LES MÉTALLOÏDES
Premier genre : SOUFRE.
Le soufre existe dans la nature sous plusieurs états : i # natif ; a 0 combiné avec l’oxigène , et formant les acides sulfureux et sulfurique ; 3° combiné avec l’hydrogène et formant l'acide hydrosuif urique ; 4° combiné avec les autres corps simples , à l’état de sulfures ; 5° enfin à l’état
minéralogie.
d'acide sulfurique combiné avec les bases, et formant les sulfates.
Première espèce : soufre hâtif.
Corps solide, jaune serin, quelquefois rougeâtre ou verdâtre, insipide, faiblement odorant par le frottement, tout-àifait insoluble, cristallisant en octaèdre olongé, à base rhombe, dérivé d’un prisme rectangulaire droit ; transparent quand il est pur et cristallisé , à double réfraction, acquérant l’électricité résineuse par le frottement.
Pesant a, 07 à a, 10.
Facilement fusible et volatile; il se liquéfie à 170° centig., brûlant au contafct de l’air avec une flamme bleue, et formant de l’acide sulfureux, d’une odeur suffocante.
Variétés ; Cristallisé en octaèdres , plus ou moins modifiés, ou en aiguilles, ou en stalactites; très-souvent en efflorescences pulvérulentes, ou en masses, ou mélangé de terre. Sa couleur est aussi très variable. Scs diverses nuances dépendent des matières qui y sont mélangées. A l’état de pureté il est d’un beau jaune ; uni au sélénium, il est rougeâtre; mélangé de terre, il est verdâtre, etc.
Gisement : Le soufre est très-abondant dans la nature, et chaque jour encore , on le voit en quelque sorte se former, ou mieux encore se déposer sous nos yeux dans les volcans en activité. Il existe dans les terrains de diverses formations depuis les primitifs jusqu'aux tertiaires. M. de Humboldt en a constaté la présence dans des ro>
elles appartenant aux terrains primitifs et intermédiaiups. Mais c’est principalement clans les terrains secondaires qu’il existe en plus grande abondance, et surtout formant de beaux groupes de cristaux. Ainsi , dans plusieurs localités de la Sicile , et particulièrement dans le Val di Noto, à Caltanisetta, à Agrigente , etc., il est l’objet de grandes exploitations et c’est même l’une des plus grandes sources du commerce de cette île. Il forme des nids ou des amas plus ou moins considérables dans le gypse. C'est dans ces localités qu’on trouve les cristallisations les plus belles et les plus régulières. A Conilla, près de Gibraltar, c’est dans la chaux carbonatée que le soufre se présente.
Dans les terrains tertiaires onciteaussi le soufre, mais en petite quantité. Ainsi on l’a trouvé dans le gypse grossier, à Meaux, en Brie, à Montmartre près Paris, etc.
Le soufre appartient aussi aux terrains volcaniques, et particulièrement aux volcans en activité et aux solfatarres; car il en existe à peine quelques exemples dans les terrains volcaniques anciens. C’est à tort, selon nous, que beaucoup de minéralogistes ont dit qu’il était trèsabondant au voisinage des volcans, actuellement en ignition. Si j’en juge par le Vésuve et l’Etna que j’ai visités , et qui sont les deux plus grands volcans actifs de l’Europe , le soufre est peu commun sur les montagnes ignivomes. Je ne l’y ai observé que sous la forme d’efflorescences, ou d’aiguilles, dans les lieux d’où sortent les vapeurs sulfureuses , et encore n’y forme-t-il jamais des masses considérables. Il est , au contraire , très-commun dans les solfatarres, grands cratères de volcans éteints,
«l’où sortent encore des vapeurs plus ou moins abondantes. Tout le sol de ces solfatarres est imprégné de soufre que l’on peut exploiter avec avantage. C’est ce que l’on fait en particulier à la solfatarre de, Pouzolles près Naples, où l’on extrait le soufre en distillant dans des fours particuliers les terres qui en sont très-chargées.
Le soufre existe encore daps les eaux minérales sulfureuses, surtout combiné avec l’hydrogène (acide hydrosulfurique ), et il se dépose quelquefois assez abondamment sous forme d’une poudre blanche sur les bords des ruisseaux qui naissent de ces sources.
