DEUXIÈME SÉRIE
Roches hétérogènes , mélanges naturels , fréquens , constans et en masses étendues, d'espèces minérales de la première série.
L'étude de ces roches appartient à la géologie.
Les diverses classifications chimiques dont nous verttm*
de parler (*), ont pris les bases pour former le caractère
des familles ou genres établis dans leurs groupes primor-
* diaux. Nous allons voir un minéralogiste plus récent,
partir d’un autre priucipe , faire jouer aux corps miné-
ralisateurs le rôle le plus important dans la classification,
et arriver ainsi à une méthode tout-à-fait nouvelle. Cest »
ce qu’a tenté M. Beudant dans son traité de minéralogie, (1824 et i83o), et ce qu’il a exécuté avec autant de talent que de bonheur. Il a de plus cherché à perfectionner la classification des minéraux en y introduisant les principes de la méthode naturelle, depuis long-temps employée pour classer les végétaux et les animaux. Aussi cette classification qui, sans doute , est encore loin de la perfection a-t-elle obtenu la sanction presque générale des minéralogistes. Nous allons tâcher d'exposer ici les idées principales de l’auteur.
(*) A l'exception de la dernière de M. Bcrzélius. Mais la classification de M. Beudant avait paru en 1824 dans la première édition de ses éléinens de minéralogie. Aussi M. Berzélius la mentionne-t-il dans le mémoire où il expose sa nouvelle classification et qui est de 183CK. !
M Beudant définit l'individu et l’espèce en minéralogie, à peu près comme nous l’avons fait précédemment, c’est-à-dire en insistant pour l’espèce sur la réunion des mêmes élémens et en même proportion. Ainsi la composition chimique fournit les caractères fondamentaux de l’espèce. Pour réunir les espèces en genres, M. Beudant s’éloigne de la marche suivie par ses prédécesseurs, et au lieu de prendre les bases pour caractères, il choisit au contraire les corps minéralisateurs. Cette préférence est justifiée non-seulement parle rôle plus important que ces corps jouent dans les compositions , puisqu’ils changent entièrement la nature des corps avec lesquels ils se combinent, mais aussi parce que les minéraux groupés d’après ce principe, ont beaucoup plus de rapports entre eux, par l’ensemble de leurs caractères. M. Mitscherlich a fait voir que, dans les composés qui ont un même élément électro-négatif ou un même acide, les formes cristallines étaient presque constamment les mêmes.
Dans les classifications par les bases, on est obligé de réunir en un même genre toutes les combinaisons possibles de cette base. Ainsi , dans le genre chaux se trouvent réunies les espèces : chaux carbonatée, chaux sulfatée, chaux nitratée, chaux ûuatée, arseniatée, etc. Or, à l'exception de la base qui est commune, il n’y a quelquefois , il faut en convenir, que bien peu de rapports entre ces différentes espèces. Si, au contraire, les corps minéralisateurs fournissent les caractères des genres, on aura des groupes dont les espèces auront beaucoup plus d’analogie entre elles. Ainsi dans le genre carbonate , par exemple, nous aurons non -seulement un minéralisatenr commit»,
l6o MINÉRALOGIE.
l’acide carbonique, mais une analogie frappante dans la forme , la structure , la manière d’être générale. En effet, les carbonates de chaux, de zinc, de fer, de manganèse, etc., ont tous leurs foxmes cristallines appartenant au système rhomboédrique : par le clivage, ils donnent tous les rhomboèdres presque identiques ; leurs formes irrégulières se présentent sous les mêmes aspects ; en un mot, il y a des rapports évidens qui les réunissent ensemble. Nous pourrions en dire autant des autres genres, tels que les nitrates , les sulfates , etc.
Les genres ainsi formés d’après le principe minéralisateur , M. Beudant s’est occupé à grouper ces genres en familles, c’est-à-dire, en divisions d’un ordre supérieur, réunissant les genres qui avaient entre eux la plus grande analogie. La composition chimique a encore servi à former les familles. Pour cela , l’auteur prend comme base de chaque famille un principe ou élément chimique , sans attacher de distinction entre les élémens électronégatifs et les élémens électro-positifs. Seulement ce principe doit être tel qu’il y ait la plus grande analogie entre les genres qu’il réunit. Prenons quelques exemples : le soufte, dans ses combinaisons diverses, forme le type de plusieurs genres distincts. Ainsi combiné avec les métaux, il constitue les sulfures ; avec l'oxigène , les acides sulfureux et sulfurique , puis les sulfites et sulfates. Or, personne ne saurait nier l'analogie qui existe entre les genres soufre , sulfures, acides sulfureux et sul. furique , sulfites et sulfates. Eh bien , de la réunion de ces différens genres , ayant pour base un principe commun, le soufre, M. Beudant forme une famille à laquelle
il donne le nom de Sul/ides. De même, les genres carbone, carbures, acide carbonique, carbonates, etc., qui ont un principe commun, seulement modifié, forment une autre famille nommée Carbonides , etc.
