‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens egyptiens, ou, Recherches sur les élémens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennesChapitre 21 sur 41 · Le nom de sa femme · texte numérisé non relu

Le nom de sa femme

3 ,° Le prénom et le nom du roi Osorthos (Osortasen), leur fils et successeur (4);

(1) Tableau général, n.° 119.

(2) Planche X, n.°5 3 et 4*

(3) Ibid. n.os 2 et 7.

(4) Ibid, n.°* 2, 3 , 9= Tableau général, n,° 119.

4 .° Le nom du roi Psammus (Psjam, Pdjam) , fils et successeur d’Osorthos. Ce nom est écrit symboliquement comme ceux de la plupart des dieux, et on le retrouve avec son prénom royal ( i ) sur les deux grands obélisques de Karnac , à Thèbes. Ces monolithes , les plus colossals de tous ceux de leur espèce, justifient en quelque sorte le nom divin d’Hercuie, donné au roi qui a élevé ces énormes blocs de granit, ayant trente-deux pieds de tour et quatre-vingt-onze pieds de hauteur;

5.0 Le nom d’une fille d’Osorthos et sœur du roi Psammus , représentée debout , à côté de son frère assis, et recevant les mêmes offrandes ; la légende hiéroglyphique de cette princesse ( pl. X, n.° 10), porte : TCnq CbumtopT, c’est-à-dire, sa sœur Amonscheî , ou Amonsché, si la lettre nr ne fait point partie du nom propre et n’est ici que la marque caractéristique ordinaire des noms propres féminins ;

6 ,° La même stèle montre aussi une femme assise sur le même siège que Psammus ; c’est l’épouse de ce roi, comme nous l’apprend la légende hiéroglyphique (pi- X, n.° 11), B : son épouse qui

ïaimet Beba ou Bebo ; car la feuille , dernier signe de ce nom propre, est une voyelle vague, susceptible, comme on l’a déjà dit, d’exprimer les sons A ou O ;

7.0 Enfin, à côté du roi Psammus et de la reine sa femme, est un petit enfant, accompagné d’une légende hiéroglyphique (ph X, n.° 12), ainsi conçue : ojEq

(1) Tableau général, n.® 120.

JBpq son fils qui l’aime , Amonraou ou A mon-

ta v. Ce fils du roi Psaromus est debout, comme sa tante Amonschet, et d’après le Canon royal de Manéthon , il ne paraît point avoir occupé le trône après son père; c’est le dernier rejeton de la famille royale des Tanites.

J’ai cru qu’on me pardonnerait ces détails en faveur des lumières historiques qu’ils fournissent en définitif ; et ils étaient nécessaires pour justifier la lecture du cartouche royal de l’obélisque d’Héliopolis, Ce ne sera point d’ailleurs sans quelque plaisir qu’on retrouvera dans la jolie statuette de M. Durand, l’image d’un roi, portant le témoignage écrit du pieux souvenir d’un fils roi comme lui, et de sa mère qui lui a survécu ; on verra de plus, dans les stèles de M. Thédenat, une preuve monumentale de cette espèce de culte que les Egyptiens, d’après le témoignage unanime de l’antiquité, accordaient à leurs rois et à la famille entière de ceux dont la fonction fut de veiller sans cesse au bien-être et aux plus chers intérêts du pays.

Ces rapprochemens rentrent aussi dans le but spécial de ce chapitre , puisqu’en multipliant les applications de mon alphabet, ils prouvent que , sous la xxm.e dynastie royale, antérieure de 350 ans à Cambyse, les Egyptiens écrivaient les noms propres et d’autres mots de leur langue avec des hiéroglyphes pour la plupart phonétiques .

II en était de même sous la dynastie précédente , la xxiî. e, celle des Bubastites, dont le chef, que Manéthon appelle Sésonchis , ou ^ecroy^auns ,

Sésotichosis, est le Pharaon que l’Écriture nomme ou pttw, nom qu’on prononce Sésac, Schischac ou Schouschag . Ce Pharaon s’empara de Jérusalem, sous le règne de Roboam, petit-fils de David, et enleva les boucliers dor de Salomon (i). Les Paralipomènes , parlant du même Schischak , disent que son armée était composée de douze cents chars, de soixante mille cavaliers, et d’une foule innombrable de fantassins Egyptiens Libyens Troglodytes D”DD, et Éthio-

piens D*tPÏ3 (2). L’énumération de ces divers peuples montre la grande influence que l’Egypte exerçait à cette époque reculée ; elle prouve encore que Sésonchis fut, comme la plupart des chefs de dynasties égyptiennes, un prince guerrier, que la caste militaire plaça et maintint sur le trône. Manéthon nous apprend aussi que ce conquérant transmit le pouvoir souverain à son fils Osorchon et à trois autres de ses descendans.

On a dessiné , à Thèbes , sur une des colonnades qui décorent la première cour du grand palais dç Karnac, deux légendes royales gravées sous Ies n.oS 1 1 6 et 117. Le prénom de la première contient le titre

Sy eny» “pn P5^ nV t — m'nnn rwn vm (0

r\s np^r-pian m ns) , — nrr m rvn¥N r\s np*ï t

j mübttf TVtty nisfK snrn «Et il arriva dans la cinquième année du

roi Roboam, que Schonshac , roi d’Egypte , vint à Jérusalem ; il em^ porta les trésors de la maison de Jéhova et ceux de la maison du roi; 3) il emporta aussi tous les boucliers d’or qu’avait faits Salomon ( I.rï Livre des Rois , chap. XIV, versets 2j et 26. )

(2) II. c Paralip. XII, 2.

approuvé parle Soleil , et le second cartouche, surmonté du titre fils du Soleil , est entièrement phonétique, et se lit : (z>i) UJojmc, le chéri d’Amoun Scheschonk;

ce qui est bien la transcription égyptienne du nom X£- <roy^iç^ Sésonch-is , de Manéthon. Nous sommes donc pleinement autorisés à prononcer ce nom propre hiérogiyphique Scheschonk , en suppléant les voyelles supprimées dans l’égyptien , d’après l’orthographe grecque de ce même nom propre. L’analogie de ces deux noms est complète.

Mais ce qui établit encore mieux que le nom royal hiéroglyphique Scheschonk, et le nom grec Xecroy^-iç , ont appartenu à un seul et même prince, c’est que le nom propre du roi compris dans la légende n.° 1 17, gravée sur la même colonnade de Karnac et dans le voisinage de la première, se lit sans la moindre difficulté, (&x) OcpKtt ou Ocp le chéri d’Amoun,

Osorkon ou Osorgoti ; et nous avons déjà dit que les divers extraits de Manéthon donnent pour successeur immédiat à Sesonchis ( Scheschonk ) , un roi appelé Otrop^cùv-f nom que les copistes ont facilement confondu avec celui d’O cropQax; ou Oo-opèm. Les cinq derniers signes du prénom d’Osorchon ( n.° 1 1 7 ) , expriment le titre honorifique approuvé d’Amoun ou d’Ammon.

Il me paraît certain que le Pharaon Osorchon est le roi nommé fTlî, Zarah , Zarach ou Zoroch ,

ï Ethiopien , qui, comme le témoigne le quatorzième chapitre du second livre des Paralipomènes , vint

camper ci Marésa, avec une armée immense , soifs le règne d’Asa, petit-fils de Roboam. Osorchon fut à-la-fois et le fils et le successeur de Sésonchis; ce fait, que l’histoire écrite par les Grecs n’a point indiqué , est attesté par un manuscrit hiéroglyphique gravé dans l’atlas de M. Denon. C’est un de ces tableaux funéraires chargés de figures accompagnées de légendes hiéroglyphiques, et qui, par leur courte étendue et la négligence du travail, comparés à l’importance des individus auxquels ils se rapportent, ne peuvent être considérés que comme des espèces de textes commémoratifs de la mort et des obsèques de divers rois ou grands personnages. Ces tableaux; sont assez communs et se font toujours remarquer par la bizarrerie des scènes et des figures qui les composent.

Celui dont il est ici question (i), offre d’abord, comme tous les manuscrits de cette classe , l’image d’une momie que reçoit entre ses bras étendus le dieu créateur Phtha, caractérisé par un scarabée placé sur sa tête. Cette momie reparaît vers l’extrémité opposée du rouleau, couchée dans une espèce de sarcophage ou de cercueil , sur lequel repose l’image symbolique d’une ame male (l’épervier à tête humaine barbue); à côté de la momie et de i’ame sont une enseigne sacrée , et un de ces grands et longs éventails portés en signe de suprématie autour des dieux et des rois figurés sur les bas-reliefs égyptiens. A côté , et sur un riche

( i) Voyage dans la Haute et Basse-Egypte , par M. Denon , pi. 137.

piédestal en forme d’entre-colonnement . est Couché un schacal noir, emblème ordinaire du dieu Anubis, un des ministres d’Osiris son père dans fAmenthès ou enfer égyptien. Au-dessus de la momie et des divers objets que je viens d’indiquer, est la légende gravée sur la planche XI , n.° i ; elle est formée de groupes hiéroglyphiques , dont la prononciation et le sens sont déjà fixés ; je la transcris ainsi , en lettres coptes, en suppléant les voyelles médiales et les abréviations :

k Ccnrren knEno'rrE OcopKott

es UJeujork Coyt (eu) "t(^u^o) qnrKn k JXuEuav c’est à dire : le purpar Amon-Rê roi des Dieux , Osorkon fis de Scheschonk roi vivificaîeur , éprouvé par Anehô ( Anubis ).

Cette légende est disposée de manière que la colonne qui renferme le nom du dieu Amon-Rê , est placée au-dessus de la tête du dieu lui - même , représenté debout, sur une barque, à la droite de la momie du roi Osorchon, et que la colonne renfermant le nom du dieu Anubis (Anébô), est au-dessus de la tête du schacal, son symbole, figuré à la gauche de la momie royale.

