‹ Précis élémentaire de géologieChapitre 81 sur 107 · II · texte numérisé non relu

II

L'année où il est tombé le plus d'eau dans cette période est 1850 où il en est tombé 836""". 70 et celle où il en est tombé le moins est 1833, où l'on en a constaté que 511™'".03.

NOTIONS MËTËOROLOGIQUES.

L^éléwatloa mejenme an baromètre à rObservatoire de Bruxelles pendant la période de 1833 à 1852 a été ainsi qu^il suit :

mm.

Janvier 756.71

Février 755.51

Mars 786.38

Avril 754.70

Mai 756.S4

Jain 756.53

Moyenne annaelle.

mm.

Jaillek 756.77

Août 756.37

Septembre 756.10

Octobre 755.00

Novenkbre 754.iS

Décembre 757.90

La plus grande hauteur atteinte par la colonne barométrique pendant cette période a été 779'°^. 16 le 11 février 1849 et la plus basse 724'^.59 le 14 décembre 1849, ce qui représente un écart de 54-^.57.

CaSULPITRB I?

CONSIDÉRATIONS GÉOGÉNIQUES

Si nous considérons maintenant le sol de la Belgique sous le rapport des phénomènes qui s'y sont passés et des époques où ils ont eu lieu, nous verrons, ainsi que nous TaTons déjà indiqué, que h foroiatioa éem d^péCs que Dumont nommait ardennais est le phénomène le plus ancien dont ce pays nous offre des traces, mais que répoque où cette formation a eu lieu, comparativement à celle des dépôts d'autres contrées, n'est pas encore bien déterminée, puisque ce n'est qu'avec doute que nous l'avons rapportée à la •Horlenne.

Quant aux dépôts que nous avons rangés dans les cemJi ■!•■ et hoaiUer l'ordre dans lequel nous avons indiqué les divers systèmes qui les composent représente sans contestation leur âge relatif.

Nous avons vu aussi que tous ces dépôts sont plus ou moins modifiés, que leurs couches ont été fortement relevées, plissées, quelquefois renversées, que de nombreuses failles ont mis en contact des couches qui sont plus ou moins éloignées dans l'ordre normal et que ces dépôts sont traversés par des dykes porphyriques et quartzeux, ainsi que par des filons cristallins, fragmentaires et meubles.

L'époque de la fonnatloB éem éjkem por^yriqnes du terrain

silurien parait être à peu près contemporaine de ce dernier, attendu

ciue ces dykes sont un peu différents de ceux du terrain dévonien

eur. Les dykes qui ont traversé ce dernier paraissent aussi

re à peu près contemporains, puisqu'on n'en connait pas

[es dépôts qui lui sont supérieurs.

CONSIDÉRATIONS 6È06£N(QUES. n%

L'époque où les roches sHnriennes et déyoniennes inferieupes de Belgique ont été modifiées n'est pas non plus très lEftcile à déter* nmer ; mais, quand on fait attention que ces roches ont éprouvé 166 actions métamorphiques à un degré beaucoup plus fort que œfleB dee dépôts postérieurs, on est porté à croire que cette adion a coBxsiencé avant la formation de ces dépôts, ce qui est en rap* pott arec l'opinion que nous "Tenons d'émettre sur l'époque des étwptàna porphyriques. IVua autre côté, la circonstance que les roches les plus métamorphosées, c'est à dire ceUes où l'on peut supposer que les forces métamorphiques ont déterminé la tnuis* formation de matières schisteuses et quartzeiases en matières feldspailiiques, ne sont pas ordinairement celles qui sont en contact immédiat arec les roches plutonniennes, vient appujer Topinioii foe les éjaoulations intérieures exerçaient une action métamorphique moins forte lorsqu'elles pouvaient se faire jour à l'état liquide, que quand elles agissaient à l'état gazeux.

Enfin, lorsque Pon prend en considération que toutes les roches dévomennes et houillères ont aussi subi des actions métamorphi* qnee, qu'elles sont aussi fortement plissées et renversées que les roches antérieures, mais que les roches postérieures ont conservé une position à peu près horizontale et ne présentât plus d'altâra* tîon du même genre, on est porté à conclure que les grands phé^ nomènes qui ont modifié et {disse les rodies se sont prolongés en Belgique jusqu'après la formation du terrain houiller, mais qu'ensttte ces phénomènes n'ont plus agi avec la même fonse.

SA maintenant nous cherchons à mettre ces données en rapport «vce ta séHe ^Bérale des révolntienii admises par M. Ëlie de Beaumont (page 441), on pourrait en conclure que les premières modifications des roches siluriennes remontent au système du Mor^ fadhan eu à celui du Longmynd, et* que l'éjaculation des porphyres de Quenast et de Lessines se rapporterait au système du Westinoreland, système dont M. de Beaumont annonce avoir reconnu des traces en Ar demie.

Oe célèbre géologue voit ensuite un effet du système des ballons dans la disposition du front méridional de l'Ardenne le long du bassin de Paris, mais la concordance de stratification que l'on observe entre le calcaire houiller et Tampélite de Chokier de môme entre celui-ci et la houille de liége annonce que les soulèvements des Ballons et du Forez n'ont pas exercé de grands dérangements dans le sol de la Belgique.

