CHAPITRE V
EDOUARD V ET RICHARD III. — DERNIÈRE PÉRIODE DE LA GUERRE DES DEUX ROSES (1483-1485).
1. Avènement d'Édouard V (1483). — Le jeune fils d'Édouard IV fut proclamé à l'unanimité sous le nom d'Édouard V. Son oncle Richard, duc de Glocesler, affecta de lui témoigner le plus sincère attachement et voulut le prendre sous sa protection. La reine douairière, Elisabeth, ne le lui livra qu'à regret parce qu'elle avait le pressentiment du sort qui l'attendait. Elle eût voulu du moins conserver près d'elle son jeune frère ; mais Richard lui ayant témoigné le désir d'avoir sous sa garde les deux princes, elle remit le second à l'archevêque d'York en lui disant ces touchantes paroles : Puisque vous êtes son paslmr, défendez cette brebis innocente de la fureur des loups sanguinaires qui la cherchent pour la dévorer. L'archevêque n'y suffit pas. On enferma les deux princes dans la Toui", sous prétexte qu'ils étaient là en lieu sûr.
3. Intrigues de Richard. — L'unique dessein de Richard était de ravir la couronne à ses neveux. Dans ce but inique il se fit d'abord nommer protecttur, jeta la division dans le conseil, et fit assassiner lord Hastings, l'ami dévoué d'Edouard V. il comprit dans ses accusations infâmes la reine EHsabeth, et attaqua la légitimité de son mariage
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avec Edouard IV, sous prétexte que ceprince avait, auparavant, contracté un mariage clandestin avec Éléonore, veuve de lord Sudley. A l'entendre, Edouard V et son frère n'avaient pas droit à la couronne parce que leur naissance n'était pas légitime. 11 prétendit môme qu'on aurait pu en""dire autant d'Edouard IV, leur père, et il alla jusqu'à flétrir l'honneur de sa vertueuse mère encore vivante, en avançant que ses frères, le roi Edouard et le duc de Clarence, avaient été les fruits de l'adultère, et que lui seul était du vrai sang d'York.
a. Couronnement DE Richard III. — Le frère du lord-maire, le docteur Shaw eut le courage de débiter en chaire cette révoltante calomnie. A lafin de son discours il s'écria : Le voiciy le vrai et unique héritier du grand duc d'York ; voilà sa figure, voilà ses traits, vous l'avez trop avant dans le cœur pour l'avoir effacé de votre mémoire. Le peuple resta tout stupéfaitet ne répondit que par une ironique raillerie à ces avances. Le duc de Buckingham alla plus loin. En pleine assemblée, il demanda au peuple s'il ne voulait point pour roi l'excellent duc de Glocester. Quelques hommes à gage ayant crié : Vive leroiRii-hard ! le duc feignit que le peuple entier s'était prononcé, et, au nom des trois Etats, il présenta une adresse ù Richard pour l'engager à monter sur le trône. L'infâme protecteur simula d'abord un refus, et parut enfin se rendre à ce qu'il appela les instances de la nation. Toute cette comédie fut terminée par une procession, qui le conduisit avec pompe à Saint-Paul, où il fut couronné (26 juin 1483).
4. Politique de Richard III. — Pour affermir sa puissance, Richard 111 multiplia les faveurs. 11 ré-
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pandit avec une étonnante libéralité les dignités et l'argent, multiplia les pensions, amnistia tous ceux qui s'étaient opposés à ses injustices, et entreprit un voyage dans tous ses États pour distribuer partout des grâces. Mais la pitié populaire s'étant manifestée en faveur des jeunesprinces qu'il tenait enfermés dans la Tour, il chargea Jacques Tyrrel, maître de ses écuries, de se faire livrer les clefs de leur prison et de les mettre à mort Ce crime ne tarda pas à être puni. Leducde Buckingham, celui-là même qui avait le plus contribué à la fortune du nouveau roi, entreprit de lui opposer HenriTudor,cûmte de Richemond. Son projet ayant échoué, il en devint la victime; Richard luifîttrancher la tête à Salisbury. Mais l'idée qu'il avait eue ne périt pas avec lui.
5. Chute et mort de Richard. — En vain Richard fit venir à sa cour la reine Elisabeth pour lacombler d'honneurs; en vain maria- t-il son jeune fils, le prince de Galles, avec la fille aînée de cette princesse; tous ses calculs furent déjoués. Son fils mourut, et Henri de Richemond, le dernier rejeton de la branche de Lancastre, put faire revivre ses prétentions. Appelé par les Gallois, auxquels il se rattachait du côté de son aïeul Ov^en Tudor, Henri n'eut qu'à se présenter aux Anglais pour gagner leur confiance et leur affection. Richard parvint * pourtant à rassembler unearmée de 60,000 hommes parfaitement équipés. Mais tous ses soldats manquaient de dévouement. Quand il rencontra Henri près de Bosworth, le gros de ses bataillons l'abandonna, et il se jeta en désespéré à travers les rangs ennemis. Il tomba percé de coups en criant : Trafdson! trahison !