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AUDITION

L'audition est une fonction destinée à nous faire connaître le mouvement vibratoire des corps.

Le son est à l'ouïe ce que la lumière est à la vue. Le son est le résultat de l'impression que produit sur l'oreille un mouvement vibratoire imprimé aux molécules d'un corps, par la percussion ou toute autre cause. Ce mot désigne quelquefois le mouvement vibratoire lui-même. Quand les molécules d'un corps ont été ainsi mises en mouvement, elles le communiquent, suivant certaines lois , aux corps élastiques qui les environnent : ceux-ci se comportent de même, et de proche en proche le mouvement vibratoire se propage quelquefois très-loin. Les corps élastiques en général peuvent seuls produire et propager le son; mais ordinairement les corps solides le produisent, tandis que l'air est le plus souvent le véhicule qui le transmet à notre oreille.

On distingue dans le son Yintensitêj le ton et le timbre. t ;

V intensité du son dépend de 1 eteirçlue des vibrations.

moulins, sur l'usage des couleurs de la choroïde chez les animaux vertébrés, Journal de Physsiologie, t. IV, p. 89; ?id. Anim /Ermi. de Hunier, p. aJja cl a 55.)

Du s m.

Foi mali 1 1 t!u HOU.

(ntemito

du son.

Dll ton . Le ton dépend du nombre des vibrations qui se produisent dans un temps donné; et, sous ce rapport, le son est distingué en aigu et en grave. Le son grave naît de vibrations peu nombreuses, le son aigu est formé de vibrations très-multipliées.

De$ son* I*e » on te p' us g rave <I ue l'oreille puisse perce- •ppr^ciabic». vo ^ ÇS | ? dit-on, formé de trente vibrations par

seconde ; la plupart des physiciens ont avancé que le son le plus aigu est formé de douze mille vibrations ; mais M. Savart vient de prouver, par une série d'expériences et par des instruments aussi ingénieux que précis, que l'oreille perçoit des sons de 48,ooo vibrations (i). Entre ces deux limite? sont renfermés les sons comparables ou appréciables. c est-à-dire des sons dont l'oreille compte instinc- Du bruit, tivement les vibrations. Le bruit diffère du son appréciable, en ce que l'oreille ne distingue pas le nombre des vibrations dont il est formé.

Un son comparable, composé du double de vibrations d\in autre son, est dit à l'octave de celui-ci. Entre ces deux sons (af) il en est d'intermédiaires, qui sont au nombre de six, et qui constituent l'échelle diatonique, ou la gamme ; on ks design* par les noms ir, mi, /a, soi, lm, «.

«o* Quand on met en mouieuient un corps sonote par un moven quelconque d ébranlement, on entend d abord un son trè$-di*tinct, plus ou moins

, VoTei ému dé ********* «*C*w±, oc**f* i$3«.

intense, plus ou moins aigu, etc., suivant les cas : c'est le son fondamental; arec un peu d'attention on reconnaît qu'il se produit en même temps d'autres sons. On nomme ceux-ci harmoniques. Cette remarque se fait facilement en pinçant la corde d'un instrument.

Il paraît que le timbre du son dépend de la na- Du timbre, ture du corps sonore, ainsi que du plus ou moins grand nombre d'harmoniques qui se produisent en même tems que le son principal.

Le son se propage à travers tous les corps élas- Propagation tiques, .La vitesse de sa marche est variable suivant le corps qui sert à le propager. Le son parcourt dans l'air mille quarante-deux pieds par seconde. Sa transmission est encore plus rapide à travers l'eau, la pierre, le bois, etc. (1). En se propageant, le son perd en général de sa force en raison directe du carré de la distance ; c'est au. moins ce qui a lieu pour l'air. Il peut aussi , dans quelque cas, et dans certaines limites, acquérir de l'intensité en se propageant; c'est lorsqu'il marche au travers de corps très-élastiques, comme les métaux, le bois, l'air condensé, etc.

Les sons aigus, graves, intenses, faibles, etc., se propagent avec une égale rapidité, et sans se confondre.

(1) Voyer les Mémoires d'Arcueil, tom. Iï.

liiS PHÉCIS ÉLEMKM AIRK

On pense généralement que le son se propage en ligne droite, en formant des cônes analogues à ceux que forme la lumière, avec cette différence essentielle cependant que, pour les cônes sonores, les molécules n'ont qu'un mouvement d'oscillation, tandis que pour les cônes lumineux elles ont un mouvement de transport.

