DE LA GÉNÉRATION
Les fonctions de relation et les fonctions nutritives établissent l’existence individuelle de l’homme ; mais, comme tous les animaux, il est encore appelé à en exercer une autre très-importante, qui est la création d’êtres semblables à lui, et à concourir ainsi à l’existence de l’espèce.
Par son but, la génération est déjà très-différente des fonctions de relation et nutritives ; mais elle en diffère encore en ce que les organes qui coopèrent n’existent pas sur le même individu, et établissent la principale différence des sexes.
Appareil de la génération.
Il se compose des organes propres à l’homme et de ceux qui sont particuliers à la femme.
Organes génitaux de Vhomme.
Ces organes sont les testicules , les vésicules spermatiques y la prostate , glandes de Cowper et le pénis.
Il y a deux testicules. Les cas rapportés dans les auteurs , où l’on dit en avoir vu trois et même quatre , sont fort incertains. Leur forme est ovoïde et leur volume peu considérable ; leur parenchyme consiste en un nombre infini de petits vaisseaux repliés et contournés sur eux-mêmes, nommés sperniifères , et se dirigeant tous vers un point de la surface , nommé la tête de V épididyme : là ils se rapprochent , s’anastomosent , diminuent de nombre, et finissent par ne plus former qu’un canal contourné qui règne au-dessus de l’organe , et y prend le nom éi épididyme ; si par la dissection ou autrement on détruit le tissu cellulaire qui maintient plissés les vaisseaux spermifères , on peut s’assurer qu’ils ont une longueur très-considérable, qu’ils forment , en s’anastomosant , des mailles de plus d’un pied de diamètre.
Le canal qui leur succède, ou qui résulte de leur réunion, se détache de l’organe sous le nom de conduit déférent y remonte vers les anneaux inguinaux, se plonge dans le bassin , et arrive enfin à la partie inférieure et antérieure de la vessie ; là il communique d’une part avec les vésicules spermatiques, et de l’autre avec la portion prostatique de l’urètre.
PRÉCIS ÉRÉMENTAIRE
Le parenchyme du testicule est enveloppé par une membrane fibreuse et résistante; il est en outre recouvert, par une membrane séreuse, nommée tunique vaginale , qui dans le fœtus a fait partie du péritoine ; 2° par une membrane musculaire qui peut élever le testicule et l’appliquer contre l’anneaîi inguinal ; 3» par le dartos, couche de tissu cellulaire fort lâche qui paraît être contractile; 4° enfin par la peau rugueuse et de couleur foncée qui forme le scrotum ou les bourses. Cette portion de peau a la propriété remarquable de se contracter à la manière des tissus musculaires non soumis à la volonté.
Le sang artériel arrive au testicule par une petite artère qui naît de l’aorte à la hauteur des rénales. Les veines de cet organe sont grosses, flexueuses et multipliées ; elles ont des anastomoses fréquentes , et portent ensemble le nom de corps pampinifonne. Quoique la sensibilité des testicules soit des plus vives , il ne paraît pas qu’on ait pu y suivre aucun nerf, soit du cerveau, soit des ganglions.
On donne le nom de vésicule spermatique à deux petits organes celluleux situés au-dessous du bas-fond de la vessie , et qui paraissent destinés à contenir le fluide sécrété par le testicule. Les parois en sont minces , recouvertes en dedans par une membrane muqueuse, et en dehors par une lame fibreuse : on ignore si la membrane intermédiaire est ou n’est pas contractile. L’extrémité antérieure de ces petites vessies communique avec les canaux déférens de l’urètre par l’intermédiaire d’un canal trèscourt et très-étroit , appelé éjaculateur.
M. Amussat vient de s’assurer , par une dissection attentive et délicate , que les vésicules sont formées par un canal étroit, d’une longueur assez considérable, et replié plusieurs fois sur lui-même en divers sens. Ses contours sont rendus fixes par des brides cellulaires, à la manière des vaisseaux spermifères.
Enfin, la verge ou pénis est au nombre des organes génitaux mâles. Elle est principalement formée par les corps cavemeua; , la portion spongieuse de V urètre , et le glancL
Les corps caverneux déterminent en grande partie la forme et les dimensions de la verge ; ils commencent sur la partie interne des branches de l’ischion , se rapprochent bientôt , et finissent par s’adosser pour former le corps de la verge. Ils sont séparés l’un de l’autre par une cloison fibreuse percée de beaucoup d’ouvertures. Ils ont une membrane extérieure fibreuse, dure, épaisse , et très-résistante. A leur intérieur , il existe un très-grand nombre de filamens, de lames entrecroisées en divers sens, et qui, par leur réunion , produisent une sorte d’éponge, au milieu de laquelle le sang est épanché. Ce tissu communique librement avec les veines , ainsi que j’en ai plusieurs fois acquis la preuve directe (i). L’urètre et le gland, qui font aussi partie essentielle de la verge , ont un parenchyme analogue , mais ils ne sont pas entourés d’une membrane fibreuse.
Six artères de rendent à la verge. Cette partie reçoit aussi plusieurs nerfs qui naissent des paires sacrées.
Les organes génitaux de l’homme ne constituent réellement qu’un appareil de sécrétion glandulaire, dont le testicule est la glande, les vésicules le réservoir, le conduit déférent et l’ui'ètre le canal excréteur. Cette sécrétion est indispensable pour la génération.
On nomme sperme le fluide sécrété par les testicules. Le petit volume de ces glandes, le nombre et la ténuité des conduits spermifères, la petite quantité de sang qu’y apportent les artères spermatiques , la longueur et l’étroitesse extrême des canaux
(l) Pour bien voir cette communication du tissu caverneux de la verge avec les veines, j’insuffle et je fais sécher le pénis ; alors, au moyen de quelques coupes fort simples, on voit les veines faire suite immédiatement aux cellules caverneuses. Dans le cheval, la communication se fait par des ouvertures assez grandes pour contenir le doigt.
i cléférens, rendent probable que sa quantité est très-peu considérable, et qu’il ne se i dirige vers les vésicules qu’avec une extrême lenteur. Il est probable aussi que la séj crétion du sperme se fait d’une manière continue, mais plus rapide si l’on éprouve des excitations voluptueuses, si l’on a fait usage de certains alimens, et si l’on répète souvent l’acte vénérien.
On conçoit assez difficilement comment la liqueur sécrétée par le testioule chemine à travers les canaux spermifères et l’épididyme, et comment elle parcourt de bas en haut le canal déférent. Peut-être y a-t-il dans ce canal un effet de capillarité que rend probable son étroitesse, ainsi que l’épaisseur et la résistance de ses parois. Il est un peu plus facile de comprendre comment le sperme, arrivé à l’extrémité du canal déférent, peut pénétrer dans les vésicules : les canaux éjaculateiirs , embrassés avec le col de la vessie par les releveurs de l’anus, doivent résister à l’abord du liquide, qui trouve un plus libre accès dans le col de la vésicule spermatique.
Jamais le sperme n’u été analysé tel qu’il sort du testicule; le fluide qui a été étuj dié sous ce nom est formé par le sperme, le liquide sécrété parla membrane muqueuse des vésicules, celui de la glande prostate, et peut-être celui des glandes de Cowper.
Au moment où il sort de l’urètre, ce fluide mixte est composé de deux substances, l’une liquide, légèrement opaline, l’autre épaisse, presque opaque. Abandonnées à elles-mêmes, ces deux matières se mêlent, et se liquéfient en quelques minutes. L’odeur de sperme et forte, et siii generis; sa saveur et salée, et même un peu âcre. Vauquelin, qui l’a analysé, Fa trouvé composé de : eau , 900; mucilage animal , 60 ; soude, 10; phosphate de chaux, 3o. Examiné au microscope, on y aperçoit une multitude innombrable d’animalcules, qui paraissent avoir une tête arrondie et une queue très-longue : ces êtres singuliers se meuvent avec une certaine rapidité ; ils semblent fuir la lumière et se plaire davantage à l’ombre. Pour les voir, il suffit de faire une légère piqûre au testicule d’un animal en âge de féconder, de recueillir sur un porte-objet une parcelle du liquide qui s’écoule de la piqûre, de délayer avec de l’eau tiède , et de placer ensuite sous le microscope avec un faible grossissement. Ces animalcules n’existent que chez les individus aptes à la fécondation; les affections tristes (i), les maladies, les excès , les font disparaître : chez les animaux , on ne les trouve que durant le temps du rut. Les mulets , qui îe plus souvent sont inféconds , n’en offrent point, bien qu’ils aient du sperme.