Usages : Dans les arts il sert à la fabrication de l’acide sulfureux employé dans le blanchiment des soies, et pour désinfecter les lieux viciés par des miasmes ; à la fabrication de l’acide sulfurique et de la poudre à canon.
En médecine, il est très-usité dans le traitement des maladies de la peau.
Deuxième espèce : acide sulfureux.
Il est gazeux , incolore, transparent; ayant une odeur suffocante et caractéristique, celle du soufre qui brûle; il est impropre à la combustion, rougit d’abord, puis jaunit la teinture de tournesol ; comme le chlore , il est susceptible d etre liquéfié par le froid et la compression ; il est très-soluble dans l’eau. Mis en contact avec le gaz deutoxide d’azote et de l’air humide, il lui enlève une portion de son oxigène, et passe à l’état d’acide sulfurique. 11 se compose d’un atome de soufre et de deux atomes d’oxigène, ou en poids, selon M. Berzé-
lius, de ioo parties de soufre et de 99,44 d’oxigène.
Gisement : C’est des volcans en ignition que cet acide se dégage en abondance, toujours mêlé d’une certaine quantité de vapeur d’eau qui en fait partie constituante. Partout où le soufre brûle , il se forme de l’acide sulfureux. Ainsi , au Vésuve , à l’Etna , dans les îles Lipari où des bouches igniromes sont presque toujours en combustion, J’odèur de l’acide sulfureux est très-sensible et très-fatigante pour ceux qui visitent ces localités. Dans la solfatarre de Pouzzoles,près de Naples, il se dégage aus- - «i des fissures du terrain dés vapeurs d’acide sulfureux.
’ Usages : Dans les arts il est fort employé au blanchiment des étoffés dé laine et de soie; en médecine, il est usité à l’extérieur dàtt&ie traitement de la gale et de plusieurs autres maladies de la peau.
Troisième espèce : acide sulfurique.
Il est liquide, incolore, d’une consistance oléagineuse, inodore; d’une pesanteur spécifique de i,a5; d’une saveur excessivement caustique ; il noircit et charbonne les matières organiques végétales et animales : chauffé avec du charbon , il se décompose et dégage de l’acide sulfureux, reconnaissable à son odeur caractéristique; avec l’eau ou un sel soluble de baryte, il forme un précipité blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique.
Il est composé d’un atome de soufre et de trois atonies d’oxigène, ou en poids de xoo parties de soufre et de i5o parties d’oxigène.
Gisement ; L’acide sulfurique hydraté existe aussi au
aUNÉHALOGili.
voisinage des volcans en activité , ou dans les terrains d’origine volcanique. Généralement, il est étendu d’une très-grande quantité d’eau , soit dans certains lacs , soit dans quelques ruisseaux qui sortent de grottes ou de terrains volcaniques.
Usages ; Cet acide est très-important dans les arts et la médecine. 11 sert à la préparation : i° des acides nitrique et hydrochlôrique par la décomposition du satpêtre et du sel marin; u° à celle de la soude artificielle; 3° des sulfates, etc. „
En médecine : étendu d’une grande quantité d’eau, il forme des boissons rafraîchissantes, connues sous le nom de limonades minérales , 11 sert aussi à préparer l’eau de Rebel et l’éther sulfurique.
Deuxième genre : CHLORE.
Corps simple, gazeux, de couleur jaune- verdâtre, d’une odeur forte et stti generis , impropre à la combustion et à la respiration, susceptible de se liquéfier par l’effet d’une forte pression et de l’abaissement de la température , soluble dans l’eau.
Le chlore n’existe pas à l’état de liberté dans la nature; cependant il est très-probable que les volcans en activité doivent en dégager. Mais comme ce gaz a une trèsgrande tendance à s'unir à l’hydrogène pour former l'acide hydrocldorique , il est présumable qu’il se trouve ainsi neutralisé , à mesure qu’il se dégage. Le chlore se combine facilement avec les métaux et les oxides, et forme des chlorures qui sont assez répandus. Nous en
MINERALOGIE.
traiterons à l’article de chaque métal en particulier. Uni à l’hydrogène , il constitue l’acide hydrochlorique.
Espèce unique : acide hydrochlorique.
