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Précis élémentaire de gravure sur cuivre

L’art de graver, c’est-à-dire de représenter des objets par des contours dessinés en creux sur des corps durs et inflexibles, tels que la pierre, le bois, les métaux, remonte à la plus haute antiquité. Les peuplades primitives, munies d’un silex, gravaient sur l’écorce des arbres des signes bizarres et symboliques, premiers bégayements de l’idée ; plus tard, lorsque, après bien des essais informes, ils se furent confectionné des instruments aigus, ils incisèrent sur des os d’animaux et sur la pierre des figures dont on trouve encore aujourd’hui quelques traces.

Homère, dans ses poèmes, nous décrit plusieurs ouvrages exécutés par des procédés analogues : tels le bouclier d’Achille qui était orné de scènes représentant des combats et des jeux, et l’épée d’Agammemnon, dont la poignée et la lame étaient enri-

chies de damasquinures; tel encore le collier de pierres précieuses que portait le grand prêtre Aaron et sur lesquelles étaient tracés des caractères et des ornements hébraïques.

Les Égyptiens, les Grecs, et après eux les Romains nous ont laissé un nombre considérable de monuments, de sculptures, de camées, de vases en cuivre et de sceaux en métal qui attestent leur goût et leur originalité.

Mais, bien qu’il soit prouvé que l’art de la gravure proprement dite n’était pas inconnu des peuples de l’antiquité, il a fallu de longs siècles pour arriver à multiplier par l’impression les travaux exécutés sur un exemplaire unique. Le fruit de cet art, l’estampe ou la vignette, prit par extension le nom de gravure.

Grâce à ces procédés on put dès le commencement du xvic siècle immortaliser les œuvres picturales des grands maîtres.

A partir de cette époque, la gravure peut se classer en deux genres bien distincts : i° la gravure sur bois;

2° la gravure en creux sur métal.

La gravure en taille d’épargne ou gravure sur bois , dessin exécuté sur un bloc de bois dur et lisse, — buis ou poirier, — et mis en relief par le travail du graveur, consiste à creuser avec un instrument tranchant les parties de l’estampe qui doivent rester

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blanches et à laisser en relief toutes les parties couvertes par la plume ou par le crayon. La surface, enduite d’encre d’impression, dépose sur le papier, en vertu même de ses saillies, l’image exécutée sur le bois.

Le deuxième genre de gravure est complètement opposé.

Ici, les contours, les ombres, les demi-teintes, sont indiquées par des tailles qui seront remplies avec la matière colorante; les parties intactes seront en blanc sur le papier. J’ai nommé la gravure sur métal ou chalcographie.

Ce genre de travail s’exécute ordinairement sur cuivre rouge ou sur acier; cette dernière matière, en raison de sa dureté, présente le grand avantage d’un travail solide et durable s’effaçant difficilement sous l’action de la presse.

Grâce aux nouvelles découvertes de notre siècle, Yaciérage des cuivres au moyen de la galvanoplastie donne aux graveurs toute la sécurité désirable et permet de multiplier le tirage d’une planche sans en émousser les travaux.

Au deuxième genre de gravure se rattache la gravure à Y eau-forte et les procédés plus modernes de la gravure en manière noire et en manière de crayon.

L'eau-forte, d’un travail plus libre, est fort goûtée des peintres auxquels elle offre un mode rapide de traduction; associée, comme moyen auxiliaire, au burin et à la pointe sèche, elle donne des résultats véritablement surprenants, et nos maîtres en ont

tiré un parti qui fait honneur à notre école française du xixe siècle.

L’origine de la gravure à l’eau-forte remonte à la fin du xve siècle ; elle fut d’abord employée par les armuriers italiens de la Renaissance pour le damasquinage des armes de prix. Les Allemands, les premiers, s’en servirent pour l’exécution des planches, et de magnifiques estampes sortirent des presses de Nuremberg.

Pour graver à l’eau-forte, on enduit une plaque bien polie d’un vernis brun. On trace le dessin sur ce vernis, puis, au moyen d’une pointe d’acier, on enlève le vernis indiqué par l’image. On voit alors le dessin figuré par des traits brillants de métal sur le fond sombre du vernis. On dispose en forme de cuvette autour de la plaque un rebord de cire ; dans ce bassin improvisé, on verse de l’acide ( acide nitrique ou azotique qui a la propriété de dissoudre le cuivre), et on l’étend d’eau pour qu’il ne morde pas trop fort.