C^est au système dit des Pays-Bas que M. de Beaumont attribue le pUssemeat de bos dépôts dévealens et lieallleni, et c'est

effectivement avec rorientation de ce système que s'accorde la direction générale des couches de ces terrains à l'ouest d^une ligne allant de Namur à Rochefort. Mais la direction, plus vers le nord, que ces mêmes couches prennent de Tautre côté de la ligne dont il s'agit annoncerait que la direction normale a été modifiée, soit par l'influence des plis formés dans le sol inférieur lors du soulèvement du Westmoreland, soit parce que cette partie de la Belgique aurait subi Faction d'une révolution postérieure, récurrente avec celle du Westmoreland et qui n'aurait pas été reconnue jusqu'à présent.

L'âge de» iloBs qui traversent ces dépôts n'est pas non plus encore tiès bien déterminé. La circonstance que nos filons oiêCAlllfèreà s'arrêtent ordinairement avec le calcaire houiller, et qu'ils se trouvent souvent entre les étages différents, avait porté plusieurs géologues à les considérer comme antérieurs à l'ampélite de Chokier, et comme étiint à peu près contemporains des dépôts dans lesquels ils sont intercalés. Or, sans vouloir rejeter entièrement cette manière de voir, nous ferons remarquer qu'à Bleyberg (page 524), le minerai de plomb pénètre au moins dans le système de ram]>élite; que, en second lieu, on peut très bien concevoir pourquoi les matières des filons, quoique éjaculées postérieurement à la houille de Liège, ne pénètrent pas dans cet étage, puisqu'il suffit pour produire ce résultat que le calcaire se soit mieux prêté à recevoir les injections que les schistes et la houille; circonstance qui est en quelque manière attestée par les cavités et les fractures si abondantes dans le calcaire, tandis que les plis sans fractures que Ton remarque fréquemment dans les houilles et dans les schistes annoncent que ces roches avaient conservé un certain état de mollesse lorsque le plissement a eu lieu. On conçoit également que la résistance que certains systèmes de couches opposaient à l'introduction des matières éjaculées d'en bas, déterminait ces matières à se placer entre deux systèmes plutôt que d'en traverser un qui lui offrait plus de résistance. D'un autre côté, ces gîtes contenant beaucoup de fer et formant quelquefois de petits bassins au dessus des dépôts dévoniens et houillers, nous avions cru devoir les rapporter à la période pénéenne qui est celle où les émanations ferrugineuses ont été les plus générales. Plus tard Dumont les a reportés à la période crétacée et nous croyons maintenant que toutes ces opinions, en apparence divergentes, sont également fondées, c'est à dire que les émanations métallifères, moins celles ferrugineuses, ont eu lieu pendant cœ quatre riodes.

CONSIDÉRATIONS jG^ËOGËNlQUBS. S61

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit (page 463) sur la forriation des filons fragmentaires et meubles en général, mais nous ferons remarquer que les dépôts sableux et argileux que nous avons indiqués (page 524) comme accompagnant les filons métallifères appuient fortement Topinion que la formation de ees sables et de ces argiles doit être attribuée à des éjaculations intérieures. En efiPet si cette formation était due à des eaux superficielles, ces dépôts ressembleraient aux dépôts neptuniens ordinaires, et l'on ne verrait pas le sable et l'argile pénétrer l'un dans l'autre, sous la forme de filon et en conservant ordinairement leur pureté, ce qui prouve que cette disposition est le résultat d'une injection qui il eu lieu de bas en haut.

Quant à l'âge de ces dépôts, il y a encore plus de divergences que pour les filons métallifères, car Cauchy (1), qui n'admettait pas l'idée des éjaculations, voyant un lit d'argile entre des couches inclinées de calcaire, considérait le tout comme contemporain ; plus tard Dumont (2) trouvant que ces sables et ces argiles ressemblent à ceux de la partie inférieure du terrain crétacé du Hainaut, les a rapportés à cette période, tandis qu'auparavant Brongniart, frappé de la ressemblance de l'argile d'Andenne avec l'argile plastique de Paris, y avait vu un dépôt tertiaire. Peut-être que l'on pourrait encore aller plus loin et dire qu'il y a .de ces matières qui ressemblent au limon de Hesbaye ; de sorte que nous ne sommes pas éloigné d'admettre qu'il y a dans ces filons des représentants des périodes primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire.

Du reste on ne doit pas perdre de vue que, tout en considérant une pai'tie de nos sables et de nos argiles comme des filons, nous sommes loin de prétendre qu'il n'en existe pas qui ont été déposés par les eaux superficielles ; car lorsque les éjaculations se passaient sous l'eau, leurs produits devaient être remaniés et transportés par ces eaux. D'un autre côté, il y a quelquefois dans les terrains primaires des couches qui peuvent être considérées comme argile et comme sable, soit qu'elles représentent des couches de schiste ou de quartzite qui ont été altérées par des émanations gazeuses qui leur ont fait subir une seconde transformation, soit qu'elles représentent des couches qui auraient échappé à l'action des causes que nous supposons avoir transformé les argiles et les sa1)les originaires en schiste, en psammite ou en quartzite.

L'âge et la forpnatlon des phtaBltes ou, pour parler plus exac-

(I) Con$tit. gâoU de la province de IVamur, dtni la t. V des Mém. ife VAcai. de Bruxetiee. (S) DulL de l'Acad. de Belgique, 485S, l. XIX» T parii«, PH- ^'

rRftcit DE OftOLOOll. 36

tement, des matières quartzeuses que les ouTriers appellent cktias, mérite une attention particulière. Nous ferons d^abord remarquer que le pLtaiiite, qui est assez rare dans la série des terrains, se présente dans une grand nombre de systèmes en Belgique, savoir : en noyaux ou en blocaux dans le poudingue de Burnot, en rognons dans les calcaires houillers, en couches dans le terrain houiller moyen et en fragments soit mélangés avec les sables et les argiles des filons, soit dans quelques dépôts meubles superficiel>.