On Toit que l’auteur s’est efforcé de suivre , autant que la nature des objets le permettait, la marche que les botanistes ont depuis long-temps adoptée dans la formation des genres et des familles. Aussi les groupes établis par M. Beudant sont-ils plus naturels, c’est-à-dire ayant entre eux une plus grande somme d'affinités et de caractères communs, que ceux qu’on avait jusqu’alors adoptés.
Il ne suffisait point d’avoir établi ces familles dont le nombre est de trente-quatre , il fallait encore les disposer dans un certain ordre , et de manière à conserver autant que possible , les analogies qui existent entre elles. Mais comme ces rapports entre les différens groupes sont complexes; que si, par un caractère, une famille se rapproche dune autre, elle s’en éloigne souvent par plusieurs signes qui établissent son analogie avec d’autres familles, il résulte de là qu’en minéralogie , pas plus que dans les autres branches de l’histoire naturelle, la série linéaire des ramilles qu on est obligé de suivre dans un ouvrage didactique ou pour la classification d’une collection, ne saurait représenter les affinités qui existent entre les différentes familles. C’est néanmoins la seule marche qu’il soit possible de suivre.
Le savant minéralogiste dont nous exposons ici la méthode , apres avoir recherché avec soin les rapports qui lient les différentes familles du règne minéral entre elles,
* ti
aadoptélesprincipcsdela classification des corps simples, présentée par M. Ampère, pour grouper ces familles. Ainsi elles peuvent être divisées en trois groupes primordiaux : 1® ou bien les corps qui forment le type de chaque famille est gazeux, ou il peut produire des gaz permanens, en se combinant soit avec l’oxigène , soit avec l’hydrogène, le plitore ou fluor; on leur a donné le nom général de Gazolytes. 2 0 Le second groupe ne contient que les familles dont les types ne forment jamais de gaz permanens, et qui avec lesacides ne donnent naissance qu’à des solutions incolores , ce sont les Leucolytes ; 3 ° enfin dans le troisième groupe sont réunies les familles ne formant jamais de gaz permanens, et dont les solutions dans les acides sont colorées ; on leur donne le nom de Chroïkolytes.
Voici le tableau linéaire des familles minérales de M. Beudant, tel que ce minéralogiste a cru devoir le présenter, en conservant, autant que possible, les affinités principales des familles entre elles.
Classification minéralogique de M. Beudant.
1“ GAZOLYTES,
Fa/nilles. Familles.
Les silicides. , Les iodides.
Les borides. Les osmides.
Les anthracides.
Les hydrogénides.
Les sulfurides.
Les pb tondes.
Les chlorides.
Les sélénides.
Les tellurides.
Les phosphorides.
Les arsenides.
a° LEUCOLYTES.
Familles.
Les antimonides.
Les stannides.
Les zincides.
Les bismuthides.
Les hydrargyrides,
Familles.
Les argy rides.
Les plumbides.
Les aluminides.
Les magnésides,
3° CHROIKOLYTES.
Familles.
Familles.
Les manganides.
Les siderides.
Les cobaltides.
Les cuprides.
Les uranides.
Les palladides.
Les platinides.
Les aurides.
Les chromides.
Les molybdides.
Les tungstides.
Les titanides.
Les tantalides.
On doit distinguer deux choses dans la classification de M. Beudant : i° la préférence accordée aux principes minéralisateurs sur les bases, pour servir de caractères aux genres j a 0 la distribution de ces genres en familles naturelles.
Ces deux principes nous paraissent féconds en résultats pour le perfectionnement de la classification minéralogique. L’importance du premier est tellement évidente , que plusieurs des minéralogistes les plus célèbres, il nous suffira de citer ici MM. Berzélius et Brongniart, ont adopté cette base de classification, le premier dans la nouvelle méthode qu’il a proposée,, et le second dans son tableau de la distribution méthodique des espèces minérales, publiée en 1828. Quant au groupement des genres en familles naturelles, il y a plus de dissidences à cet égard. Néanmoins nous croyons que les idées de M. Beudant, perfectionnées par de nouvelles découvertes, finiront par prévaloir comme les premières. La bonne voie est ouverte à la minéralogie, il ne s’agit plus maintenant que d'y persévérer, pour que cette partie de l’histoire naturelle soit au niveau des deux autres sous le rapport de la classification.
§ IV. Classifications minéralogiques établies d’apres les formes cristallines.