A l’extrémité inférieure du même papyrus , on voit encore la momie du roi Osorchon couchée sur une barque, au-dessus de laquelle se termine une longue légende hiéroglyphique, qui est répétée deux fois, avec quelques légères variations, au commencement du manuscrit, dans des colonnes perpendiculaires. Je donne

cette légende complète (pi. XI , n.° 2), qui se compose en partie des groupes de la légende précédente, et qui signifie , le pur par Amon-Rê^roi des dieux f Osorchon „ défunt, fils du pur . • . .• par Amon-Rê-roi des dieux, Scheschonk , défunt roi , né du seigneur du monde , le chéri d'Amon Osorchon , vivifcateur comme le soleil , pour toujours .

L/histoire ne nous avait point conservé le nom du père de Sésonchis (Scheschonk) , chef de la xxn.€ dynastie ; il s’appelait , ainsi que nous rapprend cette dernière formule hiéroglyphique , Osorchon , comme son petit-fils* J ai également remarqué , en étudiant plusieurs stèles funéraires, que dans beaucoup de familles les petits ^ fils portaient très- fréquemment les mêmes noms que leurs grands-pères ; et le manuscrit de M. Denon nous donne encore une preuve de cette touchante religion de famille , qui semble avoir imprimé son sceau à toutes lés institutions sociales

des Egyptiens* Osorchon, et son père Sésonchis, qui

ont véritablement régné sur l’Egypte , portent bien le titre de roi, qui n’est point donné à Osorchon, père de Sésonchis ; mais aussi ce dernier est le seul qui soit trois fois environné d’un cartouche ou encadrement elliptique qui , sur les monumens , entoure , comme signe d’honneur les noms propres des rois. II est possible aussi qu’il fût d’usage en Egypte de donner les honneurs royaux au père du chef de chaque nouvelle dynastie.

J’ai également retrouvé le nom du roi Osorchon,

fils de Sésonchis , dans un manuscrit égyptien hiératique, dont, par un hasard fort singulier, M. Denon a placé la gravure, dans son atlas (i), immédiatement après le papyrus hiéroglyphique où nous venons de dire ces mêmes noms.

Le manuscrit hiératique commence par une scène coloriée, représentant un personnage debout, vêtu d’une peau de panthère , comme le roi du tombeau découvert par Belzoni, et offrant l’encens au dieu Phrê ( le Soleil ) , assis sur son trône , et devant lequel est un autel chargé d’offrandes. La légende écrite au-dessus de l’adorateur du dieu, en écriture hiéroglyphique, est ainsi conçue ( pl. XI, n.° 3 ) : Oxcipz H OcpKou c\ cnr&&. . *tt h 3k*xox UJeajaiRK « Osiris ( ou ÏOsirien ) pur par Anton Osorchon né du pur par A mon Schehschonk .

Le texte hiératique de ce papyrus est de trois pages, et contient, dès sa première ligne , une formule qui se répète, avec quelques légères variations ou omissions, quatre fois dans les trois pages ; nous la donnons complète ( pi. XI , n.° 4 ). Si , appliquant à cette légende hiératique les principes et les synonymies de signes que j’ai établis dans mon travail sur l’écriture hiératique, communiqué à l’Académie des belles-lettres en 1821, nous transcrivons , signe pour signe , cette même légende en hiéroglyphe^, à l’aide du Tableau général synonymique des deux écritures, nous obtenons la

(1) Planche 138.

légende hiéroglyphique (pi. XI, dans laquelle

on retrouve d'abord , et dans le même ordre, tous les hiéroglyphes de la légende d’Osorchon (pl. XI, n.° 3 ), dans la scène peinte en tête du manuscrit ; et de plus , presque une copie des autres légendes hiéroglyphiques du même roi (pi. XI, n.os 1 et 2). La légende hiératique, composée de tout autant de signes, phonétiques en très-grande partie , que sa transcription hiéroglyphique, se transcrit aussi en lettres coptes sans difficulté, (en suppléant les voyelles dans les groupes phonétiques , et en remplaçant les signes figuratifs ou symboliques par les mots égyptiens", signes des idées quils expriment), de la manière suivante :

O^rcxpE h SDmou pn co^^teu (h)

ttEttcnrrE OcopKon pâme . . . uje ho h Sbmott uo*tte UJeojonK pâme

Osiris. Le pur par Amon-Rê dieu, roi des dieux , Osorchon, homme (défunt) fils du pur par Anton dieu Scheschonk homme .

On remarquera que l’ hiératique emploie ici Voie, au lieu du signe ovoide dans le mot ex, enfant, né,natus, que porte la légende hiéroglyphique du même manuscrit. Les. noms propres d’Osorchon et de Sésonchis y sont également terminés par le signé figuratif d’espèce homme * qui manque dans la plupart des noms propres hiéroglyphiques de ces deux rois , cités jusqu’ici , parce qu’ils sont suffisamment caractérisés comme tels par les titres. qui les précèdent ou qui les suivent. La

transcription de cette légende hiératique, qu'on vient dopérer en caractères hiéroglyphiques, suffit pour démontrer l’identité de nature et les rapports intimes que j’ai dit exister, soit dans leur ensemble, soit dans leurs plus petits détails , entre le système d’écriture hiéroglyphique et le système d’écriture hiératique des anciens Egyptiens. On conçoit alors avec quelle facilité j’ai dû recueillir les élémens de l’alphabet phonétique hiératique .

On trouve encore, sur d’autres monumens que ceux déjà cités, les noms propres, et toujours phonétiques, des Pharaons Sésonchis etOsorchon. On lit, par exemple, le nom du premier de ces rois , avec les mêmes prénoms et titres qu’il porte dans la colonnade du palais de Karnac, sur une statue de granit représentant la déesse à tête de lion , Tafné ou Tafnèî (i), qui existe au Musée royal de Paris, et sur la base d’un sphinx, au Musée britannique.

Le nom , le prénom et les titres de son fils et successeur, le roi Osorchon, sont aussi gravés sur la panse d’un grand et superbe vase d’albâtre oriental , qui, d’après le contenu de l’inscription hiéroglyphique , a été jadis offert par ce prince au Dieu souverain des fégions du monde , au seigneur suprême Amon-Rê : ce vase fut, dans les temps antiques /enlevé à l’Égypte et transporté à Rome, où un membre illustre de la famille

(i) Voyey les noms hiéroglyphiques de cette déesse, Tableau gé-

néral, n.ÜS 53 et 72.

Claudia le trouva convenable pour en faire son urne funéraire; l’épitaphe de ce patricien est gravée en grandes lettres latines sur la panse du même vase , à l’opposite de la dédicace hiéroglyphique du roi Osorchon. Ce monument curieux existe au Musée royal de France.

Les Pharaons Sésonchis et Osorchon vécurent vers l’an mille avant Père vulgaire , puisqu’ils furent contemporains des rois de Juda, Roboam , fils de Salomon , et Asa f petit-fils de Roboam , dans les états desquels ils firent successivement des invasions, li reste donc prouvé par la lecture de leurs noms hiéroglyphiques retrouvés sur plusieurs monumens , que sous leur règne, au x.c siècle avant J.-C. , les Égyptiens employaient déjà dans leurs textes un très-grand nombre d’hiéroglyphes phonétiques .

Mais je puis prouver encore que ce système d’écri* ture remonte à une époque même fort antérieure : je néglige de citer, à l’appui de cette assertion , les noms hiéroglyphiques , toujours phonétiques , de plusieurs Pharaons de la xix.c dynastie , dire des Diospolitains , dont le dernier roi Thouoris fut , selon Manéthon et tous les chronologistes , contemporain de la guerre de Troie ; je produirai seulement ici le nom du Pharaon , chef de cette dynastie, et ceux de plusieurs de ses ancêtres, rois de la xvjii.c dynastie , l’une des Diospolitaines.

La légende royale la plus fréquente sur les monumens du premier style, existant soit dans la Nubie, depuis la seconde cataracte jusqu a Philæ , soit

en Égypte, depuis Syène jusqu’aux rivages de la Méditerranée, est celle que je donne avec toutes ses variantes sur la planche "XII, mise en regard de cette page.

On ne peut s’étonner, sans doute, de la multiplicité des variantes d’une légende qui a été écrite à-la-fois dans des lieux si distans les uns des autres , et sur un aussi grand nombre de monumens. Ces différences portant d’ailleurs presque toutes sur le nom propre ou second cartouche, s’expliquent naturellement par l’emploi de l’alphabet phonétique égyptien, si riche en caractères homophones; et c’est ainsi que, sur les monumens du troisième style, j’ai recueilli un plus grand nombre de variantes encore, et du prénom impérial et du nom propre de l’empereur Domitien. Si la légende pharaonique dont il s’agit , était écrite en caractères symboliques t comme on l’a cru jusqu’ici , ces variantes seraient pour ainsi dire inexplicables, et l’on se trouverait forcé de recourir à des suppositions également absurdes, savoir, que quatorze rois égyptiens auraient porté le même prénom royal , ce qui est contraire au témoignage irrécusable des monumens ; ou bien encore, si l’on persistait à soutenir, contre l’évidence des faits (i) , que les deux cartouches d’une légende royale renferment chacun un nom propre , nous aurions ici le nom d’un roi, fils de quatorze pères différens, ou tout au moins, fils d’un roi dont le père

(i) Supra , pag. 1 8 i , 182 et suiv.

eût porté quatorze noms différens, ce qui est tout aussi absurde.

Mais un fait décisif prouve invinciblement que ces cartouches, si variés au premier coup d’œil, se rapportent à un seul et même prince : ces cartouches se trouvent souvent presque tous sculptés, en effet, sur un seul et même monument , ou sur une seule et même partie , quelquefois peu étendue, d'un édifice* Cette légende doit appartenir à un seul roi : l’analyse du prénom et la lecture du nom propre le prouveront encore mieux.