L'origine des fragments qui se trouvent dans le poudingue de Burnot est difficile à expliquer, puisque l'on ne connaît pas do phtanite dans les dépôts antérieurs, de sorte que l'on est tenté do supposer qu'ils ont été formés en même temps que le poudingue tt divisés en fragments, soit par la tendance au fendillement si commune dans les substances siliceuses, soit par l'agitation qui a accompagné la formation des poudingues. Cette existence di phtanite dans le poudingue dévonien de Burnot rappelle une circonstance analogue qui a lieu dans le poudingue dévonien do Schirmeck dans les Vosges, tandis (jne le phtanite ne se retrouve pas dans les poudingues pénéens de ces mômes montagnes.

Quant aux rognons de phtanites qui existent dans le calcaire, ils sont évidemment contemporains de celui-ci, et leur origine est analogue à celle des autres n^gnons siliceux qui se trouvent dans les calcaires de divers Ages.

Il n'y a pas non plus de difficultés pour ce qui concerne les phtanites qui forment des couches régulières entre le calcairthouiller et le terrain à houille, puisque leur Age relatif est attestpar leur position et que leur mode de formation doit être analogue à celui des couches neptuniennes en général.

Il n'en est pas de même pour les fragments de phtanites qui accompagnent les filons ou amas de minerais, de sable et d'argile, car l'abondance de ces fragments dans certains gîtes de limonit^* et de sable, ainsi que la manière dont quelques-uns des ces fragments passent du jaspe rougeatre à une véritable linionite, porteut à les considérer comme une dépendance de ces filons; au^^i Cauchy avait-il cité (1) de ces phtanites comme formant les paroi-^ ou premières enveloppes des grands bassins de minerais de fer. d'où l'on pourrait supposer que ces bassins avaient commencé à se remplir a l'époque ou se formaient les couclies régulières dc^ phtanites de Tétage moyen du terrain houiller. Mais M. Dupor.t explique d'une autre manière les rapports des phtanites avec K-s

{i) Mêm. tfe lu (Umiffif. fjroh de lapt^ovirve de Namnr, p»?. !0\

CONSIDÉRATIONS GÉOGÊNIQUES. 5f:S

filons OU amas de limonite, de sables et d^argile. Ce jeune gécH logue, ayant reconnu, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus (page 520), que la première assise de calcaire houiller contient une immense quantité de rognons, quelquefois des bancs de phtanite, enveloppés dans un calcaire souvent friable et qu'elle est le principal gîte des filons, croit que les fragments de phtanite des filons proviennent du calcaire. On peut ajouter en faveur de cette opinion que ces fragments se trouvent en général sur les bords de ces amas et que l'on n'en voit pas ordinairement dans leur intérieur.

Quant aux fragments de phtanite qui forment des dépôts superficiels quelquefois très puissants, M". Dupont y voit un résultat de la dénudation par les eaux des couches calcaires qui les renfermaient et cette opinion parait d'autant plus admissible que ces amas reposent ordinairement sur les tranches du calcaire de la première assise.

La formatioB éen poodlagucs de Halmëdy laisse aussi des incertitudes; car, d'un côté, la présence de noyaux contenant des fossiles plus récents que le terrain silurien sur lequel ils reposent annonce que ces noyaux y ont été amenés par des eaux superficielles; d'un autre côté, la couleur rouge des matières qui forment la masse principale de ces lambeaux jointe à leur stratification à peu près horizontale, nous porte à croire qu'ils ont été déposés pendant la période permienne. Or, comme les autres dépôts permiens sont éloignés de plus de quatre myriamètres, sans que l'on voie aucune trace de dépôt de cette nature dans Tespace intermédiaire, nous pensons que ces lambeaux ne sont pas les restes d'un massif qui aurait couvert cet espace, c'est à dire la plus grande partie del'Ardenne; de sorte qu'il nous parait plus probable que, à l'époque oii se déposait le vaste massif permien des Vosges et du Palatinat, il y avait, dans les environs de Malmédy, de petits bassins dans lesquels il s'opérait des éjaculations de matières rougeâtres.

État de la Belgique pendant len périodes seeondalreii et tertiaires. Nous avons déjà fait remarquer que, excepté une petite portion du territoire belge qui fait géognostiquement partie de la Lorraine, les terrains triasique et jurassique manquent en Belgique, d'oii quelques géologues ont conclu que ce pays était émergé pendant la période correspondante. Nous n'avons ni les moyens, ni l'envie de combattre cette opinion, puisque nous admettons avec ces géologues que l'écorce du globe a éprouvé de fréquentes oscillations, ainsi d'ailleurs que le démontrent les alternatives de terrain marin et de dépôts d'eau douce qui existent dans

beaucoup de localités, notamment dans le bassin de Paris. Xou^ nous bornerons à faire remarquer que nous sommes loin d'êti-e convaincu que Ton doive admettre qu'il y ait eu émersion ou à^nudation partout où il manque un dépôt de la série géognostique, parce que, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire, nou> ne croyons pas qu'il s'est toujours formé des dépôts sur le fond di la mer, soit parce que certaines localités étaient trop éloignées de> sources chargées de matières terreuses, soit parce que la disposition du sol et la direction des courants ne permettaient pas aux sédiments de se déposer. Ce qui est certain, c'est que les eaux de la mer ont recouvert une grande partie de la Belgique pendant le> périodes crétacée et tertiaire.