Pour terminer tout ce qui a rapport aux méthodes minéralogiques, il nous reste à faire connaître celles de ces classifications dans lesquelles on a cherché à faire jouer le rôle le plus important à la forme cristalline dans l’arrangement des minéraux.
C’est Rome de l’Isle qui, le premier, a fait voir que la même substance, en cristallisant , présentait toujours non pas une forme unique, mais un même assemblage déformés, dont chacune était invariable dans ses angles, et qui toutes
pouvaientse ramènera un petit nombre de formes simples. Ainsi , le système de formes qui est propre au chlorure de soude (sel marin) , se partage en plusieurs groupes , dans chacun desquels une même-forme simple domine. On trouve, par exemple, du sel marin en cristaux cubiques complets, en cubes légèrement tronqués sur les angles, en cubes tronqués sur les arêtes, etc,: toutes formes qui diffèrent peu l’une de l’autre, qui toutes passent aisément au cube ou dérivent de la forme eu- ’ bique. On a aussi pour la même substance un second groupe dans lequel c’est la forme octaédrique qui domine j un troisième dont toutes les formes portent l’empreinte du dodécaèdre rhomboïdal, etc. Ainsi toutes les formes du sel marin peuvent se ramener à un petit nombre de formes simples ou dominantes , qui. sont le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre rhomboïdal, etc. Mais il y a plus, c’est que ces formes simples passent les unes aux autres par des troncatures, où si l’on veut par des décroissemens , et peuvent par conséquent être ramenées ultérieurement à une seule d’entrif elles, qu’on peut appeler Jorme pritnitive ou fondamentale.
Si l’on passe du sel marin au carbonate de chaux , on trouve un système de formes tout différent; au sulfate de chaux un autre système de formes; au zircon encore un autre, etc. Cependant on ne parvient en dernière analyse qu’à six systèmes bien distincts entre lesquels se partagent toutes les substances connues.
On voit d’après cela que si tous les minéraux connus étaient cristallisés régulièrement , et qu’on voulût les diviser d’après leurs formes, il y aurait six grandes divi-
1 66 MINERALOGIE.
sions à établir dans leur ensemble. Mais on pourrait aller plus loin, et subdiviser chacune des classes, en tenant compte des angles. Ainsi , pour le système rhomboidal , telle espèce aurait un rhomboïde fondamental de telle mesure, telle autre d’une mesure différente. Haüy a insisté sur ce moyen de spécification; mais il faut observer ici : i° que les substances du système cubique y échappent, car toutes les formes de ce système (le cube, l’octaèdre régulier, etc.), ne peuvent pas varier dans la mesure de leurs angles; a° que nous avons supposé tous les minéraux cristallisés, et, qui plus est, sous des formes nettes et distinctes, ce qui est loin de la vérité, puisque dans chaque espèce il y a un grand nombre de variétés qui ne présentent que des indices de cristallisation, et beaucoup d’autres qui n’en offrent pas du tout. La forme cristalline ne peut donc servir seule à distinguer les espèces minérales; le caractère que l’on en tire est d’une grande importance, quand il se montre, mais il n’existe pas toujours, et quand il existe, il n’est pas même décisif dans beaucoup de cas,. La cristallisation est donc une propriété importante, mais qui n’est pas générale; une manière d’être que les substances minérales peuvent affecter, mais qu elles ne présentent que rarement dans la série de leurs variétés. Ce caractère , ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment, ne peut donc pas être mis sur la même ligne, que celui tiré de la composition chimique, car celui-ci est général, et s’étend à toutes les variétés de l’espèce.
Voyons maintenant quel parti ont tiré de ce caractère les différens auteurs de classifications minéralogiques.
Haiiy, comme nous l’avons déjà exposé, est un de ceux qui lui ont attribué la plus grande valeur. Cependant, pour caractériser l’espèce, il le combine avec celui de la composition chimique.
Weiss est le premier des minéralogistes allemands qui ait accordé aux formes cristallines le degré d importance que lui assigne Haiiy, Le premier, il a donné une bopne classification des formes cristallines ; il a reconnu les six systèmes cristallins, leur a donné des noms, assigné des caractères tirés de la considération des axes de cristallisation , cherché à les subdiviser. Cette partie de son travail diffère pour la forme, mais non pour le fond, de celui du cristallographie français. Tous deux font concourir le caractère tiré de la composition chimique, avec celui de la forme et avec les caractères secondaires de densité et de dureté. Aussi s’accordent-ils pour les es-
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Mohs a donné une nouvelle théorie des formes cristallines , c’est-à dire qu’il a exposé différemment la dérivation des formes d’un même système; il a créé une nouvelle nomenclature pour ces formes; et une nouvelle notation. Sa théorie cristallographique est purement géométrique. 11 a conçu tout différemment le système minéralogique , Selon lui, on ne doit faire servira la classification que des caractères tires des propr iétés actuelles des corps , de celles qu’ils manifestent dans leur état naturel, avant toute altération de leur véritable nature , c’est-à-dire uniquement des caractères de formes, de couleurs , de tissu , d’arrangement de parties, etc., comme on le fait dans les autres règnes , en un mot , des carao-
MtNKltALOUlK.
