CHAPITRE III
HEXRI I" SURNOMMÉ BEAUCLERC (liOO-i i3o).
1. Avènement DE Henri I^^". — Lorsque Guillaume le Conquérant, sur son lit de mort, donnait la Normandie à son fils aîné, et souhaitait l'Angleterre au cadet, Henri, le plus jeune de ses enfants, lui dit vivement : Et moi, mon père, que me donnes-tu donc? — Je te d"7inp, répondit le roi, ci7iq mille livres d'av gent de mon trésor. — Mais que ferai-je de cet argent si je n'ai ni terre ni demeure ? — Patience, mon fils, un jour tu auras tout ce que j'ai eu, et tu surpasseras tes frères e» puissance. Cette prédiction commença à s'accomplir après la mort de Guillaume le Roux. Mobert se trouvait alors en Asie et ne pouvait revendiquer ses droits. Mais Henri n'en prit que mieux ses précautions pour s'affermir sur le trône.
2. Charte de Henri 1" (1 101). — Il convoqua les principaux Saxons et leur fit les plus belles pro-^ messes. Il s'efforça de leur persuader qu'il y avait une grande difîérence entre ses dispositions et celles de son frère, et qu'il les traiterait avec autant de douceur que ses prédécesseurs avaient eu de sévérité. 11 leur donna une charte qui fut déposée dans la principale église de chaque comté, et il prit pour
HENRI 1". 6f
épouse une femme de race anglo-saxonne afin de témoigner de son bon vouloir à l'égard de celle partie de la nation. Celte princesse avait pourpèreMalcolm, roi d'Ecosse, et pour mère Marguerite, sœur d'Edgar. Elle s'appelait Edithe, mais les Normands lui donnèrent le nom plus euphonique de Mathilde. Elle se montra si douce et si bienveillante, que la voix populaire la nomma la bonne reine.
3. Bataille de Tinchebray (1106). — Robert étant revenu de la croisade, les seigneurs anglonormands, qui avaient à se plaindre de Henri, engagèrent son frère à passer en Angleterre et à faire appel aux hommes de bonne volonté. En peu de temps il se vit à la(èted une armée assez puissante; mais avant d'en venir aux mains, il eut une conférence avec Henri par suite de laquelle il renonça pour la seconde fois à la couronne d'Angleterre moyennant une somme d'argent. Toutefois ce premier avantage nesuftit pas à l'ambition de Henri, il voulut encore ra\ir à Robert son duché de Normandie. Il y fomenta des troubles, souleva les Normands contre leur duc, et finit parle sommer de lui céder sa province pour une certaine somme. Robert s'y étant refusé, il employa l'argent qu'il lui offrait à lever des troupes et partit pour la Normandie. La bataillesedonnaàTinchebray,prèsdeMortain; Robert fut vaincu et fait prisonnier. Henri le fit enfermer dans le château fort deCardifî, sur la côte méridionale du pays de Galles, et dès lors le duché de Normandie fut véritablement réuni au royaume d'Angleterre.
■4. Guerre contre la France (1113-1119). — Cet accroissement de puissance porta ombrage à Louis le Gros, roi de France, il adopta le fils de
Robert, Guillaume Cliton, et tenta deux lois de le remettre en possession de la Normandie. La première guerre ne dura que deux ans (1 1 1 3-1 H o), la seconde fut plus sérieuse : Baudoin, duc de Flandre, et Foulques, comte d'Anjou, se liguèrent avec Louis le Gros. Pendant plus de trois années, la fortune sembla se jouer des deux partis ; enfin la bataille de Brenneville, près deNoyon, donna gain de cause au roi d'Angleterre (1119). Le pape Calixte II, qui se trouvait alors au concile de Reims, interposa son auguste médiation entre les deux monarques, et la paix fut conclue.
5. Dernières années de Henri. — Henri, en retournant en Angleterre, eut la douleur de perdre ses deux fils, qui firent naufrage dans la traversée. Mathilde, sa femme, étant morte, il prit une seconde épouse, mais ce mariage fut stérile. Se voyant sans héritier mâle, il fit venir près de lui sa fille Mathilde, qui était veuve de l'empereur d'Allemagne Henri V et que les Normands appelaient pour ce motif VEmperesse. Il lui fit épouser en secondes noces le fils de Foulques d'Anjou, Geoffroy, surnommé Plante-Genest , à cause de l'habitude qu'il avait de mettre, en guise de plume, une branche de genêt à sa toque. De ce mariage naquit en 1133 un enfant qui fut appelé Henri comme son aïeul, et que les Normands appelèrent Fitz-Emperesse. Les barons d'i^ngleterre jurèrent devant Henri I" de reconnaître pour rois, après sa mort, les enfants de sa fille. Henri I" fut assez ingénu pour compter sur ces belles paroles. Il mourut en Normandie d'une indigestion de lamproie, bien convaincu que sa fille et son petit-fils hériteraient sans conteste de sa couronne (1 135).