Les dépôts de ces périodes sont stratifiés, n'ont point éprouvé les grands dérangements subis par les dépôts primaires, ne présentent pas de traces de métamorphisme et ne renferment pas dt filons longitudinaux ; mais leur émersion actuelle, ainsi que Texistence de failles, prouve qu'ils ont subi l'action de phénomènes qui les ont soulevés et disloqués, tandis que d'autres circonstances :iiinoncent que les éjaculations de l'intérieur ont puissamment contribué à leur formation.

On a vu notamment dans les notions géognostiques que les arglIeH tertiaires forment souvent des dépôts épais et peu étendus dans le sens horizontal, quelquefois elles remplissent des dépressions du sol inférieur, mais d'autres fois elles forment des protubérances ou cônes surbaissés qui, comme nous Tavous déjà dit, sont entourés de sal)les ou de limon. Or, on ne conçoit pas comment dt.^ matières amenées par des eaux superficielles ont pu prendre là forme de taupinières sur un plateau, tandis que cette disposititii se comprend très facilement lorsque l'on suppose que ces matières ont été iuuenées par éjaculation. D'un autre côté, quoique, sur le plateau entre Braine-le-Comte et Jurbise en Hainaut, par exempt. le sable jaunâtre soit généralement supérieur à l'argile noii'âtre. la coupure de quelques-uns de ces cônes argileux, par les travaia du chemin de fer, a fait voir des nids de sable jaune enfouis dar.-^ l'argile, comme des témoins qui attesteraient le passage de celui-lù au milieu de celle-ci.

Les sables de Diest sont aussi dans le cas de répandre de lu lumière sur l'origine de ces dépôts et sur les dislocations subies p;ir le sol de la Belgique, car on a vu (page 544) que ces sâble> forment le couronnement d'une chaîne de collines qui s'étend au milieu de plaines moins élevées. Or, pour supposer qu'ils aient étr amenés dans cette position par des eaux superficielles, il faudrait

CONSIDÉRATIONS GÉOGÉNIQUBS. 565

également admettre qu'il y a eu dans ces contrées une vaste nappe * de nature analogue, qui a été dénudée et dont les collines actuelles ne sont plus que les témoins; mais, outre que nous ne poit« vons concevoir une force de dénudation suffisante pour avoir enievé, sauf deux petits massifs de collines, toute la partie de cette imtmense nappe qui se serait étendue du Demer au Pas-de-Calais, on doit, en supposant la possibilité d'une semblable action, se demander comment il se fait que cette immense masse de matière en mouvement n'ait plus laissé de trace de son passage? Si Ton suppose, au contraire, que, à une époque où ces contrées étaient encore sous l'eau, il s'est formé entre Cassel et Diest une grande fente, sur plusieurs points de laquelle il est sorti du sable et des matières ferrugineuses, on sentira que ces matières ont dû prendre précisément la disposition que nous leur voyons. Une circonstance qui vient encore à l'appui de cette hypothèse, c'est que l'on aperçoit quelquefois dans les dépôts inférieurs aux sables de Diest des espèces de filons ou de bandes verticales plus ou moins imprégnées d'hydrate ferrique, et que l'on peut considérer comme les conduits ou cheminées par où les émanations postérieures sont arrivées au jour (1).

Si, d'un autre côté, nous comparons la dii'ection générale de cette grande fente avec celle des systèmes de montagnes admis par M. ÉUe de Beaumont (page 441), nous verrons qu'elle est sensiblement la même que celle du Tatra (2).

Nous croyons que l'on peut encore reconnaître dans la Belgii^ue les traces de quatre autres dlsloeatioas pontérlcorefi.

Si en premier lieu on jette les yeux sur une carte on verra que les cours d'eau qui traversent la Flandre, le Brabant et la Hesbaye, notamment la Lys, l'Escaut jusqu'à Gand, la Dendre, la Senne, la Dyle, la Geete, présentent généralement la même direction; si l'on fait ensuite attention à la facilité avec laquelle le

(I) Il Mt asMi remarquable qae cet espèces de filoni ferragioeoi, qui mainteoaDt me parai SRi'nt fti intéressants pour appuyer l*hypolhd»e des éjacnlations, m*aient andeonement lodoil en eh^or» eQ me portant i croire que les grès ferrngiaeoi n'étaient qoe des accidents on des bifarrores dea aotres dépôts sableu, an lien de reconnaître, ainsi qne l'ont fait depuis Mil. Elie de Beaumont, d'Archiac et Dnmont , qu'ils araient généralement une position supérieure i tous les dépôts éoeènes^ Il est asses probable qne le dépôt de Groenendael, qui est aussi de nature ferragineosa mais qui renferme les fossiles dQ calcaire do Bruxelles, a été imprégné d^hydrale ferrique de la même manière, soit que i'éjaculatioo ferrugineuse y ait eu lieu & une époque antérieure & celle da tabla da Diest, soit qu'elle ait en lieu on méma temps, sans être accompagnée de sable, comma dant let localités où Ton roit de véritables dépôts de sable de Diest.

(1) Ce rapprorhemeot avec le système du Tatra de la ligne sur laquelle se sont produits If^v ^nblet de Diest, porterait à les ranger dans le terrain miocène ; mais, comme il n'e«t point Impossible qna I *éjaculation des sables n*ait au lien qu*i une époque pins récente que celle où la fracture a été opérée, fat cru dcToir suivre le classement auquel Dnmont avait été conduit par ses étndi's stratlgraphiques et qui est maintenant confirmé par la paléontologie.