tères physiques qu’il appelle caractères d'histoire naturelle. D’après ce principe , il exclut formellement les caractères chimiques, qui n’expriment, selon lui, que des propriétés dérivant d’un changement de nature. Il en résulte que dans son système, le caractère cristallographique a la prééminence ; viennent ensuite les caractères tirés de l’éclat, de la pesanteur spécifique, de la dureté, delà structure, etc. L’auteur prétend que son système est tout-à-fait naturel (*).
Il partage tous les minéraux en trois grandes classes
(*) SYSTÈME DE MOHS.
Tous les minéraux sont subdivisés en trois classes, celles-ci en ordres , les ordres en genres , espèces , etc.
I” Classe. — Pesanteur spécifique au-dessous de 3, 8. Point d’odeur bitumineuse; saveur quand ils sont solides. , r
i« Ordre : Gaz non acides, pesant, spécifique de 0,000 1, à o,ooi 4 . . j.
a* Ordre : Eau.
3 ' Ordre 1 Acides, pesant, spécif. o,ooi 5 à 3 , 7.
4 * Ordre : Sels, pesant, spécif. 1, a i a, 9.
IF Classe. — Pesanteur spécif. au-dessus de 1,8. Insipide
Cette classe est subdivisée en i 3 ordres. . ;
III* Classe. — Pesanteurau-dessous de 1, 8. Odeur bitumineuse quand ils sont liquides ; sans saveur , quand ils sont solides. Elle comprend deux ordres , les résines et les charbons.
caractérisées par la différence de pesanteur spécifique. Chaque classe est divisée en ordres. Les genres sont principalement caractérisés par les différences tirées des systèmes de cristallisation cubique , rhomboédrique, etc.
Depuis le système de Mohs, M. le docteur Bresdorf a publié, à Hanau, en 1827, dans une petite dissertation , ayant pour titre : De notione specialiin regno rninerali , une autre classification entièrement fondée sur les formes cristallographiques, et sur la composition atomique. Les classes, au nombre de six , sont établies d’après les sys-
tèmes de cristallisation, et les ordres d’après les formules atomiques, ou les nombres relatifs des atomes élémentaires qui entrent dans la composition des corps.
Mais comme d’après ce que nous avons dit précédemment, et de l’aveu des minéralogistes les plus distingués, il est évident que les formes cristallines ne peuvent fournir seules les bases d’une bonne méthode minéralogique, nous n’entrerons pas dans de plus grands détails sur ce genre de classification.
Maintenant quelle est celle de ces classifications dont nous ferons usage dans l’exposition des substances minérales qu’il importe au médecin de connaître. Sans aucun doute les classifications chimiques , et, en particulier, celle qui prend pour caractères primordiaux les agens minéralisateurs mériteraient la préférence. Tout ce que nous avons dit précédemment en les exposant le confirme. Néanmoins si nous réfléchissons que le nombre des minéraux usités en médecine est bien peu considérable, que presque tous, du moins les plus importans,
appartiennent à une seule classe, celle des métaux , peut-être sentirions-nous que cette classification serait peu avantageuse. Car si d’un côté la méthode par les agens minéralisateurs est plus naturelle que celle par les bases, cependant on doit convenir que cette dernière offre ce grand avantage, qu elle réunit dans un groupe unique, dans un même genre toutes les combinaisons que le même corps peut présenter. Ainsi, par exemple, en traitant du genre mercure , du genre chaux , potasse , etc., on traite en même temps des différens états sous lesquels le mercure, la chaux, la potasse, etc., se trouvent dans la nature. Ce motif nous a déterminé à donner la préférence à la méthode chimique par les bases, parce qu’en effet elle nous a paru plus commode et plus facile pour l’objet limité que nous nous proposons. Mais nous devons le répéter, comme système général de classification, la prééminence appartient évidemment à la méthode par les agens minéralisateurs, et surtout à celle qui tend à grouper les genres en familles d’après la plus grande somme des rapports qui existent entre eux.
Afin de bien faire connaître la méthode de classification de M. Beudant, et de donner une idée générale de toutes les espèces admises par les minéralogistes , nous allons présenter la série des espèces minérales rangées suivant cette méthode,