C’est le résultat de la combinaison d’un volume de chlore et d’un volume d’hydrogène sans contraction , et en poids d’une partie d’hydrogène et de 36 parties de chlore.
Il est gazeux, incolore, ayant une odeur particulière et suffocante, une saveur âcre et caustique, rougissant la teinture de tournesol, impropre à la combustion. Dans l’air humide , il répand des vapeurs blanches et épaisses à cause de sa grande affinité pour l’eau, dans laquelle il se dissout pour former l’acide hydrochlorique liquide. Par le peroxide de manganèse, aidé de la chaleur, il est décomposé et donne du chlore gazeux. Il précipite en blanc }es sels d’argent. Le précipité cailleboté , lourd , insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l'ammoniaque, est du chlorure d'argent , qui brunit par son exposition à la lumière.
Gisement, C’est au voisinage des volcans en activité que le gaz acide hydrochlorique existe. Les vapeurs blanches qui s’exhalent du cratère du Vésuve et de l’Etna sont un mélange d’acide sulfureux, d’acide hydrochlorique et de vapeurs d’eau. Quelques eaux minérales de l’Amérique du sud contiennent cet acide en dissolution.
Troisième genre : BORE.
Radical de l’acide borique, ce corps n’existe pas à
l'état libre dans la nature. Combiné à l’oxigène , il constitue l’acide borique qu’on trouve libre ou uni aux bases et formant des borates.
Espèce unique : acide borique hydraté ou sassoline ,
(acide boraciqtie; sel sédatif de Homberg).
11 est en petites écailles minces, blanches, luisantes et nacrées , distinctes ou réunies en masses, ayant une faible saveur acidulé, peu solubles dans l’eau froide, plus solubles dans l'eau chaude; se liquéfiant facilement par la chaleur dans son eau de composition , et formant par le refroidissement un verre , communiquant à l’alcool qui brûle une flamme de couleur verte.
/ Il est composé de deux atomes d’oxigène, d’un atome de bore, et de deux atomes d’eau.
Gisement : La sassoline ou acide borique hydraté existe en dissolution dans les eaux de certains lacs de Toscane , à Sasso , près Sienne , d’où est dérivé le nom de sassoline , ou en dépôts qui se forment par le refroidissement de vapeurs qui s’échappent avec bruissement des entrailles de la terre.
Il fait aussi partie de certains produits volcaniques, comme aux îles Lipari , où il est mélangé avec le soufre. .'![
V Usages: Il sert à la préparation du borax. ou sous-
borate de soude, la crème de tartre soluble. Quelques médecins l’administraient autrefois comme antispasmodique. Il est aujourd'hui fort peu usité.
Quatrième genre : SILICIUM.
Ce corps n’existe pas à l’état libre dans la nature. Combiné avec l’oxigène , il forme la silice , autrefois considérée comme une terre, mais que les belles recherches de M. Berzélius placent aujourd’hui au rang des acides. La place du silicium dans la classification chimique et minéralogique n’est pas encore bien définitivement fixée. Car, si d’un côté ce corps a beaucoup d’analogie avec le bore et le carbone, ces trois corps jouissant de la propriété de se combiner avec le fer pour former des composés analogues à l’acier; d’un autre côté, ainsi que le remarque M. Beudant, il se rapproche du tantale, du titane, du molybdène, du tungstène, pouvant, comme eux, en se combinant avec l’oxigène, donner naissance à un acide insoluble, qui forme avec les bases, un grand nombre de sels.
La silice ou oxide de silicium, acide silicique, constitue deux espèces distinctes suivant quelle est anhydre, ou suivant qu’elle contient de l’eau. La première s’appelle quarZf et la seconde opale.
Première espèce : quarz.
Cette espèce est excessivement variable dans son aspect, sa couleur, sa texture et ses autres caractères physiques. Elle comprend des pierres tout-à-fait différentes les unes des autres , tels sont le cristal de roche, l'améthyste, les agathes, les calcédoines, sardoines, jaspes, silex, meulière, pierre à fusil, etc. Toutes ces pierres péü-
vent néanmoins se rapporter à deux variétés principales que l’on peut considérer comme des sous-espèces : ce sont : le quarz hyalin, et les aga thés ou silex.