Sti6

GÉOLOGIE DE LiV BELGïQrB.

moindre obstacle fait dévier le cours d'une eau qui se fraie un lit, on sont qu'il est difficile qu'une semblable uniformité soit le résultat de simples érosions, et si l'on ajoute que la direction de c^s coui-s d'eau est aussi à peu près parallèle à celle de la côte de Flandre, on est porté à supposer que ces lignes sont le résultat d'une dislocation qui aura produit des failles dont le bord le plus élevé aura déterminé la direction des cours d'eau, ainsi que Dura ont avait déjà été conduit à le reconnaître pour les vallées de la Hesbaye, d'après une autre considération (1). Car cet ingénieux observateur ayant reconnu que les bords des vallées qui traversent cette contrée ne présentent que du limon du côté occidental, tandis que du côté oriental on voit ordinairement paraître plusieurs assises inférieures au limon, telles que le tuffeau de Lincent, le tuffeau de Maestricbt, la craie blanche, etc., il en a conclu que ces vallées devaient leur origine à des failles ou dislocations qui avaient produit des fentes parallèles, accompagnées de mouvements du sol, par suite desquels les massifs compris entre ces fentes s'étaient ])lus élevés du côté de l'O. que du côté de l'E., ou plus abaissés du côté de TE. que du côté de l'O., ainsi qu'on peut le voir par la figure ci-jointe.

A. Limon. B. Tuffeau de Liment. C. Tuffeau de Maeslricht. D. Craie blanche.

Le parallélisme de ces lignes avec la côte de Flandre donne lieu cli3 croire que c'est à cette même dislocation qu'est due l'émersion d'une grande partie des contrées qu'elles traversent, tandis que la direction de ces lignes, sensiblement la même que celle du système il(îs Alpes occidentales, annonce que cette dislocation a eu lieu entre les terrains miocène et pliocène.

On voit par ce qui précède qu'en suivant la pente du sol belge vers la mer du Nord on y reconnaît des traces de révolutions et de dépôts successivement plus récents et qui annoncent que ce sol s'est graduelfemont élevé au dessus des eaux. Mais ces exhaussements se sont-ils faits d'une manière régulière et quel a été l'état

(I) liuU. de l'Acad. de bruxelles, l. IV, pag. 473.

CONSIDÉRATIONS GÉOGÉNIQUSS. S67

des parties successivement émergées? Ce sont là des questions auxquelles il est difficile de répondre, car, si Tabsence assez générale de dépôts marins secondaires et tertiaires sur les parties élevées de TArdenne et du Condros semble indiquer que ces parties étaient déjà émergées pendant les périodes correspondantes, la présence d'un lambeau crétacé, avec des animaux marins, sur le plateau entre Spa et Francorchamps, conduirait à une conclusion contraire, du moins pour la période crétacée et précisément pour la partie la plus élevée de TArdenne. Probablement que cette partie a éprouvé un^soulèvement particulier, postérieur à celui de la masse principale du plateau.

Si nous portons maintenant notre attention sur les cours d^eau des contrées primaires, nous verrons que des portions de la Semois, de la Lesse,'de l'Ourte vers Houffalize, de TEmblève ont uniformément une direction de TE.-S.-E. à l'O.-N.-O. qui rappelle le système des Pyrénées.

Nous verrons également que la Meuse de Mézières à Namur, rOurte et la Meuse de Durbuy à Maestricht, ainsi que plusieurs autres cours d'eau de l'Ardenne et de TEifel ont une direction du sud au nord qui rappelle le système des îles de Corse et de Sardaigne.

Enfinunefracture, encore mieux caractérisée, estcelle où coulent la Sambre et la Meuse de Maubeuge à Liège et qui est dirigée de rO.-S.-O. à l'E.-N.-E. ; ce qui la range dans le système de la chaîne principale des Alpes, c'est à dire entre les terrains tertiaires et quaternaires. Cette conclusion, tirée de considérations géogéniques, est confirmée par les caractères géognostiques, car la postériorité de cette fracture à la formation des terrains tertiaires est attestée par la manière dont elle coupe ces dépôts, et son antériorité au diluvien est également attestée par l'abondance de ce dépôt dans rintérieur même de cette fracture. Cette révolution présente un caractère très remarquable que n'ofiPrent pas les deux précédentes. En efiPet, on ne voit rien qui annonce que les dislocations du sol qui ont produit les fractures rapportées aux systèmes des Pyrénées et des îles de Corse et de Sardaigne aient été accompagnées, dans l'Ardenne et le Condros, par de grands mouvements des eaux qui auraient transporté des débris de ces contrées sur les parties basses du pays, tandis que tout annonce que, lors de la formation des fractures rapportées au système de la chaîne principale des Alpes, de vastes courants ont transporté les débris de l'Ardenne dans les vallées et sur les plaines qui s'étendent au pied de cette contrée. Or, comme il est bien probable que celle-ci était

568 GÉOLOGIE DE Ik BELGIQUE.

émergéo depuis longtemps lors de cette catastrophe , il y a tout lieu de croire que les eaux qui ont opéré ce transport y avaient été poussées par une grande révolution qui avait son siège ' ailleurs, ce qui est une nouvelle présomption en faveur du rapprochement avec la chaîne principale des Alpes, car, de toutes les révolutions qui ont agi sur le sol de l'Europe, il n'y en a prohahk^ ment aucune qui ait déterminé un aussi grand déplacement des eaux que celle qui a fait surgir cette vaste chaîne (1).