L’époque à laquelle commence la sécrétion du sperme est celle de la puberté ; avant ce temps , les testicules forment un fluide visqueux transparent qui n’a jamais été analysé, mais qui, à en juger par l’apparence, diffère beaucoup du sperme. D’après des observations récentes , ce fluide ne contiendrait pa^ d’animalcules spermatiques.
Les modifications de l’économie qui arrivent à la même époque, telles que la mue de la voix , le développement des poils, l’accroissement des muscles et des o,<, etc. , sont liés avec l’existence des testicules et au fluide qu’ils sécrètent. En effet , la soustraction de ces organes avant la puberté s’oppose à leur développement. Les eunuques conservent d’abord les formes de l’enfance ; leur larynx ne s’accroît pas , leur menton ne se couvre point de poils , leur caractère reste timoré; plus tard ils se rapprochent beaucoup par leur physique et leur moral de la femme : cependant la plupart se plaisent dans le commerce de celles-ci, et se livrent même avec ardeur à un acte qui ne peut jamais tourner au profit de l’entretien de l’espèce.
Dans l’état de santé , pour que l’émission du sperme puisse avoir lieu , le tissu spongieux de la verge doit être distendu en tous sens , durci, pliischaud, en un mot,
(l) M. Bory-Saint-Vincent a en vain cherché ces animalcules sur deux individus jeunes et vigoureux qui avaient subi la peine capitale ; il les a trouvés, au contraire, sur des militaires tués par le boulet.
être en e/w^/c^/z. Dans cet état, tout annonce que le sang arrive en grande abondance à la verge, ses artères grossies battent avec plus de force; tout annonce aussi qu’il en sort avec plus de difficulté, ses veines sont gonflées, et la température est sensiblement augmentée. Ces divers phénomènes sont évidemment sous l’influence du système nerveux.
Diverses explications ont été proposées pour l’érection. Elle a été rapportée tantôt à la compression des veines honteuses ou des corps caverneux par les muscles intrinsèques de la verge, tantôt à la constriction des veines par l’influence nerveuse , etc. ; de ces explications , celle qui attribue l’érection à la compression des veines du pénis parait la plus probable. Les principales veines sont disposées de manière à être comprimées au moment où elles rentrent dans le bas-ventre, tandis que rien ne peut produire un semblable effet sur les artères. Pour m’assurer de l’influence de la compression des veines sur le gonflement du pénis, j’ai lié , sur un chien , les deux grosses veines qui marchent sur la partie supérieure du corps caverneux , et sur-le-champ le pénis s’est gonflé , et est entré dans une sorte d’érection ; mais comme les deux vaisseaux liés ne sont pas les seules veines du pénis du chien , on ne peut rien affirmer de cette expérience , qui montre cependant l’influence de la compression des veines sur l’état du pénis.
Quoi qu’il en soit , l’érection est amenée par plusieurs causes très-différentes , telles que des excitations mécaniques, les désirs vénériens, la plénitude des vésicules, l’usage de certains alimens, de quelques médicamens, et même de quelques poisons: elle est encore excitée par plusieurs maladies , la flagellation , etc. De toutes ces causes, l’imagination est celle dont l’effet est le plus rapide. Parmi les phénomènes de l’érection , l’iin des plus remarquables est sans doute la promptitude avec laquelle elle se reproduit ou cesse dans certains cas.
Ordinairement l’érection est accompagnée de Pécouleraent d’un liquide visqueux , qu’on dit venir de la prostate.
Les circonstances qui amènent l’excrétion du sperme, ainsi que la sensation voluptueuse qui l’accompagne, sont connues; le mécanisme même de son évacuation l’est beaucoup moins. Les vésicules se vident- elles en tout ou en partie dans le moment de l’éjaculation? Est-ce leur tunique moyenne qui se contracte , ou bien sont-elles comprimées par quelques autres causes? Les faisceaux musculaires (i) qui, de l’orifice des uretères , se portent à la crête urétrale, y concourent-ils? Le muscle releveur de l’anus doit-il être relâché à cet instant ? Est-ce le contact du sperme sur la partie membraneuse ou spongieuse qui excite la sensation qui accompagne son expulsion ? etc. Nous ne savons rien de positif sur ces diverses questions.
Organes génitaux de la femme.
Les ovaires , les trompes , X utérus ou la matrice , et le vagin , tels sont les organes qui servent essentiellement à la génération chez la femme.
Depuis Stenon , on donne le nom éé ovaires à deux petits corps situés dans l’excavation du bassin, sur les côtés de l’utérus. Chaque ovaire est formé par une membrane extérieure fibreuse , et à l’intérieur par un tissu cellulaire particulier , au milieu duquel se trouvent quinze ou vingt vésicules, dont ordinairement plusieurs sont plus volumineuses que les autres , et correspondent par un de leurs côtés à la membrane extérieure, qui est plus mince à cet endroit. Ces vésicules contiennent les rudimens du germe, et sont ainsi pour la femme ce que les œufs sont pour les oiseaux, les reptiles et les poissons. Elles sont formées par deux enveloppes membraneuses, et
(I) Décrits par M. Charles Bell.
par un fluide qui se prend en masse et durcit comme l’albumine ; mais chaque vésicule est-elle un œuf, ou bien n’est-elle, comme le pense M. de Baer de Kœnigsberg, que la loge temporaire du véritable œuf? Voilà ce qui n’est point encore éclairci.
Le défaut de développement des ovaires, qui arrive quelquefois chez la femme, exerce sur l’ensemble de l’économie une influence non semblable, mais analogue à celle de la soustraction des testicules. La femme stérile par cette cause a ordinairement les formes masculines : son menton et le pourtour de sa bouche sont garnis de poils; ses goûts et son caractère se rapprochent de celui de l’homme; sa voix est grave et sonore; son clitoris a souvent une étendue considérable. Dans cette espèce de femme incomplète , nommée souvent virago , se rencontre un penchant qui ne devrait se trouver que chez l’homme, et que les mœurs réprouvent , mais qui n’en est pas moins remarquable sous le point de vue physiologique.
Les trompes de Fallope ou utérines sont deux canaux étroits qui , l’un à droite , l’autre à gauche, établissent une communication entre l’ovaire et la matrice. Elles sont évasées et frangées par leur extrémité externe, étroites et arrondies dans le reste de leur étendue. Leur tissu , surtout du côté de l’utérus , a de l’analogie avec celui du . canal déférent.
Dans l’excavation du bassin , devant le rectum et derrière la vessie , se trouve la matrice, organe pyriforme peu volumineux dans l’état ordinaire , mais destiné à éprouver une extension considérable pendant la grossesse. On distingue dans la matrice le corps, qui est supérieur; le col, qui est inférieur , et embrassé par le vagin , enfin une cavité, laquelle a trois orifices, deux supérieurs, qui correspondent aux trompes, et un inférieur, qui communique dans le vagin.
Le tissu propre de l’utérus est seul de son genre dans l’économie animale ; il a cependant quelque analogie avec celui du cœur : sa structure est inextricable dans l’état ordinaire ; elle est plus facile à étudier dans la grossesse avancée : deux prolongemens de ce tissu se rendent, sous le nom de ligamens ronds , aux anneaux inguinaux, et se répandent dans le côté externe des grandes lèvres ; une grande partie de la surface externe de l’utérus est recouverte par le péritoine, qui forme autour de cet organe plusieurs replis remarquables. La face interne n’est recouverte par aucune membrane. En regardant cette surface avec une forte loupe, on y aperçoit une multitude de petites ouvertures, dont les unes, moins nombreuses et plus grosses, appartiennent aux veines, et les autres, bien plus multipliées mais presque imperceptibles , paraissent propres aux artères.
Les artères de l’utérus sont flexueuses et très-considérables , relativement à son volume : les veines sont aussi multipliées et volumineuses ; elles forment dans l’épaisseur de son tissu ce que les anatomistes ont improprement nommé sinus utérins :\e.s nerfs sont moins nombreux et viennent du plexus hypogastrique.
La cavité de l’utérus communique au dehors parle vagin, canal membraneux placé à peu près verticalement dans le petit bassin. Sa longueur est de six à sept pouces ; sa largeur est variable , suivant que la femme a fait ou non des enfans. Sa face interne présente , surtout inférieurement , un grand nombre de plis transversaux qui permettent dans la grossesse au vagin de s’alonger. Dans la femme vierge , son extrémité inférieure est garnie par \ hymen, membrane mince, en forme de croissant , qui en ferme en grande partie l’entrée.
