HENRI III
1. Avènement de Henri III. — Henri III, alors âgé de neuf ans, fut reconnu roi d'Angleterre par les seigneurs et le clergé, et il fut proclamé par les soins du légat et de trois évêques. Mais il fallut que ses partisans fissent en quelque sorte la conquête de son royaume, car le fils de Philippe Auguste était maître de presque toutes les provinces. Heureusement la domination de ce prince était loin de reposer sur le sentiment national. Il suffit de deux batailles perdues, l'une sur terre à Lincoln, et l'autre sur mer à Douvres, pour l'obliger à se rembarquer (1217). L'Angleterre entière promit obéissance et fidélité au jeune Henri Ilf.
2. Sa minorité. — La minorité de ce prince fut très-paisible. H eut d'abord pour régent le comte de Pembroke qui avait remporté pour lui la victoire de Douvres. Le pouvoir passa ensuite entre les mains de Hubert du Bourg, grand justicier, qui
HENRI m. 83
pendant douze années maintint la tranquillité dans le royaume, en y faisant respecter sévèrement la justice (1219-1232). Pendant ce temps saint Louis était monté sur le trône de France (1220), et la plus parfaite intelligence régna entre lui et Henri 111. Ils fortifièrent même leur union en épousant deux sœurs, filles de Raymond Déranger, comte de Provence. Mais cette paix fut ensuite troublée par le roi d'Angleterre qui n'avait pas assez de force pour résister aux perfides conseils de ses ministres.
3. Guerre avec la France. — Le Poitevin Pierre des Roches, évêque de Winchester, ayant succédé comme ministre à Hubert du Bourg, le roi subit l'influence des méridionaux. Sa mère, qui avait épousé le comte de la Marche, après la moi t du roi Jean, voyait avec peine son nouvel époux obligé de faire hommage de vassalité à Alphonse, comte de Poitiers, et frère de saint Louis. Elle forma donc une ligue de tous les seigneurs du Midi, y engagea Henri lll et refusa l'hommage. Saint louis se mit sur-le-champ à la tête d'une armée pour faire rentrer dans le devoir ce vassal rebelle. 11 rencontra les ennemis à Taillebourg sur la Charente et les attaqua vivement. Les Anglais postés de l'autre côté du fleuve faisaient une sérieuse résistance. Déjà les Français commençaient à reculer lorsque le roi mit pied à terre, se jeta dans la mêlée, renversa tout ce qu'il trouva sur son passage et s'empara du pont. Henri lll s'enfuit jusqu'à Saintes. Saint Louis l'y poursuivit et remporta sous les murs de cette ville une éclatante victoire. Peut-être eût-il pu chasser du royaume ces orgueilleux insulaires, mais il préféra conclure une trêve avec eux. Il laissa la Guienne aux Anglais, sous la condition de l'hommage-lige
84 HISTOIRE D'ANGLETEURE.
et accorda encore une fois sa grâce au comte de la Marche (t24'2).
4:. Statuts d'Oxford f[2oS). — En repos du côté delà France, Henri III vit son royaunîe troublé de nouveau par la guerre civile. Il avait aboli la grande charte du roi Jean, et mécontenté tout le monde en prodiguant ses faveurs aux Poitevins et aux Provençaux. Les barons se révoltèrent, ayant à leur tête Simon de Leicester, le plus jeune des fils de Simon de Monfort qui s'était signalé à la tête des croisés dans la guerre contre les Albigeois. Le peuple se mit du côté des seigneurs, et il fallut qu'Henri cédât. Un parlement fut assemblé le W juin à Oxford, et Henri III y jura de nouveau l'exécution de la grande charte et consentit à d'autres concessions importantes qui sont restées célèbres sous le nom de statuts ou provisiojis d'Oxford.
5. Conduite de saint Louis envers Henri ill. — Au lieu de profiter de l'embarras où se trouvait le roi d'Angleterre, saint Louis revint sur les conquêtes de Philippe Auguste qu'il regardait comme injustement acquises. Il abandonna à Henri III le Limousin, le Périgord, le Quercy et la Saintonge, et ne se réserva que la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Poitou. La trêve conclue après la bataille de Saintes fut alors changée en une paix définitive par le traité d'Abbeville (ilbd). La loyauté du roi de France fit sensation dans toute l'Angleterre. De nouvelles dissensions s'étant élevées entre Henri III et les barons, après dix ans de combats les deux partis résolurent de s'en rapporter à l'arbitrage du saint monarque. Sa sentence fut pleine d'équité. Il rendit à Henri III toute sa puissance, annula les statuts d'Oxford dans ce qu'ils avaient de