‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 27 sur 43 · V HÉ CI S É LÉ MH NT AI RE · texte numérisé non relu

V HÉ CI S É LÉ MH NT AI RE

De la transfusion du sang et de / infusion des médicaments dans les veines .

Transfusion d u

sang sur des animaux.

Transfusion du sang sur l’homme.

Telle est l'opposition que les hommes de génie rencontrent souvent dans leurs contemporains, qu’il fallut trente années à Harvey avant qu’il pût faire admettre sa découverte, dont les preuves les plus évidentes perçaient de toutes parts ; mais , dès que la circulation fut reconnue, une sorte de délire s’empara des esprits, on crut avoir trouvé le moyen de guérir toutes les maladies, et même de rendre l’homme immortel. La cause de tous nos maux fut attribuée au sang : pour les guérir, il ne s’agissait que d oter le mauvais sang, et de le remplacer par du sang pur, tiré d’un animal sain.

Les premières tentatives furent faites sur des animaux; elles eurent un plein succès. Un chien ayant perdu une grande partie de son sang, reçut par la transfusion celui d’une brebis, et s’en trouva bien. Un autre chien, vieux et sourd, recouvra, par ce même moyen, l’usage de l’ouïe , et sembla rajeunir. Un cheval de vingt-six ans, ayant reçu dans ses veines le sang de quatre agneaux , reprit de nouvelles forces.

On ne tarda pas à tenter sur l’homme la transfusion. Denys et Emerez , l’un médecin, l’autre chirurgien de Paris, furent les premiers qui osèrent l’essayer. Ils introduisirent dans les veines

d’un jeune homme imbécile le sang d’un veau, en quantité supérieure à celle qu’on avait tirée des veines du jeune homme, qui parut recouvrer la raison. Une lèpre, une fièvre quarte, furent aussi guéries par ce moyen ; et plusieurs autres transfusions furent faites sur l’homme sain sans qu’il en résultât aucune suite fâcheuse.

Cependant de tristes événements vinrent calmer l’enthousiasme général causé par ces succès répétés. Le jeune idiot cité tomba , peu de temps après l’expérience, dans un état de frénésie. Il fut soumis une seconde fois à la transfusion , et mourut aussitôt, atteint d’un pissement de sang, et dans un état d’assoupissement et de torpeur. Un jeune prince du sang royal en fut aussi la victime. Le parlement de Paris défendit la transfusion. Peu de temps après, G. Riva ayant fait en Italie la transfusion sur deux individus qui en moururent, le pape fit la même défense.

Depuis cette époque, la transfusion a été regardée comme inutile et même dangereuse ; cependant, puisqu’elle paraît avoir réussi dans certains cas, il serait très-intéressant que quelqu’un d’habile en fit l’objet d’une série d’expériences. J’ai eu occasion d’en faire un certain nombre, et je n’ai jamais vu que l’introduction du sang d’un animal dans les veines d’un autre eût des inconvénients graves, quand on augmente beaucoup, par ce même moyen, la quantité de sang.

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Conditions pour que la transfusion réussisse.

iiifusio n des médira” m e n t s .

Mais pour que les transfusions se fassent sans inconvénients, il faut que le sang passe immédiatement du vaisseau de ranimai qui donne dans celui de ranimai qui reçoit. Si le sang est reçu dans un vase ou dans une seringue, et injecté ensuite, il se coagule plus ou moins, et devient dès lors une cause de mort pour ranimai sur lequel la transfusion est faite, parce qu’il bouche les vaisseaux pulmonaires. Toutes les expériencesoùl’on n’a pas tenu un compte scrupuleux de cette circonstance ne peuvent avoir aucune valeur. J’ai vu la transfusion manquer, et causer la mort , parce que le sang avait à traverser un petit tube de deux pouces de long où il se coagulait en partie avant de passer dans la circulation nouvelle qui devait le recevoir.

Peu de temps après la découverte de la circulation, on essaya de porter directement les médicaments dans les veines : il en résulta des avantages dans certains cas et des inconvénients dans d’autres. Ce moyen tomba bientôt dans l’oubli , mais il a été et est encore employé avec succès dans les expériences sur les animaux. C’est un excellent artifice pour juger promptement du mode d’action d’un médicament ou d’un poison. C’est par ce procédé qu’on administre les médicaments aux grands animaux à l’école vétérinaire de Copenhague; on y trouve l’avantage d’une action très-prompte et d’une grande économie dans la quantité des médicaments employés.

Un médecin américain vient de donner au monde savant l'exemple d’un beau dévouaient pour les progrès des connaissances : il s’est injecté

dans les veines une certaine quantité d’huile purgative ; heureusement que le hasard a mis quelques difficultés dans l’introduction du liquide, car il aurait été infailliblement victime de son amour pour la science (1). La quantité d’huile introduite peut être évaluée, d’après le récit de l’auteur, a environ deux gros.

Pendant les premiers moments qui suivirent l’injection, M. Haies n’éprouva rien de particulier.

« La première sensation extraordinaire que j’éprouvai, dit-il , était un sentiment particulier, un goût huileux à la bouche. Un peu après midi, pendant que je lavais le sang de mes bras et de mes mains, et que je parlais de très-bonne humeur, je sentis un peu de nausée, avec des éructations et de l’ébranlement dans les intestins, puis une sensation, singulière impossible à décrire me sembla monter rapidement à la tête; au même instant je sentis une légère raideur des muscles de la face et de la mâchoire, qui me coupa la parole au

î njection d’huile

de ricin dans les

veines d’un homme.