Des fibres grisâtres, entrecroisées en tous sens, assez analogues à celles de la matrice, imposent le tissu du vagin. En bas, il est entouré par de nombreuses veines qui ont l’aspect du tissu des corps caverneux , et qui forment le plexus rétiforme. On croit cette partie du vagin susceptible d’érection. Toute la surface interne de cet organe est revêtue par une membrane muqueuse , qui contient beaucoup de follicules muqueux et sébacés.
Les parties génitales externes de la femme comprennent les grandes et les petites lèvres, replis destinés à s’effacer pendant l’accouchement, et le clitoris, espèce de petit pénis imperforé, composé dé deux corps caverneux, et d’une sorte de gland recou-
vert d’un prépuce. Cette partie jouit d’une grande sensibilité et d’une érection semblable à celle de la verge.
De la menstruation.
Dans le plus grand nombre des femmes , l’aptitude à la génération ou la fécondité est marquée par un écoulement sanguin , périodique , qui a lieu par la face interne de la matrice, et qui est une véritable exhalation sanguine; il porte les noms de règles, de menstrues, de menstruation , etc. , parce qu’il revient assez régulièrement tous les mois. Cependant bien des femmes ont leurs règles tous les quinze jours, d’autres tous les deux mois , d’autres à des époques qui n’ont rien de fixe , d’autres enfin ne sont jamais réglées.
Quelques signes particuliers , tels qu’un sentiment de pesanteur dans les lombes , de lassitude dans les membres , de picotement , de douleur dans les mamelles , annoncent l’approche des règles. Cette apparition est quelquefois marquée par des acoidens beaucoup plus graves ; d’autres fois l’écoulement s’établit brusquement sans aucun indice précurseur.
La durée totale de l’écoulement, son mode , la quantité de sang exhalée , la couleur, la consistance de ce sang , ne sont pas moins variables. Chez quelques femmes, la quantité du sang menstruel est considérable, s’élève à plusieurs livres ; les règles durent huit ou dix jours sans discontinuer ; le sang a toutes les qualités artérielles ; chez d’autres, à peine sort-il quelques gouttes d’un sang tantôt aqueux et dépourvu de fibrine, et qui, d’autres fois , a toutes les apparences de sang veineux ; l’écoulement dure à peine un jour , ou se suspend à diverses reprises.
Tant que dure la menstruation , les femmes sont d’une susceptibilité extrême ; le moindre bruit les effraie , la moindre contrariété les affecte , elles sont plus irascibles.
La régularité ou l’irrégularité du retour des règles , la nature et la quantité du sang évacué , la durée de l’évacuation , sont étroitement liées avec l’état de santé ou de maladie de la femme , et méritent toute l’attention du médecin.
On s’est assuré, par l’ouverture de cadavres de femmes mortes pendant l’époque de leurs règles, que le sang s’échappe de la face interne de la matrice, dont les vaisseaux ont été trouvés rouges et remplis de sang , qu’il était facile de faire couler dans la cavité de l’organe par une légère pression.
Quoique presque toujours l’écoulement menstruel se fasse par l’utérus , cet organe n’est cependant pas exclusivement destiné à le produire : souvent des femmes ont été réglées par la membrane muqueuse du gros intestin, de l’estomac, du poumon , de l’œil , etc. Les divers points de la peau donnent aussi quelquefois issue au sang des règles : ainsi on a vu le sang sortir tous les mois par un ou plusieurs doigts, par la joue, la peau de l’abdomen, etc.
Croirait-on que des auteurs estimés se sont occupés de trouver la cause immédiate des règles , et qu’elles aient été attribuées à l’influence de la lune , à la position verticale de la femme , à sa nourriture trop abondante, etc.?
L’époque à laquelle se fait la première menstruation arrive, dans nos climats, vers treize à quatorze ans ; elle est plus tardive dans le nord et plus précoce dans les ])ays chauds. Dans les réglons équatoriales , les filles sont souvent nubiles à sept ou huit ans. Vers cinquante ans, plus tard dans le nord, plus tôt dans les pays chauds, les règles cessent , et avec elles finit l’aptitude à la génération. Cette époque , nommée âge de retour , temps critique , est quelquefois marquée par le développement de maladies graves. Mais il a été récemment reconnu , par des relevés de mortalité faits avec beaucoup de soin par M. Benoiston de Château-Neuf, que cette époque de la vie , loin de leur être fatale , comme on l’a cru long-temps , est au contraire un temps où la mort semble les ménager , pour porter ses idgueurs sur les hommes.
Ce que nous venons de dire sur la menstruation souffre de nombreuses exceptions.
'Des jeunes filles ont quelquefois conçu avant d’étre réglées; des femmes, chez qui les arègles avaient cessé à l’époque ordinaire, les ont vues reparaître, et sont devenues mères ; enfin, des femmes chez qui la menstruation ne s’est jamais montrée n’en ont pas été moins fécondes.
Copulation et fécondation.
Nous avons dil quels sentimens instinctifs protègent notre existence individuelle ; un sentiment de la même nature, mais plus vif et plus impérieux parce que sa fin est plus importante , assure la conservation de l’espèce en portant les sexes à se rapprocher et à se livrer à la copulation. Le rôle de l’homme, dans l’acte reproducteur, consiste à déposer le sperme dans la cavité du vagin plus ou moins près de l’orifice de l’utérus. La part qu’y prend la femme est beaucoup plus obscure; un grand nombre ressentent à cet instant des sensations voluptueuses très-vives; d’autres y paraissent tout-à-fait insensibles, et quelques-unes, enfin, n’éprouvent qu’un sentiment pénible et douloureux. Il en est qui répandent une mucosité abondante au moment où le plaisir est le plus vif, tandis que la plupart n’offrent rien de semblable. Sous tous ces rapports , il n’y a peut-être pas deux femmes qui se ressemblent entièrement,
Ces divers phénomènes sont communs aux copulations les plus fréquentes , c’està-dire qui ne sont point fécondantes , et à celles qui sont suivies de la fécondation. Que se passe-t-il de plus dans ces dernières?
S’il faut en croire les ouvrages de physiologie les plus récens (i) , la matrice s’entr’ouvre, aspire le sperme et le dirige jusqu’à l’ovaire au moyen des trompes, dont l’extrémité frangée embrasse étroitement cet organe.Le contact du sperme détermine la rupture d’une des vésicules , et le fluide qui en sort, ou la vésicule elle-même, passe dans l’utérus, où se développera le nouvel individu.
Quelque satisfaisante que paraisse cette explication, il faut pourtant se garder de l’admettre ; car elle est purement hypothétique et même contraire aux expériences des observateurs les plus exacts.
Dans les nombreuses tentatives faites sur les animaux par Harvey, de Graaf, Valis- ' nieri , etc. , jamais le sperme n’a été aperçu, même dans la cavité de l’utérus , encore moins a-t-il été vu dans la trompe , à la surface de l’ovaire. Il en est de même du mouvement par lequel la trompe embrasserait la circonférence de l’ovaire; jamais il' n’a été reconnu par l’expérience. Quand même on supposerait que le sperme pénètre dans l’utérus au moment du coït , ce qui n’est pas impossible, quoiqu’on ne l’ait point observé, il serait encore très-difficile de comprendre comment le fluide passerait dans les trompes et arriverait à l’ovaire. La matrice, à l’état de vacuité , n’est point contractile, l’orifice utérin des trompes est d’une étroitesse extrême, et ces conduits n’ont aucun mouvement sensible connu.
C’est à cause de la difficulté de concevoir le transport du sperme à l’ovaire c[ue quelques auteurs ont imaginé que ce n’était pas cette matière qui y était portée, mais seulement la vapeur qui s’en exhale , ou Y aura seminalis. D’autres pensent que le sperme est absorbé dans le vagin , passe dans le système veineux , et arrive aux ovaires par les artères (2). Les phénomènes qui accompagnent la fécondation de la femme sont donc à peu près inconnus. Une obscurité pareille règne sur la féconda-
(1) Je passe sous silence les systèmes des anciens et des modernes sur la génération ; à quoi bon surcharger l’esprit de ces brillantes rêveries , qui nuisent plus qu’on ne pense aux progrès de la science.
(2) Si cette idée a quelque fondement, une femelle pourrait être fécondée par l’injection du sperme dans les veines. Cette expérience serait curieuse à tenter.
tion des autres femelles mammifères. Cependant, chez celles-ci, il serait plus facile de concevoir le passage du sperme aux ovaires , puisque Tutérus et les trompes sont doués d’un mouvement péristaltique semblable à celui des intestins.