.Propriété Quand une corde est à l'unisson d'une autre membranes cor de, c'est-à-dire quand elle produit le même son, élastiques. m j se en vibration de la même manière, elle offre une propriété remarquable : elle vibre et produit le son qui lui est propre, si ce son est produit dans son voisinage. Cette propriété des cordes à l'unisson était connue depuis long-temps, mais on ne savait pas aussi bien que tous lc6 corps sont susceptibles de vibrer, et d'offrir un phénomène analogue à celui que présentent les cordes. . Expériences M. Savart a montré, par une série d'expériences

de M. Savart. , . 1 i <i

ingénieuses, que toutes les membranes élastiques, sèches ou humides, vibrent et transmettent. le son si des vibrations sonores se faisaient entendre auprès de ces membranes, et sans qu'elles fussent ,à l'unisson avec les corps qui produisent les vibrations. AL Savart a aussi prouvé que les divers degrés de tension des membranes, leur épaisseur, leur homogénéité, l'humidité plus ou moins grande, avaient une influence remarquable sur la facilité qu'elles ont à vibrer par communication; mais que, quel que fût leur état, elles vibraient

toujours à l'unisson avec le son produit; cette loi est d'ailleurs commune à tous les corps.

Ces expériences sont d'autant plus importantes qu'une grande partie des organes de l'ouïe se composent de membranes et de lames élastiques, ainsi que Ton va le voir.

Lorsque le son rencontre un corps qui lui fait ^fj^ 011 obstacle, on présume qu'il se réflécbit de la même manière que la lumière, c'est-à-dire en faisant un angle d'incidence égal à l'angle de réflexion. La forme du corps qui réfléchit le son a sur lui la même influence. La lenteur avec laquelle le son se propage produit certains phénomènes dont l'explication n'est pas encore très -satisfaisante : tel est le phénomène de l'écho, celui de la chambre mystérieuse, etc.

Appareil de l'audition.

L'appareil auditif est très-compliqué; nous n'insisterons pas sur les détails anatomiques : il n'en résulterait aucun avantage, car on est encore trèspeu instruit sur les usages des diverses parties qui constituent ce sens.

De même que dans l'appareil de la vision, on trouve dans celui de l'ouïe un ensemble d'organes qui paraissent concourir à la fonction par leurs propriétés physiques, et derrière ceux-ci un nerf

destiné à recevoir et à transmettre le» impressions.

L'appareil auditif se compose de l'oreille externe, de l'oreille moyenne, de l'oreille interne, et du nerf acoustique.

Oreille exlerne.

On comprend sous cette dénomination le pavillon et le conduit auditif externe.

oni-w Le pavillon est plus ou moins grand, suivant ' vM 1 les individus. Sa face externe, qui, dans une oreille bien conformée, est un peu antérieure, présente cinq cmincnces, qui sont Y hélix , Yanthélix, le tragusj Yantilragus, le lobule, et trois cavités, savoir, celle de l'hélix, la fosse naviculaire et la conraviiion. que. Le pavillon est formé d'un fibro- cartilage souple et élastique ; la peau qui le recouvre est mince, sèche ; elle est adhérente au fibro-cartilage par un tissu cellulaire serré qui contient très-peu de graisse ; le lobule seul «n contient une asseï grande quantité. Au-dessous de la peau se voit un grand nombre de follicules sébacés, qui fournissent une matière blanche et micacée, qui donne à la peau son poli et une partie de sa souplesse. Ou voit aussi sur les diverses saillies du pavillon quelques fibres musculaires auxquelles on donne le nom de muscles, mais qui ne sont pour ainsi

dire que des vestiges (•). Le pavillon reçoit beaucoup de nerfs et de vaisseaux; aussi est-il trèssensible, et devient-il facilement rouge. 11 est attaché à la tête par des ligaments du tissu cellulaire et des muscles qu'on a appelés, d'après leur position, antérieur, supérieur et postérieur. Ces muscles sont très-développés chez beaucoup d'animaux; chez l'homme, on peut les considérer aussi comme de simples vestiges.

