COURS DU SANG VEINEUX
Transporter le sang veineux de toutes les parties du corps aux poumons , tel est le but de la fonction que nous allons étudier. En outre, les organes qui l’exécutent sont en même temps les agents principaux de l’absorption qui s’exerce, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du corps (l’absorption du chyle et celle qui se fait à la surface aérienne du poumon exceptées).
Du sang veineux.
On donne ce nom au liquide qui est contenu dans les veines, le côté droit du cœur et l’artère pulmonaire, organes qui, par leur réunion, forment l’appareil propre au cours du sang veineux.
Ce liquide est d’une couleur rouge-brun , assez foncée pour qu’on lui ait appliqué l’épithète inexacte de sang noir : dans quelques cas , sa couleur est moins foncée, et peut même être écarlate. Son odeur est fade , et sui generïs ; sa saveur est aussi particulière , et laisse cependant reconnaître qu’il contient des sels , et principalement le chlorure de sodium. Sa pesanteur spécifique est un peu plus grande que celle de l’eau. Haller l’a trouvée, terme moyen, :: î,o52y : 1,0000. Sa capacité pour le calorique peut être exprimée par 93.4 , celle du sang artériel étant 921. Sa température moyenne est de 3i degrés de Réaumur.
Vu au microscope dans le moment où il se meut
Propriétés physiques du sang veineux.
Coagulation du sang veineux.
Propriétés chimiques du sangveineux.
dans les vaisseaux, le sang veineux présente uri nombre infini de petits globules , dont les dimensions , la forme et la structure ont été examinées avec soin par MM. Prévôt et Dumas. {Voyez sang artériel.)
Le sang veineux , extrait des vaisseaux qui lui sont propres, et abandonné à lui-même, forme, au bout de quelques instants , une masse molle. Peu à peu cette masse se sépare spontanément en deux parties : l'une liquide, jaunâtre, transparente, appelée sérum ; Pautre molle, presque solide , d’un brun rougeâtre foncé, entièrement opaque ; c’est le cruor réuni au caillot. Celui-ci occupe le fond du vase , le sérum est placé au-dessus. Quelquefois il se forme à la superficie du sérum une couche mince, molle, rougeâtre, à laquelle on a donné fort improprement le nom de couenne ou croûte du sang.
Dans l’instant où il se coagule, le sang laisse dégager quelques petites bulles de gaz qui, pour arriver à la superlicie, se creusent un petit canal à travers le caillot. Ce phénomène est beaucoup plus apparent dans le vide.
Cette séparation spontanée des éléments du sang n’a lieu promptement qu’autant qu’il est en repos. Si on l’agite, il reste liquide et conserve beaucoup plus long-temps son homogénéité.
Mis en contact avec le gaz oxigène ou l’air atmosphérique , le sang veineux prend une teinte
rouge vermeille; avec l'ammoniaque , il devient rouge cerise ; avec l’azote , rouge brun , plus foncé, etc. (1) : en changeant de couleur, il absorbe une quantité assez considérable de ces différents gaz ; conservé quelque temps sous une cloche placée sur le mercure, il exhale une assez grande quantité d’acide carbonique.
Le sérum est un liquide transparent, légèrement jaunâtre, ce qu’il doit à une matière colorante; son odeur et sa saveur rappellent rôdeur et la saveur du sang, son alcalinité est très-prononcée. A yo° il se prend en masse comme l'albumine ; il forme, en se coagulant, de nombreuses cellules qui contiennent une matière très-analogue au mucus. Il conserve encore sa propriété de se coaguler en une seule masse, bien qu'il soit étendu d’une grande quantité d’eau. D’après M. Brande , le sérum serait de l’albumine liquide presque pure unie à la soude , qui la maintiendrait liquide. Par
suite tout réactif qui enlèverait la soude au sérum produirait sa coagulation, et par l’action de la chaleur la soude transformerait une partie de l’albumine en mucus. L’action de la pile galvanique coagule le sérum et y développe des globules qui ont beaucoup d’analogie avec ceux du sang.
(1) V oyez , pour les changements de couleur que subit le sang veineux avec les autres gaz, le tome III de la Chimie de M. Thénard, page 5i5.
