DE LA VOIX
On entend par voix le son qui est produit dans De la voix, le larynx au moment où l'air traverse cet organe, soit pour entrer dans la trachée-artère, soit pour en sortir.
Pour l'intelligence du mécanisme par lequel la voix est produite et modifiée, il est nécessaire que nous disions quelques mots de la manière dont le son se produit, se propage et se modifie dans les instruments a vent, principalement sur ceux qui ont le plus d'analogie avec l'organe de la voix.
En général, un instrument à vent est formé d'un instrument a tuyau droit ou courbe, dans lequel l'air est mis en vcnt ' vibration par des procédés variables.
Les instruments à vent sont de deux sortes : les uns, nommés à bouche; et les autres, à anche.
Dans les instruments abouche (cor, trompette, intirummuà
l)OUC lit*.
trombone, flageolet, flûte, tuyau d'orgue en flûte), c'est la colonne d'air contenue dans le tuyau qui est le corps sonore. Pour qu'elle produise des sons, il faut y exciter des vibrations. Les moyens qu'on
emploie a cet effet sont variables, suivant l'espèce d'instrument. La longueur, la largeur, la forme du tube, tes ouvertures pratiquées sur ses côtés ou à ses extrémités, la force, et la manière avec laquelle on excite les vibrations, sont les causes qui font varier les sons de cette espèce d'instrument. La nature de la matière qui les forme n a d'influence que sur le timbre du son. La théorie de ces instruments lorsque leurs paroi* sont rigides est entièrement semblable à celledes vibration ioridtudinales ^> cordes V. Cor. naissant les o^ridftiOLS physiques da:;> lesquelles se tr u e sexbi - : 1- iastrumer.t. »-n p*^t d' îennir-er ex >^t*--**r.t p>x îe calcul le s- o. qnT pr^Liira; H *.V j> d\>b> ur di:-s lecr i? a- rr c e cemir,s r- :îs rebtlfs i 5r u embou- 'h-.yv-. r-Vst-ï-d:î>-- a li -.i..>re d \î • n t :r>dait >'s ? r*t~ î: l'i i : ^ et rr. M'jti.t. i esx > <i< •••r.îrei. < ".tr* if. r~ c~.>tr'jz>; r.t et
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ments (clarinette, hautbois, basson, jeu d'orgue à voix humaine, etc.), Y anche et le corps ou tuyau : le mécanisme en est essentiellement différent.
Une anche est toujours formée d'une et quelque- instrument* fois de deux lames minces, susceptibles de se mou- à anche ' voir rapidement, et dont les vibrations alternatives sont destinées à intercepter et à permettre tour à tour le mouvement d'un courant d'air : c'est pourquoi les sons qu'elles produisent ne suivent pas les mêmes lois que les sons formés par les lames élastiques, libres par un bout, fixes par l'autre, qui excitent immédiatement des ondulations sonores dans l'air libre : dans les instruments à anche, Tanche seule produit et modifie les sons. Si la lame est longue, les mouvements sont étendus, lents, et par conséquent les sons graves ; une lame courte, au contraire, produit nécessairement des sons aigus, parce que les alternatives de transmission et de pression du courant d'air sont plus rapides. L'anche la plus parfaite et celle qui rend les sons les plus agréables est celle qui a été inventée ou renouvelée des Chinois par M. Grenier, et qui est connue sous le nom d'anche libre.
Quand on voudra tirer d'une anche une suite de Anche libic. sons, il faudra faire varier la longueur de la lame : c'est aussi ce que fait le joueur de basson, de clarinette, etc., lorsqu'il produit des sons différents avec ces instruments. C'est aussi ce que fait le facteur d'orgues parles mouvements de la razette.
Ajoutons cependant, comme circonstanceimportante, que le ton plus ou moins élevé que produit l'instrument dépend en partie de l'élasticité , du poids, de l'épaisseur, et même de la forme de la languette ou âme, et de l'intensité du courant d air ;car tous ces éléments n'étant plus les mêmes, la longueur étant invariable, le ton change (1).
Tuyau Une anche ne s'emploie jamais seule; elle s'a-
portevoix. •
dapte toujours à un tuyau, à travers lequel passe le vent poussé dans l'anche, et qui, pour cette raison, doit être ouvert par ses deux extrémités. Le tuyau long et rigide n'influe pas sur le ton du son, il n'a d'influence que sur l'intensité, le timbre, et sur la possibilité de faire parler l'anche. S'il est formé par des lames membraneuses qui varient d'épaisseur, d'élasticité, de tension , elles peuvent influencer fortement le ton, ainsi qu'il ré- . suite de très-belles expériences de M. Savarl;les tuyaux courts modifient surtout l'intensité. Ceux qui déterminent les sons les plus éclatants sont les tuyaux coniques, qui vont en s 'évasant vers l'air extérieur Si le cône est renversé, le son devient sourd ; mais si deux cônes pareils, opposés base à base, sont ajustés à un tuyau conique, le son prend de la rondeur et de la force. Les physiciens ne se rendent point raison de ces modifications (2).
(1) BTiot, loc. cit.; Savarl, Journal de Physiologie, t. 5. (a).Bjot, loc. cil.
Une colonne d'air qui vibre dans un tuyau ne Tuyau
portc-vois.
peut produire qu un certain nombre de sons déterminés ; par une conséquence de ce fait, un tuyau d'anche, lorsqu'il est long, ne transmet aisément que les sons qu'il est apte à produire ; aussi faut-il en général établir d'avance un accord entre l'anche et le corps de l'instrument : par conséquent, lorsqu'on veut tirer successivement différents sons d'un même tuyau d'anche, il faut non-seulement modifie, la longueur de la lame, mais modilier encore d'une manière correspondante la longueur du tuyau , et c'est à quoi servent les trous percés sur les côtés des clarinettes, des bassons, etc. ; en les bouchant ou les ouvrant, on met le tuyau en rapport convenable avec l'anche. Cet accord a d'ailleurs l'avantage de pou voir amener pki s facilement, avec les lèvres, l'anche à donner le son voulu. Cette influence du tuyau est très-marquée pour ceux qui sont étroits (clarinettes, hautbois ) ; elle est telle même, que l'anche pourrait à peine parler si le tuyau n'était amené à son ton. Dans les très-gros tubes (orgues ) , les anches vibrent à peu près comme dans l'air contenu dans de semblables tuyaux lorsqu'ils transmettent le son produit par l'anche. On a vu qu'il en est tout autrement pour les instruments à bouche.
Appareil de la voix.
Puisque le passage de l'air à travers ie larynx est
une condition absolument nécessaire à la formation de la voix , on devrait compter les organes qui le déterminent au nombre des organes vocaux. 11 de-, vrait en être de même pour plusieurs .autres partics qui servent à la production ou aux modifications de la voix; mais devant en parler ailleurs, nous n'insisterons ici que sur le larynx , qui doit être considéré comme l'organe de la voix proprement dit.
Du larynx. Placé à la partie antérieure du cou, formant la saillie qu'on y remarque, intermédiaire- de la langue et de la trachée-artère , le larynx a un volume qui varie suivant l'âge et le sexe. Proportionnellement plus petit dans l'enfant et la femme, il est plus volumineux chez le jeune homme déjà pubère, et davantage chez l'adulte.
Non-seulement le larynx produit la voix , niais il est encore l'agent de ses principales modifications : c'est pourquoi une connaissance exacte de l'anatomje de cet organe est Indispensable si l'on veut parvenir à comprendre le mécanisme de la voix. Faute d'avoir suivi cette méthode, on n'a jusqu'ici donné que des idées imparfaites ou fausses sur ce point intéressant. Ne pouvant entrer ici dans tous les détails delà structure du larynx, nous n'insisterons que sur ceux qui sont les plus nécessaires u connaître , et dont plusieurs sont encore peu connus.
thulirvnx. Quatre cartilages et trois libro-cartilages entrent
dans la composition du larynx, et en forment en Cartilage» du quelque sorte la charpente ou le squelette. Les car- ,ar y nx tilages sont, le cricoïde, le thyroïde > et les deux aryténoides. Le thyroïde s'articule avec le cricoïde par -l'extrémité de ses cornes inférieures. Dans l'état de vie, le thyroïde est fixe relativement au cricoïde, ce qui est contraire à ce que Ton croit généralement. Chaque cartilage aryténoïde est articulé avec le cricôïde au moyen d'une facette oblongue, et concave transversalement. Le cricoïde présente une facette dont la disposition est analogue à celle de l'aryténoïde, avec cette différence qu'elle est convexe dans le même sens que l'autre est concave. Autour de l'articulation, on trouve une capsule synoviale, serrée en avant et en arrière, lâche au contraire en dedans et en dehors. Devant l'articulation est le ligament thyro-aryténoïdien ; derrière est un fort faisceau ligamenteux que l'on pourrait nommer ligament crico-aryténoidien , à cause de ses attaches.
Disposée comme je viens de le dire, l'articulation ne peut permettre que des mouvements latéraux de l'aryténoïde sur le cricoïde ; tout mouvement en avant ou en arrière est impossible, ainsi qu'un certain mouvement de bascule dont on parle dans les livres d'anatpmie, mouvement qu'aucun muscle n'est disposé de manière à pouvoir produire. Cette articulation doit être considérée comme un ginglyme latéral simple. .Les fibro-cartilages du
larynx sont Yépiglotte , et deux petits corps que Ton trouve au-dessus du sommet des cartilages aryténoïdes, et que Santorini vt nommés capitula cartilaginum arylenoidarum.
Muscle» Un grand nombre de muscles s'attachent médiadu larynx. tement 0ll immédiatement au larynx: on nomme
ces muscles extrinsèques; ils sont destinés à mouvoir l'organe en totalité , soit pour l'abaisser ou l'élever, soit pour le porter en avant, en arrière, etc. En outre , le larynx a des muscles dont l'usage est de faire mouvoir, les unes par rapport aux autres, ses diverses parties ; ces muscles ont été nommes intrinsèques : ce sont i° les musclse crico-thyroïdiens,àon\ l'usage n'est point, comme on l'a cru jusqu'ici , d'abaisser le thyroïde sur le cricoïde, mais au contraire d'élever le cricoïde en le rapprochant du thyroïde, ou même en le faisant passer un peu sous son bord inférieur (1); 2° les muscles crico - arytênoïdiens postérieurs , et les crico-arylé- . noidiens latéraux, dont l'usage est de porter en dehors les cartilages aryténoïdes, en les écartant l'un de l'autre; 3° le muscle aryténoïdien , qui rapproche et applique l'un contre l'autre les cartilages aryténoïdes ; 4° le t/vyro- aryténoïdien s qui est de tous les muscles du larynx le plus important à connaître, puisque c'est lui dont les vibrations
(i) Voyez mon Mémoire sur CÉpigtottc, an «3.
produisent le son vocal. Ce muscle forme les lèvres de la glotte, et les parois inférieures, supérieures et latérales des ventricules du larynx; 5° enfin, les muscles de Tépiglotte, qui sont, le tffyro-épi~ glottique s Yaryténo-épiglottique , et quelques fibres que Ton peut envisager comme le vestige du muscle glosso-épiglottique qui existe dans beaucoup d'animaux : donc la contraction influe sur la position de Tépi glotte.