Conduit auditif.

Ce conduit s'étend de la conque à la membrane Conduit du tympan; sa longueur, variable suivant l'âge, e îtVuc. est de dix à douze lignes chez l'adulte ; il est plus étroit dans son milieu qu'à ses extrémités; il présente une légère courbure en haut et en avant. Son orifice externe est ordinairement garni de poils, à l'instar de l'entrée des autres cavités. 11 est composé d'une partie osseuse, d'un fibro-cartilage qui se confond avec celui du pavillon, d'une partie fibreuse qui le complète en haut. La peau s'y enfonce en s'amincissant, et se termine en recouvrant la face externe de la membrane du tym-

(1) On appelle vestiges, en anatomie, des parties san$ usage chez les animaux où on les observe, et qui ne font qu'indiquer le plan uniforme que la nature semble avoir suivi dans la construction des animaux vertébrés.

l32 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

pan. Au-dessous de cette peau existent un grand nombre de follicules sébacés, qui fournissent le cérumen, matière jaune, amère, etc., qui a des usages que nous indiquerons plus tard.

Oreille moyenne.

L'oreille moyenne comprend la caisse du tympan, les osselets qui sont contenus dans cette caisse, les cellules mastoïdiennes, le conduit guttural , etc.

Caisse du tympan.

Caisse du La caisse du tympan est une cavité qui sépare ivi"i>an. l'oreille externe de l'oreille interne. Sa forme est celle d'une portion de cylindre un peu irrégulier. Sa paroi interne présente en haut le trou ovale , qui communique avec le vestibule, et qui est fermé par une membrane; immédiatement au-dessous, une saillie qu'on appelle promontoire; au-dessous de cette saillie, une petite rainure qui loge un filet de nerf; plus bas encore une ouverture, nommée trou rond * qui correspond à la rampe externe du limaçon, et qui est aussi fermée par une membrane. Le côté externe présente la membrane du tympan. Cette membrane est dirigée obliquement en bas et en dedans ; elle est tendue , très-mince et transparente, recouverte en dehors par un prolongement de la 'peau, en dedans par la mem-

Orcîlle moyenne.

DE PHYSIOLOGIE. î ÔJ

brane muqueuse, qui revêt la caisse ; elle est aussi caiisc du recouverte de ce côté par le nerf nommé corde du ^"P*"tympan : son centre donne attache à 1 extrémité du manche du marteau ; sa circonférence est fixée à l'extrémité osseuse du conduit auditif; elle y adhère également dans tous les points, et ne présente d'ailleurs aucune ouverture qui fasse communiquer l'oreille externe avec l'oreille moyenne. Son tissu est sec, fragile, et n'a point d'analogue dans l'économie animale; on n'y reconnaît point de fibres, de vaisseaux, ni de nerfs.

La circonférence de la caisse présente en avant : r l'ouverture du conduit guttural, par lequel la caisse communique avec la partie supérieure du pharynx ; 2 0 l'ouverture par laquelle entre le tendon du muscle interne du marteau. En arrière, on voit : i° l'ouverture des cellules mastoïdiennes, cavités anfractueuses, pratiquées dans l'épaisseur de l'apophyse mastoïde, qui sont toujours remplies d'air ; 2* la pyramide, petite saillie creuse qui loge le muscle de l'élrier; 3° l'ouverture par laquelle entre dans la caisse la corde du tympan. En bas, la caisse offre une fente, nommée glénoïdale, par laquelle entre le tendon du muscle antérieur du marteau, et sort la corde du tympan pour aller s'anastomoser avec le nerf lingual de la cinquième paire. En haut, la circonférence n offre que quelques petites ouvertures, par lesquelles passent des vaisseaux sanguins. La caisse du tym-

pau et tous les conduits qui y aboutissent , sont tapissés d'une membrane muqueuse très-mince : cette cavité, qui est toujours remplie d'air, contient en outre quatre osselets (le marteau, Y enclume, le lenticulaire et Y ë trier) ^ qui forment une chaîne depuis la membrane du tympan jusqu'à la fenêtre ovale, où est ûxce la base de letrier. De petits muscles sont destiués à mouvoir cette chaîne, à tendre et à relâcher les membranes auxquelles elle aboutit : ainsi, le muscle interne du marteau la tire en avant, courbe la c haine dans ce sens, et tend les membranes; le muscle antérieur produit î effet opposé. O'A conçoit aussi que le petit muscle qui est lo$é dans la pyramide, et qui s'attache au coi de IVtrier, peut imprimer une iezere sioii à la chaîne, en la tirant de son c»>tê-

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l)K PHYSIOUXilfc. 10 J

seuse et en partie membraneuse. La rampe externe communique, par la fenêtre ronde, avec la caisse du tympan ; la rampe interne aboutit dans le vestibule.