Le prénom de ce prince , quon pourrait à bon droit surnommer pariétaire, épithète par laquelle l'antiquité voulut qualifier l’empereur Trajan, est terminé parle titre connu approuvé parleSoleil (i); ses premiers signes, au nombre de trois , sont , i .° le disque solaire , nom figuratif du Soleil ou du dieu Phrê : ce disque est, en effet, peint en rouge, lorsque le cartouche est colorié; 2.° un sceptre terminé par une tête de s chacal ; 3.0 l’image d’une déesse, que sa tête, surmontée d’une longue plume ou feuille, nous fait reconnaître pour la déesse Saté ou la Junon égyptienne (2), portant sur ses genoux le signe de la vie divine .

Deux énormes cartouches qui se trouvent réduits sur notre planche XII , n.° 3 (a et h ) , occupent, l’un, le côté droit , l’autre, le côté gauche de la porte

(1) Planche XII, n.°* 1 , 2.

(2) Supra, pag. 99 , et Panthéon égyptien, n.° 7.

d’entrée intérieure du grand édifice d’ibsamboul, ou M. Huyot, membre de l’Institut, les a copiés avec ce soin et cette exactitude qui caractérisent tous les dessins qu’il a rapportés de son important voyage en Grèce, en Asie et en Afrique. Ces deux cartouches vont nous expliquer le sens des trois premiers signes du prénom royal. Sur toutes les autres parties du vaste monument d’ibsamboul, on ne trouve, mais répétée un très-grand nombre de fois, qu’une seule légende royale dont le prénom est semblable au n.° i ou 2 , et le nom propre y est écrit selon toutes les variantes, n.os 6 , 7 , io, i r , i4, 15 et î 6 , de notre planche XII.

Les deux grands cartouches (planche XII, n.° 3) de la porte intérieure d’ibsamboul , ne sont , en effet , qu’une espèce de dédoublement du prénom royal ordinaire (planche XII, n.° 1 ); aussi sont-ils surmontés l’un et l’autre, comme tous les prénoms royaux, du titre roi ou roi du peuple obéissant, écrit en grands hiéroglyphes. Le cartouche de gauche (marqué a ), nous offre en effet l’image en pied du dieu Phrê lui-même (le Soleil) , caractérisé par sa tête d’épervier surmontée du disque solaire; ce dieu est simplement indiqué dans le prénom ordinaire ( pi. XII , n.° 1 ) , comme ailleurs , par l’image seule de son disque , dont le volume est quelquefois remarquable , comme , par exemple , dans la variante n.° 2.

Le second grand cartouche, celui de droite (pi. XII, n.° 3, b ), contient la représentation en grand de la

déesse Saté ( i), la tète surmontée de sa feuille ou plume ; tenant en main le sceptre à tête de schacal , et assise sur un trône : cest le développement de la petite figure de la déesse Saté, devant laquelle est placé le sceptre à tête de schacal, dans le prénom ordinaire (planche XII, n.° i ). Le disque, emblème du dieu Soleil , est placé ici au-dessus de la déesse Saté, de la même manière que dans le prénom (a); le dieu Soleil en pied tient à son tour , dans sa main , la plume ou feuille , emblème et insigne ordinaire de la déesse Saté. Enfin , chacun de ces deux grands cartouches est terminé par le groupe (Tableau général, n.Q 399), approuvé par le Soleil , comme le prénom ordinaire (planche XII, n,oS x et a).

Il est évident que ces deux grands cartouches sont de simples variantes du prénom ordinaire.; que les divers prénoms exprimaient tous les mêmes idées, mais par le moyen de signes variés et plus ou moins développés: cette richesse de moyens d’expression de récriture hiéroglyphique résidait principalement dans la classe des signes symboliques.

L’analyse de ces prénoms établit encore qu’ils ne peuvent exprimer que les idées Rê (Soleil), Saté , approuvé par le Soleil ; à moins qu’on ne considère le sceptre à tête de schacal , qui, dans le prénom (pl. XII, 3 b ) , est cependant placé dans la main de la déesse,

(i) La Junon égyptienne. Voyez le Panthéon égyptien , i /* livraison , n.° 7.

et qui est omis dans l'autre prénom (planche XII» 3 a ) , comme un caractère distinct , essentiel et exprimant une idée distincte, par exemple, celle de protégé. Nous devrions traduire alors ce prénom par le protégé dePhrè et de Saté, approuvé par le Soleil . J avoue, toutefois, que je penche pour la première version Rê- Saté, approuvé par le Soleil : RÊ-Saté serait une espèce de nom ou de prénom mystique , composé de la réunion des noms propres de deux grandes divinités; et nous savons, en effet, que des rois égyptiens ont été désignés par des noms formés simplement de deux noms de divinités ainsi combinés. Je citerai ici le nom d'un roi de Thèbes, 'Ls/AÇçyvxpoL/iwç, qui, d’après le témoignage formel d’Eratosthène , signifiait Hercule - Harpocrate. Quoi qu’il en soit, je pense que la diversité des noms qu’on remarque dans les différentes listes des rois égyptiens données par Manéthon, Eratosthène, Diodore de Sicile et Hérodote, ne proviennent que de ce que les uns ont donné le prénom royal, et les autres le nom propre d’un même prince, ou, en d’autres termes, que les uns ont traduit ou transcrit la prononciation du premier cartouche d’une légende royale, et que les autres ont transcrit la prononciation du second, qui contient le véritable nom propre. Mais ce n’est point ici le lieu de développer cette assertion; il est temps de passer à la lecture du nom propre qui accompagne le prénom que nous venons d’examiner.

La forme la plus simple de ce nom propre est ?e n.° 4 (planche XII ) ; la valeur et la prononciation

<( ai* ) ( ;

des quatre signes qui le composent ont été déjà bien fixées (i). Le globe ou disque est le nom figuratif du soleil pH ( Rê , Ri ou Ra ) ; le second signe est un ; et les deux derniers , les sceptres horizontaux affrontes, sont deux C : nous obtenons donc la lecture Pimcc, que nous pouvons prononcer, en suppléant les voyelles supprimées selon l’usage, Rêmsès, Ramsès , Ramessè ou même Ramssè.

Dans la variante n.° 5 , qui se prononçait

piW-CC , Arnon-mai-Ramsès , nous trouvons, de plus que dans le précédent, le titre phonétique chéri d’Ammcn, inscrit! avant le nom propre qui offre de plus aussi là petite ligne perpendiculaire , laquelle est la voyelle placée après le disque . On n’a point oublié que ces deux caractères forment un des noms les plus habituels du dieu RÊ, Ra ou Ri (le Soleil) (2).

La variante n.° 6 ne différé de la précédente que par l’emploi d’un caractère, le signe recourbé , homophone bien connu des deux sceptres affrontés , pour exprimer le premier c. Le signe recourbé exprime , à son tour, les deux c dans la variante n.° 7; et un nouvel homophone , la tige de plante recourbée , qui est déjà reconnu pour un c dans les mots ccnrrn, et ou -wce , &c. (3) , représente le second signe dans la variante n.° 8.

Quelques différences notables se font remarquer dans

( 1 ) Suyra y pag. 86 ; pag. 69.

(2) Ta bit ■au general, n.°s 46; et supra , pag. 86.

(3) Sufr'a, pag. 72, 139.

les variantes n.oS p et io; mais elles ne sont qu'apparentes. Le nom du dieu Soleil pn, est seulement exprimé ici par l’image même du dieu Soleil à tête d’épervier, surmontée du disque ; ces deux cartouches contiennent donc toujours, comme les autres, les mots Piwcc » le chéri d’A mmcn-Ramsès.

Mais la variante n.° 11 offre une singularité digne d’être observée : la première partie du titre tout phonetique chéri d’A mmon, reste en tête du cartouche, comme dans les précédais, et la dernière partie, la consonne**, abréviation de , aimé , chéri , est rejetée à la fin, après le nom propre royal, ce qui donne en lettres coptes la transcription , c’est-à-dire»

d' Amoun-Ramsès-chéri , au lieu de &.**u-**m- piu*cc, le chéri d’ Amoun Ramsès , comme portent les variantes

Dans la variante n.° 12, nous voyons une particularité nouvelle: le titre Amon-mai (chéri d’Ammon) , qui est ici exprimé par l’image , déjà bien connue, du dieu Amoun (1), mise à la place du nom phonétique, et par le hoyau ou charrue > homophone (2) du piédestal, abréviation du groupe (3) , procède de gauche à droite , tandis que le nom propre Ph**cc est écrit de droite à gauche ; de sorte que la figure du dieu Amoun est face à face avec l’image du dieu Rê (jle

(1) Supra, pag. 105 , 1 44 » ct T ableau general, n.° 67.

(2) Supra, pag. i/±l et 1^2.

(3) Voyei Tableau général, n.° 341.

Soleil), qui exprime la syllabe pK du nom propre Pimcc, Ramsès .

Cette singulière disposition de signes est en partie imitée dans les variantes n.oS 1 4 > 15 et 16, où les images des dieux Amoun et Rê sont face à face, et placées sur le piédestal représentant Taî. du titre abrégé ; ce même signe sépare l’image du dieu Soleil RÊ ou Ra , du reste du nom propre ajcc , dont il est une partie nécessaire,

- Ainsi la légende entière (i) du Pharaon dont le prénom, le nom et les titres se présentent le plus fréquemment sur les mon u mens égyptiens du premier style, doit se traduire par ces mots : Le roi du peuple obéissant (Ra-Saté , approuvé par Amoun) , fils du Soleil ( ch éri d’ Amoun Ramsès ).

Puisque la lecture de ce nom royal est bien fixée, il reste à savoir quel est celui des monarques égyptiens mentionnés par les historiens Grecs, auquel il a pu appartenir.