Les débris transportés par ce grand mouvement sont en généial composés des roches les plus résistantes de l'Ardenne, principalement de quartzites, de poudingues et d'intermédiaires entre ces rochers et les roches schisteuses ; mais on n'y voit pas, ou presque pas de calcaire, quoit^ue les fractures dont nous avons parlé et les eaux qui les ont suivies aient traversé les calcîiires dévoniens et houillers, et que ces calcaires soient aussi très résistants. On a cherché à rendre raison de cette circonstance, en supposant que les eaux qui ont transporté ces fragments étaient chargées d'un acide qui avait la proi)riété de dissoudre le calcaire ; mais cette explication paraît insuftisante lorsque l'on fait attention que les rochers de calcaire qui bordent le svallées présentent souvent des fractures tout aussi fraîches que ceux de quart zi te, tandis qu'ils auraient dû être au moins arrondis, si les eaux qui ont rempli ces vallées avaient été asst z acidulées pour dissoudre les fragments.

Sans rejeter entièrement l'hypothèse des eaux acidulées, nous avions aussi indiqué une autre cause, c'est que l'Ardenne aurait été beaucoui) plus agitée et plus disloquée que le Condros, supposition qui paraît ai)puyée par son état plus métamorphique, par la quantité de débris qui reposent sur le sol ou qui sont accumulés dans les vallées qui dél)ouchent de cette contrée. D'un autre côté. M. Dupont vient de nous communiquer une troisième hypothèse

(1) Oû objecle contre ce(te manière de voir qae les débris de l'Ardenne ont en quelque maiiiêr» rayonné auloar de celte conlrée, et l'on cite à l'appui de cette opinion la présence de fragments de roches d'Ardenne, tronvés an midi, dans te bassin de TOise. Mais la rareté de ces fragments, ccmparéfl à leur grande abondance rers le nord, est, selon moi, nne présomption en fareor de l'hypothèse qui fait venir du midi la grande masse d'eau diluvienne : car, outre qne les inondatico-i actuelles peuvent amener des fragments de roches ardennaises dans le bassin de POise, pois'qae cette rivière prend ta source en Ardenne, on conçoit, tout en admettant que les eanx dilnvienne^ ont été ponssées du midi au nord, qu'an moment od la force qnt les poussait aura cessé d'a«rtr. l'influence de la pente du sol aura repris ses droits, et qu'une partie deseanx aura rétrogradé dans le sens de nos cours d'eau actuels. Quant aux fragments qne l'on pourrait trouver en Lorraine, on ne doit pas; y mettre beaucoup d'importance, car il t>erail bien dilGcile de juger si ces fragmetiU viennent d'Ardenne plutôt qne des terrains primaires qui sont au midi. Mais il n'est p^ mémt i ma connaiManco qu'il existe de ces fragments douteux, et je pnis dire que des bloc«, qoe Ton avait annoncés comme venant de l'Ardenne, ont été reconnus comme appartenant aox dépôts jaras&iqnes sur lesquels ils reposent.

CONSIDERATIONS GÉOGËNIQUES. 569

qui est peut-être plus satisfaisante, c'est que les calcaires, même les plus cohérents, se laissent facilement entamer par l'agitation dans Teau, et il cite à rap|)ui de cette idée le procédé par lequel Tindustrie produit les petites billes avec lesquelles jouent les enfants.

Au surplus, quels que puissent être les causes et l'âge des phénomènes qui ont occasionné les fractures et les transports de débris que nous venons d'indiquer, c'est à ces phénomènes qu'est dû IVcoalement aetoel des eavx, car cet écoulement a été évidemment déterminé par les fractures dont il s'agit. En effet, la Meuse, qui prend sa source à l'altitude de 347 mètres et qui, dans un cours de plus de 20 myriamètres, n'est séparée du bassin de la Seine que par des plateaux qui ont ordinairement moins de 400 mètres, ne traverserait pas entre Mézières et Givet des plateaux de plus de 500 mètres d'altitude, si elle n'avait pas trouvé dans ces plateaux des fentes toutes préparées pour son écoulement. La; Sambre présente aussi un phénomène analogue, car, au lieu de suivre la pente générale du sol vers le nord-ouest, elle dévie vers l'est, lorsqu'elle rencontre la grande fracture dont nous avons parlé, et traverse, entre Charleroi et Namur, des plateaux plus élevés que l'arête qui la sépare du bassin de l'Escaut. Or, il est à remarquer que ces plateaux sont formés de roches très cohérentes qui résistent à l'action érosive des eaux, mais qui sont susceptibles de conserver les fentes qui s'y produisent, tandis que l'arête du nord est principalement formée de sables et d'autres dépôts meubles, très susceptibles d'être ravinés parles eaux, mais où les fentes sont dans le cas d'être bientôt obstruées par les éboulements.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit sur l'origine des eavcraes (pag 454) et sur celle des linons (page 481). Quant à ce qui concerne la foraiatlon des d^pMs dem ea verses, les observations de M. Dupont font voir que les eaux diluviennes et l'intervention de l'homme ont contribué à la formation d'une partie de ces dépôts dans les environs de Dinant; mais l'origine des blocaux de l'étage du renne ne s'explique pas aussi facilement; cependant nous sommes porté à y voir les effets complexes du fendillement des roches cohérentes et des inondations locales (1).

(1) Je croit deroir indiquer ici qaelqnes dirergences d'opioioDt qoi eiliteot entre M. Dnpont et moi tor Tige relatif di*fi iimnnt et car la formation des blocaoï.