Canaux demi-circutaitts.

On appelle ainsi trois cavités cyliudroïdes , Canaux Ucm courbées en demi-cercle, dont deux sont disposées t,,cu|a,,,fsi horizontalement, tandis que la troisième est verticale. Ces canaux se terminent au vestibule par leurs extrémités. Ils contiennent des corps de couleur grisâtre, qui se terminent à leûrs extrémités par des renflements.

Vestibule.

Cavité centrale, point de réunion de toutes les i,. h iib M u-. autres. Elle communique avec la caisse par la fenêtre ovale, avec la rampe interne du limaçon, avec les canaux demi-circulaires, et avec le conduit auditif interne par un grand nombre de petites ouvertures.

Toutes les cavités de l'oreille interne sont creusées dans la partie la plus dure du rocher : elles sont tapissées d'une membrane extrêmement mince, et sont remplies par un liquide ténu , limpide, nommé liquide de Cotunni, lequel peut re-

1 38 l'HEli* ÉLÉMENTAIRE

même tres-légèrement, sans qu'il n'en résulte une douleur des plus aiguës. Sous ce rapport, le nert de l'ouïe ressemble donc au nerf optique.

Mécanisme de l'audition.

Uiaues du pavillon.

du H rassemble les rayons sonores et les dirige vers Tom'ue dc J e conduit auditif, d'autant mieux qu'il est plue grand, plus élastique, plus détaché de la tète, et plus dirigé en avant. Boerhaave prétendait avoir prouvé, par le calcul, que tous les rayons sonores qui tombent sur la face externe du pavillon sont, en dernier résultat, dirigés vers le conduit auditif. Cette assertion est évidemment inexacte, au moins pour certains pavillons dont l'anthélix est plus saillant que l'hélix. Comment arriveraient à la conque les rayons qui viendraient tomber sur la face postérieure de l'anthélix?

11 est beaucoup plus probable que le pavillon est lui-même, à raison de sa grande élasticité, qui peut être modifiée légèrement par les muscles intrinsèques, susceptible d'entrer en vibration souk l'influence des ondulations sonores imprimées à l'air. Et, quant aux inégalités de sa surface, il parait, suivant 11. Savart, qu'elles auraient pour utilité de présenter toujours une égale surface de pentes dont la direction serait normale à celle du mouvement \ ibratoire imprimé à l'air. L'expérience

appreud en effet que selon qu'une membrane est ou n'est pas parallèle aux surfaces des corps qui vibrent près d'elle, ses oscillations sont plus ou inoins prononcées. Le parallélisme est le cas le plus favorable.

Le pavillon n'est pas indispensable à l'audition, u pariiion car chez l'homme et chez les animaux il peut être dispensable enlevé sans que l'ouïe en souffre, si ce n'est au-delà à 1 audlllon de quelques jours.

Usages du conduit auditif.

Le conduit transmet le son à la manière de Usages du tout autre conduit, en partie par l'air qu'il con- auditiV. tient, en partie par sesparois, jusqu'à la membrane du tympan. — Les poils qu'il présente, surtout à son entrée, et le cérumen, ont pour usage de s'opposer à l'introduction des corps étrangers, tels que grains de sable, de poussière, insectes, etc.

Usages de la membrane du tympan.

Cette membrane forme la séparation du conduit Usages de ta

j. » i . ,, « . membrane

auditif et de la caisse; elle est tendue, mince et du tympan., élastique, et partout d'égale épaisseur. A ces divers titres, elle doit entrer en vibration sous l'influence des ondes sonores que lui apporte le conduit, soit par l'air, soit par ses parois.

Mais, d'après une expérience très-simple de

I4O PRKCI5 KLEMF.XTWRF.