Le larynx est tapissé à l'intérieur par une mem- Membrane»
r et ligaments
brane muqueuse. Cette membrane, en passant de du larynx. 1 epiglotte aux cartilages aryténoïdes et thyroïdes, forme deux replis, nommés les ligaments latéraux de l'épiglotte : elle concourt à former les ligaments supérieurs et inférieurs de la glotte. Derrière, et dans le tissu de Tépiglotte, on trouve un grand nombre de follicules muqueux et quelques glandes muqueuses; il existe dans 1 épaisseur des ligaments de Tépiglotte un amas de ces corps, qu'on a nommé assez improprement glande aryténoidienne.
Entre Tépiglotte, en arrière, et l'os hyoïde et le cartilage thyroïde en avant> on voit un paquet considérable de tissu cellulaire graisseux très-élastique, et analogue à ceux qui existent aux environs de certaines articulations. On n'a point encore assigné les usages de ce corps : peut-être sert il à favoriser les glissements fréquents du cartilage thyroïde sur la face postérieure de l'os hyoïde, et à tenir Tépiglotte écartée supérieurement de cet os,
288 rnÉcis élémentaire
et en même temps à lui fournir un appui très-élastique, qui puisse favoriser les usages que remplit le fibro-cartilage dans la voix ou la déglutition. • Les vaisseaux du larynx n'offrent rien de renrarquable. Il n'en est pas de même des nerfs de cet , organe; leur distribution mérite d'être examinée avec soin. Ces nerfs sont au nombre de quatre : les laryngés supérieurs, et les récurrents ou laryngés inférieurs.
Nerf* Le nerf récurrent se distribue aux muscles crico-
aryténoïdien postérieur, crico-aryténoïdien latéral, et thyro-aryténoïdien ; on ne voit point de ramification de ce nerf qui aille au muscle' aryténoïdien, ni au erico-thyroïdien. Le nerf laryngé supérieur, au contraire, est destiné au muscle aryténoïdien , auquel à donne un rameau considérable, et au muscle crico-thyroïdien , auquel il envoie un filet moins remarquable par son volume que par son trajet (i). Dans quelques cas, cependant, ce filet n'existe pas : mais alors la branche externe du nerf laryngé est plus considérable. Le reste des Mets du nerf laryngé se distribue aux muscles de l'épiglotte et à la membrane muqueuse quixevêt l'entrée du larynx : aussi cette partie estelle douée d'une excessive sensibilité.
On appelle glotte l'intervalle qui sépare les mus-
(1) Voyez mon Mémoire sur l'Epiglotle, Paris, an i3.
cles thyro-aryténoïdiens et les cartilages aryté- Gioite sur ic noïdes. Sur le cadavre, la glotte se présente sous l'apparence d'une fente longitudinale, longue de huit à dix lignes, et large de deux à trois ; elle est plus ouverte en arrière qu*en avant, où les deux côtes se rapprochent et finissent par se toucher à l'endroit de leur insertion au cartilage thyroïde.
L'extrémité postérieure de la glotte est formée par le muscle aryténoïdien.
Si l'on rapproche les cartilages aryténoïdes de manière qu'ils se touchent par leur face interne, la glotte est diminuée d'environ un tiers de sa longueur; elle n'offre plus qu'une fente d'une demiligne à une ligne de large, et de cinq à six lignes de long, et à laquelle le nom de glotte vocale doit Glotte vocale, être réservé, car elle seule participe à la production de la voix. Les côtés de cette fente sont nommés les lèvres de la glotte on rubans vocaux. Lèvres Ils présentent un bord tranchant, dirigé en haut et de lagloUe * en dedans; ils sont formés par le muscle thyroaryténoïdien , et par le ligament du même nom , qui recouvre, comme une aponévrose, le muscle auquel il adhère avec force, et qui, recouvert luimême parla membrane muqueuse, forme la par- Anche vocale, tie la plus mince ou le tranchant do la lèvre. Ce sont ces lèvres de la glotte qui vibrent dans la production de la voix, et qui forment Yanche vocale dont la double lame contractile peut affecter du- 1. 19
rant la vie une multitude de formes, d'épaisseurs, d élasticités différentes.
Ventricule* Au-dessus des ligaments inférieurs de la glotte du larynx. ^ ventricules du larynx, dont la cavité est
plus spacieuse qu'il ne semble au premier examen, et dont les parois inférieures externes et supérieures sont formées par le muscle thyro- aryténoïdien, contourné sur lui-même : l'extrémité ou paroi antérieure est formée par le cartilage thyroïde. Au moyen de ces ventricules, les lèvres de la glotte sont isolées par leur côté supérieur et externe.
Au-dessus de l'ouverture des ventricules sont deux membranes qui ont beaucoup d'analogie pour la disposition avec les cordes vocales, et qui forment comme une seconde glotte au-dessus de la pre- Ligameni» mière ; ce sont les ligaments supérieurs de la glotte.
supérieurs
de la glotte. Ils sônt formés par le bord supérieur du muscle thyro-aryténoïdien, un peu de tissu cellulaire graisseux, et par la membrane muqueuse du larynx, qui les recouvre avant de pénétrer dans les ventricules.
Telles sont les observations qu'il est facile de faire sur le larynx des cadavres. Je ne crois pas qu'on ait jamais examiné la glotte d'un homme vivant, du moins rien n'a été écrit, à ma connaissance, sur cet objet; mais examinée sur des animaux vi- Monvemems vants, des chiens , par exemple, on voit quelle de a glotte. s > a g ran< jj t et 9Ç rétrécit alternativement : les cartilages aryténoïdes sont portés en dehors dans le moment où l'air pénètre dans les poumons, ils
DE PHYSIOLOGIE. 2g 1
se rapprochent et s'appliquent l'un à L'autre dans l'instant où l'air sort de cette cavité.
Mécanisme de fa production de ta voix.
Si vous prenez la trachée-artère et le larynx d'un Théorie animal ou d'un cadavre ; èt qu'avee un gros souf- * e U v °^' flet vouspoussiez<ie l'air dans la trachée, en le dirigeant vers le larynx , aucun sort n'est produit, mais seulement un léger bruit, résultât du frottement de l'air contre les parois de là trachée et du larynx, ninsi qu'il arriverait dans tout autre tuyau élastique. L'air passe alors par toute l'étendue de la glotte, dont les lèvred sont écartées et légèrement mises en mouvement par le courant gazeux. Si, continuant de souffler, vous rapprochez les cartilages aryténoïdes de sorte qu'ils se touchent par leur face interne, il se produira tantôt un bruit ronflant désagréable . et tantôt, mais plus rarement, un son qui aura quelque analogie avec la voix de l'animal auquel a appartenu le larynx en expérience. Très-souvent il est impossible d'obtenir ce dernier son.
Le son, quand il est produit, sera plus ou moins Expérience, aigu ou grave, selon que les cartilages seront près- 8ur a v ° ,x * sés l'un contre l'autre avec plus ou moins de force ; il sera d'autant plus intense, que l'on soufflera dans la trachée avec plus de force. On verra facilement dans cette expérience que ce sont les liga-
Théorie marche d'abord dans un canal assez large ; bieutot ce canal se rétrécit, et l'air est obligé de passer à travers une lente étroite , dont les deux côtés sont des lames vibrantes, qui, de uiên*e que les Urnes des anches, permettent et interceptent tour à tour le passage de l'air, et qui, par ces alternatives, déterminent des ondulations sonores dans le courant d'air transmis.
Mais pourquoi , en souillant dans la trachéeartère d'un cadavre , le larynx ne produit-il aucun sqij* analogue à la voix humaine? pourquoi la paralysie des muscles Jntriusèqucs de cet organe estelle suivie de la perte de la voix ? enfin , pourquoi * faut-il un acte de la volonté pour que nous formions le son vocal? La réponse est facile. Les ligaments de la glotte n acquièrent la faqulté de vibrer, à la manière des lames des anches, qu'autant que les muscles thyro-aryténoïdiens sont en contractiou ; et par conséquent, dans tontes les circonstances où les muscles né seront pas contractés, il n'y aura point de voix produite. % Expérience» Les expériences sur les animaux sont parfaite-» • sur a vou. ment Raccord a vec ce résultat. Coupez les deux nerfs récurrents, qui , comme nous l'avons dit, se distribuent aux muscles thyro-aryténoïdiens, et la voix est perdue entièrement. N'en coupez qu'un, et la voix ne se perd qu'à moitié.
Cependant, j'ai vu plusieurs animaux dont les deux nerfs récurrents étaient coupés, pousser des
cris assez aigus dans des instants où ils éprouvaient une violente douleur. Ces cris avaient beaucoup d'analogie avec les sons qu'on aurait produits mécaniquement avec le larynx de l'animal mort, en souillant dans la trachée , et en rapprochant les cartilages aryténoïdes : et c'est encore un phénomène qui s'entend aisément par la distribution des nerfs du larynx. Les récurrents étant coupés, les thyro-aryténoïdiens ne se contractent plus :
de là résulte Yapltanie ; mais le muscle aryténoïdien, qui reçoit ses nerfs du laryngé supérieur, se contracte , et dans le moment d'une expiration rapide il applique fortement l'un contre l'autre les cartilages aryténoïdes, et la glotte se trouve assez étroite pour que l'air puisse faire entrer en vibration les muscles thyro-aryténoïdiens* bien qu'ils ne soient point contractés (îj.
Un des plus savants physiciens de notre époque, mon' estimable confrère M. Savait, a combattu , dans un mémoire imprimé tome V de mon Journal de Physiologie , la comparaison que j'établis entre le larynx et les anches.
Sa principale objection est la suivante : • Il faudrait, dit-il, pour que l'analogie fût admissible,
(i) L'effet de cette contraction est tel qu'il fait périr asphyxiés les jeunes animaux auxquels les nerfs récurrents ont été coupes. ( Voyez Mouvements de la glotte dans la respiration, t. II.)
que le larynx ne pût rendre aucun son, tandis que les ligaments vocaux inférieurs sont écartés Tua de l'autre. » Or, c'est justement ce que prouve l'expérience. Quand on souffle dans un larynx dont les bords de la glotte sont écartés, il ne se produit aucun son vocal ; pour obtenir quelque bruit qui s'en rapproche, il faut faire toucher les ligaments vocaux. En outre, observez la glotte d'un chien au moment où il produit la voix, et vous vous convaincrez aussitôt que le son se forme au moment où les lèvres se touchent et s'écartent rapidement. Ajoutons que le contact n'a pas seulement lieu lors de la formation de la voix, mais qu'il existe toutes les fois que l'animal expire, c'est-à-dire chasse l'air de son poumon. Dans les efforts ce contact est même si exact, qu'il s'oppose à toute issue de l'air.