Toutefois la fécondation chez les poissons et les reptiles, se faisant par le contact du sperme avec les œufs , il n’est guère présumable que la nature emploie un autre mode pour les mammifères et les oiseaux ; il faut donc considérer comme très-probable que le sperme parvient, soit à l’instant même du coït, soit plus ou moins longtemps après , jusqu’à l’ovaire, où il porte plus spécialement son action sur une ou plusieurs vésicules.
Mais quand il serait hors de doute que le sperme arrive jusqu’aux vésicules de l’ovaire, il resterait encore à savoir comment son contact anime le germe qu’elle contient. Or, nos sens, notre esprit même, n’ont aucune prise sur un tel phénomène : c’est un de ces mystères impénétrables dont nous sommes et dont nous serons peutêtre toujours environnés (i).
Nous avons pourtant sur ce sujet des expériences très-ingénieuses de Spallanzani, qui ont reculé la difficulté aussi loin qu’elle semble pouvoir l’être. Ce savant a constaté , par un grand nombre d’essais; i» que trois grains de sperme dissous dans deux livres d’eau, suffisent pour donner à celle-ci la vertu fécondante; 2» que les animalcules spermatiques ne sont point nécessaires à la fécondation, comme beaucoup d’auteurs, et en dernier lieu Buffon, l’avaient pensé ; 3o que la vapeur du sperme n’a aucune propriété fécondante; 4° que l’on peut féconder une chienne en injectant du sperme dans son vagin avec une seringue , etc. (2).
Il faut aussi considérer comme conjectural ce que disent les auteurs sur des signes généraux de la fécondation. Au moment même de la conception la femme éprouve , dit-on, un tressaillement universel, accompagné d’une sensation voluptueuse qui se prolonge quelque temps ; les traits se décomposent , les yeux perdent leur brillant , les pupilles se dilatènt , le visage est pâle , etc. Sans doute la fécondation est quelquefois accompagnée de ces signes ; mais combien de mères ne les ont jamais éprouvés, et parviennent jusqu’au troisième mois de leur grossesse sans soupçonner leur état.
On a des notions plus exactes sur les changemens qui se passent dans l’ovaire après la fécondation. Tous les bons observateurs ont décrit un corps de couleur jaunâtre qui se développe dans le tissu de l’ovaire chez les femelles fécondées , et qui, d’abord assez volumineux , va en diminuant de dimension à mesure que la grossesse avance; mais ces phénomènes appartiennent à lliistoire de la gestation, dont nous allons nous occuper*
Grossesse ou gestation.
Le temps qui s’écoule depuis le moment de la fécondation jusqu’à l’accouchement est appelé grossesse ou gestation ; il est ordinairement de neuf mois, ou deux cent soixante -dix jours: tout ce temps est employé au développement des organes du nouvel individu.
(1) La même obscurité environne ce qui regarde la ressemblance physique et morale du père ou de la mère avec les enfans, la transmission des maladies héréditaires, le sexe du nouvel individu, etc.
(2) D’après des expériences de MM. Prévôt et Dumas, les animalcules seraient indispensables pour la fécondation; ils parviendraient jusqu’à la pai tie supérieure de l’utérus, mais n’entreraient point dans les trompes; un très-petit grain contenu dans la vésicule de l’ovaire en sortirait au moment où celle-ci se déchire, c’est-à-dire quelques jours après le coït; ce grain, déjà signalé par de Graaff , descendrait dans la trompe , et viendrait rencontrer les animalcules, qui le féconderaient plusieurs jours après le rapprochement des sexes. Ce corpuscule, dont l’existence n’est rien moins que démontrée, a été l’objet de recherches curieuses de M. le docteur Ch. E. de Baer. Voyez Lettre sur la formation de Vœuf dans l’espèce humaine et les mammifères, Paris, 1829.
Pour prendre des notions exactes sur la grossesse, il faut étudier successivement les phénomènes qui se passent dans l’ovaire après la fécondation, ceux qui ont lieu dans la trompe, ceux qui appartiennent à l’utérus et à ses annexes, ceux qui se voient dans l’économie entière, et enfin ceux qui sont particuliers au fœtus.
Phénomènes qui suivent lafécondation dans V ovaire.
Malgré les nombreux travaux des anatomistes et des physiologistes sur les changemens qui ont lieu dans l’ovaire après la fécondation, on est encore loin d’être suffisamment instruit à cet égard.
La difficulté consiste à savoir ce qui se détache de l’ovaire pour passer dans l’utérus : les uns disent avoir vu une des petites vésicules se détacher de l’ovaire et passer dans la trompe, et les autres soutiennent n’avoir jamais rien observé de semblable; mais que peu après la fécondation l’une des vésicules de l’ovaire se rompt, et qu’il s’en échappe avec le liquide contenu un très-petit corps globuleux visilale seulement au microscope ; cette molécule serait le véritable œuf. La vésicule elle-même serait V œuf de l’œuf, ou, dans le langage figuré de vogue en Allemagne, Y œuf élevé à la seconde puissance. Je vais dire ce que mes observations sur des animaux (chiens , brebis, lapins) m’ont appris relativement à cette question délicate (i).
Vingt-quatre ou trente heures après un coït fécondant , les vésicules de l’ovaire qui étaient déjà les plus développées augmentent encore sensiblement de volume; le tissu de l’ovaire qui les environne devient plus consistant; il change de couleur et devient gris jaunâtre.
Ainsi modifié, le tissu de l’ovaire prend le nom de corps jaune, corpus luteum. La vésicule continue de grossir les deuxième, troisième et quatrième jours. Le corps jaune croît dans la même proportion à cette époque; il contient dans ses aréoles un liciuide blanc opaque , analogue au lait pour l’apparence. Au-delà de ce terme, la vésicule rompt la tunique externe de l’ovaire qui la revêtait et se porte à sa surface, où elle adhère cependant par un de ses côtés. J’ai vu sur des chiennes des vésicules ainsi sorties de l’ovaire , et qui avaient le volume d’une noisette ordinaire. A cet état, elles ne présentent rien à leur intérieur, du moins à l’œil nu, qui puisse être considéré comme un germe; leur surface est lisse; le liquide qu’elles contiennent ne se prend plus en masse, comme cela arrive avant la fécondation.
Après la sortie de l’œuf, le corps jaune reste dans l’ovaire; il offre dans son centre une cavité d’autant plus grande qu’on est plus près de l’époque delà conception. Cette cavité n’est point tapissée par une membrane ; ce qui arriverait si la vésicule qui y logeait s’était simplement rompue j)our laisser écouler son contenu ; elle diminue ainsi que le corps jaune lui-même à mesure que l’époque delà fécondation s’éloigne; mais la diminution de celui-ci est très-lente, et souvent l’ovaire contient ceux des fécondations précédentes, ce qui en a imposé plusieurs fois aux observateurs.
Ainsi, d’après mes observations, les premiers effets de la fécondation se passent dans l’ovaire et consistent dans le développement d’une ou plusieurs vésicules , et
(1) Le point difficile de ce genre de recherches est de savoir si la femelle soumise à l’expérience-est ou non fécondée. Or rien n’est, en général , plus incertain ; on saura peut-être que tel jour, à telle heure , elle a souffert les approches du mâle ; mais les avait-elle déjà souffertes, les a-t-elle reçues depuis? Il ne faut s’en rapporter à personne, et surveiller tout soi-même.
Les animaux qui pourraient fournir des renseigneraens précieux seraient sans doute ceux qui, comme la jument et la vache, ont des vésicules presque aussi volumineuses que des œufs de poule. Mais le moyen de faire des essais sur ces animaux! Il faudrait, pour de telles expériences, le dévouement d’un riche agriculteur , encore toutes les grandes difficultés ne seraientelles pas levées; il faudrait surtout une persévérance et un désintéressement bien rares dans les travaux scientifiques de nos jours.
d’autant de corps jaunes. Quelquefois on trouve après le coït des vésicules qui sont remplies de sang : dirons-nous qu’elles semblent avoir été trop fortement ébranlées par le sperme; mais c’est là une simple supposition , que rien ne justifie. Il parait aussi que dans certains cas la vésicule d’un ou plusieurs corps jaunes disparait au lieu de se développer; car il n’est pas rare de trouver plus de corps jaunes dans l’ovaire que de vésicules à sa surface.
Action de la trompe:
Parmi les vésicules ou œufs attachés à la surface de l’ovaire, il y en a ordinairement un qui adhère à l’orifice évasé et muqueux de celle-ci, dont le tissu est d’ailleurs ramolli et gorgé de sang, et présente un mouvement péristaltique évident. Je ne me rappelle pas si j’ai aperçu la vésicule dans la trompe; mais j’ai vu plusieurs fois sur des chiennes une vésicule descendue jusqu’à la partie la plus inférieure de la corne de l’utérus, tandis qu’une autre avait déjà contracté des adhérences avec l’extrémité de la trompe. A cet instant, le corps de celle-ci était élargi au point d’avoir près d’un demi-pouce de diamètre : il avait par conséquent bien assez de largeur pour laisser passer des vésicules du volume de celle qui était descendue dans l’utérus.