M. Savart, il parait que c'est surtout le sou transmis par l'air qui la met en vibration.

Ce savant physicien plaça au sommet tronqué d'un cône fait arec une feuille de carton, une petite membrane tendue qui en fermait l'ouverture à peu près comme la membrane du tympan ferme le conduit auditif ; il produisait ensuite des sons près des parois, ;\ l'extérieur du cône ; la membrane vibra peu ; mais s'il produisait les mêmes sons a la base du cône, de manière qu'ils fussent transmis à la membrane par lair intérieur, les vibrations étaient très-prononcées, même à une distance de vin^t-cinq à trente mètres.

La manière dout les muscles du marteau slnsèrent a cet osselet, et la manière dvnt il est luimême fixe à la membraue, indiquent clairement qu'il doit y a\otr des degrés dans sa tension. On ne pourrait, sans absurdité, supposer que cette petite membrane se mit à l'unisson des innombrables sons que notre oreille perçoit, mais il est plus qt:e probable que dans certains cas elle est tendue car le muscle interne, et dans d'autres relâchée par le muscle antérieur du marteau.

Ou u'awit eu jusqu'ici que des conjectures à lu ire sur cette question curieuse, mais quelques essais de M. Savart semblent avoir dévoile la • en:e.

tj.:jud une membrane mince est tres-tendue.

-«r vjre a«*c d Ji-. u> e "e st-à-d.ire q/.ie les ex-

cursions de ses parties vibrantes sont très-petites; u^ge» c'est le contraire quand la même membrane est ^Jm^leou! relâchée ; et comme il est prouvé directement , par l'expérience, que la membrane du tympan en place, vibre par l'effet des ondes sonores qui parviennent à sa surface, il n'est pas douteux non plus, que plus elle est tendue et moins les amplitudes de ses excursions sont grandes. Il y ^ donc une forte probabilité qu'elle se relâche pour les sons faibles ou agréables, et qu'elle se tend pour les sons trop intenses ou désagréables.

Comme la membrane du tympan est sèche et élastique, elle doit très-bien transmettre le son, d'une part à l'air contenu dans la caisse, de l'autre à la chaîne des osselets (1). La corde du tympan ne peut manquer de participer aux vibrations de la membrane, et de transmettre au cerveau quelques impressions. On sait que le contact d'un corps étranger sur la membrane est excessivement douloureux, et qu'un bruit violent occasione aussi une vive douleur, et même son déchirement; toutefois ce dernier accident n'a pas la gravité qu'on pourrait craindre, car la membrane peut être rompue et même rester perforée sans que l'audition soit sensiblement dérangée.

(i) Pour les diverses opinions Omises sur les usages de celte membrane, voyez Hali,er, loin. V, pag. 198, 199 cl suivantes.

ï/f4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

menter l'intensité du son qui arrive dans la caisse. Si elles produisent cet effet, ce doit être plutôt par les vibrations des lames qui séparent les cellules , que par celles de l'air qu'elles contiennent.

Le son peut arriver à la caisse autrement que par le conduit auditif , les chocs produits sur les os de la tète sont dirigés vers le temporal, et perçus par l'oreille. Tout le monde sait qu'on entend distinctement le bruit du mouvement d'une montre lorsqu'on la met en contact avec les dents.

Usages de l'oreille interne.

Usages <ie On est très-peu instruit des fonctions de l'oreille Interne. interne; on conçoit seulement que les vibrations sonores y sont propagées de plusieurs manières, mais principalement par la membrane de la fenêtre ovale, par celle de la fenêtre ronde, et par la paroi interne de la caisse ; que le liquide de Cotunni doit éprouver des vibrations qui se transmettent au nerf acoustique. On conçoit aussi combien îl est important que ce liquide puisse céder à des vibrations trop intenses, qui pourraient endommager ce nerf. Il est possible, en ce cas, qu'il reflue dans les aqueducs du limaçon et du vestibule, qui, sous ce rapport, auraient, comme on voit, beaucoup d'analogie avec la trompe d'Eustache.

La rampe externe du limaçon doit recevoir principalement les vibrations par la membrane de

la fenêtre ronde; le vestibule, par l'extrémité de la chaîne des osselets ; les canaux demi-circulaires, par les parois de la caisse, et peut-être par les cellules mastoïdiennes, qui souvent se prolongent jusqu'au-delà des canaux. Mais on ignore absolument la part que prend à l'audition chacune des parties de l'oreille interne (1).