Théoriede % Une objection assez importante, ajoute M. Savart, qu'on peutfaire à ceux qui prétendent que la voix est produite par un mécanisme d'anche, c'est que la qualité du son de la voix humaine est loin d'être semblable à celle du son des anches, quelque perfectionnées qu'on les suppose. Les sous de la voix ont un caractère qu'aucun instrument de musique ne peut imiter, et cela doit être, car ils sont produits par un mécanisme fondé sur des principes qui ne servent de bases à aucun de nos instruments. »
Je dirai, avec M. Savart, l'art n'a pu jusqu'ici
reproduire complètement la voix humaine, et cela doit être, car il n'a pas encore imaginé d'anche dont les languettes pussent revêtir en un instant cent caractères physiques divers, et former cent nuances de ton, de timbre, d'intensité de son; et pourtant il faut rendre cet hommage! aux artistes qui se sont efforcés d'imiter la voix : plusieurs en ont approché, et, ce qui n'est pas indifférent pour la question ici débattue, toujours par l'emploi des anches.
Après avoir cherché à détruire l'analogie que je Théorie de reconnais entre l'anche et le larynx, M. Savart M Savar1, propose de comparer l'organe de la voix à un petit sifflet dont se servent les chasseurs pour contrefaire la voix de certains oiseaux, espèce de vase hémisphérique de quelques lignes de diamètre, et percé en deux points opposés de deux fentes dans lesquelles on fait passer l'air après avoir placé l'instrument dans la bouche. Le savant physicien appuie son opinion d'une foule de faits , d'expériences, de considérations intéressantes qui ont agrandi, personne n'en peut douter, le champ des connaissances acoustiques ; mais je ne puis reconnaître la ressemblance qu'il voudrait établir entre un réclame et le larynx, car cet instrument produit le son ses bords étant écartés et immobiles, tandis que la voix est formée les lèvres de la glotte étant en mouvements et en contact, les faits physiologiques que je vais bientôt
rapporter confirmeront, s'il était nécessaire, cette réfutation d'une théorie d'ailleurs aussi ingénieuse que savante.
Après s'être ainsi formé dans la glotte , le son vocal s'engage dans le tuyau porte-voix, que représente le «pharynx et la bouche, et quelquefois le pharynx et Jescavités nasales. Dansée trajet, la voix subit des -modifications plus ou moins prononcées, selon la forme et la longueur du tuyau qu'elle traverse. Ces modifications ne s'éloignent pas de celles qui s'observent dans les instruments à anche oîdinaire; si par exemple le son doit être intense et éclatant, la bouche s'ouvre largement et représente un porte -voix conique favorable, comme chacun sait, à la transmission des sons intenses.
Jusqu'ici l'analogie ou plutôt la similitude entre l'organe de la voix et les instruments à anche en général est évidente ; mais il doit cependant être plus particulièrement rattaché à ceux que le souffle de l'artiste met en jeu. En effet, le vent qui met en vibration les. lames de Tanche n'est point de l'air pur et froid comme dans les orgues, mais de l'air mêlé d'acide carbonique et de vapeur d'eau ; en outre cet air a une température qui se rapproche de celle du poumon. Or il est connu en physique que la nature du gaz sonore, sa densité , etc. > influent sur la qualité des sons; il en est de même du mélange des gaz avec les vapeurs.
Intensité ou volume de la voix.
L'intensité de la voix dépend, comme celle de , J In f en "!*
r de la vou.
tous les autres sons, de l'étendue des vibrations (1). Or, plus l'air sortant de la poitrine sera chassé avec force, et plus les vibrations des cordes vocales auront d'étendue ; plus les cordes elles-mêmes seront longues, c'est-à-dire plus le larynx sera volumineux , et plus aussi l'étendue des vibrations sera considérable. Une personne vigoureuse , dont 1* poitrine est large , dont le larypx a de grandes di^ mensions, présente les conditions les plus avantageuses pour l'intensité de la voix. Que cette même personne tombe malade, que ses forces s'affaiblissent, sa voix perd beaucoup de son intensité, par la seule raison qu'elle ne peut plus chasser l'air avec force de sa poitrine.
Les enfants, les femmes, les eunuques, dont le larynx est proportionnellement plus petit que celui de l'homme adulte , ont aussi naturellement la voix beaucoup moins intense que lui.
Dans la production ordinaire de la voix , elle résuite des mouvements simultanés des deux côtés de la glotte : si l'un de ces côtés perdait la faculté
(1) Probablement que l'intensité' «lu son tient à d'autres causes qu'à l'étendue des vibrations ; iï doit en être de même pour l'incnsité de U voix.
d'exciter des vibrations dans l'air, la voix perdrait nécessairement, à force d'expiration égale, la moitié de son intensité. On peut s'assurer de ce résultat en coupant un seul nerf récurrent sur un chien , ou en étudiant la voix chez une personne attaquée
d'une hémiplégie complète.
Timbre de la voix.
Timbre Chaque individu a un timbre de voix particue atoix. j e dj s t m g Ue; chaque âge, chaque sexe,
ont aussi le leur. Le timbre de la voix présente donc des modifications infinies : de quelles circonstances physiques dépendent-elles? on l'ignore. Pourtant le timbre féminin , qui se retrouve dans les enfants , dans les eunuques, coïncide assez généralement avec l'état cartilagineux des cartilages du larynx et le peu de volume de cet organe. La voix masculine paraît au contraire liée avec l'état osseux de ces mêmes cartilages, et surtout du thyroïde et des dimensions plus fortes de la glotte et du larynx.
Rappelons ici que le timbre est une modification du son , dont les physiciens sont loin de se rendre raison.
Des différents tons, ou de i étendue de la voix.
Éiemiuc Les sons que peut produire le larynx de l'homme sont extrêmement nombreux. Plusieurs auteurs
DE PUYSIOLOGIE. 3û 1
célèbres ont cherché à en expliquer la formation; mais ce qu'ils ont donné comme des explications étaient plutôt de simples comparaisons. Ainsi, Ferrein voulait que les ligaments de la glotte fussent des cordes, et il expliquait les divers tons de la voix par les degrés différents de tension dont il pensait qu elles étaient susceptibles; d'autres ont comparé le larynx à un instrument à vent, aux lèvres du donneur de cor, aux mêmes parties dans l'action de siffler.
Ces explications pèchent par la base , car elles ne Diver» ton* sont fondées que sur la considération superficielle e * Volx ' du larynx du cadavre , tandis qu'elles devraient avoir eu pour fondement l'étude approfondie de l'anatomie du larynx, et l'examen attentif de cet organe dans l'état de vie : j'ai tâché de suppléer à cette lacune, et voici les résultats que j'ai obtenus :
J'ai mis sur un chien la glotte à découvert, G|oftc par une incision entre le cartilage thyroïde et l'os danaie 8 *on» hyoïde, et j'ai vu que lorsque les sons sont graves , les ligaments de la glotte vibrent dans toute leur longueur, et que l'air expiré sort par toute l'étendue de la fente qui résulte du contact des deux lèvres de la glotte (i).
(i) Je ne comprends pas dans la glotte l'intervalle qui existe entre les cartilages aryténoïdes qui, pendant la pho-
Sons aigus. Dans les sons plus aigus, les ligaments ne vibrent plus par leur partie antérieure, mais seulement par leur partie postérieure, et l'air ne sort plus que par la portion de glotte qui vibre : cette ouverture se trouve par conséquent diminuée.
Sons Enfin , quand les sons deviennent très-aigus, les
tris-aigu». jjg aments ne présentent plus de vibrations qu'à
• leur extrémité aryténoïdienne, et l'air expiré ne sort plus, si ce n'est par cette portion de la glotte qui n'a pas plus de deux lignes d'étendue. Il paraît que le terme de l'acuité des' sons arrive, parce que la glotte se ferme entièrement , et que l'air ne peut plus sortir à travers le larynx, expérience qu'il est facile à chacun de faire sur lui-même, influence des Le muscle aryténoïdien , ayant principalement
nerfs laryngé» i <• 1 i » • »
sur la voix, pour usage de fermer la glotte par son extrémité postérieure, devait être l'agent principal de la production des sons aigus. J'ai voulu savoir quel effet aurait sur la voix la section des deux nerfs laryngés qui dorinent le mouvement à ce muscle, et j'ai reconnu que dans ce cas la voix de l'animal perd presque tous ses tons aigus; en outre, elle acquiert une gravité habituelle qu'elle n'avait point auparavant.
L'analogie de structure est trop marquée entre
nation, sont exactement appliqués l'un contre l'autre et ne laissent pas passer Pair expiré.
DE PHYSIOLOGIE. 5o5
le larynx do l'homme et celui du chien, pour qu'on ne puisse pas croire que les mêmes phénomènes se passent chez le premier. Une circonstance doit a voir une certaine influence sur les tons de la voix, c'est la contraction des^muscles thyro-aryténnïdiens. Plus ces muscles se contracteront avec force . et plus leur élasticité s'accroîtra, et plus ils deviendront susceptibles de vibrer rapidement et de produire des sons aigus ; moins ils seront contractés , et plus ils produiront aisément les sons graves. On peut aussi présumer que la contraction de ces muscles concourt puissamment à fermer en partie la glotte, particulièrement dans sa moitié antérieure.
Le larynx artificiel de M. C.-Latour démontre Expériences physiquement les deux phénomènes physiologie mr ,a V0IX * ques dont je viens de parler à l'occasion des différents tons de la voix. Si vous soufflez dans le tube, les lames élastiques vibrent dans toute leur longueur : le son est alors grave ; si vous raccourcissez les lames, le son devient d'autantplus aigu qu'elles sont plus courtes. Cependant dès qu'elles sont réduites à quatre lignes, le plus souvent il n'y a plus de son, tandis que sur des larynx vivants j'ai vu le son se former dans une fente de deux lignes au plus. Quoi qu'il en soit, comme dans le larynx, plus la fente par laquelle s'échappe l'air est courte, plus le son est aigu. Le second phénomène, qui se rattache à la tension deslig^iments vocaux, est facile à voir sur le même instrument; car, en variant les
3<>4 PBÉCIS ÉLÉMENTAIRE
tensions des lames , on fait monter ou descendre le ton.
Le lniynx représente donc une anche à double lame, dont les tons sont d'autant plus aigus que les lames sont plus raccourcies, et d'autant plus graves qu'elles sont plus longues. Mais, quoique cette analogie soit juste, il n'en faudrait cependant pas conclure une identité complète. En effet, les anches ordinaires sont composées de lames rectangulaires, fixées par un côté et libres par les trois autres, au lieu que dans le larynx les lames vibrantes, qui sont aussi à peu près rectangulaires, sont fixes par trois côtés et libres par un seul. En outre , on fait monter ou descendre les tons des anches ordinaires en variant leur longueur : dans lés lames du larynx, c'est la largeur qui varie. Enfin, jamais dans les instruments de musique on n'a employé d'anches dont les lames mobiles pussent varier à chaque instant d'épaisseur et- d'élasticité, comme il arrive pour les ligaments de la glotte : en sorte que l'on conçoit bien, par aperçu, que le larynx peut produire la voix et en varier les tons à la manière des anches, mais sans pouvoir toutefois assigner rigoureusement toutes les particularités de son mode d'action.
influence On a cru jusqu'ici que le tube qui apporte le >orte ! "ent. ven * à l'anche, ou le porte-vent * n'avait aucune influence sur la nature du son produit : M. Biot rap-
DE PHYSIOLOGIE. 5o5
porte une observation de M. Grenié, qui prouve le contraire. Il n'est donc pas impossible que rallongement bu le raccourcissement de la trachée, qui fait, relativement au larynx, l'office de portevent, ait une influence sur la production de la voix et sur ses différents tons.