Le moment où les vésicules passent à travers la trompe paraît variable suivant les espèces. Dans les lapines , il paraît se faire du troisième au quatrième jour ; dans les chiennes , du sixième au huitième. Il est probable qu’il est encore plus tardif dans les femmes , et qu’il ne se fait guère avant le huitième ou dixième. Il existe plusieurs exemples où le produit de la fécondation a été rendu par un avortement le douzième jour de la grossesse : ce sont en général de petites vésicules de la grosseur d’un pois, légèrement tomenteuses à la surface, et pleines d’un fluide transparent.
Les appendices vasculaires par lesquels la trompe se termine dans l’espèce humaine ont probablement pour usage de contracter des adhérences avec la vésicule qui se détache de l’ovaire , et de verser sur elles un fluide qui favorise son développement. Après le passage de celles-ci , la trompe se resserre et reprend son étroitesse ordinaire.
Arrivé dans lacavitéde l’utérus, l’œuf s’unit intimement avec la surface intérieure . de cet organe; il y puise les matériaux nécessaires à son accroissement , et y acquiert un volume considérable. L’utérus se prête à cet accroissement , change de forme, de position , etc.
Changemens de V utérus dans la grossesse.
Durant les trois premiers mois de la grossesse, le développement de l’utérus est peu considérable , et se fait dans l’excavation du bassin , mais dans le quatrième l’organe croît plus rapidement, et bientôt il ne peut plus être contenu dans cette cavité , il s’élève et vient se loger dans l’hypogastre. L’organe continue de croître en tous sens pendant les cinq, six , sept et huitième mois ; il occupe un espace de plus en plus considérable dans l’abdomen, comprime et déplace les organes circonvoisins, refoule les intestins dans les flancs et les régions iliaques. A la fin du huitième mois il remplit presque à lui seul les régions hypogastrique et ombilicale , son fond approche delà région épigastrique; passé cette époque, le fond baisse et se rapproche de l’ombilic.
Le col de l’utérus éprouve peu de changemens dans les sept premiers mois de la gestation , et l’organe conserve durant ce temps une ligure conoïde ; mais alors le col diminue de longueur , s’entr’ouvre , et finit par s’effacer presque entièrement : alors la matrice a une forme ovoïde prononcée , et son volume est , selon Haller , près de douze fois plus considérable que dans l’état de vacuité.
il est impossible que l’utérus change ainsi de forme , de volume et de situation
sans que ses rapports avec ses annexes ne soient modifiés; en effet, les lames périto-néales qui forment les ligamens larges s’écartent , le vagin est alongé dans le sens de sa longueur. Les ovaires , retenus par leurs artères et leurs veines , ne peuvent point s’élever avec le fond de l’utérus; ils sont appliqués , ainsi que les trompes, sur ses parties latérales. Les ligamens ronds se prêtent à son élévation , autant que la permet leur longueur; ensuite ils y mettent plus ou moins d’obstacle , et tendent a porter le fond de l’utérus en avant, ce qui doit avoir un effet avantageux pour la circulation abdominale, en diminuant la compression des gros vaisseaux. Les parois abdominales éprouvent une extension considérable; de là les vergetures qui se voient sur l’abdomen des femmes qui ont eu plusieurs enfans.
A mesure que l’utérus se développe , son tissu perd de sa consistance ; il prend une couleur rouge assez foncée et une disposition spongieuse ; sa structure fibreusu devient plus évidente. On y voit à l’extérieur des fibres longitudinales, qui , du fond , se rendent au col , où elles sont coupées à angle droit par des fibres circulaires. Audessous de cette couche, le tissu de l’utérus présente un entrelacement inextricable de fibres où l’on ne peut distinguer aucun arrangement régulier; dans cet état l’organe paraît doué d’une contractilité spéciale qui semble n’avoir aucun analogue dans l’organisme. Chez les animaux, l’utérus avant et pendant la gestation offre une contractilité semblable au mouvement péristaltique des instestins.
Mais l’un des phénomènes les plus curieux que présente l’utérus , après la fécondation , se passe dans sa cavité.
Dès que le sperme a produit sur l’ovaire l’importante transformation de la vésicule non fécondée en vésicule fécondée , la face interne de l’utérus devient le siège d’une sécrétion propre à l’organe , et qui parait indispensable au développement de l’œuf à l’état normal.
Une matière coagulable, sans doute analogue à l’albumine , se dépose dans la cavité , et y forme bientôt une sorte de sac sans ouverture qui en tapisse les parois et s’introduit même plus ou moins haut dans l’intérieur des trompes utérines. Formant d’abord une masse visqueuse , elle se sépare , par une sorte d’organisation spontanée, analogue à celle de la lymphe qui se prend en masse; elle se sépare , dis-je, en deux parties, l’une solide, celluleuse, spongieuse, qui adhère à l’utérus, et l’autre liquide, qui occupe le centre de Pespèce de sac formé par la partie solide.
Cette couche , qui a été vue d’abord par W. Hunter , et qui a été nommée par lui membrane caduque , existe pendant toute la durée de la gestation ; elle n’est donc point caduque , ainsi que le croyait Hunter. M. Ereschet la nomme périone , M. Velpeau anhiste; le premier ayant égard à sa situation , le second à sa structure.
Des deux faces de cette pseudo-membrane, l’une est, nous l’avons déjà dit, adhérente à la surface de la cavité utérine ; l’autre , qui est interne, et qui correspond au liquide, est lisse et comme tapissée, selon M. Velpeau , d’une pellicule extrêmement fine ( T ).
Le liquide central n’a jamais été analysé ; il est, selon M. Velpeau , parfois tout-àfait limpide, le plus souvent rougeâtre, semblable à du blanc d’œuf. M. Ereschet le nomme hydro-périone; selon ce savant, il est limpide dans les premiers temps, incolore, muqueux ou légèrement albumineux; plus tard il est un peu lactiforme, et quelquefois il ressemble à une émulsion légère unie à du mucilage, et d’un blanc faiblement rose (2).
Ce liquide, d’abord peu abondant, augmente à mesure que l’utérus se développe; alors sa quantité , selon M. Ereschet, peut s’élever à plusieurs onces; mais dès que
(1) Oyologie hmttaine , Bruxelles , 1833.
(2) Études sur l’OEuf dans E espèce humaine, Mémoires de l’Académie royale de Médecine , 1832.
Tœuf prend un certain accroissement dans la cavité utérine, sa quantité diminue graduellement, et il finit par disparaître entièrement, quand l’œuf a acquis quelque développement. C’est donc à ce liquide que la qualification de caduc devrait appartenir, et non à son enveloppe membraniforrne, qui persiste, avons-nous déjà dit , pendant toute la durée de la grossesse.
Il n’y a rien de certain encore sur le genre d’organisation de la pseudo-membrane intra-utérine, M. Breschet est tenté de la regarder comme douée de Torganisation et de la vie ; mais il ne î’affirme cependant pas , et surtout il n’en donne aucune preuve satisfaisante. M. Velpeau pense qu’elle n’est qu’une simple exhalation non organisée : de là le nom d’anhiste qu’il lui a donné.
Nous examinerons plus loin le rôle curieux que remplit cette production utérine dans les premiers temps de la descente de l’œuf dans l’utérus. Mais avant cette époque, elle parait avoir pour usage de fermer les orifices de la cavité utérine , et surtout, dit M. Breschet (ouvrage cité), d’empécher l’écoulement du liquide qui se dépose peu à peu dans la cavité de cette nouvelle membrane.
Son liquide central parait concourir à la dilatation lente, graduée et régulière de la cavité de l’utérus , de préparer à l’ovule un séjour convenable dans la cavité utérine, et probablement de lui fournir les premiers élémens nutritifs.
Les changemens qui arrivent dans le volume et la structure de l’utérus pendant la durée de la gestation nécessitent des modifications dans sa circulation. En effet , les artères subissent une dilatation très-considérable; les veines grossissent aussi beaucoup, elles forment dans le parenchyme de l’organe ce qu’on a improprement nommé les sinus utérins; les vaisseaux lymphatiques deviennent aussi très-volumineux. 11 est évident que la quantité de sang qui traverse l’utérus dans un temps donné est en rapport avec les changemens qu’il a éprouvés et les nouvelles fonctions qu’il est appelé à remplir.