Composition du sérum.
D’après M. Berzéîius , 1000 parties de sérum de sang humain contiennent :
Eau . .
Albumine
Lactate de soude et matière
extractive .
Muriate de soude et de po-
V tasse .
Substances so^Soudeet matière animale,
Sub stances solubles dans l’alcool.
lubies dans' phosphate de soude. . 4
l’eau. \ Perte . . 3
Total
M. Le Canu, qui s’est occupé plus récemment de l’analyse du sang, donne au sérum une composition un peu différente et y signale deux matières grasses, dont l’une est cristallisahle et l’autre huileu se.
Analyse du sérum d’ après M » Le Canu.
irs
Eau .
Albumine .
Matières organiques solubles dans ) l’eau et l’alcool. j
Albumine combinée à la soude. .
Matière grasse cristallisahle .
Matière huileuse .
Chlorure de sodium. )
- de potassium. j
Total. .. .
nalyse. 2 e
Analyse.
Report .
Sous-carbonate. .
Phosphate .
Sulfate .
Sous-carbonate de chaux.
— - — de magnésie. .
Phosphate de chaux.
- de magnésie. .
• - de fer .
Perte .
Total.
Quelquefois le sérum présente une teinte blanchâtre, comme laiteuse,; ce qui a pu faire croire qu’il contenait du chyle : la matière qui lui donne cette apparence paraît être de la graisse (1).
Le caillot du sang est essentiellement formé de fibrine et de matière colorante.
Séparée de la matière colorante , la fibrine est
Compositio chimique du caillot
(1) Le docteur Hewart Traill a analysé le sérum du sang d’un individu qui avait une hépatite aiguë; il a trouvé, sur cent grains de ce sérum,
Eau . 78,9
Albumine . i5,7
Huile. .. â, â
Sels . oc
Ces sels étaient 9,7 de muriates et 0,2 de lactates; ce sérum était de couleur d’eau de gruau, et ressemblait à une émul¬
sion.
solide, blanchâtre, insipide , inodore, plus pesante que beau , sans action sur les couleurs végétales ; élastique quand elle est humide , elle devient cassante par la dessiccation.
Elle fournit, à la distillation, beaucoup de carbonate d’ammoniaque , etc. , et un charbon trèsvolumineux , dont la cendre contient une grande quantité de phosphate de chaux, un peu de phosphate de magnésie , de carbonate de chaux et de carbonate de soude. Cent parties de iibrine sont composées de :
Carbone . v . 55, 060
Qxigène. „ ......... 19,685
Hydrogène. ......... 7,021
Azote . .... i9>934
Total . 100,000
Mali ère colorante du sang.
La matière colorante est soluble dans l’eau et dans le sérum du sang; desséchée et calcinée ensuite au contact de l’air, elle se fond, se boursouffle, brûle avec flamme, et donne un charbon qu’on ne peut réduire en cendre qu’avec une extrême difficulté. Ce charbon, pendant sa combustion, laisse dégager du gaz ammoniac, et fournit la centième partie de son poids d’une cendre composée d’environ :
rr
‘2Ôd
Oxide de Ter . 55, o
Phosphate de chaux et trace de phosphate
de magnésiee . 8,5
Chaux pure . 17,5
Acide carbonique . 19,5
11 est important de remarquer que dans aucune des parties du sang on ne trouve de gélatine ni de phosphate de fer, comme on l’avait cru d’abord.
Les rapports respectifs de quantité du sérum et du caillot, ceux de la matière colorante et de la fibrine , n’ont point encore été examinés avec tout le soin désirable. D’après ce qu’on verra par la suite, il est à présumer qu’ils sont variables suivant une infinité de circonstances.
M. Le Canu , dans son estimable travail déjà cité, d’après vingt-deux expériences comparatives faites sur des personnes d’âge , de sexe et de tempérament différent, donne les résultats suivants :
Sur s 000 parties de sang.
Fibrine sèche Fibrine humide.
Maximum. . 7,235 28,940
Minimum. . i,36o 5,44°
On voit par conséquent combien la proportion de cet élément peut varier.