La légende royale de ce prince se lit dans les dédicaces et sur toutes les parties des grands édifices d’Ibsamboul, de Caiabsché , de Derry , de Ghirché et de Ouady -Essébouâ , dans la Nubie; en Egypte, sur plusieurs parties du palais de Karnac à Thèbes , et principalement dans la grande salle hypostyle ; sur le grand pylône, les colonnes et la première cour du palais de Louqsor; sur toutes les parties de l’édifice qu’on

(i) Voye^ Tableau général, n.° 1 1 4 » ou b.

a désigné sous le nom de Tombeau d* Osymandias; dans le palais d’Abydos; enfin sur les obélisques deLouqsor, et sur les obélisques de Rome appelés Flaminien » S ail u s tien (i) , Mahuteus , Médicis ; enfin, sur une foule d'autres monumens de tout genre. On retrouve également cette même légende royale sur une inscription dont le texte est bilingue , hiéroglyphique et en écriture cunéiforme ; ce monument précieux existe àNahharel-Kelb , en Syrie, près de l’ancienne Bérythus.

Le Pharaon auquel se rapporte cette légende si sou« vent reproduite, fut un souverain guerrier, puisque son image est sculptée dans des bas-reliefs représentant des sièges , des combats , des allocutions , des marches militaires , et des passages de fleuves ; il porta aussi les armes dans des pays éloignés de l'Egypte , puisqu’il est, sur d’autres tableaux , l’objet des hommages de peuples vaincus ou captifs, dont la couleur et le costume n’ont rien de commun avec les Egyptiens figurés sur les mêmes bas-reliefs ; il pénétra sur-tout en vainqueur dans l’intérieur de l’Afrique, puisqu’on le voit , sur d’autres bas-reliefs , recevant en présent des productions propres à cette région , telles que des girafles , des autruches et diverses espèces de singes et de gazelles; ce roi possédait d’immenses richesses , accrut nécessairement les revenus de l’Etat aux dépens des nations étrangères , et encouragea les arts : le

(ï) Cet obélisque n’est qu’une mauvaise copie, faite jadis par un ciseau romain, du bel obélisque connu sous le nom de Flaminien ,

nombre et l’importance des édifices qu’il a fait élever ne permettent aucun doute à cet égard. Voilà ce que les monumens nous apprennent sur ce prince ; il est évident qu’il fut un des plus illustres et des plus puissans monarques de l’Egypte.

Et en effet, lorsque Germanicus, parcourant les bords du Nil, visita les vénérables débris de la grandeur de Thèbes , et qu’il interrogea le plus âgé d’entre les prêtres du pays, sur le sens des inscriptions hiéro» glyphiques qui couvraient ces monumens , ce prêtre lui dit alors que ces textes sacrés contenaient des notions sur l’ancien état de l’Egypte , sur ses forces militaires , ses revenus , et se rapportaient sur-tout à la conquête delà Libye, de l’Ethiopie , de la Syrie et d’une grande portion de l’Asie , faite par les Egyptiens , sous la conduite d’un de leurs anciens rois qui s’appelait Ramsès (i) ; c’est précisément là le nom propre que nous trouvons écrit Pha*cg , Ramsès , dans les légendes royales qu’on vient d’analyser.

Mais à quelle époque vécut ce grand roi Ramsès ? nous ne pourrons la fixer qu’en trouvant la place de

(i) Mox ( Germanicus) visit veterum Thebarum magna vestigia ; et manebant structis molibus litterœ Ægyptiæ , priorem opulenîiam complexes : jussusque è senioribus sacerdotum patrium sermonem inlerpretari , referebat habitasse quondam septingenta vnllia œtate militari : atque eo cum exercitu regem R H AM S EN Libya , Æthiopia , Aledisque et Persis , et Bactùano ac Scythâ potitinn ; quasque terras Suri Armeniique et contigui Cappadoces colunt , inde Bithynum, hinc Lycium ad mare imperio lenuisse , &c. C. Taciius, Annalium Iib. H , pag. 78; Amsielod. , typis Lud. Elzevirii , 1649.

ce même roi dans le Canon chronologique de Manéthon , où sont aussi tous les Pharaons dont nous avons déjà lu les noms propres.

Cet historien mentionne dans ce Canon, qui nous a été conservé en abrégé par Jules l’Africain et Eusèbe, trois souverains qui ont porté des noms toutà-fait semblables ou très-approchans du Ramsès de Tacite.

Le premier est P cl/llso-vç ou A/ytg , quatorzième roi de la xvm.e dynastie; mais on ne cite de lui aucune action mémorable.

Le second est son fils et son successeur P cL/neo-vx;- MeicLfAovv , c’est-à-dire, Ramésès aimant Amoun , Ramésès l’ami d' Amoun. Ce n’est point encore là le Ramsès de notre légende hiéroglyphique , qui porte constamment le titre Amon-mai ( Tableau général, n.os 354» 355 ), c’est-à-dire, che'ri d* Ammon , et jamais celui de Mai- Amoun (Tableau général, n.° 3 93), chérissant Arnmon , ïami d! Ammon , comme le second Ramsès de Manéthon.

Le troisième Ramsès nommé dans cet auteur , est le quatrième prince de la xix.c dynastie ; on ne lui attribue encore aucune entreprise militaire , aucune action qui le distingue de la foule des rois dont les noms se lisent sans gloire dans cette longue série chro-

Mais le bisaïeul de ce dernier Ramsès ou Ramésès , et le petit-fils de Ramésès- M eiamoun , nommé SsSoiç, et dans les divers textes de Manéthon , le

premier roi de la xix.c dynastie, fut un de ces princes guerriers dont ie souvenir, perpétué par les grands événemens de leur règne, survit dans les fastes historiques au temps et aux révolutions. Sétliosïs , d'après le témoignage formel de l'historien égyptien , monta sur le trône d’Egypte après la mort de son père Aménophis III , et fit la conquête de la Syrie, de la Phénicie, de Babylone, de la Médie, &c. ; Manéthon ie donne enfin pour le plus illustre des anciens rois.

Le Séthosis de Manéthon est bien certainement le même personnage que XzSêsoosïs de Diodore de Sicile , et le Sesostris d’Hérodote et de Strabon , que ces auteurs nous peignent comme le plus grand roi qu’ait eu la nation égyptienne , et auquel ils attribuent éga-

Jement la conquête de l'Ethiopie, de la Syrie et d'une grande partie de l’Asie occidentale : les traditions écrites , conservées par les Grecs , sur ce roi Séthos , Séthosis , Sésoosis ou Sesostris, s’accordent donc trèsbien avec ce que les monumens égyptiens nous apprennent sur le grand roi Ramsès ; mais ce dernier nom diffère tellement de ceux donnés au conquérant égyptien par Manéthon, Hérodote, Diodore de Sicile et Strabon , qu’il est impossible de croire , sans une autorité expresse , que ces noms ont été portés à-la-fois par un seul et même prince.

Mais Manéthon lui-même, et c'est bien la plus imposante autorité que l’on puisse citer en pareille matière, lève complètement cette difficulté, en nous apprenant que Sethos ou Séthosis porta aussi le nom de

Ramessès ou de Rampsès, Cet historien, racontant fa seconde invasion des pasteurs en Egypte , sous le règne d’Aménophis III, père de Séthos, dit, en effet, que le roi , troublé à la nouvelle de l’arrivée de ces étrangers , partit pour les combattre , après avoir confié a un ami sûr son fils Séthos, alors âgé de cinq ans , et qui portait aussi le nom de Ramesses , a cause de Rampsès , nom de son père (i). « Tov h u/ov Seotln , rov

ygCf PAME22HN cLTTD TOI) 'TTVlIçJÇ OùVQfXcUrfAtVOV J

vrevlct ern ovra, e^eôero rov eavrov ÇnXov (2). «

Plus loin , Manéthon raconte qu’Aménophis III n’ayant pu résister aux pasteurs , se retira avec son fils en Éthiopie, où il demeura pendant de longues années ; mais qu’enfin , ayant rassemblé une armée éthiopienne , il rentra en Egypte , toujours avec son fils Rampsès , qui commandait lui-même alors un corps de troupes. « ( A/txevoctpiç) ypj 0 vioç çtvTov Pamths y&j clvtoç eypev SvvcLfxiv Sic. (3). II paraît, au reste , que ce nom de Ram si s , Rampsès ou Ramésès fut très-usité en Egypte: nous verrons en effet ailleurs que cinq Pharaons le prirent successivement , et i'Exode nous apprend aussi qu’une des villes de la Basse -Egypte bâties par les Hébreux pendant leur longue captivité, portait le nom de DDDïH Ramésès ou Ramsès (4) ; et ce nom est écrit dans le texte original par un resch , un aïn , un

(1) Ramesses- M elamoun , père d’Aménophis III.

(2) Manetho apud Josephum centra Appianem , fib, 1, pag. 1053.

(3) Md- pag- î0>4-

(4) Exode, I , 1 1.

mem et deux samech , c’est-à-dire , par tout autant de signes que dans l’égyptien , et par des signes équivalant aux caractères hiéroglyphiques phonétiques qui forment ce même nom Ramsès dans les légendes précitées (i). On connaît encore, dans la Basse-Égypte, province de Bohaïréh, une position où se trouvent des ruines égyptiennes et un bourg qui porte le nom de R ainsi s (2).

II résulte donc de cet ensemble de faits , que le souverain égyptien , qualifié dans sa légende royale hiéroglyphique des titres approuvé par le Soleil , chéri d* Amoun, fils du Soleil , Ramsès, est, sans aucun doute, le même prince que le Rhamsès de Tacite, le Ramésès ou le Rampses de Manéthon , le Séthos ou le Séîhosis de ce même historien , le Sésoosis de Diodore , et le Sésostris d’Hérodote et de Strabon ; et comme tous les documens qui nous ont été transmis sur ce grand prince , ne permettent point de placer son existence plus tard que le xv.e siècle avant notre ère, il résulte également de la lecture de sa légende royale , que l’écriture hiéroglyphique phonétique était en usage en Égypte dix siècles avant l’invasion de Cambyse , et douze siècles avant Alexandre le Grand,

Le Canon de Manéthon mentionne plusieurs prédécesseurs ou successeurs de ce grand conquérant, qui portèrent aussi le nom de Ramsès ou Raméses. Je

(1) Voyez planche XII , n.os4>5?6, &c.