Phénomènes généraux de la grossesse.
Tandis que ces phénomènes se passent dans Tutérus, d’importantes modifications arrivent dans les fonctions de la mère, et commencent souvent à se manifester immédiatement après la fécondation.
La femme qui a conçu ne voit plus d’écoulement menstruel reparaître; ses mamelles se gonflent ; si elle allaite , son lait devient séreux et cesse d’être profitable à l’enfant ; ses paupières sont gonflées et bleuâtres ; le visage est décoloré ; la transpiration prend une odeur particulière ; une pâleur générale se montre, et avec elle des dégoûts pour la plupart des alimens, qui coïncident quelquefois avec des appétits bizarres; des nausées continuelles, de violens maux de tête, se font sentir et sont suivis de vomissemens très-fatigans ; l’abdomen devient d’une sensibilité extrême, s’aplatit d’abord pour se gonfler ensuite; quelques femmes perdent le sommeil, et cependant ne peuvent quitter le lit sans une extrême fatigue; en revanche, des femmes délicates, valétudinaires , voient leur santé devenir prospère : souvent des maladies graves sont arrêtées dans leur cours, et ne reprennent leur marche qu’après l’accouchement, etc.
En général, chez les femmes enceintes, les facultés intellectuelles sont affaiblies; elles s’affectent sans raison ; les événemens les plus ordinaires leur causent des impressions profondes et presque toujours tristes ; de là la nécessité des soins de tous genres dont la femme doit être l’objet, et la tendre sollicitude qu’elle inspire à chacun.
A. ces différens accidens, qu’il est impossible d’expliquer, se joignent des phénomènes qui tiennent évidemment à Taugmentation du volume de Tutérus : tels que des crampes dans les membres inférieurs, le gonflement des veines superficielles des cuisses et des jambes , un sentiment d’engourdissement, de fourmillement né de la gêne qu’éprouve la circulation. Dans les derniers temps de la grossesse, la vessie et le rectum étant fortement comprimés, les envies d’uriner et d’aller à la garde-robe sont fréquentes.
Ne joignons pas à ces phénomènes , dont l’existence est certaine, des suppositions dénuées de fondement : telles, par exemple, que les fractures des femmes enceintes guérissent plus difficilement que celles des autres femmes : l’expérience prouve di~ : rectement le contraire.
I Arrivée de VœiiJ dans V utérus.
Nous avons dit à Parlicle de l’action de la trompe utérine, que l’on ne sait rien de positif sur le moment où la vésicule de l’ovaire traverse^ ce canal, ni sur le mode de son transport; est-ce par la contraction péristaltique du tissu de la trompe? est-ce un résultat de la pression abdominale? est-ce par des adhésions successives? Nous l’ignorons.
Toutefois le petit corps ovoïde arrive à l’extrémité de la trompe , où il rencontre la membrane caduque ; mais , au lieu de s’engager dans sa cavité, ainsi que le croyait W. Hunter, et depuis lui beaucoup de physiologistes , l’œuf glisse entre la caduque et l’utérus en déprimant légèrement celle-ci, ou meme en se logeant dans son épaisseur , selon M. Breschet.
Le point où il s’arrête est variable , mais la raison en est ignorée ; quelquefois il stationne au voisinage de l’orifice tubaire , et d’autres fois il se fixe à la partie la plus déclive de la cavité utérine, et jusque sur les bords de l’ouverture du col.
Il est facile de comprendre , durant cette période delà grossesse , de quelle utilité est la membrane périone ou caduque ; elle soutient mollement l’ovule et le maintient appliqué contre les parois de la matrice, où il doit bientôt contracter des adhérences intimes.
Développement de Vœuf dans V utérus.
Dans les premiers momens du séjour de l’œuf dans l’utérus, son volume est à peu près celui qu’il avait en abandonnant l’ovaire; bientôt ses dimensions augmentent ; il se couvre de filamens longs d’environ une ligne, qui se ramifient à la manière des vaisseaux sanguins , et qui s’implantent dans la membrane caduque. Dans le troisième mois on ne les aperçoit plus que d’un seul côté de l’œuf, les autres ont à peu près disparu; mais ceux qui restent ont acquis plus d’étendue, de grosseur et de consistance , et se sont implantés profondément dans la paroi utérine. Dans le reste de sa surface, l’œuf ne présente qu’une couche molle tomenteuse, nommée caduque réfléchie, et dont nous allons expliquer la formation.
L’ovule qui descend de l’ovaire ne déplace la caduque que dans un espace trèslimité ; mais à mesure que son volume s’accroît, il repousse et détache de la paroi utérine une plus grande étendue de la membrane qui revêt alors une de ses faces. La partie ainsi détachée et repoussée fait saillie dans la cavité centrale occupée par le liquide périone, et cette proéminence est d’autant plus grande et la cavité d’autant plus rétrécie , que les dimensions de l’œuf deviennent plus considérables. Il arrive même un moment vers le troisième mois de la gestation où la saillie de l’œuf , revêtue de la caduque, vient rencontrer la concavité de la membrane restée attachée aux parois utérines. Il est inutile d’ajouter qu’à dater de ce moment le liquide central a disparu, puisque l’espace qu’il occupait est rempli par l’œuf lui-même.
C’est à cette partie du corps membraniforme intra-utérin que les anatomistes , et particulièrement Hunter , ont donné le nom de caduque réfléchie ; mais ils ignoraient le véritable mécanisme de sa formation.
Recouvrant ainsi l’œuf sans le contenir, la caduque a été comparée à une membrane séreuse, mais seulement quant à sa disposition anatomique.
Il I e paraît pas que jamais les deux feuillets de la caduque se confondent en un seul , ainsi qu’on l’a cru long-temps; au terme naturel de la grossesse, il est encore
possible de les distinguer; ils restent accolés l’un à l’autre pendant toute la durée de la gestation.
L’œuf continue donc de croître et de se développer jusqu’à la fin de la grossesse, où son volume égale à peu près celui de l’utérus; mais sa structure éprouve des changemens importans que nous allons examiner.
Je ne sache pas que personne ait observé l’œuf humain au moment de son passage à travers la trompe utérine. Dans le chien , où j’ai vu l’œuf peu après cet instant , il était tel qu’à l’ovaire, c’est-à-dire lisse à sa surface; ce n’est qu’après quelque temps de séjour dans l’utérus qu’il se couvre d’aspérités.
Les plus petits œufs qui aient été étudiés chez la femme étaient âgés de huit ou dix jours , sans que cette date ait rien de bien positif. Ils étaient du volume d’un pois , et leur surface était de toutes parts recouverte de filamens nombreux , qui leur donnaient un aspect villeux. Au-dessous de ce tissu se voit l’œuf lui-méme, formé d’une enveloppe membraneuse et d’un liquide intérieur; on n’y distingue encore aucune trace de germe, ni des diverses parties liquides , membraneuses ou vasculaires qui s’y montreront plus tard; il n’y a donc aucune ressemblance connue entre cet œuf et celui d’un oiseau, où l’on observe aisément presque au sortir de l’ovaire, indépendamment des membranes , une cicatricule ou premier rudiment du germe , et au moins deux liquides qui serviront à la nutrition de l’embryon , le vitellus et l’albumine , c’est-à-dire le jaune et le blanc de l’œuf.
Les villosités ou flocons qui revêtent l’ovule humain ont été l’objet de recherches spéciales de MM. Brescliet et Raspail. Chacun de ces filamens est simple et fusiforme à son point d’insertion sur l’ovule; il se ramifie de manière que le tronc est quarante fois plus grêle que le sommet fi). Les sommités des ramifications forment de véritables spongioles , dont les propriétés physiques sont très-propres à contracter des adhérences, et à exercer l’imbibition ; du reste, ces filamens n’offrent aucune disposition anatomique qui puisse les faire soupçonner d’être ou de pouvoir plus tard devenir des vaisseaux sanguins ; car ils conservent leur forme et leur structure jusqu’au dernier terme de la gestation.
Nous venons d’étudier les changemens que l’œuf éprouve à sa surface. Voyons maintenant ceux qui ont lieu dans sa structure.