L’acide attaque le cuivre mis à nu par la pointe et respecte tout le reste ; il creuse tous les traits du dessin comme on aurait pu les creuser au moyen du burin, avec cette différence que la morsure produite par l’eau-forte est perpendiculaire et s’élargit à mesure qu’elle pénètre plus profondément dans le cuivre, tandis que l’incision du burin est triangulaire. Quand on juge la morsure suffisante, on nettoie la planche, et, pour le tirage, on procède comme d’ordinaire.

La gravure en manière noire date de 1642; le

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procédé en fut trouvé par Ludwig von Siegen qui exécuta dans ce genre le portrait de la princesse Amélie-Élisabeth de Hesse.

Quant au procédé lui-même, von Siegen refusa de le divulguer, et il écrivit au landgrave de Hesse- Cassel en lui dédiant le portrait de la princesse sa femme : « Il n’y a pas un seul graveur, un seul artiste quelconque, qui puisse deviner comment cet ouvrage a été exécuté. » Personne en effet ne le devina, et pendant douze années, il garda son secret. Le prince palatin, Robert, y fut initié le premier, à Bruxelles; il choisit à son tour, pour confident, le peintre Wallerant Vaille, qui communiqua la nouvelle à un cercle d’amis et d’artistes.

Bientôt un grand nombre de graveurs flamands s’illustrèrent dans la manière noire et l’importèrent en Angleterre où elle eut longtemps un grand succès. En France, quelques artistes s’essayent encore dans ce genre.

La gravure, en manière de crayon , quelque peu démodée de nos jours, est l’art d’imiter ou de contrefaire sur le cuivre les dessins faits au crayon sur le papier.

Le but de cette manière de graver est de faire illusion, au point qu’à la première inspection le vrai connaisseur ne sache faire la différence du dessin original d’avec l’estampe gravée qui en est l’imitation.

Ce genre de gravure ne s’exécute pas avec des tailles de burin ou de pointe comme la gravure en taille-douce et à Peau-forte, mais par un mélange de

points variés et sans ordre, comme plus propres à imiter cette espèce de grainé occasionné par le crayon sur le papier plus ou moins lisse. Chaque coup de crayon sur le papier doit être considéré comme une infinité de points réunis, et ces points ne sont autre chose que les éminences du grain du papier sur lesquelles le crayon se dépose en passant dessus.

On sent que l’utilité de ce genre de gravure est de multiplier les exemples dessinés que nous ont laissés les maîtres célèbres, les Raphaël , les Car vache , les Bouchardon , les Vanloo , les Boucher , etc.

Aujourd’hui, la photographie et les procédés de reproduction rendent cette gravure presque inutile ; si nous en parlons dans cet ouvrage, c’est à titre de curiosité et parce qu’elle peut fournir aux graveurs un moyen auxiliaire de traduction à la fois varié, pittoresque et imprévu.

La gravure en lettres , en géographie , en topographie et en musique n’est qu’une application de la gravure au burin et à beau-forte.

Considéré au point de vue mécanique, l’art de graver a déterminé le choix des dessins renfermés dans cet ouvrage; les explications que nous y joignons en démontreront l’utilité. Avec le secours de ces premières notions pratiques, les élèves pourront vaincre plus aisément les diffi-

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cultes de l’exécution dans les différents genres.

La gravure doit être précédée par l’étude du dessin, qui en est la base.

Nul sentiment, nul progrès en gravure sans une certaine expérience dans la pratique du dessin. La seule différence qui soit entre ces deux arts, s’il est vrai qu’il y en ait une, ne consiste que dans les moyens d’opérer, la matière sur laquelle on opère et le chemin plus ou moins long qui mène au même but.

Il faut que l’apprenti graveur acquière non seulement une habitude de faire, mais qu’il sache appliquer cette routine du métier à un sujet neul qu’il graverait immédiatement après un autre sujet. Il convient pour cela qu’il soit éclairé par une théorie, qu’il analyse ce qu'il copie.

Quel sera l’embarras d’un commençant, lorsqu’en comparant plusieurs morceaux d’un grand maître, il s’apercevra que l’artiste a traité différemment des objets de même nature, de même espèce! Il attribuera sans doute ces variétés à un goût arbitraire, parce qu’il ignorera le motif qui a déterminé à faire d’une manière plutôt que d’une autre, et que les objets de même nature, mais qui se trouvent dans des oppositions différentes relativement à d’autres, doivent être rendus en gravure par des travaux variés et opposés.