Nous venons d'examiner l'anche de l'organe de Tuyau la voix, il faut considérer maintenant le tuyau que le son vocal traverse après avoir été produit. Or, en procédant de bas en haut, le tuyau se compose : i° de l'intervalle compris entre l'épiglotte en avant, ses ligaments latéraux sur les côtés, et de la paroi postérieure du pharynx ; a° du pharynx en arrière et latéralement, et de la partie la plus postérieure delà base de la langue en avant; 3° tantôt la bouche, tantôt les cavités nasales, et quelquefois les deux cavités ensemble.
Ce tuyau pouvant s'allonger et se raccourcir, devenir plus large ou se rétrécir , revêtir enfin une infinité de formes différentes , remplit à merveille les fonctions de corps d'instrument à anche , c'est-à-dire qu'il se met rapidement en harmonie avec le larynx-anche, favorise ainsi la production des tons nombreux dont se compose la voix , accroît l'intensité du son vocal en affectant une forme cônique, évasée vers le dehors, donne de la rondeur et de l'agrément au son, en disposant convenablement son ouverture extérieure, ou bien l'étouffé presque entièrement, etc. i. so
3ô6 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
Jusqu'à ce qne la physique ait déterminé avec précision l'influence du tuyau des instruments à anc he, il est clair que la physiologie ne pourra se livrer qu'à des conjectures touchant l'influence du tuyau de l'organe de la voix. Nous ne ferons à cet égard qu'un petit nombre d'observations, qui portent sur les phénomènes les plus apparents.
Mouvements y^.TjC larynx s'élève dans la production des sons aigus, il s'abaisse au contraire dans celle des sons graves; par conséquent le tuyau vocal est raccourci dans le premier cas et allongé dans le second. En effet, un tuyau court est favorable pour transmettre des sons aigus, tandis qu'un plus long l'est davantage pour des sons graves. En même temps que le tuyau change de longueur, il change aussi de largeur; et cette circonstance est remarquable, car nous avons vu plus haut que la largeur du tuyau influe sur sa facilité de transmettre les sons.
Quand le larynx descend, c'est-à-dire quand le tuyau vocal s'allonge, le cartilage thyroïde s'abaisse et s'éloigne de l'os hyoïde de toute la hauteur de la membrane thyro-hyoïdienne. Par cet écartement, la glande épiglottique est portée en avant, et vient se loger dans la concavité de la face postérieure de l'os hyoïde ; cette glande entraîne nécessairement u*agc après elle l'épiglotte : d'où il résulte un élargisse-
e>s"ou?qoc. nlent considérable de la partie inférieure du tuyau u>eal.
DK rilYSIOtOGIK.. ÔO'}
Le phénomène opposé arrive lorsque le larynx v^ c s'élève. Alors le cartilage thyroïde monte derrière "épigi'otfiqne! l'os hyoïde (1) en déplaçant et poussant en arrière la glande épiglottique ; celle-ci pousse à son tour l'épiglotte* et le tuyau vocal se trouve de beaucoup rétréci. En simulant ce mouvement sur le cadavre, il est facile de s'assurer que le rétrécissement peut aller jusqu'aux cinq sixièmes de largeur du tuyau. Or, c'est un tuyau large qui s'adapte à une anche pour les sons graves; c'est, au contraire, un tuyau étroit qui est le plus souvent employé pour transmettre des sons aigus. On peut donc, jusqu'à un tertain point, se rendre raison de l'utilité des changements de largeur qu'éprouve le tuyau vocal dans sa partie inférieure.
B. La présence des ventricules du larynx imme- triage diatement au-dessus des ligaments inférieurs de la TcnHcui™. glotte , paraît avoir pour utilité d'isoler ces ligaments, de manière qu'ils vibrent librement dans l'air. Quand il s'introduit des corps étrangers dans les ventricules, ou quand il s'y forme des mucosités ou une fausse membrane, la voix est ordinairement éteinte ou très-affaiblie. Cependant ces cavités ne sont pas indispensables à la production de la voix.
(1) Les muscles thyro-hyoïdiens paraissent plus particulièrement destinés à produire le mouvement par lequel le cartilage thyroïde passe derrière, i*os hyoïde.
5o8 précis élémentaire
Plusieurs animaux dont le son vocal est très-intense en sont dépourvus; de plus, on peut les détruire sur un chien, comme Ta fait Bichat, sans que la voix cesse de se produire. Cette expérience, que j'ai plusieurs fois répétée, ne permet aucun rapprochement entre le larynx et les instruments en flûte.
C, En raison de sa forme, de sa position audessus de la glolte, de son élasticité, des mouvements que lui impriment ses muscles, l'épiglotte paraît appartenir essentiellement à l'appareil de la voix; mais quels sont ses usages? Nous avons déjà vu qu elle contribue puissamment à rétrécir le tuyau vocal; on peut croire quelle a une fonction plus importante.
u*»ge M. Grenié, qui vient de faire subir aux anches une modification si ingénieuse et si utile, n est pas parvenu tout d'un coup au résultat qu'il a enfin obtenu; il a dû passer par une série d'effets intermédiaires. À une certaine époque de son travail, il voulait augmenter l'intensité d'un même son sans rien changer à l'anche ; pour y réussir, il était obligé d'augmenter graduellement la rapidité du courant d'air; mais cette augmentation, en rendant les sons plus forts, les faisait monter; pour remédier à cet inconvénient, M. Grenié ne trouva d'autre moyen que de placer obliquement dans le tuyau, immédiatement au-dessus de Tanche, une languette souple, élastique, telle h peu près que
nous voyons l'épiglotte au-dessus de la glotte : d'où Ton pourrait conclure que l'épiglotte concourt à donner à l'homme la faculté d'enfler le son vocal sans que celui-ci monte.
D. L'intensité de la voix est visiblement influen- influence cee par le tuyau vocal. Les sons les plus intenses vocaUur nuque la voix puisse produire, nécessitent que la bou- lcn "ûu." * a che soit largement ouverte, la langue un peu retirée en arrière, le voile du palais soulevé, horizontal,
et sensiblement élastique , fermant toute communication avec les fosses nasales. Dans ce cas, le pharynx et la bouche font évidemment l'office d'un
porte-voix, c'est-à-dire qu'ils représentent assez exactement un tuyau d'anche, qui va en s'évasant vers l'air extérieur , dont l'effet est d'augmenter l 'intensité du son produit par l'anche. Si la bouche est en partie fermée, les lèvres portées en avant, et plus ou moins rapprochées, le son pourra acquérir de la rondeur, un timbre agréable, mais il perdra de son intensité : résultat qui s'explique aisément d'après ce qui a été dit de l'influence de la forme des tuyaux dans les instruments à anche.
Par les mêmes raisons , toutes les fois que le son vocal passera par les fosses nasales, il deviendra sourd , car la forme de ses cavités est bien propre à diminuer l'intensité des sons et à les altérer d'une manière désagréable.
E. La bouche et le nez étant fermés, et ne permettant plus le passage de l'air expiré, le son vo-
3 10 PRid» ÉLÉMENTAIRE
Son rocai cal se forme encore dans le larynx, mais il ne peut.-
le ncx et la . . ,
bouche se soutenir longtemps ; ses limites sont fixées par ferme*. j a p et j te q uan tité d'air qui peutêtre contenue dans la bouche, et les cavités nasales; dès que ces cavités en sont remplies et distendues, le son vocal cesse de pouvoir êfre produit. Dans tous les cas, le son est faible et étouffé , et cela se comprend aisément, puîsqu il ne peut arriver à l'oreille que par l 'intermédiaire des parois de la bouche et du nez. Voile F. 11 résulte d'observations récentes de M. le pharyox, lan- docteur Bennati, que le voile du palais et la luette if U producUon éprouvent des modifications remarquables dans
la production des sons aigus et graves. Dans la formation de ces derniers, le voile est horizontal, large et tendu, la luette pendante et verticale. A mesure que les sons s'élèvent le voile s'abaisse par la partie postérieure ; la cavité du pharynx se rétrécit, et laluette diminue de longueur ; enfin, dans les sons les plus aigus, le voile du palais se rétrécit encore et la luette disparaît complètement. M. Bennati attache une telle importance à ces dernières modifications du tuyau vocal, qu'il nomme les sons aigus sus-laryngiens , voulant indiquer par cette épithète quelepharynx, levoile, etc. , ont laplus grande part dans leur production. Nous ne pouvons partager cette opinion ; nous nous plaisons à rendre justice au mérite des observations du savant Italien, mais nous n'y voyons jusqu'ici que des phénomènes coïncidant avec la production des sons aigus ou
graves, et rien qui se rattache à la théorie physique de la voix.
G, On a vu, à l'occasion de la production de la influence du voix, qu'un grand nombre de modifications relati- sur le timbre ves au timbre naissent par les changements d'é- de,aVGU paisseur, d'élasticité, qui arrivent aux lèvres de la
glotte. Le tuyau peut en produire une foule d'autres, selon ses divers degrés de longueur ou de largeur; selon sa forme, la tension plus ou moins grande desesparois, la position de la langue, celle du voile du palais;. selon que le son passe en toutou en partie par la bouche ou par les fosses nasales, ou bien par ces deux cavités à la fois; la disposition individuelle de la bouche ou du nez; l'existence ou la non-existence des dents ; leur arrangement plus ou moins régulier, la concavité plus ou moins profonde de la voûte palatine; le volume de la langue, etc.; selon toutes ces circonstances, disje, le timbre de la voix est continuellement modifié. Chaque fois, par exemple, que le son traverse les fosses nasales, le son vocal devient désagréable , nasillard.
H. Les ondes sonores, développées par les mou- Rés^nnancc
i ,, i , • de la voix.
vements de 1 anche laryngienne, se transmettent non-seulement à la colonne d'air qui traverse le pharynx et la bouche, mais elles s'étendent à l'air contenu dans les cavités nasales par l'intermédiaire du palais membraneux et osseux ; elles se propagent aussi en sens inverse dans la masse ga-
Héwnnance zeuse qui remplit la poitrine ou plus exactement a vo "' les poumons ; il en résulte des résonnances qui modifient le timbre et même l'intensité la voix.
La résonnance qui a lieu dans la poitrine est aujourd'hui l'un des phénomènes de physique vitale dont l'étude importe le plus aux médecins, par les nombreuses modifications qu'il subit dans les maladies.
J. Indépendamment des nombreuses modifications que le tuyau de l'organe vocal détermine dans l'intensité et le timbre de" la vqix, en permettant ou en interceptant alternativement sa production, il produit encore un genre de modification trèsimportant : par ce moyen, le son vocal est partagé en petites portions, qui chacune ont un caractère distinct, parce que chacune d'elles est produite par un mouvement particulier du tuyau. Cette espèce d'influence du tuyau vocal est ce qu'on nomme la faculté d'articuler, qui offre un nombre infini de différences individuelles en rapport avec l'organisation propre du tuyau vocal.