La coagulation du sang a été tour à tour attribuée à son refroidissement , au contact de l’air, à l’état de repos, etc. ; mais J. Iîunter et Hewson ont démontré, par des expériences, qu’on ne pouvait
Composition chimique du saog.
Causes de la coagulation du sang.
rapporter ce phénomène à aucune de ces causes. Hewson prit du sang frais, et le fit geler en lexposant à une basse température, il le fit ensuite dégeler : le sang se montra d’abord fluide, et peu de temps après il se coagula comme à l’ordinaire. J. Hunter a fait une expérience analogue, avec un semblable résultat. Ainsi ce n’est point parce qu’il se refroidit que le sang se coagule. Il paraît même qu’une température un peu élevée est favorable à sa coagulation. L’expérience a aussi constaté que le sang se prend en masse, privé du contact de l’air et agité ; cependant , en général , le repos et le contact de l’air favorisent sa coagulation.
Mais loin de rapporter la coagulation du sang à aucune influence physique, il faut au contraire la considérer comme essentiellement vitale, c’est-àdire comme donnant une preuve démonstrative que le sang est doué de la vie. Nous verrons bientôt de quelle importance est, dans plusieurs phénomènes de nutrition, la propriété qu’ont le sang et d’autres liquides de se coaguler.
Phénomènes P oui’ prendre une idée plus précise de la coacoaguiaiion gulation du sang veineux, j’ai placé au foyer d’un dj fcan”’ microscope composé une goutte de ce fluide. Tant qu’il a été liquide, il s’est montré comme une masse rouge ; mais dès qu’il a commencé à se coaguler, les bords sont devenus transparents et granuleux; la partie solide, presque opaque, a formé un nombre infini de petites mailles ou cellules,
qui contenaient la partie liquide, beaucoup plus transparente : c’est cette disposition qui donnait au bord de la goutte de sang l’aspect granuleux. Peu à peu les mailles se sont agrandies par la rétraction des parties solides; dans plusieurs endroits elles ont disparu entièrement, et il n’est plus resté, entre la circonférence extérieure de la goutte de sang et le bord du caillot central, que des arborisations tout-à-fait analogues à celles que nous avons déd ites dans'la lymphe. Leurs divisions communiquaient entre elles à la manière des vaisseaux ou des nervures des feuilles. Ces observations doivent être faites à la lumière diffuse ou artificielle, car la lumière directe du soleil produit un dessèchement sans coagulation.
Dans beaucoup de circonstances le sang se coagule quoique contenu dans les vaisseaux qui lui sont propres; mais, en général, ce phénomène appartient à l’état de maladie.
Quelques auteurs avaient cru remarquer que le sang" en se coagulant devenait plus chaud; mais J. Hunter, et tout récemment M. J. Davy, ont pr o u v é qu ’il n y a v a i t p o i n t é lé v a t i o n d e t e m p é r a t u r e .
A l’époque où l’on s’occupait beaucoup en France du galvanisme, on a avancé qu’en prenant une portion de caillot récemment formé, et en le soumettant à un courant galvanique, on le voyait se contracter à la manière des libres musculaires : j’ai plusieurs fois essayé de produire cet effet , en sou-
Expériences sur Ja fibi inc du sang*
Analyse chimique du caillot.
mettant des portions de caillot, au moment même de leur formation, à l’action de la pile. Je n’ai jamais riçn vu de semblable. J’ai varie ces essais de diverses manières, et je n’ai pas été plus heureux. Tout récemment, j’ai répété cette expérience avec M. Biot : le résultat a été le même.
Le caillot du sang veineux soumis à l’analyse par M. Le Canu a donné à ce chimiste le résultat suivant :
Analyse du caillot.
ire Analyse. 2e Analyse.
785,590 3,565 69,415 1 19,626 4,3oo 2,270
Eau. . 780,145
Fibrine . 2,100
Albumine . 65,090
Matière colorante . t33,ooo
Matière grasse crislallisable. . . . 2,43o
Matière huileuse . i,3io
Matières extractives solubles dans \
l’alcool et dans l’eau . j
Albumine combinée à la soude. . . 1,205
Chlorure de sodium . ^
- de potassium . 1
Sous-carbonates . > 8,370
Phosphate . \
Sulfate . J
Sous-carbonate de chaux.