D’ailleurs, la même manière de graver n’est pas toujours propre à rendre le goût du pinceau qui caractérise les divers peintres d’après lesquels on grave.

Un graveur deviendrait monotone et bien peu utile s’il exécutait avec le même travail, les tableaux de Raphaël , du Guerchin , du Dominiquin , de Rubens , de Michel-Ange , etc., puisqu’il manquerait par là le but qu’il doit se proposer de nous faire connaître, autant qu’il est possible, les talents et le style de chaque peintre, qui se caractérise chez les uns par une touche franche, hardie, et dans un ensemble fait avec liberté et avec feu ; chez les autres par un fini plus moelleux, plus suave, des contours plus fondus, des touches plus indécises; ces différentes modifications ne sont point incompatibles avec la belle gravure, et c’est le moyen de rendre cet art si agréable et si intéressant par lui-même, utile à l’histoire de la peinture.

Les plus célèbres graveurs, dans tous les genres, fournissent la preuve de ce que nous avançons : c’est à leurs productions que nous renverrons, à l’occasion.

Toutes ces propriétés de l’art auraient demandé ici un nombre considérable d’exemples, mais notre intention n’est point de prescrire une manière de graver particulière à un genre ou à un peintre ; nous ne donnons que des principes généraux, c’est au graveur à consulter son goût et son intelligence, suivant le cas, et suivant ce que le tableau lui inspirera. On doit seulement se mettre en garde contre une manière habituelle, qui, n’étant pas placée à propos, n’est propre qu’à en imposer aux demiconnaisseurs, soit par un travail égal et servilement disposé; soit par un travail libertin et capricieux;

INTRODUCTION

espèce de mérite destitué de goût et d’intelligence, qui ne prouve dans l’un que l’adresse et la patience, et dans l’autre que le manque d’études nécessaires pour varier ses travaux.

Gravure en Taille-Douce

OUTILLAGE ET MATÉRIEL

Cuivre.

Le choix d’un cuivre est le point de départ important pour le travail du graveur. Il convient qu’il ne soit ni trop dur, ni trop mou, et convenablement plané. S’il faut choisir entre les deux extrêmes il est préférable de prendre un cuivre dur et mélangé dans une notable proportion avec un alliage d’étain.

Fig. i. — Burin losange.

c sa face, y' la queue qui entre dans le manche.

Fig. 2. — Burin carré.

c sa face, aa ventre du burin, d son manche coupé en q. Voy. fig. 3, F.

GRAVURE EN TAILLE-DOUCE

Fig. 3. — Emmancher le burin.

F le manche du burin, p la virole, q la partie du manche que Ton coupe suivant la ligne rs lorsque le burin est emmanché, de manière que la ligne rs du manche et le ventre du burin ne fassent qu’une ligne droite comme on le voit en aaq, fig. 2.

Fig. 4. — Calibre des burins.

On se sert de burins de differentes grosseurs et , de différentes formes suivant le besoin :

O 0 v on voit en ^ le calibre d’un burin carré, ^ ^ plus gros que h et celui-ci plus fort

que f; au-dessous sont deux autres formes de burins losanges, k est plus losange et plus gros que /.

Fig. 5. — Aiguiser le burin.

ab pierre à l’huile montée dans un morceau de bois cd; ec le burin, dont un des côtés du ventre pose à plat sur la pierre, on appuie ferme sur le burin et

OUTILLAGE ET MATÉRIEL

on le fait aller et venir sur la pierre de a en b et de b en a jusqu’à ce que ce côté soit bien plat; c’est ce qu’on appelle faire le ventre du burin. On en fait autant de l’autre côté du ventre et il en résulte que l’arête est très aiguë et tranchante.

A la suite de cette opération, on fait la face, on tient son burin dans la position fg, obliquement à la surface de la pierre, et l’arête du ventre tournée en f, en appuyant on fera mouvoir le boutade b en a et de a en b : la face sera faite lorsqu’il résultera des deux opérations ci-dessus, que les deux côtés du ventre formeront avec la face un angle très aigu et très mordant.

Fig. 6. — Dégrossir le burin.

Dégrossir le burin c’est en ôter, soit sur la pierre, soit sur la meule, la partie ac , mo on fait cette opération lorsque

Ton veut dégager son burin par —

le bout, et il en résulte cet avantage, que plus la superficie ab me est petite, moins l’artiste emploie de temps à faire la face de son burin.