(1) Le célèbre TIl. Joung, secrétaire de la Société royale de Londres, cet homme d'un si prodigieux savoir, et d'une si haute capacité intellectuelle, a proposé plusieurs idées relatives aux usages de l'oreille interne; selon lui, les canaux demi-circulaires servent à juger de Vacuité ou de la gravité des sons ; ils reçoivent les ébranlements en même temps par leurs deux extrémités, ce qui occasione une récurrence d'effets semblables d différents pqints de leur longueur, selon le caractère du son, L'étrier presse plus ou moins le fluide du vestibule, qui transmet les impressions sonores. Le limaçon paraît être un micromètre du son. (Med. Ut., p. 98, Let. 5.) Mais que sont les suppositions les plus ingénieuses quand elles ne sont pas appuyées de faits ou vérifiées par des expériences ?

M. Deleau a reconnu chei un enfant sourd-muet de naissance, et complètement insensible à toute espèce de son, absence de l'étrier et de la fenêtre ovale. Des faits de cette nature, en se multipliant, pourront un jour éclairer les usages de l'oreille interne.

Voyez pour cette question difficile et obscure un mémoire

de M . Esscr, sur tes Fonctions des diverses parties de l 1 organe auditif, traduit et annoté par M. G. Ereschet, Archives générales de Médecine, i83i. Voyez aussi un mémoire de Muncke, dans les Archives de Meckcl, t. VII, p. 1.

l46 P1ŒC1S ÉLÉMENTAIRE

La cloison osso-membraneuse qui sépare le limaçon en deux rampes, a donné lieu à une hypothèse que personne n'admettrait aujourd'hui.

Action du nerf acoustique.

Action Le nerf acoustique reçoit les impressions, et les acVuHtiquc. transmet au cerveau ; celui-ci les perçoit avec plus ou moins de promptitude, de justesse, suivant les individus ; mais cette action elle-même est soumise à l'influence de la cinquième paire. Quand ce dernier nerf est coupé ou malade, l'ouïe est faible et souvent abolie.

Beaucoup de personnes ont l'ouïe fausse , c'està-dire ne distinguent pas exactement les sons.

On n'explique point l'action du nèrf acoustique ni celle du cerveau dans l'audition, mais on a fait à cet égard quelques observations.

Les sons, pour être perçus , ont besoin d'être dans de certaines limites d'intensité. Un son trop fort nous blesse, un son trop faible ne produit pas de sensation. Nous pouvons percevoir un grand nombre de sons à la fois. Les sons, et surtout les sons appréciables, combinés et se succédant d'une certaine manière, sont une source de sensations Musique, des plus agréables. Un art, la musique, dispose et combine les sons. Pour les oreilles organisées de manière à le sentir, la musique est sans doute le son* premier des arts, car aucun autre ne fait naître agi-aabic». ^ sens ations plus vives et plus délicieuses,

bE PHYSIOLOGIE. l^J

n'excite plus facilement l'enthousiasme porté jusqu'au délire , ne laisse des traces- plus profondes et un plus doux souvenir.

D'autres combinaisons de sons produisent, au Son*

. . . , , , . . désagréables.

contraire, une impression désagréable : les sons très-aigus blessent l'oreille; les sons^ très-intenses et très-graves déchirent la membrane du tympan. Lorsqu'un son a été très-prolongé, nous croyons encore l'entendre, quoiqu'il ait déjà cessé depuis long-temps.

De même que des aveugles nés ont été rendus à la lumière à un âge où ils pouvaient tenir compte de leurs sensations, de même des sourds de naissance ont acquis l'ouïe à une époque assez avancée de leur vie pour comprendre l'immense avantage de l'acquisition d'un nouveau sens. La science possède aujourd'hui plusieurs exemples de cette nature ; ils ne sont pas moins intéressants sous le rapport physiologique que sous le point de vue philosophique.