Jusqu'ici nous avons traité de la voix humaine d'une manière générale, nous allons actuellement parler de ses principales divisions, savoir, le cri y Dive™-* ou voix native ; la voix proprement dite, ou voix
M)il»* S (le voix. . . . . .
acquise; la parole, ou la voix articulée; le chant, ou la voix appréciable.
DE PHYSIOLOGIE. 2l3
Du cri ou voix native.
Le cri est un son souvent appréciable qui, coin- Da cri
ou voix native.
me tous les sons produits par le larynx, est susceptible de varier de ton, d'intensité, et de timbre.
Le cri se distingue aisément de tous les autres sons vocaux ; mais comme son caractère principal tient au timbre, il est impossible de se rendre physiquement raison de la différence qui existe entre ceux-ci et le cri.
Quelle que soit la condition dans laquelle se trouve l'homme, quel que soit son âge, il peut crier. L'enfant naissant, l'idiot, l'homme sauvage, le sourd de naissance, l'homme civilisé, le vieillard décrépit, peuvent pousser des cris. Le cri est donc étroitement lié à l'organisation ; pour s'en convaincre davantage il suffit d'examiner quels sont ses usages.
Parle cri, nous exprimons les sensations vives, u«*gc« du «.•«. agréables ou douloureuses. Il y a des cris de joie, il y a des cris de douleur. Parle même langage nous faisons connaître nos besoins instinctifs les plus simples ainsi que les passions naturelles. La fureur, la crainte, l'effroi, s'expriment par des cris, etc.
Les besoins sociaux et les passions sociales, n'étant pas une suite indispensable de l'organisation, et nécessitant pour se développer l'état de civilisation, n'ont point de cris qui leur soient propres.
5l4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
fee cri comprend ordinairement les sons les plus intenses que l'organe de la voix puisse former; le plus souvent son timbre a quelque chose qui blesse l'oreille et qui agit fortement sur ceux qui sont à portée de l'entendre.
Usages ducri. Au moyen du cri s'établissent des rapports importants entre l'homme et ses semblables.
Le cri de joie dispose à la joie, le cri de douleur excite la pitié, le cri qu'arrache la terreur porte au loin l'épouvante , etc. Cette espèce de langage existe chez la plupart des animaux; c'est presque le seul qui leur soit départi : le chant des oiseaux doit être considéré comme une modification de leur cri.
De la voix proprement dite ou acquise.
Dans l'état le plus ordinaire de l'homme, c'està-dire lorsqu'il vit en société, et qu'il est doué de l'ouïe, il reconnaît, dès sa plus tendre enfance, que ses semblables produisent des sons qui ne sont pas des cris; il a bientôt fait la remarque qu'il peut en former d'analogues avec son larynx, et dès ce moment se développe en lui, par l'effet de l'imitation et des avantages qu'il y trouve, ce qu'on nomme la voix acquise ou sociale. Un enfant sourd ne fait aucune de ces remarques ; aussi ne saurait-il de lui-même acquérir cette espèce de son vocal . La voix parlée ne paraît différer du cri que par
De la voix proprement dite ou acquise.
l'intensité et le timbre, car elle est de même for- Voutociaic. méc de sons dont l'oreille ne distingue pas nettement les intervalles.
Puisque la voix est la conséquence de l'audition et d'un travail intellectuel, elle ne peut se développer si les circonstances qui la produisent n'existent point. En effet, les enfants sourds de naissance, Lenourdi qui n'ont pu prendre aucune idée du son, les idioti n'ont idiots, qui n'établissent point de rapport 'entre les ^ sociale, sons qu'ils perçoivent et ceux que leur larynx peut produire, n'ont point de voix, quoique l'appareil vocal des uns et des autres soit apte à former et à modifier les sons, aussi bien que celui des hommes nés avec toutes leurs facultés.
Parla même raison, les individus que nous nommons assez improprement sauvages, parce qu'ils ont été trouvés errants depuis leur enfance dans les forêts, sont toujours dépourvus de voix, l'intelligence ne se développant pas dans l'état d'isolement, et nécessitant la vie sociale.
Le timbre, l'intensité, le ton de la voix acquise, sont susceptibles de nombreuses modifications de la part du larynx ; de plus, le tuyau vocal exerce sur la voix une puissante influence : la parole et le chant ne sont que des modifications de la voix sociale.
Il est très-difficile, peut-être même impossible, de dire comment l'homme est parvenu à représen-» ter ses actes intellectuels par des modifications de
Sons et articulation*.
5l6 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
la voix, comment il est arrivé à la composition des langues, et surtout comment il a composé l'alphabet. Ces connaissances seraient sans contredit curieuses et utiles, mais elles ne sont pas indispensables, et d'ailleurs elles ne sont pas du ressort de la physiologie : le mécanisme seul du langage doit nous occuper.
Une langue se compose de mots, et les mots sont les signes des idées ; mais les mots eux-mêmes sont formés par les lettres ou les sons de l'alphabet, qui pour la plupart sont des modifications de la voix.
Les grammairiens distinguent les lettres en voyelles et en consonnes; cette distinction ne peut satisfaire le physiologiste.
Les lettres doivent être distinguées en celles qui sont de véritables sons vocaux directement modifiés par le tuyau porte-voix, et en lettres qui sont formées principalement sous l'influence du tuyau vocal , ces dernières n'ont d'existence réelle qu'en s'alliant aux premières.
Les lettres qui appartiennent à la voix sont, pour les langues d'Europe, a très-ouvert, anglais ( hall ) ; â français (hâle) ; a, è, é, e muet français ; t, o, ouvert, italien; o, eu> w, français; u italien. Chacune de ces lettres peut éprouver deux modifications , qu'on exprime en disant qu'elle est longue ou brève : ce sont les voyelles des grammairiens.
Lettre* Les lettres telles que le b et le p (labiales); i,i»un?ant*s. le d et le / (dentales), l (palatale); g et k (gut-
Let très vocales.
tarâtes) ; m et n (nasales), supposent que le canal vocal est fermé, et que ses diverses parties affectent pour chaque lettre une position spéciale. La lettre se- produit a ù moment où le canal s'ouvre et ou le son vocal se forme.
L'existence de ces dernières lettres est donc instantanée.
Les autres lettres ou articulations sont le f et le r, les deux sons du th anglais, Ys et le z, le ch., le y, IV, Y h, et Yx espagnol, ou le X des Grecs.
Ces lettres ont pour caractère d'être produites Lettres
r t articulées
par le frottement de l'air expiré contre les parois prolongées, du pharynx ou de la bouche, dont la configuration varie suivant l'espèce de lettre. Elles sont par conséquent indépendantes de la voix , et peuvent être prolongées autant que dure la sortie de l'air des poumons; mais elles n'acquièrent cependant toute leur valeur qu'en se joignant à un son vocal.
Chaque lettre, voyelle ou articulation, est produite par une disposition ou un mouvement particulier du tuyau vocal ; mais pour les unes, c'est la langue qui est l'agent principal de leur formation ; pour les autres, ce sont les dents : pour celles-ci, ce sont les lèvres; pour celles-là, le son de la voix doit traverser les fosses nasales, etc. C'est en étudiant avec attention le mécanisme de la production des lettres que se sont perfectionnées les méthodes d'enseignement de la lecture, et particulièrement
3l8 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
celle de M. Laffore d'Agen. ( Voyez mon Journal de Pltysiologie, t. IX.) influence du La prononciation nécessite donc une bonne consuriapro- formation du tuyau vocal. Présente-t-il quelque
nonciation. j » <» . • i • » . «. . x
déformation, quelque lésion, une perforation de la voûte ou du voile du palais par exemple; les dents manqueut-elles ; la langue est-elle gonflée ou paralysée ; les amygdales sont-elles tuméfiées, etc. , etc. , la faculté d'articuler présente des altérations, et peut même devenir impossible.
TaHer à Tcix Le simple bruit sourd que fait l'air en traversant le larynx peut suffire à la prononciation, comme il arrive quand on parle très-bas. Les personnes qui ont complètement perdu la voix prononcent encore assez distinctement pour se faire entendre même à une certaine distance.
Paroles Nous devons à M*. Deleau une expérience curieuse; : au moyen d'un tube recourbé introduit par une narine jusque dans l'arrière- bouche, il y fait arriver un courant d'air qui part d'un réservoir , où le fluide est condensé. Ce courant gazeux , en parcourant le tube élastique , frotte et développe un léger bruit qui , traversant le tuyau vocal, à l'instar de la voix , peut y -être articulé et servir à un langage d'autant plus siugulier qu'il se forme en même temps que la parole ordinaire. Dans ce cas, la personne soumise à l'expérience forme simultanément deux paroles qui , articulées au même instant et de la même manière »
simultanée?»
produisent sur les spectateurs une impression des plus étranges.
Il y a quelque analogie entre cette expérience et l'observation d'un forçat du bagne à Toulon, dont la glotte était oblitérée à la suite d'un suicide, et qui respirait par une ouverture fistuleuse de la tracbée.
Cet homme, qui ne pouvait produire aucun son Parole d'un par son larynx, puisque l'air ne traversait plus cet Pndânie organe, était parvenu à former dans l 'arrière-bouche un petit réservoir d'air avec lequel il trouvait moyen de produire un certain bruit; ce bruit, soumis ensuite aux organes de la prononciation , devenait bientôt une espèce de parole trèslimitée , il est vrai , mais qui suffisait cependant pour que le malheureux forçat parvînt à faire connaître ses principaux besoins.
En combinant les lettres diversement et en nombre variable , on forme des sons plus ou moin» composés, qui sont des mots. La formation de* mots est différente suivant les langues. Dans etUen du Nord, les consonnes sont accumulées, sans que ce soit la véritable raison pour laquelle elles sont rudes à l'oreille et difficiles à prononcer ; dans len langues du Midi, les voyelles sont employées en plus grand nombre ; elles sont en général douce» et harmonieuses.
Ce n'est point un son toujours le même qui sert de fondement à la prononciation : la voix arti-
culée s'élève, baisse, varie d'intensité, de timbre, d'une manière différente suivant chaque espèce de langue. Le mode de ces variations constitue Vacant ou la prononciation propre à chaque pays.
Articuler s prononcer , n'est point parler. Un oiseau prononce des mots, des phrases même, mais Les idu»t« ne il ne parle point : l'homme seul est doué de la pa-
parleut point. . - , . . ,
rôle, qui est le plus puissant moyen d expression de l'intelligence; lui seul attache un sens aux mots qu'il prononce et à l'arrangement qu'il leur donne : il n'aura donc point de parole s'il n'a point d'intelligence. En effet, la plupart des idiots ne parlent point (1) : ils articulent vaguement des sons, qui n'ont et ne peuvent avoir aucune signification.
Du chant.
Du chant. La voix du chant diffère des autres sons produits parle larynx, en ce qu'elle est formée par des sons - dont l'oreille distingue aisément les intervalles, et dont on peut prendre l'unisson. Ces caractères n'existent ni pour le cri ni pour la voix parlée, dont les intervalles sont, en général , inappréciables.