— - de magnésie.
Phosphate de chaux.
- de magnésie.
— - de fer.
Per-oxide de fer. .
Perle. . .
Total.
DE PHYSIOLOGIE. 2ÔrJ
L’analyse du sang veineux, telle que nous venons de l’indiquer, fait connaître les éléments propres de ce liquide; mais, comme toutes les matières qui existent dans le canal intestinal, les membranes séreuses, le tissu cellulaire, etc., se mêlent au sang veineux; il en résulte que la composition de ce liquide doit varier à raison des matières absorbées. On y trouvera , dans diverses circonstances, de l’alcool, de l’éther, du camphre, des sels qu’il ne contient pas habituellement, etc., lorsque ces substances auront été soumises à l’absorption dans une partie quelconque du corps.
La plus ou moins grande promptitude avec laquelle le sang se prend en masse, la solidité du caillot, la séparation du sérum , la formation d’une couche albumineuse à sa surface, la température particulière de ce liquide, soit dans les vaisseaux, soit hors des vaisseaux, etc., sont autant de phénomènes que nous examinerons à l’article du sang artériel.
appareil du cours du sang veineux.
Cet appareil se compose :i° dns veines; 2° de l’oreillette et du ventricule droits du cœur ; 3° de l’artère pulmonaire.
Des veines ,
La disposition des veines dans le tissu des organes échappe aux sens. Lorsque l’on commence à les
Des veines.
Origine des veines.
apercevoir, elles se présentent sous la forme d’un nombre infini de petits canaux, d’une excessive ténuité, communiquant très -fréquemment entre eux, et formant une sorte de lacet à mailles trèsfines; bientôt les veines augmentent de volume, tout en conservant la disposition réticulaire. Elles arrivent de cette manière à former des vaisseaux, dont la capacité, la forme et la disposition varient suivant chaque tissu, et même suivant chaque organe.
Quelques organes paraissent presque entièrement formés par des radicules veineuses : tels sont la rate, les corps caverneux de la verge, le clitoris, le mamelon, l'urètre, le gland, etc. Quand on pousse une injection dans l’une des veines qui sortent de ces divers tissus, ils se remplissent entièrement delà matière injectée; ce qui n'arrive point, ou rarement , quand l’injection est poussée par les
artères. L’incision des mêmes parties sur l’homme
ou sur les animaux vivants en fait sortir un sang qui a toutes les apparences du sang veineux (1).
Les racines des veines sont continues avec les artères et les vaisseau-x lymphatiques, l’anatomie ne laisse aucun doute à cet égard; d’autres radicules,
(1) La communication du tissu caverneux de la verge avec les veines se fait par des ouvertures de deux ou trois millimètres de diamètre.
DK PHYSIOLOGIE.
dont la disposition est moins connue, paraissent ouvertes aux différentes surfaces des membranes du tissu cellulaire, et même dans le parenchyme des organes.
M. Il i b es, ayant poussé du mercure dans l’une des branches de la veine porte, a vu les villosités de la membrane muqueuse intestinale se remplir de métal, et celui-ci se répandre dans la cavité de l’intestin. En poussant de l’air dans les veines des troncs vers les racines et en forçant la résistance des valvules (ce qui est très-facile sur les cadavres qui ont éprouvé un commencement de putréfaction), le même anatomiste a toujours vu l’air s’épancher avec la plus grande facilité dans le tissu cellulaire, quoique aucune rupture sensible des parois veineuses n’ait eu lieu. J’ai fait des remarques semblables en poussant de l’air ou d’autres fluides dans les veines du cœur. Ces faits, qui sont postérieurs à mes expériences sur l’absorption des veines dont je parlerai bientôt, s’accordent parfaitement avec elles.
Les veines du cerveau l’environnent de toutes parts, forment en grande partie la pie-mère, pénètrent dans les ventricules, où elles contribuent à former les plexus choroïdes et la toile clwroïdienne . Celles du testicule représentent un lacis très-fin, qui recouvre les vaisseaux spermifères ; celles des reins sont courtes et volumineuses, etc.
En abandonnant les organes pour se porter vers
Trajet des veines.
Anastomoses des veines.