Oo a TQ ci-desras (pag. S3i, 481, 5(8)* qae je considère le limon sopérienr îles Tallées et des cafernes comiiio remanié pottérienrement A la formation de la grande nappe de limons des plateaux; M. Dapont, aa contraire les identifie complèlemenl. Il cite, entre antres, à l'appoi de son opinion ÇBuU. de l*Acad, royale de Bdgique 1866, t. XXI, pag. 416), des localités <lu Urabaal où rassise

L^âge et le mode de formatloB de l'argile d'OsIcBde ne sont

pas non plus une question très claire. On ne peut y voir une alluvion ordinaire des fleuves actuels, parce qu'elle n'est pas placée dans la direction d'un graud cours d'eau, et parce que l'on y trouve des coquilles marines. Belpaire (1), qui écrivait à une époque où la théorie des soulèvements était encore dans l'enfance, avait cependant imaginé, pour expliquer ces faits une hypothèse analogue à ces alternatives d'émersions et de submersions qui jouent un rôle si important chez les géologues actuels; il supposait que des marais tourbeux, qui existaient le long de c^tte côte du temps de César et étaient séparés de la mer par une chaîne de dunes, avaient, depuis lors, été couverts par la mer, laquelle y a

cailiooteDse, qai sépare le limon de Uesbaye des lablei tertiaires, contient des fragments anguleux dont les faces d<) fracture ne «ont pas coaTertesde la même patine que les surfaces arrondies, d'oà il conclat qtie ces cailloux ont été remaniés 4 l'époque où s'est formée son ai^ile à btocanx, mais ii me parafl plus probable que ces cailloux ont été fracturés lors de leur transport par les eaox dilo- Tïennes et que la patioe, c'est à dire l'altération des faces arrondies, est plus ancienne, de même que celle qui existe sur les cailloux restés dans les dépôts tertiaires et secondaires. D'on antre céièi l'argile A blocaux des cavernes accompagne ou recouvre la faune du renne, tandis qa'il n'est pas à ma connaissance que l'on ait trouvé celle faune sons le grand dépôt limoneux des plateaux: de sorte que je suis porté à la coosidèrer comme postérieure. Quant à robjecUon tirée de ce qu*i] n^ a pas de fragments anguleux dans les dépôts de cailloux composés entièrement de rocbes primaires . elle penl s'expliquer parce que les psammites et les quartzites ont moins de tendance i se fendiller que les silex.

M. Dupont appuie aussi son opinion sur l'identité de composition dn limon des plaleaox et de son limon supérieur des cavernes et des vallées, mais, en supposant que cette identité soit générale, ce dont je doute, elle s'expliquerait très bien dans la supposition que les derniers sont le ré&allal du remaniement dn premier.

Du reste on voit que, dans Tune comme dans l'autre de ces hypothèses, il faut admettre un remaoiementet que la divergence d'opinion se réduit à ce que M. Dupont croit que c'est le diluvion qoi a été remanié avaot le di'pôt de la grande nappe de limons, tandis que je coostdère comme plus probable que c'est ce dernier qui a été remanié on transporté postérteurenient dans les vallées et dans les cavernes.

QuaQtàlaform:)tion des blocaux, M. Dupont parait l'attribuer à un phénomène général et il asaîniilo aux blocaux des cavernes et à ceux des vallées les fragments anguleux que l'on trouve tor les plateaux du Cundros. Or je ne puis voir dans c«s derniers qu'un résultat des fendillemeols déterminés par les dislocations, les tremblements de terre, le dessèchement et les actions méléoriqoes. Il y a deux considérations qui paraissent appuyer cette manière de voir. La première, c'est qne ces fragments deviennent plus abondants à mesure qne l'on s'enfonce dans le sol et qu'ils passent à d'autres fragroenlii plus ou moins semblables qui ont encore conservé la place qu'ils occupaient dans les couch»!s dont ils fai»aii>nt partie avant le Teodillement qui les en a détachés. La seconde, c'est, ainsi que je l'ai dit ci-d«^ssus ^pag. .'iiS; en parlant de la constitution géologique duCoodros» que les colline» formées de psammites ne sont recouvertes i^ne par des débris de ces roches, tandis que les bassins de calcaire houiiler sont recouverts par de l'argile de ûlons renfermant des blocaox de calcaire'et de phtanite.

Je ne pois admettre non plus que les blocaux que l'on trouve dans les vallées soient le révoltât de phénomène» généraux, car, outre qu'ils sont toujours de la nature des roches environnantes, ii «st à remarquer qu'il ne faut pas un transport très long pour arrondir des fragments pierreux, cas nous voyons que les fragments diluviens dos roches d'Ardenne qui se trouvent an débouché des Tallées de cette contrée sont déjà aussi arrondis que ceux qui ont été transportés jusqu'en Campine Je suis donc d'avis que ceux de ces blocaux qui ne sont pas le résallat de simples éboalements n'ont été amenée que par des inondations locales.

Il me parait également que l'argile à blocaux des cavernes pent s'expliquer par la réaoioa d« fragments qoi se déiacbalHot du toil et des terres amenées par des eaux superficielles.

(1) Mémoire cité à la pag. 549.