Dodart a avancé que, dans la production du chant', le larynx éprouvait un mouvement de ba-
(i) Pinel, Traité de la Manie, page
lancement ou d'oscillation de bas en haut; mais l'observation ne confirme point son assertion. Nous ignorons quelles sont les conditions où se trouvent les ligaments de la glotte ainsi que l'appareil vocal quand ils deviennent propres à former des sons appréciables.
Quant à chaque ton du chant, pris isolément, il ne diffère physiquement de la voix parlée que par sa portée. La véritable différence entre le chant et les autres sons vocaux se trouve dans la régularité et l'harmonie des intervalles.
Un chanteur vulgaire a , entre le son le plus bas Ei™<iuc et le son le plus aigu, environ neuf tons ; les belles de chant, voix sont plus étendues , cependant elles ne dépassent' guère deux octaves en sons bien justes et bien pleins.
Enfin, il a existé et il existe encore des virtuoses célèbres, si heureusement organisés, qu'ils peuvent parcourir plus de trois octaves ; leur organe vocal représente presque toute l'étendue possible de la voix humaine. Mais ces exemples sont des exceptions que la nature ne créée que rarement.
Il y a deux sortes de voix, les graves et les ai- Deux sortes gués : la différence des unes aux autres est d'envi- dc v ° *' ron une octave.
En général, les voix graves appartiennent aux hommes faits; cependant ceux dont la voix est la plus grave peuvent former des sons aigus en prenant le fausset ou faucet (voix de la gorge), i. 21
litizçjgj
3aa précis élémentaire
Les voix âiguès sont celles des femmes, des enfants et des eunuques.
En ajoutant tous les tons d'une voix aiguë à ceux d'une voix grave, on a une étendue d'à peu près trois octaves et demie.
La suite des sons chantés se compose de deux espèces distinctes de sons : les graves et du médium 9 qui se font et se soutiennent sans efforts , et les sons aigus , qui , en général , entraînent une contraction plus ou moins fatigante soit du la* rynx , soit des muscles du tuyau vocal , et parti* . entièrement du pharynx, du voile du palais et de la langue.
Ces deux espèces de sons diffèrent au point, quant à leur caractère physique, qu'ils semblent produits par des instruments dissemblables : les premiers sont nommés notes de poitrine, sons du premier registre; les seconds, voix de tête. Voix fausset , sons du second registre. M. le doc- , vôix lie ' teur Bennati, dont j'ai déjà parlé, a proposé 1 g0 * ,cr * récemment de qualifier les premiers sons /aryngiens , et les seconds sons sus - laryngiens. Je n'approuve pas complètement ces dénominations, car elles pourraient induire en erreur et faire croire que les seules notes graves et du médium sont formées par le larynx , et que les notes aiguës sont produites par les parties placées au-dessus du larynx , tandis que tous les sons de la voix résultent également de l'instrument vocal entier;
seulement, comme tous les instruments à vent, il est autrement disposé quand il produilles sons aigus ou quand il rend les sons graves.
Il est certain , toutefois , qu'au moment où un chanteur passe du premier registre au second il se fait un mouvement et un changement très-remarquable dans le larynx, dans l 'arrière-bouche et dans la position de la langue. Ce qui a lieu à la glotte nous est inconnu ; nous n'en sommes avertis que par le sentiment particulier de fatigue que nous éprouvons bientôt. Quant à ce qui arrive au pharynx, au voile du palais et à la lan- v gue, il est visible que tous les muscles de ces parties sont dans une très-grande activité , variable selon les individus, mais qui a en général pour effet de rétrécir le gosier, de tendre le voile du palais., d'élever la langue en la rendant concave , et d'effacer la luette. Mais l'étude kt plus attentive de ces phénomènes ne nous apprend rien sur la nature physique des sons de fausset. Ce point de physi- Caractère*
* " * * a v physiques
que physiologique si curieux est encore tout en- du fausset.
tier à examiner. Je dirai cependant qu'en faisant
-des essais avec le larynx artificiel de M. C. Latour,
il m'est arrivé plusieurs fois, en tendant fortement
les lames de gomme élastique, de faire sortir des
sons qui étaient aux sons ordinaires de l'instrument
à peu de chose près ce qu'est le fausset aux sons
de poitrine; ce qui semblerait indiquer, et ce qui
est d'ailleurs probable, que le larynx est le prin-
3a/f PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
cipal agent de la formation du son, les autres parties du tuyau n'étant qu'accessoires plus ou moins indispensables.
Ajoutons que les femmes, les enfants, les eunuques, dont la voix se compose presque entièrement de sons du second registre , et qui font peu d'efforts pour les produire, ont le larynx moins volumineux que l'homme adulte, et que cet organe est entièrement cartilagineux.
Les sons graves, qui sont formés par une longue glotte et qui nécessitent par conséquent une plus grande dépense d'air expiré, ne peuvent être sou- Dméeou tenus aussi long-temps que les sons aigus, qui, ^on^vocaî" P r0( ^ u ^ s P ar 11 ne glotte étroite presque fermée, ne demande qu'un écoulement d'air beaucoup moins considérable; la différence sous ce rapport peut être de un à trois.
C'est pour la même raison que nous soutenons bien moins long-temps un son intense qu'un son faible; aussi savoir ménager l'haleine est-il une partie importante de l'art du chanteur; plus sa poitrine sera spacieuse, plus elle contiendra d'air, et plus facilement il lui sera permis de produire ces effets qui nous étonnent et nous ravissent.
Mais les différences qui existent entre les diverses espèces de voix neportentpastoutes sur l'étendue et la durée des sons. Ily a des voix fortes, dontlessons sont forts et bruyants ; des voix douces , dont les sous
sont doux et flûtés ; de belles voix, dont les sons sont pleins et harmonieux ; des voix justes. 11 y a des voix fausses; il y a des voix flexibles, légères; il en est de dures et pesantes. Il y en a dont les beaux sons sont irrégulièrement distribués : aux unes, dans le bas; aux autres, dans le haut; à d'autres, dans le médium, etc. (i). Ni la physiologie ni la physique ne rendent encore raison de ces diverses qualités de voix.
De même que la voix et la parole, le chant est un u«ge
du chan
effet de l'état de société ; il suppose l'existence de rouie et de l'intelligence. Il est en général employé à peindre les besoins instinctifs, les passions, les divers états de l'esprit. La joie, la tristesse , l'amour heureux ou malheureux, excitent des chants divers.
Le chant peut être articulé. Alors, au lieu d'exprimer simplement des sentiments, il devient un moyen d'expression de la plupart des actes de l'intelligence, mais particulièrement de ceux qui sont liés avec les passions sociales.
La déclamation est une espèce particulière de chant; les intervalles des tons n'y sont pas entièrement harmoniques, et les tons eux-mêmes ne sont pas complètement appréciables. Il paraît que chez les anciens la déclamation différait beau-
(i) J.-J. Rousseau, Dictionnaire de Musique.
Voix inspiratoire.
3a6 précis élémentaire
coup moins du chant que chez les modernes :
elle avait probablement de l'analogie avec ce que nous nommons le récitatif dans nos opéras.
Les langues méridionales, qui sont très-accentuées , c'est-à-dire qui varient beaucoup en tong dans la simple prononciation, sont très-propres à être chantées.
Toutes les modifications de la voix , que nous venons d'étudier, sont produites lors de la sortie de Fair de la poitrine. La voix peut aussi être formée dans le moment où l'air traverse le larynx pour pénétrer dans la trachée ; mais cette voi* inspiratoire est rauque, inégale, peu étendue ; od ne peut que difficilement en varier les tons ; enfin, par les caractères mêmes du phénomène, on peut juger qu'il ne se passe pas selon les lois ordinaires de l'économie. On petit aussi parler et chanter en inipiratolrei. inspirant. Certaines personnes parviennent de cette manière à produire des sons d'un octave, et plus au-dessus de la voix de femme la plus haute (soprano). On ignore les modifications qu'éprouvent les lèvres de la glotte dans la production de la voix inspiratoire.
Parole et chant
Art des ventriloques.
JPuisque l'homme peut varier, pour ainsi dire, à Arl dc l'infini les sons appréciables ou inappréciables de venlriloï r sa voix, qu'il en peut changer à volonté et de mille manières l'intensité, le timbre, etc., rien ne doit être plus facile pour lui que d'imiter exactement les divers sons qui frappent son oreille : c'est en effet ce qu'il exécute dans plusieurs circonstances. Beaucoup de personnes imitent parfaitement la voix et la prononciation d'autres personnes, celle des acteurs, par exemple. Les chasseurs imitent les différents cris du gibier, et réussissent à l'attirer par ce moyen dans leurs pièges.
Un art est né de cette faculté qu'a l'homme d'imiter les différents bruits ou sons qu'il entend ; mais les individus qui le possèdent, et qui portent le nom de ventriloques, n'ont point reçu de la nature une organisation vocale différente de celle des autres hommes : ils doivent posséder à un certain degré la capacité d'observer les di verses altérations qu'éprouvent les sons par la distance et les localités, etc. , et avoir les organes de la voix et de la parole bien disposés, afin qu'ils puissent aisément produire les sons qu'ils veulent imiter.
Les fondements sur lesquels repose cet art sont faciles à saisir : nous avons instinctivement reconnu, par l'expérience, que les sons s'altèrent par
3a8 PRÉCIS ELEMENTAIRE
Art dca plusieurs causes : par exemple, qu'ils s'affaiblissent, ▼cntnioquc». jçy^jjjjgjjt mo ins distincts, et changent de timbre
à mesure qu'ils s'éloignent de nous. Un homme est descendu au fond d'un puits, elle veut parler aux personnes qui sont à l'ouverture : sa voix n'arrivera à leur oreille qu'avec des modifications dépendantes de la distance , et de la forme du canal qu'elle a parcouru. Si donc une personne remarque ces modifications et s'exerce à les reproduire, il fera naître dès illusions d'acoustique, dont on ne pourra pas plus se défendre que de voir les objets plus -gros si l'œil est armé d'une loupe : l'erreur sera complète si l'artiste emploie d'ailleurs les prestiges convenables pour détourner ou pour fixer l'attention des auditeurs.
Plus l'artiste aura de talents, plus les illusions seront nombreuses ; mais il faut se garder de croire qu'un ventriloque (1) produise les sons vocaux et articule par des procédés particuliers. Sa voix se forme à la manière ordinaire; seulement il en modifie à son gré le volume, le timbre, etc. ; et quant à la parole, s'il lui arrive de prononcer sans remuer les lèvres, c'est jqu 'il a soin d'employer des
(1) Les mots ventriloque, engastrimisme, et autres qui ont la même signification, ont pu être employés dans l'enfance de la science; mais ils devraient être bannis aujourd'hui du langage scientifique.
1 mots dans lesquels il n'entre point de lettres labiales, qui nécessiteraient inévitablement le mouvement des lèvres. Sous un certain rapport, l'art du ventriloque est à l'oreille ce que la peinture est pour les yeux.
