transmis la langue égyptienne elle-même dans presque toute son intégrité. II faut observer seulement que les mots coptes qui , dans une transcription quelconque , sont placés entre deux parenthèses , n’expriment que le mot égyptien correspondant à un signe ou groupe hiéroglyphique , lequel étant idéographique et non phonétique , ne rendait point de son.

Les savans auxquels les études égyptiennes ne sont point étrangères, jugeront ces nouveaux résultats de mes efforts pour la solution du plus important problème que l’étude de l’antiquité ait encore à discuter. Ces résultats

PRÉFACE

semblent ouvrir une carrière qui s’agrandit chaque jour, et qui pourrait même étonner mon zèle par son étendue, s’il n’eût été soutenu par les plus précieux et les plus puissans encouragemens ; et à cet égard , qu’il me soit permis de rappeler aussi, avec une bien vive gratitude, l’extrême indulgence de l’Académie royale des belles-lettres, qui a bien voulu entendre la lecture de plusieurs mémoires employés et développés dans cet ouvrage; c’est aussi la bienveillance de cette illustre compagnie qui a hâté le moment où je puis enfin soumettre la première partie de mon travail sur les écritures égyptiennes à l’examen des habiles critiques dont l’Europe estime justement les travaux , et dont je sollicite le concours et les conseils avec la confiance que m’inspire leur renommée. II s’agit de reconstruire l’édifice de la plus ancienne société humaine; qui ne voudrait s’associer à cette noble entreprise l Publier des copies fidèles de tous les monumens écrits , c’est y concourir trèsdirectement; ce vœu que j’exprime en terminant ne peut manquer d’être accueilli et fiivo-

XV j PRÉFACE.

risé par les amis éclairés de l’antiquité, jaloux sans doute d’enrichir la science de tous les genres de monumens qui peuvent l’étendre et la propager.

Page 1