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PRÉFACE
Les sciences naturelles ont eu , comme l’histoire , leurs temps fabuleux. L’astronomie a commence par l’astrologie; la chimie était naguère l’alchimie ; la physique n’a etc long-temps qu’une vaine réunion de systèmes absurdes , etc. Singulière condition de l’esprit humain , qui semble avoir besoin de s’exercer long-temps sur des erreurs avant d’oser aborder la vérité !
Telles furent les sciences naturelles jusqu’au dix-septième siècle. Alors parut Galilée , et d’admirables découvertes apprirent au monde que pour connaître la nature, il ne suffisait pas d’iMAGiNER ou croire ce qu’en avaient dit d’anciens auteurs , mais qu’il fallait I’observer , et par-dessus tout I’interroger au moyen des expériences.
Cette philosophie féconde fut celle de Newton ; elle ne cessa de l’inspirer dans ses immortels travaux.
Ce fut aussi celle des hommes de génie qui , dans le siècle dernier , anéantirent l’antique doctrine des quatre élémens et la remplacèrent par la théorie pneumatique.
Ce meme esprit anime aujourd’hui les physiciens et les chimistes de tous les pays, les guide dans leurs ingénieuses et utiles recherches , et forme entre eux un nouveau lien social à jamais indissoluble.
Gloire donc a Galilée! En démontrant par des exemples mémorables les immenses avantages de l’observation et de l’expérience ; en détournant l’esprit humain de la fausse direction oii ses forces s’épuisaient en vain depuis tant de siècles, il a réellement jeté lesfondemens des sciences physiques; de ces sciences qui relèvent la dignité de l’homme^ accroissent sans cesse sa puissance, assurent la richesse et le bonheur des nations , placent notre civilisation au-dessus de toutes celles des temps passés , et préparent aux générations un brillant avenir.
PRÉFACE
Je voudrais pouvoir dire que la physiologie , cette science de nousmêmes , selon l’expression de Bacon , a pris le meme essor et subi la meme métamorphosé que les sciences physiques. Malheureusement il n’en est pas ainsi ; la physiologie est encore , dans beaucoup d’esprits et dans plus d’un ouvrage , une oeuvre d’imagination ; elle a ses croyances diverses , ses sectes opposées et militantes ; on y admet des êtres chimériques qui , semblables aux dieux du paganisme , président aux phénomènes vitaux ; on y invoque l’autorité d’auteurs soi-disant infaillibles , enfin on dirait le cadre d’une religion bizarrement rempli par des termes scientifiques.
A diverses reprises cependant il s’est montré des hommes qui ont appliqué avec succès la méthode expérimentale a l’étude de la vie ; de grandes découvertes ont été le fruit de ces ejïbrts ; la science s’est enrichie , étendue , mais sa forme générale , sa méthode d’investigation , est restée la même, et à côté des phénomènes de la circulation du sang , de la respiration , de la contraction musculaire , etc. , sont placées sur la même ligne et au même degré d’importance , de simples métaphores , telles que la sensibilité organique , quelques créations imaginaires, comme le fluide nerveux , certains mots inintelligibles , tels que FORCÉ ou principe VITAL.
Mon but principal , en écrivant cet ouvrage , a été de contribuer à changer l’état de la physiologie , de la rameher entièrement au positif des faits , en un mot de faire éprouver à cette belle science l’heureuse rénovation des sciences physiques.
Je ne me suis point abusé sur les difficultés que j’avais à vaincre , je les connaissais ; elles tiennent a la nature de l’homme , et sont aussi des phénomènes physiologiques.
De nombreux préjugés sur l’isolement où la physiologie doit , diton, se tenir des sciences exactes; une répugnance extrême pour les expériences faites sur les animaux vivans ; la prétendue impossibilité d’en appliquer les déductions à l’homme ; l’ignorance a peu près absolue de la manière de procéder pour trouver la réalité ; l’attachement aux anciennes idées , toujours protégées par l’insouciance et la paresse ; l’espèce de passion tenace que les hommes mettent a conserver leurs erreurs, en dépit même de leur intérêt , etc. , voila une partie des obstacles qu’il fallait surmonter. Ils étaient grands sans doute ; mais , certain d’être dans la bonne voie , et comptant sur l’influence douce , mais constante , de la vérité , je n’ai point douté et je ne doute point encore du succès pour un temps qui , je l’espère , n’est pas éloigné.
PRÉFACE
IIÏ
Déjà les hypothèses sur les fonctions organicjues ne sont plus accueillies avec la meme faveur; et pour mettre au jour une œuvre de physiologie SPÉCULATIVE , il est indispensable de faire au moins c|uelques expériences.^
La croyance , si nuisible et si absurde , que les lois physicjues n’ont aucune influence sur les corps vivans , n’a plus la meme force ; les bons esprits commencent à entrevoir cju’il pourrait y avoir dans l’animal vivant divers ordres de phénomènes , et que des actes simplement physiques n’excluent pas des actions purement vitales.
Il n’est plus douteux maintenant cjue les recherches faites sur les animaux ne s’appliquent , avec une précision remarquable , aux phénomènes de la vie de l’homme ; la vive clarté cjue les expériences récentes relatives aux fonctions nerveuses viennent de jeter sur la pathologie , lève toute incertitude à cet egard.
Mais ce qui prouve , mieux que je ne saurais le dire , combien Futilité des expériences physiologiques se fait sentir , c’est le grand nombre des personnes qui se livrent aux investigations de ce genre ; c’est la rapidité avec laquelle les découvertes les plus importantes , tout-à-fait inattendues , se succèdent depuis cpelque temps , et font de la science de la vie une science toute nouvelle.
Encore cjuelques années , et la physiologie , liée intimement aux sciences physiques, ne pourra plus faire un pas sans leur secours; elle acquerra la rigueur de leur méthode , la précision de leur langage , et la certitude de leurs résultats ; en s’élevant ainsi , elle se trouvera hors de la portée de cette foule ignorante et vaniteuse toujours présente et en force cjuand il s’agit de repousser le vrai ou d’accueillir quelque erreur. La médecine , c]ui n’est cjue la physiologie de l’homme malade , ne tardera pas a suivre la meme direction, à atteindre la meme hauteur; nous enverrons ainsi disparaître toutes ces explications mensongères qui , aliment des intelligences les plus infimes , la défigurent depuis si long-temps.
TABLE
DES MATIÈRES
Division de la Physiologie. pag.
Élémens solides , gazeux , incoercibles, pag.