Aux environs du dixième au quinzième jour , à dater de l’instant de la fécondation, et du quatrième au septième , à compter de l’arrivée de l’ovule dans l’utérus , il se fait de nombreuses et importantes modifications de la structure de celui-ci:
Au lieu d’un seul et même liquide intérieur, on commence à y distinguer plusieurs parties importantes , organes nécessaires au développement du nouvel être. Ces parties sont, i» V amnios , membrane mince et flexible ; 2° les premiers riidirnens du germe appliqués à un point superficiel de l’amnios , sous la forme d’une petite tache opaque ; 3o Xdivésicide ombilicale ; Lp V allantoïde ; 5» bientôt après apparaissent le cordon ombilical , qui établit une communication entre le germe et la face interne du chorion ; les vaisseaux omphalo-rnésentériques y qui font communiquer le germe avec la vésicule ombilicale ; 7^ enfin un prolongement de l’allantoïde, qui réunira plus tard l’embryon et cette membrane.
Quant aux liquides qui se montrent à la même époque , ce sont le liquide amnioticque ; 20 celui de la vésicule ombilicale ÿ 3° le liquide allantoïdien ; et 4° enfin une masse gélatiniforme , qui se voit çà et là autour du cordon.
Il faut ajouter à tous ces appareils spéciaux du germe fécondé, les nombreux vaisseaux sanguins , artériels et veineux qui adhèrent à l’utérus , et qui , sous le nom de placenta , établissement l’indispensable communication , chez tous les mammifères, de la circulation de la mère avec celle du fœtus.
(1) Anatomie microscopique du chorion de l’œuf humain, Rèpertoiiœ d’ Anatomie, etc., t. Y.
Des différens organes ou fluides de l’œuf, dont nous venons de faire rénumération, les uns persistent juscju’à la fin de la grossesse, et n’abandonnent le nouvel individu qu’à l’instant de la naissance; les autres disparaissent dans les premiers mois de la gestation, ainsi que nous l’avons déjà vu pour le liquide de la membrane caduque.
Les premiers ou les pei'sistans sont : le chorion , l’amnlos et son liquide , le cordon ombilical et le placenta.
Les seconds ou les décidas sont : la vésicule ombilicale et le fluide qu’elle contient , l’allantoïde et son fluide , les vaisseaux omphalo-mésentériques , etc.
De Vamnios.
C’est la membrane d’enveloppe propre au fœtus; à trois semaines ou un mois, elle forme une petite poche de trois ou quatre lignes de diamètre , qui contient au milieu d’un liquide l’embryon et la tige qui doit former bientôt le cordon ombilical.
( Velpeau. )
Selon M. Breschet, le germe n’est pas contenu dans la cavité meme de l’amnios, et par conséquent n’est pas plongé au milieu du liquide, mais, par les progrès de la fécondation , le germe s’enfonce vers le centre de la vésicule-amnios , comme l’ovule dans la cavité de la caduque; de sorte que, semblable aux membranes séreuses , elle revêtirait de toutes parts l’embryon, sans cependant le contenir dans la cavité.
En s’enfonçant dans l’amnios, ou plutôt le germe en poussant devant lui cette membrane, celle-ci forme une gaine au milieu de laquelle se trouve la vésicule ombilicale, etc.
L’amnios ne touche pas immédiatement à la surface concave ou interne du chorion ; il en est séparé par un liquide dont je parlerai dans un instant. Cette enveloppe fœtale croît avec le produit principal de la conception , et au moment de l’accouchement elle le recouvre immédiatement ; dès que le liquide amniotique est écoulé elle en forme la coiffe. Beaucoup d’anatomistes ont pensé, qu’arrivé à l’ombilic , l’amnios se continue avec l’épiderme; mais rien n’est prouvé à cet égard, ou plutôt, le fait de cette continuation , qui semblerait supposer une similitude de structure, n’est rien moins que probable.
Jamais l’amnios ne présente de villosités à l’une ou l’autre de ses faces ; l’Intervalle qui le sépare du chorion, et ses adhérences avec cette membrane, sont ordinairement effacés vers le quatrième mois; les deux sacs membraneux ne sont plus alors séparés que par une couche visqueuse qui persiste jusqu’au terme de la grossesse.
Formé constamment d’un seul feuillet , l’amnios ne présente aucun vaisseau sanguin dans sa composition ; son mode d’apparition et d’accroissement est inconnu.
Le fluide amniotique a été analysé par les plus habiles chimistes, mais à un époque avancée de la gestation. Vauquelln l’a trouvé formé par l’eau, l’albumine, la soude et des sels de soude et de chaux , et par un acide particulier. M. Berzélius assure y avoir reconnu l’acide fluorique.
Mais sa composition doit varier aux diverses époques de la grossesse ; il serait curieux de s’en assurer par des analyses comparatives.
De la vésicule ombilicale.
Jusque vers la fin du deuxième mois de la gestation , on trouve dans la cavité du chorion une vésicule distincte de l’amnios ; elle est en général pyriforme ; sa petite extrémité est tournée vers l’embryon , et y tient au moyen d’un pédicule qui semble se confondre avec les organes encore informes du bas-ventre. Ce pédicule est creux; dans les oiseaux, il permet le passage de la matière du jaune jusque dans l’intestin grêle. Dans l’homme il se passe quelque chose de semblable dans les premiers temps
de la vie embryonaire , car la vésicule ombilicale contient alors un fluide visqueux jaunâtre , qui peut-être a quelque analogie de propriété avec le vitellus des oiseaux, des reptiles et des poissons.
Des vaisseaux sanguins qui partent de Tartère et de la veine mésentérique se portent jusqu’à la vésicule dans Técartement des lames de Tamnios , au voisinage des vaisseaux ombilicaux , sous le nom de vaisseaux omphalo-mésentériqiies ; il n’est pas rare d’en voir encore des traces à la naissance.
La vésicule ombilicale, d’abord presque aussi grosse que l’amnios, diminue de volume dans le cours du deuxième mois , et finit par disparaître dans le troisième ; mais elle laisse des traces de son existence beaucoup plus tard. Elle représente dans l’œuf des mammifères le jaune de l’œuf des autres vertébrés, et contribue probablement, par la matière qu’elle renferme et qu’elle verse par son pédicule creux jusqu’à l’abdomen, à la nutrition de l’embryon dans le premier temps de son existence.
De l’allanioïde.
Dans l’œuf des oiseaux et dans celui des reptiles , il existe autour de l’amnios et du vitellus une membrane à double feuillet qui contient un fluide particulier , et qui se continue , au moyen d’un pédicule, avec le cloaque où se terminent les canaux urinaires. Dans l’œuf des mammifères la même membrane existe ; elle contient des fluides variables selon les espèces ; elle communique avec la vessie urinaire au moyen d’un pédicule nommé oiiraque. Cette membrane existe aussi dans l’œuf humain, mais sa communication avec Touraque est fort douteuse : MM. Breschet et Velpeau l’ont vainement cherchée.
M. Velpeau ayant disséqué un œuf de trois semaines , parfaitement intact, trouva immédiatement en dessous du chorion une lame extrêmement fine, d’un blanc mat ; elle se déchira par l’effet d’une légère pression exercée sur un autre point de l’œuf. Cette membrane était, par sa face externe, appliquée au chorion , auquel elle tenait par de nombreux filamens. Au-dessous de cette première lame, on en voyait une seconde qui enveloppait l’amnios , la vésicule ombilicale et son pédicule. Entre les deux lames , se trouvait un tissu lamelleux , dans lequel était épanchée une matière émulsiforme qui s’échappait du tissu par flocons lanugineux. Cette matière n’est pas miscible à l’eau. Dans d’autres œufs , elle était transparente comme l’humeur vitrée.
Les deux feuillets de cette membrane , écartés l’un de l’autre de trois lignes dans un point, se rapprochaient en se portant vers la racine du cordon ombilical; en se rapprochant du rachis ils semblaient se confondre.
C’est cette double membrane, ce tissu réticulé et leliquide que contient ses mailles, qui paraissent former l’allantoïde de Tœuf humain.
Il est probable que la matière qu’il renferme concourt à la nutrition du germe dans le premier temps de la vie utérine , mais on ne sait rien de positif à cet égard; en tous cas , ce sac n’ayant aucune communication connue avec l’ouraque , et par son intermédiaire avec la vessie, ne peut être comme chez les mammifères le réservoir de l’urine excrétée.
M. Pokels de Brunswick croit avoir découvert dans Tovule humain une autre vésicule qu’il nomme érythroïde , mais rien n’est encore suffisamment démontré sur ce point. M. Velpeau, qui aurait disséqué plus de deux cents œufs, ne l’a jamais rencontrée (i).
Du germe.
Nous avons déjà dit qu’à l’époque où l’œuf arrive dans la cavité de la matrice.