(1) Nous avons dit que Jes liquides visqueux , tels que l’huile, ne peuvent traverser les capillaires pulmonaires, qu’ils arrêtent ainsi la circulation, et causent immédiatement la mort. (Voyez Journal de Physiologie , t. T,)

milieu d’un mot, accompagnée d’un sentiment de frayeur et d’un léger évanouissement; je m’assis, et au bout de quelques instants je me trouvai un peu rétabli. A midi un quart j’avais toujours le goût d’huile, avec un peu de sécheresse dans la bouche; je pris l’air, ce qui me fit du bien; après m’être reposé quelques moments, mon pouls battait soixante-quinze pulsations par minute. A midi trente-cinq minutes le dérangement des intestins continue et augmente; légères douleurs, comme si j’avais pris un purgatif; forte nausée, étourdissement : mon bras est enraidi , ce que j’attribue au bandage. A midi et trois quarts dérangement plus grand encore des intestins ; nausée plus forte, encore plus de goût d’huile ; bouche moins sèche; cinq minutes plus tard, envies d’aller à la garde-robe, mais sans effet; légères douleurs de tête. A une heure vingt minutes, la douleur des intestins augmente, elle est aggravée par la pression; besoin urgent d’aller à la garde-robe, sans aucun effet, semblable à celui que procure une purgation; la nausée continue. A deux heures mieux, presque plus de nausée ; besoins constants d’aller à la garde-robe, mais inutiles; ils se répétèrent encore deux fois très -forts dans le courant de la journée. Cet état se dissipa plus tard.»

M. Haies resta malade pendant près de trois semaines, et fut long-temps à recouvrer ses forces et sa santé. • »

L 'injection des médicaments dans les veines peut être regardée aujourd’hui comme la seule ressource efficace pour quelques cas extrêmes où les secours ordinaires de la médecine sont insuffisants.

Sur i introduction de l'air dans les veines .

Je ne puis comprendre par quelle inadvertance Bicliat répète, dans vingt endroits de ses ouvrages, qu’une bulle d’air entrée accidentellement dans les veines produit inopinément la mort. Rien n’est plus inexact que cette assertion ; chacun peut aisément s’en assurer en poussant avec une seringue de l’air dans une veine. J’ai annoncé ce fait dès l’année ! 809, d ans un mémoire lu à la première classe de f Institut; et depuis cette époque Nysten a publié un travail spécial sur cette question. 11 a nonseulement injecté de l’air atmosphérique dans le système veineux , mais encore la plupart des gaz connus. 11 a constaté que plusieurs gaz , tels que foxigène , l’acide carbonique , qui se dissolvent dans le sang, peuvent être portés dans la circulation en assez grande quantité sans inconvénient grave , qu’au contraire les gaz peu ou point solubles causent souvent des accidents, et même la mort.

J’ai montré fréquemment dans mes cours une différence importante qui résulte du mode d’introduction de l’air dans les veines. S’il est introduit len tement , rien de fâcheux n’en résulte ; s’il est poussé

Introduction do i’air dans les veines.

d’un seul coup, l’animal ne tarde pas à éprouver une accélération remarquable de la respiration ; on entend un bruit particulier dans sa poitrine, effets des chocs que Fair éprouve dans les veines caves, l’oreillette droite , le ventricule et l’artère pulmonaire; bientôt l’animal pousse des cris aigus, et ne tarde pas à mourir. L’ouverture de son corps montre que le cœur , surtout à droite , l’artère pulmonaire, etc. sont distendus fortement par de l’air ou par une mousse sanguine légère , presque entièrement formé parle gaz. Celui-ci se retrouve dans le tissu cellulaire du poumon , où il a produit l’emphysème de cet organe, et dans les artères de toutes les parties du corps, et particulièrement celles du cerveau (i).

(î) Certains animaux reçoivent des quantités énormes d’air introduit brusquement dans leur veine sans périr. Je me rappelle en avoir poussé, avec toute la force et toute la promptitude dont je suis capable, jusqu’à vingt ou vingtquatre litres dans les veines d’un très-vieux cheval sans qu’il mourût de suite ; mais il succomba enfin. En l’ouvrant nous trouvâmes tout le système circulatoire plein d’air mêlé au sang, et, ce qui nous frappa, le système lymphatique distendu par une énorme quantité de lymphe légèrement colorée en jaune, et mêlée à un peu d’air. J’ai répété plusieurs fois cette observation, qui est de nature à jeter quelque lumière sur l’utilité encore ignorée du système lymphatique. On pourrait croire, d’après ces faits, qu’il sert de réservoir pour îe trop plein du système circulatoire dans certaines cir-

DE PHYSIOLOGIE. /j3o

Ces effets mortels de l'introduction brusque de l'air dans les veines se sont vus plusieurs fois sur l’homme : dans certaines opérations chirurgicales, une veine du cou est ouverte : au moment de l’inspiration l’air extérieur est attiré dans la veine ouverte en quantité plus ou moins considérable , le bruit de l’air agité et choqué dans le cœur se fait entendre, et le malade meurt. L’ouverture montre les phénomènes décrits ci-dessus. Pareil accident se voit quelquefois dans les saignées qui sont faites à la jugulaire du cheval, au moment où le vétérinaire soulève la veine pour la piquer avec une épingle, et fermer l’ouverture précédemment faite. (Voyez Journal de Physiologie , tom. I. )

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