CONSIDÉRATIONS GÉOGËNIQUES. 571

déposé une puissante couche dWgile dont remplacement a été de nouveau séparé de la mer par le rétablissement des dunes. Nous sommes loin de vouloir attaquer une hypothèse aussi ingénieuse ; mais, telle que Belpaire Ta présentée, elle semble susceptible d'une grande difficulté, c'est que Ton ne conçoit pas pourquoi la mer qui baigne la cote qui nous occupe, et qui aurait élevé anciennement des dunes sableuses, comme elle en élève encore actuellement, parce que son fond est sableux, a foripé momentanément un dépôt argileux, non pas sur un point détaché, mais sur toute la cote, depuis les bouches de TEscaut jusqu'à Calais. On lèverait cette difficulté si Ton supposait qu'il y a eu au voisinage de ces côtes, pendant la période moderne et avant la formation des dunes, une éjaculation de matière argileuse analogue à celle que nous avons déjà supposé pendant les périodes précédentes, phénomène qui, 8'il a effectivement eu lieu, a dû être accompagné de mouvements dans les eaux qui baignaient les côtes, et par conséquent concorder avec des inondations qui auraient pu refouler les matières pro* duites sur le continent. L'existence des filons d'argile dans la tourbe, tout en appuyant l'hypothèse des éjaculations, semble annoncer que le phénomène aurait eu lieu sur l'emplacement même des tourbières. Du reste, les motifs invoqués par Belpaire pour établir que la formation de ce dépôt argileux est postérieur au temps de César ne nous paraissent pas incontestables, et nous sommes porté à croire qu'elle se rapporte à une époque beaucoup plus ancienne.

Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer qu'une partie des éè^îM détriliqvM qui recouvrent le sol de la Belgique doivent leur origine à la décomposition sur place des roches sur lesquelles ils reposent. On a vu, en premier lieu, que les plateaux de l'Ârdenne étaient recouverts d'une couche plus ou moins épaisse d'une terre brunâtre, jaunâtre ou blanchâtre, analogue aux phyllades altérés qui sont en dessous; cette terre est en outre souvent colorée en noirâtre ou en roussâtre par des matières tourbeuses, et renferme, dans certaines localités, des fragments plus ou moins volumineux de quartzites et d'autres roches qui ont échappé à la décomposition.

On a vu également (page 528) que les terres du Condros montrent d'une manière encore plus claire leur origine locale, car nous avons fait observer que celles qui recouvrent les psammites sont semblables au produit de la désagrégation de ces derniers, tandis que celles qui recouvrent le calcaire participent de la nature des filons argileux qui sont si fréquents dans cette dernière roche. On

:i7i GÉOLOGIE DE LA BELGIQUE.

peut ajouter, d'ailleurs, que le phénomèue de la transformation de cesmatières s'oi)ère encore journellement, car lorsque les eaux ou les travaux de Tliomme ont enlevé les parties désagrégées qui recouvrent les psammites, il s'y reproduit plus ou moins vite une nouvelle pellicule meuble. De même aussi, lorsc^ue Ton met Targile rougeâtre des filons en contact avec Tatmosphère et que Ton y ajoute des amendements, surtout de la chaux, on obtient, ainsi que nous l'avons déjà dit, une terre végétale qui ressemble aux limons de Ilesbnye. Quant aux terres qui se trouvent dans les vallées transversales, nous avons également fait connaître qu'elles ont tous les caractères des alluvions et qu'elles en présentent l'irrégularité de composition. Toutefois, dans les vallons où coulent des cours d'eau dont les sources sont peu éloignées, les dépôts ne sont formés que do débris des roches du voisinage, et surtout du mélange des diverses espèces de terres qui recouvrent les plateaux. La formation de ces dépôts se continue, et l'on remarque que les inondations cpii ont lieu de temps en temps déterminent, le long des cours d'eau, la formation de bourrelets composés de matières fines, qui ont les caractères des limons et qui, devenant plus élevés que les parties de la vallée qui longent le pied des collines, empêchent l'écoulement des eaux; aussi les cultivateurs, pour transformer ces vallées en prairies ou même pour empêcher que les anciennes prairies redeviennent marécageuses, sont-ils obligés d'exhausser le sol du côté des collines et de l'abaisser vers les bords des cours d'eau.

La transformation des argiles et des sables tertiaires en bonnes terres végétales, exilée en général beaucoup de soin et do travaux, et les résultats obtenus en Flandre font notamment le plus grand honneur à la persévérance avec laquelle les habitants de cette contrée se sont occupés depuis des siècles à l'amélioration de leur sable. Mais quant à la zone sur hupielle s'étend le limon supérieur de Hesbaye, elle est tout naturellement disposée pour donner des terres d'excellente qualité.

La l)elgi(pie présente aussi quelcpies-uns de ces phénomènes, que nous (considérons comme les restes de ces grandes éjaculations provenant de l'intérieur de la terre, que nous supposons avoir joué un si grand rôle dans les temps anciens ; c'est à dire des «oiirce^i minérale» cl Ihermalefi. Elles sortent en çéTiéral des terrains primoi'diaux; les plus célèbres sont les eaux acidulés et ferrugineuses de Spa, <|ui sortent du terrain silurien, et les eaux thermales de ('haudfontaine près do Liège, qui sortent du terniiu dévonien et dont la t.^mpérature est de 32 degrés centésimaux.

CONSIDÉRATIONS GËOGÉNIQUBS. 573

Nous tenninons cet exposé sommaire des principaux caractères géologiques de la Belgique, en rapportant que, d'après les études de Belpaire (1) sur les côtes de Flandre, il y a lieu de supposer qu'il se passe sur ces côtes des moavemeBts lests dn «ol, analogues à ceux que Ton a signalés en Scandinavie, c'est à dire qu'une partie de la côte s'élèverait, tandis que l'autre s'abaisserait. Nieuport serait l'axe de ce mouvement de bascule, car, dit Belpaire, la mer perd continuellement du Pas-de-Calais à Nieuport, tandis qu'elle tend continuellement à gagner de cette ville à l'embouchure de l'Escaut.

(t) liémoire cité ci detto», i>ag. 549.

Page 1