‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens egyptiens, ou, Recherches sur les élémens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennesChapitre 14 sur 41 · Le n.° 203 bis, Cn^p , Senhor · texte numérisé non relu

Le n.° 203 bis, Cn^p , Senhor

Le nom propre n.° 201 est celui du défunt mentionné dans le papyrus hiéroglyphique appartenant au comte de Mountnorris ; il est formé du monosyllabe ttt Pet , du nom symbolique d 'Horus, de l'article masculin tt ou ç|), et du nom figuratif du dieu pK, TtÊ le soleil , et se termine , comme tous les noms propres d'hommes déjà cités, par le caractère figuratif homme. Ces élémens réunis forment le nom propre ÜT^opirpH Pethôrprê , Petharprè ou Petharphre, celui qui est à Horus et au soleil.

Le n.° 200 est le nom propre du mort auquel se rapporte le manuscrit hiéroglyphique acquis de M. Caiiliaud par le cabinet du Roi. Il ne diffère du précédent que par l'absence d'un seul signe , la petite ligne perpendiculaire placée au-dessus de l'épervier dans le nom de Pethôrprê. Comme cette ligne perpendiculaire qui surmonte toujours l’épervier lorsque cet oiseau est le nom symbolique d'Horus , manque dans toutes les légendes du manuscrit de M. Caiiliaud, il est évident que, dans le nom propre n.° 200, l'épervier rentre dans la classe des signes phonétiques, parmi lesquels il exprime habituellement la voyelle E ou Ce nom propre doit donc être transcrit en lettres coptes TTTFJTpK ou TTdF.cf pu , Pétéprê ou Petaprê , Pétéphrê ou Petaplue; et nous reconnaissons ici la trancription hiérogly-

phique du nom si connu de Putiphar, qui , dans le textecopte de la Genèse, est régulièrement écrit ïTEnr.c^pH; Péîéphrê (i) , comme notre nom hiéroglyphique. On sait déjà que ce nom signifie celui qui est ou qui appartient à Ré , le soleil ; il convenait aussi très-bien au prêtre de la ville du soleil , Petéphré (2), dont Joseph épousa la fille par Tordre de Pharaon. Enfin le nom n.° 199 n’est qu’une variante du précédent : le niveau T y est remplacé par son homophone habituel le Iras étendu soutenant le niveau .

Le nom symbolique de la déesse Isis (3) se montre aussi combiné avec les monosyllabes ttet , celui qui est a , HZ» celui qui appartient à, et nrz* ou celle qui appartient à, lesquels sont exprimés phonétiquement; cette combinaison forme, par exemple, les noms propres hiéroglyphiques :

IW (kcx) Petêsi ou Petisi (n.° 198), celui qui est à Isis ; les Grecs ont transcrit ce nom Ustyio-iç',

IU ( K ex ) Paési ou P ai si (11.0 207 ) , celui qui appartient à Isis ; nous trouvons également ce nom propre écrit tt&HCS ou ttZsHGE, dans les livres coptes, et Il cLwcriç dans le papyrus grec du musée Borgia, publié par Schow (4) ;

Tz* (kcî) Taèsi ou Taisi (n.° 206), celle qui appartient à Isis ; ce nom propre de femme se retrouve

(1) Genèse, chap. XXXIX , 71.

(2) Ibid. XLII , 45*

(3) Tableau général, n.° 93.

(4) Schow, Charta pcipyracea grœcè scripta Mus, Borgiani,

clans les livres coptes sous la forme nierriphitique 0&atci Tliriisi, Thdêsi; il est écrit Ta ri cri $ ou T ancrnc clans le papyrus grec précité du musée Borgia.

O11 remarque également le nom symbolique de la déesse Isis , dans une grande quantité de noms propres phonético - symboliques de simples particuliers des deux sexes. Nous citerons seulement les suivans :

Cîv (kcx) Séntsi ou Sanisi (n.° 209), nom de femme, analogue dans sa composition au nom d’homme déjà mentionné, Senhôr ou San/iôr (n.° 203 bis)*

3kC ( HCS ) Asêsi ou Asisi ( n.° 208 ), formé du monosyllabe Ï&G as et du nom symbolique de la déesse : ce nom propre , dans sa composition , paraît semblable à celui que porta l’Égyptienne épouse de Joseph, et que la Genèse appelle Asnéth ou

Asénéth , nom dans lequel on observe aussi la syllabe as , suivie , selon toute probabilité , du nom de la déesse Néith.

Hcs^p Isidjer ou Isidjor ( m° 210), c'est-à-dire I sis la grande ou la puissante , nom de femme analogue au nom d’homme Phtahdjer , Phtha le puissant (n.° 1 pi) , déjà cité.

I^&eiGK (kcx) Khatsanisi (n.° 213); c’est le nom du défunt mentionné dans le manuscrit funéraire appartenant à M. Fontana, et publié à Vienne, en 1822 , avec des observations de M. de Hammer. Le même nom se lit aussi constamment dans le texte hiératique de ce rouleau.

JPai reconnu également, sur diverses figurines de terre émaillée et sur des stèles funéraires, beaucoup de noms propres hiéroglyphiques de femmes , dans lesquels le nom symbolique de la Vénus céleste égyptienne , Athor , que les Grecs ont écrit AGo>y> ou A ûvf , entre en composition avec divers hiéroglyphes phonétiques. Ainsi le n.° 21 i se lit S&mcJttpapT (^e) Ha~ torsche ou Hathorschet femme , et il signifiait enfant ou née d’ Athor . C’est un nom analogue à ceux d’ÂMONSCHÈT, née d'Amon (n.° 1 ) , et de SovKschèt née de Souchis ( n.° 215), dont les formes masculines se trouvent sous les n.os 168 et 214. Le nom propre féminin ( n.° 212), 8&ua\pA*^T Hathorma femme , paraît avoir signifié, donnée par Athor .