(2) Voyez Y Egypte sons les Pharaons , partie géographique , tom. II, pag. 248.

trouve, en effet, sur divers monumens égyptiens, des légendes royales dont le cartouche qui renferme le nom propre se lit également Ramsès Ph^cc» mais dont le cartouche prénom diffère d’une manière marquée du prénom constant des légendes royales de Ramsès le Grand. Il importe de reconnaître à quels rois de la liste de Manéthon peuvent se rapporter ces légendes , et c’est en fixant cette synonymie que nous pouvons acquérir de nouvelles certitudes sur l’antiquité des hiéroglyphes phonétiques.

La légende royale du Pharaon qui a construit le magnifique palais de Médinétabou , et quelques parties des édifices de Karnac et de Louqsor à Thèbes , est reproduite dans notre Tableau général , sous len.° i i 3. Le prénom est formé d’abord des trois signes que, dans le nom de Ramsès le Grand, n.° 1 i4 » nous avons reconnus être les noms divins Rê et Salé; mais au lieu du titre approuvé par le Soleil , que contient ensuite ce dernier , le prénom de la légende n.° 1 13 offre quatre autres caractères dont la valeur est bien connue (1) , et qui forment le titre Uexmmv (2) Meiamon, Meiamoun, aimant Ammon, celui qui aime Ammon, ï ami d’ Ammon : et comme le nom propre de ce roi est aussi PîW CG Ramsès , suivi d’un titre particulier que je traduis par Martial , on par les mots favorisé de Mars (3), nous 11e pou-

(1) Supra, pag. 155.

(2) Tableau général, n.° 393.

(3) Voyez toutes les variations de ce titre au Tableau général , n.° 443 bis, et la note à l’explication des planches.

vons méconnaître dans ce Ptwcc Ramsès , surnommé Mei-amoun , le roi PcLpiecrviç , que Manéthon surnomme aussi M Kt/Aovv ou M ëict/z/zouv. C’est le quinzième roi de la xvni.c dynastie , le père d’Aménophis III père de Ramsès le Grand ou Sésostris.

Le règne de Ramsès - Meiamoun fut de plus de soixante ans; et, d’après les sculptures de son palais de Médinétabou, des expéditions militaires en illustrèrent la durée. Le tombeau de ce Pharaon existe aussi dans la vallée de Biban -el-Molouk, à l’occident de Thèbes ; c’est le v.e tombeau de l’est. Cette superbe excavation renfermait un sarcophage dont le couvercle de granit rouge, ayant dix pieds de long, a été transporté par le célèbre voyageur Belzoni , d’Egypte en Angleterre , ou il décore le musée de l’université de Cambridge; ce couvercle offre, sculptée en très-haut relief, l’image du Pharaon Ramsès-Meiamoun , entourée de sa légende royale ; et cette même légende se trouve répétée un très-grand nombre de fois dans les bas-reliefs du tombeau , et, par exemple , sur les beaux fauteuils sculptés et coloriés dont la Commission d’Egypte a rapporté les dessins (i).

Le petit temple de Calabsché, en Nubie, et quelques parties du palais de Louqsor portent la légende royale d’un troisième Ramsès (Tableau général, n.° 112).

Le prénom , dont les deux premiers signes, le Soleil et le sceptre a tête de s c ha cal , sont semblables à ceux

(ï) Description de l'Egypte j Antiq. vol. iï,pl. §9.

des prénoms de Ramsès le Grand et de Ramsès- Aleïa~ mouti , n'en diffère essentiellement que par le signe final, qui est le C hiéroglyphique , et sur-tout par le troisième signe, qui, au lieu d’être la déesse Saté caractérisée par sa coiffure ornée d’une plume, est le dieu Djom ou Gom, l’Hercule égyptien, dont la tête est tout aussi habituellement surmontée d’une plume ou feuille; et la barbe que porte la petite figure dans tous les dessins de ce prénom royal que j'ai pu consulter, ne laisse en effet aucun doute sur le sexe. Le second cartouche contient le nom propre qui se lit sahs difficulté, Pimcc, Ramsès.

La légende de ce prince se montre également dans la colonne médiale de deux faces de l’obélisque orientai et de l’obélisque occidental de Louqsor; mais les colonnes latérales de ces faces, comme les trois colonnes de la troisième face de chacun de ces monolithes , offrent la légende royale de Ramsès le Grand. Ces diverses circonstances prouvent, i.° que les obélisques ont été taillés et érigés par le Pharaon dont la légende se trouve dans les colonnes médiales de deux de leurs faces; 2.0 que ces obélisques n'ont eu d'abord, comme ceux de Karnac et celui d’Héliopolis , qu'une seule colonne d’hiéroglyphes, portant, comme 011 i’a vu, la légende du Ramsès qui les fit élever; 3.0 que dans la suite Ramsès le Grand ayant embelli le même palais par des constructions nou velles , on consacra son nom et les détails de ses travaux dans les deux colonnes latérales des deux premières faces et dans trois colonnes

de la troisième face de chacun des deux monolithes, lesquelles ne portaient point encore d’inscriptions. Cette théorie sur les obélisques à deux légendes royales, théorie qui s’applique avec un égal succès aux obélisques de Saint-Jean de Latran et à l’obélisque Fla^ minien, sera développée dans un travail particulier sur la chronologie des monumens égyptiens; et je prouverai alors que, dans les temps antiques, les obélisques n’étaient placés à l’entrée des principaux édifices, que comme de grandes stèles portant la dédicace des temples ou autres constructions, à certaines divinités, mentionnant spécialement les rois qui avaient fait exécuter ces constructions , et donnant quelquefois le ‘ détail des travaux entrepris par chaque prince, et de l’exécution des obélisques eux-mêmes.

Il résulte, principalement de la place qu'occupent les deux légendes royales gravées sur les deux superbes obélisques de Louqsor , que le troisième Ramsès dont nous trouvons le nom (i) dans les colonnes médiales, était antérieur à Ramsès le Grand; on doit donc chercher le nom de ce nouveau Ramsès parmi les prédécesseurs de Ramsès le Grand . Il ne peut être que son bisaïeul Ramsès , quatorzième roi de la xxm.c dynastie, père et prédécesseur de Ramsès- Meiamoun dont nous avons aussi déjà reconnu la légende royale (2).

Les grandes colonnes de la salle hypostyle du palais de Karnac, et une portion des petites, portent la lé-

(1) Tableau générai, n.°

(2) Ibid . n.° 1 1 3.

gende royale de Ramsès le Grand; le reste des petites colonnes offre la légende royale d’un quatrième Pharaon du nom de Ramsès . Cette dernière est gravée sous le n.° i i 5 , ^ et b.

Dans les trois premiers signes du prénom, on remarque , comme parmi les trois premiers du prénom de Ramsès le Grand, le caractère figuratif du Soleil (Ré) et l’image de la déesse Saté , dont la tête est surmontée d’une plume ou feuille; mais le second signe, le sceptre, au lieu d’être terminé par une tête de schacal , est le sceptre recourbé qu’on a vaguement nommé le crochet, et qu’on retrouve sans cesse dans les mains du dieu Osiris. Le prénom de la légende n.° 115 contient, de plus , le titre approuvé d’Amoun, tandis que le prénom de Ramsès le Grand se termine par le titre approuvé par le Soleil . Le n.° 115c offre une variante curieuse du prénom de ce nouveau Ramsès. L’image de la déesse Saté a disparu, et son signe caractéristique, la plume on feuille, a passédans la main de l’image d ’Amou/i. Les prénoms royaux nous ont déjà montré des exemples de cette curieuse contraction de signes, particulière à la classe des caractères hiéroglyphiques symboliques . Enfin , dans le prénom 1 1 5 c , le dernier signe du groupe (i) qui exprime l’idée approuvé , est la coiffure royale , caractère homophone de la ligne brisée , et cette variante prouve, comme nous l’avons déjà dit, que ce groupe est réellement phonétique.

(1) Tableau général, n.° 397 a.

Le cartouche nom propre Je la nouvelle légende? ( n.° 115 a ) se lit , Dx*3X\xsz>\ P H Aie C A mon ai A 1- Ramses, le chéri d’Ammon Ramsès , et présente une particularité cjue nont point fournie les nombreuses variantes du nom de Ramsès le Grand . Les deux feuilles représentant la diphthongue &x ou bien x du mot ai&x amaîus , sont groupées symétriquement à droite et à gauche du signe ai du nom propre Phaicc. Un cartouche de l’empereur Claude (1) nous montre un déplacement tout-à-fait analogue : les deux feuilles représentant l’x du mot 6pAinXKC (Tep/Acoiixxx; , Germanicus), sont divisées et groupées l’une à droite et l’autre à gauche du (> de ce même mot.

Ce quatrième Ramsès qui a terminé les colonnes de la salle hypostyle de Karnac , magnifique monument décoré en très-grande partie sous le règne de Ramsèsde Grand , ne peut être que le Pharaon Pct/x^y^, Rampsès , son fils et son successeur, l’héritier de ses richesses , de son amour pour les arts, de sa piété Envers les dieux , mais non de son courage ni de sa science politique , puisque , d’après f’histoire , ce Pharaon laissa décliner , durant un très-long règne , l’influence que l’Egypte exerçait avant lui sur les contrées voisines.

Ainsi, les noms royaux encore phonétiques de Ramsès - Adeiamoun , et de Ramsès son père, bisaïeul de Ramsès le Grand, prouvent encore que, trois générations avant cet illustre conquérant, l’écriture hiéroglyphique comp-

(1) Voye^ fabieau générai , n.° 143 b. Ce cartouche est sculpté sur le portique d’Esné.

tait déjà parmi ses élémens un très-grand nombre de caractères phonétiques ou exprimant des sons ; et de plus » que les signes de ce genre qui , dans ia transcription des noms propres des rois grecs et des empereurs romains en écriture sacrée, servaient à rendre certaines voyelles ou certaines consonnes , exprimaient déjà ces mêmes voyelles et ces mêmes consonnes à cette époque si reculée.