Modifications de la voix dans les âges.
Le larynx est proportionnellement très -petit Modifications
11/. ■» * . 1 de la voix
chez le fœtus et 1 enfant naissant; son peu de vo- dan» les âges.
lume contraste avec celui de l'os hyoïde , de la
langue et des autres organes de la déglutition, qui
sont déjà très-développés. En outre, il est arrondi,
le cartilage thyroïde ne fait point de saillie au
cou.
Les lèvres de la glotte, les ventricules, les ligaments supérieurs, sont très-courts, proportionnellement à ce qu'ils seront par la suite; car, le cartilage thyroïde étant peu développé, l'espace qu'ils occupent est nécessairement peu considérable. Les cartilages sont flexibles, et loin d'avoir la consistance qu'ils auront par la suite.
Le larynx conserve à peu près ces caractères jusqu'à la puberté : à cette époque, il se fait une révolution générale dans l'économie. Le développement des organes génitaux détermine un accroissement rapide dans la nutrition de plusieurs organes , et celui de la voix est du nombre.
L'activité plus grande de nutrition se fait d'abord
ModfGcations remarquer dans les muocles; ensuite, mais plus dans les" lentement, elle se montre dans les cartilages : alors u,agC8 la forme générale du larynx se modifie ; le cartilage thyroïde se développe dans sa partie antérieure, il fait saillie au cou, mais d'une manière bien plus prononcée chez l'homme que chez la femme. De cette circonstance résulte un allongement considérable des lèvres de la glotte ou des muscles thyro-aryténoïdiens ; et ce phénomène est bien plus digne de remarque que l'agrandissement général de la glotte, qui arrive concurremment.
Ces changements du larynx, quoique rapides, ne se font pas cependant tout-à-coup ; il faut quelquefois six ou huit mois avant qu'ils soient terminés.
Au-delà de la puberté, le larynx ne subit pas d'autres changements bien remarquables; son volume et la saillie du cartilage thyroïde vont seulement en se prononçant davantage.
Chez l'homme adulte , les cartilages s'ossifient partiellement.
Dans la vieillesse, l'ossification des cartilages continue et devient à peu près complétera glande épiglottique diminue considérablement, et les mus~ cles intrinsèques, mais surtout ceux qui forment les lèvres de la glotte, diminuent en volume, deviennent moins foncés en couleur, perdent de leur élasticité; enfin ils éprouvent les mêmes modi-
fications que le système musculaire en général.
La production de la voix supposant l'entrée et la sortie de l'air de la poitrine, le fœtus, plongé au milieu du liquide de Yamnios, ne peut la présenter; mais au moment même de la naissance, l'enfant peut produire des sons aigus assez intenses.
Vagitu$ est le nom que les Latins ont donné à VagUm. cette voix , ou plutôt à ce cri par lequel l'enfant exprime ses besoins , ses souffrances. Rappelonsnous que c'est là l'objet du cri.
Vers la fin de la première année, l'enfant commence à former des sons qui se distinguent aisément du vagitus. Ces sons, d'abord vagues, irréguliers, deviennent bientôt plus distincts et plus suivis : c'est alors que les nourrices commencent à leur faire prononcer les mots les plus simples, et successivement ceux qui sont plus compliqués.
La prononciation des enfants est loin de res- Voix chci ic§ sembler à celle des adultes; mais aussi quelle différence entre les organes des uns et des autres ! Chez les enfants , les dents ne sont point encore sorties de leurs alvéoles; la langue est, comparativement, très-volumineuse ; les lèvres se trouvent plus grandes qu'il ne faut pour couvrir antérieurement les mâchoires quand elles sont rapprochées; les cavités nasales sont très-peu développées, etc.
Ce n'est que par degrés, et à mesure que la conformation des organes de la prononciation se rapproche de celle de l'adulte, que les enfants arrivent
PiononciatioD a «articuler nettement les diverses combinaisons de ' lei enfants? 1 lettres. Ils ne parviennent à former des sons appréciables, ou à chanter, que long-temps après qu'ils ont acquis la faculté de parler.
Cette espèce de sons est la voix proprement dite ou acquise : l'enfant ne la présenterait pas s'il était sourd. Elle n'est donc pas une modification du vagi tus.
Jusqu'à l'époque de la puberté, le larynx reste proportionnellement très-petit, ainsi que les lèvres de la glotte : aussi la voix se compose-t-elle entièrement de sons aigus. Il est physiquement impossible que le larynx puisse en produire de graves. Voix A la puberté, la voix éprouve, particulièrement ù * Mue* lté ' cnez l'homme, une modification remarquable : elle • a voix. aC q U î er t e n peu de jours, souvent même tout-àcoup, une gravité et un timbre sourd qu'elle était loin d'avoir auparavant. Elle baisse en général d'une octave. La voix du jeune homme mue, selon l'expression vulgaire. Dans certains cas, la voix se perd presque entièrement, et ne reparaît qu'après quelques semaines; fréquemment elle contracte une raucité marquée. 11 arrive parfois que le jeune homme produit involontairement un son très-aigu dans le moment où il voudrait rendre un son grave : il ne lui est guère possible alors de produire des sons appréciables ou de chanter juste.
Cet état de choses se prolonge en général durant une année, après quoi la voix reprend un tim-
bre plus ou moins clair, qui durera toute la vie : mais il se rencontre des individus qui perdent à jamais, durant la mue de la voix, la faculté de chanter; d'autres qui, ayant une voix belle et étendue avant la mue , n'ont plus , passé cette époque , qu'une voix médiocre et limitée.
La gravité qu'acquiert la voix dépend évidemment du développement du larynx, et surtout de V()ix l'allongement des lèvres de la glotte. Comme ces chtl v * duUc parties ne peuvent point s'allonger en arrière, elles le font en avant : aussi est-ce à ce moment que le larynx devient saillant au cou, et que la pomme ' d'Adam se montre. Chez la femme, les lèvres de la glotte ne présentent point, à la puberté, cet accroissement de largeur : aussi la voix reste-t-elle en général aiguë.
La voix conserve à peu près les mêmes caractères jusqu'au-delà de l'âge adulte ; du moins les modifications subies dans l'intervalle sont peu considérables, et ne portent guère que sur le timbre et le volume. Vers la première vieillesse, la voix change \o\% de nouveau, son timbre s'altère, son étendue diminue, le chant est plus difficile; les sons deviennent criards, et ne sont plus produits qu'avec peine et fatigue. Les organes de la prononciation s'étant altérés par l'effet de l'âge , les dents étant plus courtes, quelques-unes ordinairement tombées, celle-ci est aussi sensiblement altérée.
tous ces phénomènes deviennent plus pronon-
ces avec la vieillesse confirmée. La voix est faible, chevrotante, cassée; le chant porte les mêmes caractères, ce qui dépend alors de la manière dont s'exerce la contraction musculaire. La parole subit aussi des modifications remarquables : la lenteur des mouvements de la langue, l'absence des dents, la longueur proportionnelle des lèvres plus considérables, etc. , doivent nécessairement influer sur la prononciation.
Rapports de Vouie et de la voix.
Rapports Nous avons déjà fait connaître la liaison de la et deuToix. voix et de l'ouïe : elle est telle, qu'un enfant sourd de naissance est nécessairement muet, qu'une per-
sonne dont l'oreille est fausse a nécessairement la voix fausse, qu'un individu dont l'ouïe est dure est instinctivement porté à parler très-haut, etc.
Qu'on ne croie pas cependant que le larynx du sourd de naissance soit incapable de former la voix : nous avons déjà dit qu'il produit le cri. L'art parvient, par divers procédés, à lui faire produire la voix ; on arrive même à faire parler des sourdsmuets de naissance , de manière à leur donner moyen de soutenir une conversation; mais leur voix est rauque, sourde, inégale : ses différentes inflexions surviennent sans aucun motif et trèsinégalement. Je ne crois pas qu'un sourd-muet de naissance soit jamais parvenu à chanter.
Il y a quelque*, exemples de personnes qui ont acquis l'ouïe à un âge où elles pouvaient rendre compte de leurs sensations ; chez toutes , la voix s'est développée peu de temps après que les individus sont devenus habiles à ouïr.
Les Mémoires de ï Académie des Sciences > an- Histoire du
i ta» * il sourd-muet d
née 1703, contiennent un exemple de ce genre, Chartres, arrivé chez un jeune homme de Chartres, âgé de vingt-quatre ans. *qui, au grand étonnement de toute la ville, 6e mit tout-à-coup à parler. On sut de lui que, trois ou quatre mois auparavant, il avait entendu le son des cloches, et avait été ex- * trémement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue ; ensuite il lui était sorti une espèce d'eau de l'oreille gauche , et il avait entendu parfaitement des deux oreilles. Il fut , trois ou quatre mois , à écouter sans rien dire , s'accoutumant à répéter tout bas les paroles qu'il entendait, et s'affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots. Enfin, il se crut en état de rompre le silence, et il déclara qu'il parlait, quoique ce ne fût encore qu'imparfaitement. Aussitôt d'habiles théologiens l'interrogèrent, etc. » %
Il est malheureux pour la science que ce jeune homme n'ait point été observé par des physiologistes ; peut-être son histoire serait-elle devenue plus intéressante et surtout plus digne de confiance; car telle qu'elle est racontée elle se trouve démentie
par plusieurs faits sur lesquels il ne peut s'élever aucun doute ; par exemple, celui qui s'est passé à Paris il y a quelques années :
Un jeune soutd-muet de naissance, âgé de quinze ans , fut guéri de la surdité par M. le docteur Itard, au moyen d'injections faites dans la caisse par une ouverture pratiquée à la membrane Souid-muct du tympan. Le jeune sourd reconnut d'abord le
le M Itard
son des cloches voisines ; il éprouva dans ce moment une émotion très-vive , mal à la tête , des vertiges et des étourdissements. Le lendemain , il fut sensible au bruit de la sonnette de l'appartement; vingt jours après il put reconnaître la voix des personnes qui lui parlaient. Alors son ravissement fut extrême ; il ne pouvait se rassasier d'entendre parler. «Ses yeux, dit M. le professeur Percy, venaient chercher la parole jusque sur les lèvres. * Sa voix ne tarda pas à se développer. 11 ne forma d'abord que des sons vagues ; peu de temps après il put bégayer quelques mots, mais il les prononçait mal et à la manière des enfants. Il fallut quelque temps avant qu'il pût prononcer des mots un peu composés et contenant plusieurs consonnes. On lui fit entendre une vielle organisée, sans qu'il eût été prévenu ; on le vit tout-à-coup trembler, pâlir, et sur le point de tomber en syncope, puis éprouver tous les transports que cause un plaisir vif et inconnu : ses joues colorées, ses yeux étincelants , sa respiration précipitée , son pouls
Trésel.
rapide, annonçaient une sorte de délire, d'ivresse de bonheur.