Tel est l'histoire suivante, dont l'authenticité a été constatée par l'Académie des Sciences de Paris : Louis-Honoré Trésel, .igé de dix ans, né à Histoire Paris de parents pauvres,- était de cette classe de Trésci°8ourdsourds qui n'entendent pas même les bruits les nÀ\l»ln C l t plus violents, les explosions les plus fortes. Sa ^ d ii*piro"c? physionomie, image de son intelligence, avait peu d'expression, il traînait les pieds à chaque pas ; sa démarche était chancelante ; il ne sa-

l48 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Hiitoirc vait pas se moucher. L'ouïe lui fut donnée au

d'Honoré , . . , .

Tréaei , sourd- moyen a une opération inventée par un sourd, nS^ànw, <I m 9 fatigué de sa position et de l'inutilité des H^iap^oil! tentatives des médecins, parvint à se guérir luimême.

Cette opération consiste en des injections d'air ou de diveis liquides dans la caisse du tympan par le conduit guttural de cette caisse.

Les premiers jours qui suivirent le développement de son ouïe, furent pour Honoré des jours de ravissement. Tous les sons, les bruits même, lui causaient un plaisir ineffable, et il les recherchait avec avidité ; il était particulièrement dans une sorte d'extase en écoutant une tabatière harmonique; mais il lui fallut un certain temps avant qu'il s'aperçût que la parole était un mpyen de communication ; encore s'attaeha-t-il d'abord, non aux sons qui la forment, mais aux mouvements des lèvres qui l'accompagnent, et auxquels jusque-là il n'avait donné aucune attention : aussi crut-il pendant quelques jours qu'un enfant de sept mois parlait, parce qu'il lui voyait remuer les lèvres. On lui fit bientôt reconnaître son erreur, et il sut dès lors que c'était aux sons qu'il fallait attacher de l'importance, et non aux mouvements des lèvres qui les accompagnent.

Mais le malheur voulut qu'il entendît une pie prononcer quelques mots ; généralisant aussitôt ce fait particulier, il en conclut que tous les animaux

DE PHYSIOLOGIE. l^Çf

étaient doués de la parole, et voulut absolument notoire faire parler un chien qu'il affectionnait. U recourut Trl5° ™mdà la violence pour lui faire dire papa, du pain, n 2 nc ^ seuls mots qu'il pût lui-même prononcer. Les et^Uparoîê 0 cris aigus de l'animal finirent par l'effrayer, et il renonça à sa singulière entreprise.

Un mois, s'écoula, et cependant Honoré restait à peu près au même point. Absorbé par ses sensations et ses remarques nouvelles, il ne pouvait pas saisir les syllabes qui forment tes mots. Il lui fallut près de trois mois avant qu'il distinguât et comprît quelques mots composés, et le sens de quelques phrases simples et courtes.

Il lui fallut aussi beaucoup de temps pour reconnaître la direction du son. Une personne, s'étant cachée dans une chambre où se trouvait l'enfant, l'appela à diverses reprises; ce ne fut qu'avec grand-peine qu'il découvrit le lieu d'où partait la voix; enccyre fut-ce plutôt par les yeux et le raisonnement qu'il y parvint que par son oreille.

(Voir la fin de cette observation à l'article des rap~ vortê de rouie et de la voix,)

Action simultanée des deux appareils de l'ouie.

Nous recevons deux impressions, et cependant Action

nous n'en percevons qu'une. On a dit que nous "^J"^

ne nous servions jamais que d'une oreille à la fois, ^f^jj 1 * ce qui est inexact. A la vérité, quand le son arrive

Comment nous esti mon* la di* rection du

directement à une oreille, il est saisi bien plus facilement par celle-là, et bien plus difficilement par l'autre : aussi, dans ces cas, n'employonsnous qu'une oreille ; et lorsque nous écoutons attentivement un son que nous craignons de ne pas entendre , faisons^-nous en sorte que les rayons entrent directement dans la conque. Mais, quand il s'agit de juger de la direction du son, c'est-àdire de décider du point d'où il part, nous sommes obligés de nous servir de nos deux oreilles, car ce n'est qu'en comparant l'intensité des deux impressions, que nous parvenons à reconnaître le lieu d'où part le son. Si, par exemple, on se bouche exactement une oreille, et que l'on fasse produire, à quelque distance de soi, un bruit léger dans un lieu obscur, il sera impossible de juger de la direction du son ; on pourra y réussir en se servant des deux oreilles. La vue est d'un grand secours pour ces sortes de jugement, car souvent, dans l'obscurité, même en se servant des deux oreilles, il est impossible de décider d'où part le bruit qui nous frappe.