Je n’ajouterai plus à cette série que la lecture de trois autres noms pharaoniques , noms que portèrent sans aucun doute, comme on pourra le voir, trois rois égyptiens qui, d’après le Canon de Manéthon, dont tout concourt déjà à prouver l’exactitude, furent les ancêtres des divers Pharaons de la xvm.e dynastie , que nous venons de reconnaître.

Le premier et le plus rapproché de nous est le sep- . tième prédécesseur de Ramsès- Aleiamoun , Aménophis 11, huitième roi de la xvm.e dynastie, lequel, d’après Manéthon, qui, certes, devait connaître mieux que tout autre l’histoire ancienne de son pays , est le roi égyptien que les Grecs ont confondu avec leur Memnom : O vro$ o M etuvoûv eivcuj vouiÇo/isievoç ? dit le prêtre de Sebennytus (i).

Il était naturel de chercher sur-le-champ la légende royale hiéroglyphique de ce prince sur le colosse de Thèbes , que l’antiquité grecque et romaine a reconnu pour être une statue de Memnon; cette légende

(i) Manéthon. — Voy. Georg. Syncelh Chronographia , pag. 72, clc

a été dessinée avec une égale exactitude et par la Commission d’Egypte (i) et par M. Huyot : je la reproduis dans le Tableau général, sous le n.° i i i.

Le prénom (n.° i i i a) contient encore le disque solaire et la figure de la déesse portant une plume ou feuille sur sa tête ; ce sont encore là les noms sacrés du dieu Phrê et de la déesse Sate , que nous avons constamment remarqués dans les prénoms de plusieurs rois de cette même xvm.e dynastie, qui, d’après Manéthon , étaient d’une seule et même famille. Le troisième signe du prénom est une sorte de grand segment de cercle qu’il ne faut point confondre avec le bassin a anneau , caractère phonétique qui exprime le K et le rT des noms grecs et le 6" des mots égyptiens. Ce grand segment de sphère (2) qui paraît figurer une espèce de coupe , employé très-fréquemment dans les légendes des rois et des dieux , y exprime toujours une idée de possession et de suprématie ; c’est ce même signe qui a été rendu par le mot grec hcnrorriç , seigneur , dans la traduction d’un obélisque par Hermapion (3), et je l’exprime constamment par le mot copte UH&, seigneur , kju^jloç, Ainsi, la valeur de tous les caractères du prénom royal ( n.° 1 1 1 a) étant connue, nous pouvons le traduire d’une manière trèsapproximative par ces mots : Seigneur par Phrê et par

(1) Description de V Egypte. Ant. vol. II, pî. XXII, n.® 3.

(2) Tableau général, n.os 4 1 5 et 4*6-

(3) Supra, pag. 149 et 150.

Salé ; quoi qu'il en soit , la connaissance du sens rigoureux de ce prénom n’importe point à la discussion présente.

Il n’en est pas ainsi du cartouche nom propre (n.° iii b) : ses quatre premiers signes sont purement phonétiques , déjà connus, et se lisent sans hésitation , ce qui donne la voyelle initiale et toutes les consonnes du nom que Manéthon

nous dit être en effet le nom égyptien, le véritable nom du Pharaon que les Grecs ont confondu avec leur Memnon. Les deux caractères qui suivent sont un de ces titres qui terminent ordinairement les cartouches contenant les noms propres royaux ; dans certaines légendes SAménophis > ce titre , dont le sens est encore ignoré, manque, et ce cartouche ne contient que le nom seul écvuatq (Aménof).

Cette coïncidence de l’orthographe du nom propre hiéroglyphique avec le Canon et la remarque de Manéthon, ne peut laisser aucune incertitude sur l’identité d’ Aménophis et du roi égyptien dont la statue, appelée Alemnon par les Grecs et placée dans la partie occidentale de la plaine de Thèbes(i), attira pendant fort longtemps la curiosité des Grecs et des Romains. Parmi les inscriptions grecques qui couvrent les jambes du colosse et qui attestent que leurs auteurs ont entendu la voix mélodieuse de Memnon , il en est une qui contient

(i) iVL Langlès, dans ses notes sur le Voyage de Norden ( Paris, i 795 , > tom. II, pag. 227), a réuni dans un savant mémoire

les notions que l’antiquité nous a transmises sur Memnon.

à-Ia-fols le nom grec et le véritable nom égyptien du personnage que le colosse représente; elle renferme les deux vers suivant :

EKATON ATAHCANTOC 2TCû nOBAIOC BAABINOC $0)NAC TAC ©EIA2 MEMNONOC H $AMENO$

« Moi , Publius Balbinus ( i ) , j’ai entendu Memnon ou Pha ménoph rendant des sons divins. :»

Dans cette inscription bien connue, le second nom de Memnon , le nom local, le nom égyptien est Q>ctfxevoÇ>, qui n'est que le nom A /u,e\iûo(pi<; , précédé de l’article masculin égyytien c|>, et privé de la désinence grecque i s, t&cLfAevocp ou $>cLfAZVGù<pt A ce témoignage irrécusable de la lecture du nom égyptien hiéroglyphique de Memnon , on peut joindre celui de Pàusanias, qui, dans sa description de l’Attique , dit formellement, en parlant du colosse de Thèbes que les Grecs croient être leur Memnon : ÀMct y&p ov Memnona 0/ ©*]£ouo/ Àe^sv o-i>

T>AMENX1<Ï>A Si eiVûUf TCOV ey^Ct)£JL0û\) , OV TOVTO cLyctXfXcL

m. « Mais les habitans de Thèbes disent que cette statue » 11’est point celle de Memnon , mais bien celle de Pha ? » ménoph, un de leurs compatriotes. «

Ain si la lecture , par mon alphabet , du nom royal hiéroglyphique gravé sur le colosse, étant celui d’f^wiq

( 1 ) Ce Publius Balbinus accompagnait l'impératrice Sabine , femme d’Hadrien, qui visitait les ruines de Thèbes le 21 novembre de l’an 130 de J. C. Voye7 , sur cette curieuse inscription, l’explication de sa date égyptienne , dissertation insérée par mon frère dans ses Annales des I agïdes , tom, 1, pag. 4 13 à 455*

{ Aménof ou Aménoph ) , l’inscription grecque de fa statue, le Canon de Manéthon , et le passage de Pausanias , concordent , s’appuient , se prouvent réciproquement, et font disparaître toute incertitude et sur la réalité de ma lecture et sur la synonymie des personnages.

La légende royale d’Aménophis II se lit sur un grand nombre de monumens et sous sa forme accoutumée (Tableau général, n.° i i i); elle nous apprend d’abord que ce Pharaon a fondé, construit et décoré le grand sanctuaire ainsi que les parties les plus anciennes du palais de Louqsorà Thèbes. C’est encore sa légende que portent, comme on devait s’y attendre, les constructions de Thèbes , connues des Grecs sous le nom de Memnonium ; elle se lit de plus sur une statue de granit gris, et de dix pieds de hauteur, trouvée par M. Belzoni parmi les ruines du Memnonium , et dans le voisinage même du grand colosse de Memnon ( Amé~ nophis) : le nom propre Aménof y est ac-

compagné du titre npK - (Tableau général, n.° 365 h ), che'rï d' A mon- Ré ou d’Amon-Ra ,qui est le nom le plus ordinaire du dieu Anton, Amen ou Amoun (Am mon) sur les monumens de Thèbes.

Si, d’un autre côté, nous remarquons aussi que ce roi est le fondateur du temple Amen-Neb ïAménébls ou ï Ammon-Chnubis des Grecs, à Eléphantine , et que l’image de ce Pharaon y est souvent répétée avec sa légende royale suivie du titre no et , chéri de Cnèph ou Chnoubis , on restera

convaincu que ce prince eut pour divinité protectrice spéciale, le dieu Ammon, et l’on reconnaîtra aussi que le nom phonétique ordinaire de ce même dieu , (Tableau général, n.° 39), entre dans la composition et l’expression écrite de son nom propre ^Xwtq ( A méno f) ,

Nous avons déjà dit que le nom propre C^mtq Amenof semblait n’être qu’une abréviation d’C&umnqTTT Aménoftèp, celui qu 'Ammon a goûté , delà même manière que ITr^q Ptahaf (i) n’est aussi qu’une simple abréviation de lÏT^q^riT Ptahftep ou Ptahaftep (2), celui que Phîha a goûte', ces deux noms propres étant formés des noms divins Amen ou Amon (Ammon), ÏTt£ Ptah (Phtba) et du verbe ^ttt. Je trouve la confirmation pleine et entière de cet aperçu dans les deux faits suivans.

i.° Les légendes qui décorent les trois cercueils ou couvercles de la plus belle momie du cabinet du roi, présentent le nom propre du défunt écrit tantôt Xw\q Amenof (Tableau général , n.° 160), tantôt f^Ainqnru ( ibid. 11.0 161), Aménoftèp , indifféremment;

2.0 Les membres de la Commission d’Egypte ont trouvé dans le tombeau royal isolé, de l’ouest, plusieurs statuettes de grès ou de serpentine qui, toutes, portent la légende du roi Aménophis II , et le nom propre est évidemment écrit ^-Wtq^TiT Aménoftèp

(1) Tableau général , n.° 17 1.

(2) Ibid. n.° 172.

sur Tune d’entre elles (i). La présence de ces figurines dans le tombeau isolé de l’ouest, prouve du reste, comme nous le développerons ailleurs , que cette superbe excavation est le tombeau du Pharaon Aménophis II; et en reconnaissant ainsi que le nom propre Aménof n’est qu’une abréviation orale et graphique d ' Aménoftèp , cela nous explique bien naturellement pourquoi les Grecs ont écrit le nom propre de plusieurs princes tantôt et tantôt A/ztevoxpOis et

A jtAevètpQwç.