On aurait certainement reconnu encore plusieurs phénomènes surprenants sur ce jeune homme, si une maladie n'était venue l'enlever aux médecins philosophes qui l'observaient; heureusement ce qui n'a pu être étudié sur cet enfant l'a été dans plusieurs autres cas semblables dont j'ai moi-même été témoin. J'ai déjà parlé d'Honoré Trésel et commencé son histoire (voy. t. I, p. i4$). Je vais la terminer:
Cependant tout Tintérêt d'Honoré pour les sen- Fin <ic
. . . l'Histoire
sations que lui procurait son ouïe ne 1 avait pas d'Honoré empêché de faire une observation des plus importantes. Son larynx formait aussi des sons; au plaisir de les entendre vint se joindre celui de les produire. C'est ici que Trésel a présenté les phénomènes les plus curieux et les plus neufs.
L'instrument de la voix se compose d'un grand nombre de pièces différentes , parmi lesquelles se trouvent des muscles, des os, des cartilages, des membranes ; il e&t été admirable que , sans un exercice préparatoire, toutes ces pièces, tous ces organes se fussent mis à agir de concert,' de manière à produire des sons vocaux et des articulations appréciables ; c'est ce qui n'arriva point. Les premiers sons que Trésel put former étaient sourds et graves; il prononça, non sans peine, a, 0, u; les deux autres voyelles ne vinrent que plus tard, 1. 22
Histoire et les premiers mots qu'il forma furent papa, ta- ^é^i!* bac, du feu, etc. Mais quand il voulut reproduire des mots plus compliqués, il fit une multitude de contorsions des lèvres, de la langue et de tous les agents de la prononciation, dont il ignorait entièrement l'usage , ressemblant en cela à celui qui débute dans l'art de la danse ou de la natation, et qui se consume en efforts inutiles et en mouvements disgracieux.
A force de tentatives, il parvint à prononcer quelques mots composés qui avaient été d'abord au-dessus de ses moyens.
C'est à ce moment qu'il se crut au niveau des autres enfants de son âge, et que, satisfait de lui-même , et fier de sa nouvelle situation , il prit en grand dédain ses anciens compagnons d'infortune, et ne voulut plus les voir ; manifestant ainsi l'un des instincts les plus déplorables de la nature de notre espèce.
Malgré ce mouvement de vanité , Trésel avançait peu la prononciation. Un grand nombre de syllabes lui échappaient, ou bien il ne les articulait que d'une manière extrêmement défectueuse. Peut-être n'aurait-il jamais franchi cette difficulté, si son instituteur n'eût cessé de s'adresser uniquement à ses oreilles , pour parler en même temps à ses yeux.
On lui traça sur un tableau les diverses syllabes, et, dès ce moment, il les prononça beaucoup
mieux , saisissant avec bien plus de netteté lassem- H«ioi.e blage des voyelles et des consonnes et leur influence d Tr2rcî^ réciproque. Témoin de cet essai, nouspûmesconstater ainsi un fait fort remarquable : c'est que l'association de la vue et des mouvements du larynx était prompte et facile, tandis que celle de l'ouïe et de l'organede la Yoix était toujours difficile et ne s'exerçait qu'avec lenteur. Pajr exemple, aussitôt qu'Honoré apercevait des syllabes écrites, il les prononçait, si en même temps on les faisait retentir près de lui ; mais si on enlevait le tableau où les lettres étaient tracées, en vain articulait-on à son oreille, de la manière la plus distincte, certaines syllabes, il lui était impossible de les articuler lui-même. Il saisissait donc bien plus facilement les rapports des sons avec les lettres écrites, qu'avec l'action de son larynx.
Toutefois, en suivant ce procédé, Trésel a appris à lire et à écrire d'une manière assez rapide ; „ * niais, semblable aux personnes qui étudient une langue étrangère , et qui , en général , la lisent et l'écrivent long - temps avant que de pouvoir la parler, encore aujourd'hui Honoré lit des yeux et écrit infiniment mieux qu'il ne parle. Sa prononciation est très - défectueuse ; les r r surtout ronflent dans sa bouche d'une manière singulière et désagréable. Les diverses nuances de l'accent lui paraissent inconnues ; mais quand on pense à son point de départ, on doit être satisfait de lui voir
Histoire ce degré d'instruction après un intervalle aussi
d'Honoro Trésel. COUrt.
Honoré présente en outre un phénomène qui a fixé l'attention des commissaires de l'Académie des Sciences chargés de l'examiner. Quand on lui dit un mot bien distinctement, il le répète aussitôt ; quand on l'appelle, par exemple, il ne manque pas de répéter son nom ; l'important pour lui est de parvenir à reproduire le mot qu'il vient d'entendre. Si son instituteur veut s'adresser ;\ son esprit, ce sont des gestes ou l'expression de son visage qu'il emploie. L'enfant lui-même n'exprime facilement etpromptement ses idées que pîir des signes, et c'est seulement par l'emploi de ces signes qu'il est possible de juger de son intelligence et de la promptitude de ses conceptions.
Sous ce point de vue , Honoré offre un phénomène bien digne d'intérêt. Ayant acquis un nouveau moyen d'exprimer ses besoins et ses idées, il aurait dû, du moins cela semblait probable, négliger celui dont il s'était servi jusqu'alors, et qui est si inférieurà la parole; jusqu'ici, c'est le contrairequi est arrivé ; le langage naturel, c'est-à-dire celui des signes, au lieu de perdre et .d'être remplacé graduellement par la parole, a gagné avec rapidité et a acquis une perfection et un piquant de beaucoup supérieur à celui qu'il offrait avant qu'Honoré eût recouvré l'ouïe.
Cependant , dans ses rapports avec les enfants
DE PHYSIOLOGIE. 5/j 1
de son âge , Honoré commence à employer des Histoire mots simples, et particulièrement des substantifs "S/ pour faire connaître ses principaux désirs. Peutêtre le temps le portera-t-ii a faire un usage plus fréquent et plus complet de la parole ; mais peutêtre aussi restera -t- il fort au-dessous des autres hommes sous ce rapport ; car nous avons de nombreux exemples d'enfants qui sont , pour ainsi dire, muets, uniquement parce qu'il leur faut un certain effort de l'oreille pour saisir les mots , et un travail quelque peu difficile du larynx pour
parler : trouvant un moyen facile de communication par l'emploi des signes, x ils négligent d'exercer l'oreille et les organes de la parole , et restent ainsi classés parmi les sourds-muets , bien qu'en réalité ils ne soient ni muets , ni sourds.
J'ai écrit cette observation en i825; depuis cette époque Honoré a continué de recevoir les soins de tous genres de M. Deleau. L'Académie des Sciences a fourni aux frais de son éducation, ainsi qu'à celle de plusieurs autres enfants sourds, aussi heureusement rendus à l'ouïe. Il a sans doute fait de grands progrès; on peut dire, sans rien exagérer , qu'il entend et qu'il parle. Mais avouons cependant qu'il est encore loin des autres enfants de son âge qui n'ont jamais été sourds-muets; il ne faut pas même une grande attention pourreconn aître son infériorité. Si le temps n'apportait de grandes amé-
Histoire liorations dans sa position , nous serions forcés de
d'Honoré . . .
Trcsci. conclure qu un sourd -muet de naissance ne peut point être appelé, même par une éducation spéciale et prolongée pendant huit ans , à vivre en société à la manière des autres hommes.
D'autres cas analogues que j'ai sous les yeux sembleraient annoncer que si l'ouïe est donnée au sourd-muet, dès la cinquième année de leur vie, ils sont beaucoup plus aptes à acquérir la parole et à se servir, comme les autres enfants, de leur oreille et de leur voix et à abandonner l'usage des signes.
Dès sons indépendants de ta voix.
Indépendamment de la voix, 1 "homme peut encore produire à volonté un grand nombre de sons inappréciables ou même appréciables , tels que le bruit qui accompagné l'action de cracher, de se moucher, d'éternuer; celui par lequel on appelle un cheval ; celui qui simule le son produit quand on débouche une bouteille; tel est encore le sifflet des dents ou des lèvres, soit qu'on le forme en expirant, soit en inspirant; et une multitude d'autres bruits qui résultent du mouvement des diverses parties de la bouche, et de la manière dont l'air pénètre dans cette cavité ou dont il en sort. Il ne serait sans doute pas impossible de rendre raison du mécanisme de la production de ces différents sons; mais aucun physiologiste physicien n'a pris la peine de s'en occuper. Exceptons cependant le sifflet, qui
DS PHYSIOLOGIE. ?*t\5
a été récemment l'objet de recherches physiques très-curieuses.
Du sifflet.
Les diverses parties mobiles et contractiles qui i>» «irnet. composent la bouche deviennent à notre volonté un instrument à vent, dont nous pouvons tirer des sons plus ou moins harmonieux. Mais son mécanisme diffère tout-à-fait de celui du larynx. C'est aux expériences de M. Cagnard-Latour que nous devons d'en connaître la théorie.
En frottant avec le doigt un carreau de vitre Frottements
i . i ., j . A • i i * intermittents.
humide il se produit un son musical plus ou inoins aigu , selon que le frottement est plus ou moins rapide. Un bâlon garni d'une étoffe tournant dans un tube en verre amène le même résultat. Si l'on agite vivement un bâton dans l'atmosphère on distingue sans peine que le bruit du frottement aérien est accompagné d'un son musical plus ou moins aigu, suivant la vitesse du mouvement. Un gros bâton, à vitesse égale, forme un son beaucoup plus grave qu'une baguette.
Ce mode de production de sons appréciables paraît être celui qui appartient au sifflet de la bouche. Suivant toutes les apparences, l'art de siffler consiste à former avec la bouche un petit conduit dans lequel le frottement de l'air expiré ou inspiré puisse devenir intermittent et produire ainsi un
Théorie du son primitif, xjui augmente ensuite d'intensité en du «ifflet. coûimui )j[q Uan ^ ces vibrations à l'air contenu dans
la cavité de la bouche.
Pour vérifier ses idées, M. Cagnard-Latour a fait construire de petites rondelles de liège percées dans leur centre d'une ouverture circulaire de trois millimètres de diamètre. Une de ces rondelles étant placée entre les lèvres , on siffle à peu près comme avec l'ouverture des lèvres. Avec la même rondelle se produisent tous les sons compris dans l'étendue d'une octave au moins. Il suffit , pour réaliser cet effet , de régler convenablement la capacité intérieure de la bouche en même temps que la vitesse du courant d'air. Il y a donc analogie entre Ja bouche qui siffle et l'embouchure de la flûte à bec, qui reste la même, quels que soient les tons produits par l'instrument.
En ajustant la même rondelle à l'extrémité d'un tube de verre, le son du sifflet se fait entendre, et comme dans la bouche il a lieu SQ.it pendant l'expiration, soit pendant l'inspiration.
sifflet Un autre mode de sifflet est formé en appliquant le bout de la langue contre les dents supérieures et la voûte du palais , si l'on réussit à former un orifice arrondi. Enfin , il en est un autre beaucoup plus difficile à produire et qui paraît créé dans le larynx même, dont la glotte ne serait pas en-
sitik-t tièrement fermée. Il doit y avoir de l'analogie entre Uu L,)ux ce sifflet laryngien et le son que M. Savart a obtenu
en souillant doucement avec Ja bouche dans des larynx de cadavres, la glotte étant ouverte.