Manière Le son peut aussi nous faire juger de la distance

dont nous ,

u^eon» delà qm nous sépare du corps qui le produit; mais,

distance des * i . . . , ,

pour porter des jugements justes a cet égard, il faut que la nature du son soit familière, car, sans cette condition, nous tombons dans des erreurs inévitables. Nous jugeons, dans ce cas, d'après ce principe, qu'un son tres-intense part d'un corps voi-

eorps sonores.

sin, tandis qu'un son faible part d'un corps éloigné : Erreur»

. , . , d'acoustique.

s il arrive qu un son intense vienne d un corps éloi-

gné, si un 'son faible part d'un corps voisin, il y a alors ce qu'on nomme erreurs d* acoustique. En général, nous sommes facilement trompés sur le point d'où part le son ; la vue, le raisonnement, sont d'un grand secours pour asseoir un certain jugement à cet égard.

Les divers degrés de divergence ou de convergence des rayons sonores ne paraissent pas influer sur l'audition; aussi l'art ne modifie-t-il la marche des rayons sonores que pour en faire entrer à la fois un plus grand nombre dans l'oreille : c'est à quoi servent les cornets acoustiques mis en usage quand l'ouïe est dure. Il est quelquefois nécessaire de diminuer l'intensité des sons : nous plaçons

alors instinctivement un corps mou et peu élastique dans le conduit auditif.

Modifications de l'audition par l'âge.

L'oreille est formée de très-bonne heure chez le Audition fœtus. A la naissance, tout ce qui appartient à dans le8 a s cs * l'oreille interne, aux osselets, est à peu près tel Oreille qu'il restera par la suite ; mais les autres parties de dc 1 enlant * l'oreille moyenne et de l'oreille externe ne sont point encore en étal d'agir, ce qui établit une différence très-grande entre l'œil et l'oreille. Le pavillon est relativement très-petit, mou et par conséqueut peu élastique; il est tout-a-fait impropre

i5a précis

Or~afe* à remplir les fonctions qui lui sont attribuées. Les parois du conduit auditif participent de la structure du pavillon ; la membrane du tympan est trèsoblique, et fait en quelque sorte suite à la paroi supérieure du conduit ; elle est, en conséquence, mal disposée pour recevoir les rayons sonores. Toute 1 oreille externe est recouverte d une matière blanchâtre, moUe, et qui s'oppose encore à ce qu'elle puisse remplir ses fonctions. La caisse du tympan est un peu plus petite, proportionnellement; au lieu d'air, elle contient un mucus épais. Les cellules mastoïdiennes n'existent point. Par les pro- . grès de laçe , l'appareil auditif acquiert asset promptement la disposition que nous avons indî- Or*'.* quee pour l'adulte. Dans la vieillesse, les changements qull éprouve, sous les rapports physiques, loin d être défavorables, comme cela arrive pour l'œil . semblent au contraire le perfectionner : toutes les parties deviennent plus dures, plus élastiques; les cellules mastoïdiennes s'étendent jusqu'au sommet du rocher, enveloppa* ainsi de tous ciMës les cavités de l'oreille interne.

Les bruits les plus forts u'atrectent pas sensiblement IVciant qui vient de naître : après quelque temps, il porait reconnaître les sous ai^us; aussi est-ce tt ^er.re de sons que les nourrices cboîsisi -z. <m sent pair attirer son attention. Il se passe fort lorx-t» uips avant que l'enfant ju^r* sainement de linr-a^ùt. de li direction du sou, et surtout avant

qu'il attache un sens aux différents sons articulés. De même qu'il affectionne la lumière vive, de même les sons les plus aigus, les plus intenses, sont ceux qu'il préfère pendant long-temps.

Quoique l'appareil auditif se perfection ne physiquement avec l'âge, il est certain cependant que l'ouïe devient dure avec la première vieillesse, et qu'il est très-peu de vieillards qui ne soient plus ou moins sourds. Cette circonstance paraît tenir, Audition d*une part, à la diminution de l'humeur de Co- ^u!L tunni, et de l'autre, à la diminution progressive de la sensibilité du nerf acoustique.

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