Le Pharaon Aménophis II fut, comme son des» cendant Ramsès le Grand , un prince guerrrier, et sous son règne l’empire égyptien s’étendit, vers le midi , au moins à cent lieues environ plus loin que l’île de

Phil æ, que l’on considère habituellement comme la

limite extrême de l’ancien royaume d’Egypte; les belles ruines de Soleb , situées sur les bords du Nil, vers les 20° io de latitude boréale, montrent du moins la légende royale de ce roi , et offrent les images de plusieurs peuples étrangers, qui sont figurés dans un état non équivoque de captivité.

Plusieurs autres rois égyptiens ont porté le même nom que ce grand prince; l’histoire et les monumens ne permettent aucun doute à cet égard. Le sanctuaire , c’est-à-dire la partie la plus ancienne du temple d’Amada, entre Ibsamboul et Derry, présente la légende royale d’un autre Aménophis (Tableau général,

(i) Description de l’Egypte , Ant. vol. II, pi. LXXX, n.° 4*

n.° lop), qu’on 11e saurait, sous aucun rapport, confondre avec la légende d’Aménophis II (Memnon), puisque le prénom de l’un diffère entièrement du prénom de l’autre. Ils n’ont en effet qu’un seul signe commun; le premier, le disque ou globe solaire, signe qui est aussi le premier dans tous les prénoms de tous les Pharaons ; car ces souverains prenant tous la qualification de fils du Soleil , s’assimilaient évidemment à leur père dans leur prénom royal.

\d Aménophis du temple d’Amada, peut être Ame'nophis I, troisième roi de la xvin.e dynastie, ancêtre d’Aménophis II (Memnon); ou bien Aménophis III, père de Ramsès le Grand : mais les autres légendes du même temple ne permettent point d’hésitation, et décident promptement la question en faveur du premier de ces Pharaons.

J’ai dit que la légende royale du nouvel Aménophis occupait le sanctuaire et les parties environnantes du monument d’Amada; les autres parties de ce temple ont été décorées par un second Pharaon dont la légende royale est gravée dans notre Tableau général, sous le n.° 1 10 , et dans la planche ci-jointe, avec toutes ses variantes ( planche XIII ).

Le prénom est constamment' le même dans toutes les variantes de cette légende, qui se montre sur un grand nombre de constructions égyptiennes et sur de grands obélisques; ce qui prouve d’abord que le prince dont elle contient et les titres et le nom propre fut un des plus célèbres souverains de cette contrée.

il m

. JP&ÿô < 1

Le nom propre, entremêlé avec des titres (pi. XIII, n.° i b et n»° 2 d ), est dégagé de tout caractère étranger dans la variante 11. 0 3 , même planche.

Le premier groupe du cartouche , ÏIlïs perché sur une enseigne, nous est bien connu; c’est le nom propre symbolique de l’Hermès égyptien, du dieu Thoth, en égyptien Ttttoxr, Goio'f'T, Toôout, Thôout. Le nom propre du Pharaon commence donc par le nom symbolique du dieu Thôout , de la même manière que ies noms propres des quatre Ramsès commencent par l’image symbolique du dieu Rê ou Ra (le Soleil). Le second signe du cartouche (planche XIII, n.° 3 ) est la consonne hiéroglyphique a*, et le troisième et dernier un c : la transcription de ce nom entier en lettres coptes donne 0avo'¥r'mc (Thoutms); c’est évidemment le nom propre hiéroglyphique du roi que Manéthon nomme TOT0MOS-IS ou TOT0MX2E-IS : c’est celui qui délivra l’Égypte intérieure du ravage des Pasteurs, et chassa ces étrangers au-delà des frontières de la Syrie.

Ce fut donc Touthrnosis , fils de Al i s p h r a g moût h o sis , et le septième roi de la xvm.c dynastie, qui agrandit et termina le temple d’Amada en Nubie, commencé par un de ses prédécesseurs nommé Aménophis ; et nous trouvons en effet dans les Dynasties de Manéthon, que ie quatrième prédécesseur de ce Touthrnosis se nomme AjtA€vcù$i$ ; c’était le frère de la reine Amensés, qui occupa le trône après lui ; cette princesse était la bisaïeule de Touthrnosis; et s’il était bien prouvé que

les Pharaons épousaient leurs soeurs, comme le firent clans la suite les rois Lagides , on pourrait croire, en conséquence, qu’Aménophis I, qui a construit le sanctuaire du temple d’Amada , était lui-même le bisaïeul de Touthmosis qui a complété et achevé cet édifice.

Quoiqu'il en soit, il ne reste pas moins prouvé par la lecture des noms mêmes de tous ces Pharaons , que l'écriture sacrée des Égyptiens , l’écriture dite hiéroglyphique, était déjà phonétique en très -grande partie dès les premiers règnes de la xvm.e dynastie , c’està-dire, dès le xviii. e siècle avant Père chrétienne.

C’est sous le règne des Pharaons de la xvm.c dynastie qu’il faut placer l’époque la plus brillante de

la monarchie égyptienne. Ses premiers princes chas-

serènt de la Basse-Egypte et d’une portion de l’Egypte moyenne, des hordes étrangères connues sous le nom de Pasteurs, et que les Égyptiens appelaient ^KKajeuc Hikschôs , c’est-à-dire Pasteurs-captifs (i); ils rendirent sa liberté, ses lois et son culte à cette fraction de la nation égyptienne qui, pendant plusieurs siècles, avait gémi sous la tyrannie des barbares : c’est aussi aux rois de cette famille que Thèbes dut toute la splendeur dont les débris frappent encore les voyageurs d’admiration et de respect. Les vastes palais et les temples de Karnac, de Louqsor, de Médinétabou, de Kourna, ceux qui existèrent au Memnonium et à Médamoud, furent élevés et décorés sous le règne de ces princes:

(i) Manetho apud Josrphum.

voilà les constructions qui prouvent véritablement et la haute antiquité de la civilisation égyptienne , et le haut degré d’avancement auquel étaient parvenus et les arts et les sciences dans ces temps si éloignés de nous. Ce sont là les témoins irrécusables de l’antériorité des Egyptiens à l’égard de plusieurs autres nations célèbres, et des grands progrès qu’ils avaient faits vers le perfectionnement social ; et cette antiquité historique , qu’on a voulu d’autre part établir sur des tableaux astronomiques, vagues de leur nature , et sculptés, comme je l’ai prouvé, sous la domination romaine , reposera désormais sur une base inébranlable , puisqu’elle sera fondée sur des monumens publics dont le témoignage ne peut être récusé, et dont l’un des plus considérables, le grand palais de Karnac, continué, accru et décoré pendant onze siècles, porte successivement , dans ses diverses parties , les légendes royales des plus grands princes qui ont régi l’Egypte, depuis Aménophis I, de la xviii. e dynastie, jusqu’à Psammitichus I et à Né™ chaoll, rois de la xxvi.e

Les tombeaux des rois dans la vallée dite de Bilan el-molouk près de Thèbes , sont encore des ouvrages du premier style égyptien , et les divers dessins de légendes royales copiées dans leurs longues galeries et dans leurs vastes salles , nous apprennent que c’est là que reposèrent jadis les corps embaumés des princes de cette xvmee dynastie qui rendit la liberté à l’Egypte, y réorganisa l’état social , et prépara le règne de Ramsès le Grand ( Sésostris) , premier roi de la xix.e dynastie ,

mais descendant en ligne directe des Pharaons de la xviii.c

Tous ces résultats , si importans pour l’histoire , ne sont pas fondés uniquement sur la lecture que nous venons de donner des noms propres hiéroglyphiques de divers Pharaons, quoiqu’ils en soient déjà des conséquences forcées; ils reposent aussi sur le témoignage de l’historien grec de l’Egypte, de Manéthon , dont le Canon chronologique a été trop dédaigné jusqu’ici, parce qu’on ne sétait point donné la peine de le comprendre ni de l’étudier, et qui, toutefois, est bien loin d’accorder à la monarchie égyptienne cette durée excessive qui effrayait l’imagination et semblait appeler le doute sur la totalité même des assertions de son auteur. Les inscriptions sacrées des monumens de l’Égypte offrent une concordance complète et dans les noms et dans la succession ou la filiation des rois, avec ce que présente la série des dynasties égytiennes donnée par Manéthon, série réduite à ses véritables valeurs chronologiques , sans qu’il soit besoin pour cela de recourir au système absurde des dynasties collatérales, si ce n’est en un seul point de cette longue succession de rois et de familles tant nationales qu’étrangères. Ainsi les monumens et les listes de Manéthon se prêtent un mutuel appui, et forment un ensemble de preuves que ne peuvent récuser ni la saine critique ni le scepticisme même le plus étendu.

La lecture que nous venons de présenter des noms propres hiéroglyphiques des Pharaons de la xviii.® dy-

nastie, Atnénophis I , Touthmosis (i), Amènophis II, Ramsès I , Méiamoun- Ramsès , et de Ramsès le Grand, chef de la xix.c, est en outre pleinement justifiée, ainsi que le texte grec de l’histoire de la xvm.ç dynastie de Manéthon (2) , par un texte hiéroglyphique du plus haut intérêt, sculpté dans un des appartemens du palais d’Abydos , et dont le dessin a été apporté par notre courageux voyageur M. Cailliaud.