D’autres noms propres égyptiens renferment les noms, soit phonétiques , soit symboliques, de deux et même de trois divinités différentes ; de ce nombre sont :

i.° Le nom propre gravé sous le n.° 203 , qui , offrant le nom symbolique du dieu Horus et le nom phonétique du dieu Amon , se prononçait (2p) Hor-amon ; les Grecs ont connu ce nom propre égyptien et font écrit ÇlçyefAfAûûv* On remarque dans les auteurs et dans les monumens grecs relatifs à l’Égypte, une foule de noms propres qui , comme celui à’ Horamon ( Horus- Ammon ) , sont formés de deux noms de divinités combinés ensemble ; tels sont par exemple ( Junon-Ammon ) , H^xàgc/x/^&v ( Hercule -

Amnion), 'ZcL&mfAfxm ( Sarapis-A mmon ) , 'Zovy((LfA, //,<$? fSouchis-Ammon) , &c. (i);

2 ,° Le n.° 204, qui, formé du nom symbolique d’Horus , 8p Hor ou Har , du groupe phonétique CE ou Cl (2), et du nom symbolique d’Isis HCX ou hce , donne le nom propre 2pcmcx Horsiesi ou

Harsiesi, c’est-à-dire Horus né d’Isis, nom propre dont

les Coptes ou Egyptiens chrétiens avaient conservé l’usage sous la forme de Scupcmcx Horsiesi ou ^eupcsKCE Horsièsé , et qu’on trouve aussi écrit c-wo-ic, dans les textes ou dans l’enregistrement grecs de contrats originaux du temps des Lagides. Le groupe hiéroglyphique Harsiesi se trouve habituellement employé , abstraction faite du caractère d’espèce homme qui le termine ici et en fait un nom propre de simple particulier, dans les légendes du dieu Horus, 011 il signifie encore Horus né d’Isis , Horus enfant d’Isis ;

3.0 Enfin le nom propre hiéroglyphique n.° 205 est composé de Horsiesi , que précède le nom phonétique d ’ Anton ce qui produit le nom SM^n^pcxHCS

Amon-Horsiési, c’est-à-dire Anton- H or us fils d’ I sis ; et cet usage de prendre pour noms propres ceux mêmes des plus grandes divinités du pays , paraît avoir été particulièrement suivi parmi les habitans de l’Egypte.

On trouvera aussi, sous les n.os 216 et 217, deux noms propres de simples particuliers entièrement sym-

(1) Voye^ Schow, Charta papyracea A'Jusei Borgiam .

(2) Enfant, natus. Voyez Tableau général, n,° 257,

boliques, L’un est le nom d’homme Horus et l’autre le nom de femme fsjs.

En résumant les conséquences de l’analyse de divers noms propres égyptiens contenue dans ce chapitre , il reste bien établi * ce me semble , qu’une très-grande partie des noms propres égyptiens hiéroglyphiques de simples particuliers, sont écrits au moyen d’hiéroglyphes réellement phonétiques, c’est-à-dire, exprimant les sons et les articulations de ces memes noms. Il est évident aussi que l’usage des signes phonétiques égyptiens ne se borna point, comme on a voulu le croire , à la seule transcription des noms propres de souverains ou d’individus étrangers à la langue égyptienne.

Il y a plus, les faits rapportés dans les précédens chapitres établissent également que les signes qui, soit dans les noms propres hiéroglyphiques des souverains grecs et romains, soit dans les noms propres égyptiens des dieux et de personnages privés, expriment rigoureusement le son seul de ces memes noms propres, se retrouvent outre cela dans le courant de tous les textes hiéroglyphiques, dans les passages où il ne s’agit point de noms propres, et qu’ils y conservent absolument leur même valeur phonétique.

Je les ai montrés, en effet, comme simples signes de son, dans des groupes hiéroglyphiques exprimant des mots égyptiens, noms communs, verbes, prépositions ou conjonctions , et dans une foule de formes grammaticales propres à ta langue égyptienne*

Il exista donc une époque où l’écriture hiéroglyphique égyptienne » ce système que nous avons cru pendant si long-temps formé uniquement de caractères idéographiques, c’est-à-dire, de simples signes d'idée , cornp» tait aussi parmi ses élémens des signes phonétiques, figuratifs dans leur forme, il est vrai , mais représentant proprement la prononciation des mots de la langue égyptienne parlée.

Ce fait étant bien reconnu, il s agit de savoir à quelle antiquité peut remonter ce système d’écriture phonético-idéographique , tel que diverses applications viennent de nous le montrer.

En proposant moi-même l’examen d’une pareille question , j’ai dû prévoir cette objection qu’on ne manquerait point de me faire : nous accordons que , dans certains textes et inscriptions hiéroglyphiques, les noms propres des dieux et des hommes , des mots égyptiens, tels que noms communs, verbes, pronoms , prépositions, &c. , sont exprimés phonétiquement ; mais il est possible que cette écriture hiéroglyphique en grande partie phonétique , soit une forme prise par l’écriture égyptienne, sous l'influence immédiate des Grecs et des Romains y et quelle différé essentiellement de l'écriture hiéroglyphique du temps des Pharaons , écriture que l’antiquité toute entière semble nous donner comme complètement idéographique .

Cette objection trouvera sa réponse dans le chapitre suivant.

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