On se sert quelquefois et en dernier lieu, pour donner plus de perfection au ventre du burin, d’une pierre à rasoir.

La pierre à huile doit être parfaitement unie, mais comme il arrive ordinairement que les burins usent la pierre et la creusent vers le milieu, on se servira, pour l’unir et la dresser, de grès pulvérisé

GRAVURE EN TAILLE-DOUCE

qu’on jettera sur le carreau, et l’on frottera le côté usé de la pierre sur ce grès, jusqu’à ce que toute la concavité soit emportée.

Fig. 7. — Ébarboir.

VV l’ébarboir ; \v son manche; u la virole; T le plan ou profil de l’ébarboir (instrument ancien qui n’est plus guère en usage de nos jours).

Fig. 8. — Grattoir.

xx le grattoir;^ son manche; X profil de cet outil.

On observera qu’on ne se sert point de la pointe de ces outils, mais des arêtes tranchantes VV, xx, formées par la rencontre de leurs faces.

On aiguise ces outils comme on fait le ventre d’un burin.

Fig. 9. — Brunissoir et grattoir.

Z, le brunissoir; l’autre bout ^ est le grattoir , et la partie comprise entre eux est une poignée qui leur est commune; on voit en aa le profil de la partie \ de cet outil.

OUTILLAGE ET MATÉRIEL

Fig. io. — Brunissoir emmanché.

A son fer; B son manche. On se sert de cet outil par les tranches arrondies ef, eg , extrêmement polies; on emploie plus communément encore le brunissoir cylindrique.

Il faut avoir soin de conserver cet outil extrêmement propre et lisse et de l’entretenir en le frottant de temps en temps sur le papier d’émeri.

Fig. ii. — Règles parallèles.

mn , les règles; oo, pp les tenons qui permettent aux règles de s’ouvrir et de se fermer par le moyen des vis fixées en oo, et pp . On se sert de ces règles pour graver à l’eau-forte l’architecture et les objets qui demandent à être tracés régulièrement.

On sert aussi de l’équerre et de la règle d’équerre, instruments trop connus de tout le monde pour qu’il soit nécessaire de les représenter

GRAVURE EN TAILLE-DOUCE

Fig. 12. — Compas â repousser.

q , r les branches du compas recourbées en st; s pointe émoussée ou arrondie; t pointe coupante. On suppose ici que xn soit le côté gravé d’une planche et le point \ l’endroit où l’on aurait effacé quelque chose, où il y aurait un creux; il s’agit de faire revenir cet endroit uni, c’est ce qu’on appelle repousser. Pour y parvenir on appliquera la pointe émoussée a au point on fera arriver l’autre pointe t que l’on appuiera contre le dos de la planche, de manière qu’elle y marque un point apparent qui se trouvera correspondre à l’endroit marqué \ : cette opération faite on placera la planche sur un tas fait d’acier trempé et très poli en observant de mettre le côté gravé de la planche sur la face du tas et avec le bout d’un marteau à repousser , on frappera sur l’endroit correspondant au point ^ qu’on a marqué avec la pointe du compas sur le dos de la planche. Cette opération est faite lorsqu’on s’aperçoit que l’endroit qui était creux est au niveau du reste de la superficie du cuivre.

Il est essentiel qu’un cuivre soit parfaitement uni dans toute son étendue, parce que les objets qui se trouveraient gravés dans les endroits creux ne s’imprimeraient pas aussi bien que le reste, ou bien le noir de l’impression venant à s’arrêter dans ces endroits formerait des taches sur l’épreuve.

OUTILLAGE ET MATÉRIEL

Mentionnons encore quelques outils et ustensiles indispensables aux graveurs tels que : les pointes, le compas à quart de cercle , le brunissoir à deux mains , la burette à V huile qui sert à verser l’huile sur la pierre à aiguiser. Le châssis est un assemblage de quatre règles de bois ou de quatre tringles formant un parallélogramme sur lequel est ajustée une étoffe gommée ou une feuille translucide tamisant la lumière.

Pour graver le soir, il suffît de mettre devant une bonne lampe qui éclaire bien, un châssis ou simplement un papier de soie que l’on fixera suivant la forme et le système de la lampe, et qui fera l’effet d’un abat-jour transparent. Pour le rendre plus transparent encore on le vernit ou on le frotte d’huile.

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