C’est un tableau composé de trois séries horizontales de cartouches précédés du titre roi (n.° 270 c).Les deux premières séries contiennent une suite de cartouches qui diffèrent tous les uns des autres ; la troisième et dernière série ne renferme que la légende royale entière de Ramsès le Grand, composée des deux cartouches [le nom et le prénom ). Elle est ainsi conçue : Le roi ( Rê-Saté. . . . approuvé par le Soleil) , fils du Soleil (chéri d’ Ammon-RAMSÈs) ; tandis que les deux séries supérieures ne renferment qu’une suite de cartouches prénoms , sauf le dernier de la seconde série, qui est un cartouche nom propre »

La seconde série contient vingt-un prénoms royaux ; et il m’a été facile, en étudiant les dessins de la Commission d’Êgypte, et sur-tout ceux que M. Huyot a faits, avec un soin si particulier, des légendes royales sculptées sur les monumens de l’Ègypte et de la Nubie , de retrouver les cartouches noms propres qui accompagnent

(1) Touthmosis II, si Ton donne aussi à Amosis , premier roi de cette dynastie, le nom de Touthmosis L

(2) Manetho apud Josephum.

toujours les cartouches prénoms du tableau d'Abydos. Ce tableau précieux étant ainsi complété par la connaissance des noms propres royaux, j'ai pu , par La lecture de ces cartouches noms propres, au moyen de mon alphabet hiéroglyphique, me convaincre bientôt pleinement que les treize derniers cartouches, en remontant la seconde série de ce tableau , sont les prénoms mêmes des souverains de la xvm.e dynastie , rangés généalogiquement; savoir : Ramsès- Méiamoun , Ramsès Ltr (i), Rathosis (2), Chenchères , Horus, Aménophis 7/(3), Touthmosis , Misphra-Touthmosis (4) , Méphrès ou Mesphrès (5) , Amen ses , Aménophis I.er , Chéhron , et Amosis le chef de cette même dynastie; les cinq cartouches prénoms qui précèdent ce dernier, toujours en remontant dans la seconde série , sont ceux des rois de la xvi.c dynastie, dite Diospolitaine , composée aussi de cinq rois , et qui occupa le trône de Thèbes immédiatement avant la xvm.c (6). Les dixsept cartouches prénoms qui précèdent ceux-ci , dans la

(1) Appelé aussi Armeses et Armaios , par corruption.

(2) C’est le fameux tyran Busiris , si connu dans les mythes grecs. Ce roi est aussi nommé Rathotis et Athoris.

(3) Confondu par les Grecs avec leur Ademnon.

(4) Nommé Alispliragmuihosis 3 Adisphragmuthosis , et Alêphrajîunuthosis , par corruption.

(5) C’est le fameux AJærisovi Alyris d’Hérodote et de Diodore de Sicile.

(6) M. Cailliaud publiera incessamment le dessin de ce précieux tableau ; et je me propose de donner, dans la Chronologie des ?nonutnens égyptiens , un travail particulier sur cet inappréciable fragment des Annales de l’Egypte. ( La XVH.C dynastie est celle des Pasteurs.)

( Mz )

seconde et ia première série du tableau d’Abydos , et qui sont plus ou moins frustes , ia muraille sur laquelle ils sont sculptés étant ruinée en partie , se rapportent à des temps encore plus reculés ; mais nous devons ajouter qu’aucun édifice subsistant aujourd’hui en Egypte, ne porte, à notre connaissance du moins, la légende complète des plus anciens de ces princes. J’ai retrouvé seulement les prénoms de deux d’entre eux, sur deux scarabées de terre cuite sans émail , et d’un travail fort grossier : l’une de ces amulettes fait partie de la belle collection d’antiquités de M. Durand; l’autre appartient à M. Thédenat du Vent fils, quii’a rapportée d’Egypte avec une foule d’autres monumens curieux.

Ce fait capital, que les cartouches renfermant les noms propres des rois de la xvm.e dynastie , dont le tableau d’Abydos contient les cartouches prénoms rangés chronologiquement, lus au moyen de mon alphabet hiéroglyphique, donnent exactement, et dans le même ordre , des noms propres que nous retrouvons écrits en lettres grecques et dans les Dynasties deManéthon , et pour la plupart dans Hérodote et Diodore de Sicile, prouve donc, d’un côté , la certitude entière de l’histoire égyptienne transmise en grec par ce prêtre de Sébennytus, et d’autre part, la haute antiquité des CARAC- TÈRES signes de SONS ou PHONETIQUES dans le système d'écriture hiéroglyphique ou sacrée des anciens Egyptiens . La table généalogique ou chronologique du palais d’Abydos , ne peut d’ailleurs être postérieure à Ramscs le

Crand (Sésostris), puisqu’il est le dernier prince dont elle donne le prénom , et même la légende royale entière.

C'était uniquement pour établir l’antiquité de l’écriture phonétique en Égypte, que j’ai présenté dans ce chapitre la lecture des noms propres hiéroglyphiques des Pharaons , A coris 8i<p, Néphéreus HMqpO'tfK. . . Psammitiçhus II ïïc^TK , Psammiüchus LCT IIcwtk , Osorthos Ocop'TCtî , Osorchon OcpKîï , Sésonchis UJojottK , Ramsès, fils de Séthosis* P|W-CG , Séthosis ou Ramsès le Grand Phoacg , Ramsès -

Méiamoun U -Ph^-CC , Ramsès Ltr Phu.cc , Aménophis II Xmtq, Touthmosis 0ttïcnrT**G, et A nié’ ophis Lcr 3^Wtq ;

D un autre côté , j’avais déjà retrouvé sur les monumens égyptiens, et encore écrits avec les mêmes caractères hiéroglyphiques phonétiques, les noms de Xerxès loojH^poj^; ceux des rois grecs, Alexandre le Grand ^v\KC&irTpc , et Philippe Hàiitoc; ceux des Lagides, Pîolémée IProÀmc et IPrAtwac , Bérénice BpiüKG , Arsinoë ^Xpcnn , Pîolémée - Alexandre IProA-W-xc - ^XÀKGtVTpc , Cléopâtre RAoirrpz» , son fils Cœsarion IProA-Wtc HoK^cpc ; enfin ceux des empereurs romains , Auguste ^X'*^TOKprTCJup , Rzacp , Tibère 'Tifipxc, Caius Rxc, Claude Tx&pxc Ràcttxc, Néron Hpom, Vespasien CWciT<5xnc , Titus ‘Ti^c , Dominai T , Nerva - Trajan Hpo'*** - T psttc , Hadrien ^"rpntc et ^XrrxpxMtc , Antonin le Pieux ukîrxotüKC, et le nom de l’impératrice Sabine

Cficnm ;

On a vu enfin que les titres royaux des anciens Pharaons, et les titres des empereurs romains, qui accompagnent leurs noms propres dans les inscriptions hiéroglyphiques , sont, pour la plupart, exprimés phonétiquement, ainsi qu’une foule de noms propres de simples particuliers égyptiens , grecs et romains :

J ai donc dû conclure , et j’ai conclu avec toute raison, de ces faits si nombreux et si évidens, d’abord , que l'usage de l'écriture phonétique égyptienne * dont j'ai publié le premier l'alphabet dans ma Lettre à M. Dacier , remontait à l’antiquité la plus reculée; et en second lieu , que le système d'écriture hiéroglyphique , regardé jusqu'ici comme purement formé de signes qui représentent des idées et non des sons ou des prononciations , était, au contraire , formé de signes dont une trèsgrande PARTIE EXPRIME LES SONS DES MOTS DE LA LANGUE PARLÉE DES ÉGYPTIENS , c’EST-A-DIRE DE CA- RACTERES PHONÉTIQUES.

Ces mêmes conclusions me semblent désormais appuyées sur une assez grande masse de faits, pour oser espérer que le monde savant les adoptera bientôt malgré leur nouveauté. Ces faits détruisent, il est vrai, tous les systèmes avancés jusqu’ici sur la nature de l’écriture hiéroglyphique égyptienne ; ils frappent de nullité toutes les explications de textes ou de monumens égyptiens hasardées depuis trois siècles : mais les savans feront facilement, en faveur de la vérité, le sacrifice de toutes les hypothèses énoncées jusqu’ici , et qui sont en contradiction avec le principe fonda-

mental que nous venons de reconnaître ; et tous les regrets, s'il en est à cet égard, doivent diminuer et même cesser entièrement, à mesure qu'on appréciera avec plus de soin et à leur seule valeur les résultats des travaux des modernes qui se sont livrés à l'étude des inscriptions hiéroglyphiques en partant du principe absolu que l’écriture sacrée des Egyptiens était uniquement composée de signes d'idées , et que ce peuple ne connut d’écriture alphabétique, ou des signes de sons , que par les Grecs seulement. J'avais longtemps aussi partagé cette erreur, et j'ai persisté dans cette fausse route jusqu'au moment où l'évidence des faits m’a présenté l’écriture égyptienne hiéroglyphique sous un point de vue tout -à-fait inattendu, en me forçant, pour ainsi dire, de reconnaître une valeur phonétique à une foule de groupes hiéroglyphiques compris dans les inscriptions qui décorent les monumens égyptiens de tous les âges.

J’ai lieu de croire que personne ne viendra du moins me contester encore la priorité dans cette manière tout- à -fait neuve de considérer le système hiéroglyphique des anciens Égyptiens à toutes les époques : si je me trompe donc, l'erreur m’appartient toute entière; mais si l’ensemble des faits reconnus et des faits nouveaux vient confirmer de plus en plus ma nouvelle théorie, comme cela arrive tous les jours, il est juste qu'on reconnaisse, même en Angleterre, que ces importans résultats sont le fruit de mes recherches.

II nous reste à présenter, dans le chapitre syivant,

un précis des bases du système hiéroglyphique, considéré d'abord dans ses élémens matériels, et par suite dans les différens moyens d’expression des idées, qui lui furent propres ; nous y exposerons les premiers résultats de nos études sur la nature et les combinaisons des diverses espèces de signes qu’il emploie , et sur les liaisons de ce système avec les autres systèmes d’écritures égyptiennes. Ce chapitre contiendra ainsi toutes les déductions naturelles des faits précédemment exposés , et les résultats généraux de mes recherches sur le système graphique de l’ancienne Egypte.

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