(I) Voyez Embryologie humaine J Bruxelles, 1833.
on n’y observe aucune trace du nouvel individu , et qu’il diffère sur ce point essentiel de l’œuf des autres vertébrés , où ces traces sont manifestes aussitôt que l’œuf est séparé de la femelle. Nous n’avons donc point , pour l’ovule humain, d’observations suivies heure par heure, jour par jour, comme pour le développement de l’œuf des oiseaux. Il faut ici non se contenter de rapprochemens ni de suppositions plus ou moins probables , mais partir des faits observés avec le soin et les instrumens convenables.
Or, les observations précises sur les premiers temps de l’existence de l’homme n’ont jamais été faites jusqu’ici avant le douzième ou quinzième jour de la fécondation : encore l’instant déterminé de cette dernière est-il presque toujours impossible à obtenir d’une manière rigoureuse.
A cette époque le germe a la forme d’une petite masse alongée recourbée sur ellemême, et plus grosse par un bout que par l’autre. Sous cette apparence un germe de douze à quinze jours a environ deux ou trois lignes de longueur ; il en aurait cinq , si la tige arrondie qui le forme était redressée. De ses deux extrémités , l’une est renflée et irrégulièrement sphérique ; l’autre se termine en pointe, et a été prise pour la queue dont l’homme, selon certains physiologistes philosophes, serait pourvu à ce début de la vie.
La tige tout entière demi-transparente paraît creuse et remplie par un liquide limpide, premier indice du liquide céphalo-rachidien, et au milieu duquel on voit, même à l’œil nu, un filet opaque blanc ou jaunâtre, qui représente le système nerveux cérébro-spinal, ou en d’autres termes le cerveau et son prolongement rachidien (i).
Des observations nombreuses ont prouvé i® que le rachis paraît avant tous les autres organes, et existe seul pendant quelque temps; 2° que sa forme ne diffère pas essentiellement de celle qu’il présentera pendant toute la durée de la vie utérine ; 3° que la tête et le cou forment au moins la moitié de sa longueur; 4” que sa courbure est d’autant plus voisine du cercle, qu’il est moins développé; 5» que sa surface convexe correspondant à la partie postérieure du tronc, diffère peu de ce quelle sera par la suite, tandis que sa concavité, qui correspond au ventre et au thorax, éprouve des changemens très-remarquables (2).
C’est sur cette face qu’apparaissent successivement tous les organes de la vie nutritive, thoraciques et abdominaux, en même temps que les mâchoires et les premiers indices des membres. Les supérieurs sortent de la partie antérieure de la tige rachidienne , à peu près à une égale distance du sommet de la tête et de la pointe du coccix ; les inférieurs sont placés au niveau du bassin, par conséquent presque à l’extrémité caudale de l’embryon.
La tête forme d’abord la partie la plus volumineuse du germe; mais dès que le ventre et l’abdomen sont formés, elle perd relativement sa prépondérance de volume. A cinq semaines , la face est distincte du crâne.
Les yeux sont visibles sous l’aspect de points noirâtres , mais ils ne semblent avoir encore ni paupières ni appareil lacrymal; ils sont dirigés latéralement. Les oreilles se manifestent d’abord par une dépression , puis par la végétation des rudimens du pavillon.
La bouche forme au début une ouverture très-large; la mâchoire supérieure est saillante, l’inférieure au contraire est très-courte.
Les premiers rudimens du nez sont deux petites taches noirâtres arrondies et placées au-dessus de la bouche; mais il n’y a encore ni saillie nasale ni voêite palatine.
Quelque minimes que soient les dimensions de l’embryon, il est toujours attaché par un prolongement funiculaire à la surface intérieure du chorion, vis-à-vis la partie
(1) Velpeau , etc.
(2) Velpeau , loc. cit.
(le cette membrane qui adhère à l’utérus. Ce prolongement devient bientôt le canal par lequel le nouvel être recevra sa nourriture ; il se termine dans le tissu vasculaire, dit placenta^ organe de la vie embryonaire et fœtale, destiné à établir les relations indispensables de la mère et du nouvel être.
Il n’entre pas dans l’objet de cet ouvrage de suivre pas à pas les progrès du développement, organe par organe, tissu par tissu du produit de la conception. Nous devons nous borner à quelques considérations sur les principales fonctions du fœtus, et particulièrement sur la circulation du sang, qui, à celte phase de la vie, diffère beaucoup de ce qu’elle sera après sa naissance.
Vers le milieu du quatrième mois, se complète le développement de tous les principaux organes; alors cesse l’état à' embryon et commence celui de fœtus ^ qui se prolonge jusqu’au terme de la grossesse. Pendant ce temps, toutes les parties croissent avec plus ou moins de rapidité, et se rapprochent de la disposition qu’elles doivent présenter après la naissance.
Avant le sixième mois les poumons sont très-petits; le cœur est volumineux, mais ses quatre cavités sont confondues, ou du moins difficiles à distinguer ; de foie est considérable et occupe une grande partie de l’abdomen ; la vésicule biliaire n’est point pleine de bile , mais d’un fluide incolore et non amer; dans sa partie inférieure, l’intestin grêle contient une matière jaunâtre, peu abondante, nommée méconium ; les testicules sont placés sur les côtés des vertèbres lombaires supérieures; les ovaires occupent la même position. A la fin du septième mois , les poumons prennent une teinte rougeâtre qu’ils n’avaient pas auparavant ; les cavités du cœur deviennent distinctes , le foie conserve ses dimensions considérables , mais il s’éloigne un peu de rombilic; la bile se montre dans la vésicule ; le méconium est plus abondant, et descend plus bas dans le gros intestin; les ovaires se rapprochent du bassin; les testicules se dirigent vers les anneaux inguinaux. A cette époque le fœtus est viable , c’est-à-dire que , s’il vient à être expulsé de l’utérus , il pourra respirer et vivre. Tout va encore en se perfectionnant dans le huitième et le neuvième mois.
Nous savons peu de chose des fonctions de l’embryon , où les organes ne sont encore qu’ébauchés ; cependant on y reconnaît une sorte de circulation. Le cœur envoie du sang dans les gros vaisseaux et dans le placenta rudimentaire ; probablement que du sang retourne au cœur par des veines , etc. Mais quand le nouvel être est parvenu à l’état de fœtus., que la plupart des organes sont bien apparens , alors il est possible d’étudier quelques-unes des fonctions particulières à cet état.
Des fonctions du fœtus, la circulation est la mieux connue; elle est plus compliquée que celle de l’adulte, et se fait d’une manière tout-à-fait différente.
En premier lieu , il serait impossible de la partager en veineuse et en artérielle ; car le sang du fœtus a sensiblement partout la même apparence, c’est-à-dire une teinte rouge brunâtre : du reste, il se comporte à peu près comme le sang de l’adulte : il se coagule, se sépare en caillot et en sérum, etc. Je ne sais pourquoi de savans chimistes ont cru qu’il ne contient pas de fibrine.
L’organe le plus singulier et l’un des plus importuns de la circulation du fœtus est le placenta; il succède à ces filamens qui, durant le premier mois de la grossesse, recouvrent l'œuf du côté de l’utérus. D’abord fort petit, il acquiert promptement une étendue considérable. Par sa face extérieure, il adhère à l’utérus, présente des sillons irréguliers, qui indiquent sa division en plusieurs lobes ou cotylédons , dont le nombre et la forme n’ont rien de fixe. Sa face fœtale est recouverte par le chorion , excepté à son centre , qui donne insertion au cordon ombilical. Des vaisseaux sanguins, (iivisés et subdivisés, forment son parenchyme. Ils appartiennent aux divisions des artères ombilicales et aux radicules delà veine du même nom. Les vaisseaux d’un lobe ne communiquent point avec ceux des lobes voisins ; mais ceux du même cotylédon ont des anastomoses fréquentes, car rien n’est si facile que de faire passer des injections des uns dans les autres.
Le cordon ombilical s’étend depuis le centre du placenta jusqu’à l’ombilic de l’en-
fant ; sa longueur est souvent de près de deux pieds ; il est formé par les deux artères et la veine ombilicale réunies par un tissu cellulaire très-serré ; il est recouvert par les deux principales membranes de l’œuf.
Née du placenta, et parvenue à l’ombilic, la veine ombilicale s’engage dans l’abdomen, et parvient jusqu’à la face inférieure du foie; là , elle se divise en deux grosses branches , dont l’une se distribue dans le foie de concert avec la veine porte , tandis que l’autre se termine brusquement à la veine cave, sous le nom de canal veineux. Cette veine a deux valvules, Fuiie à l’endroit de sa bifurcation , et l’autre à sa jonction avec la veine cave.
Le cœur et les gros vaisseaux du fœtus viable sont bien différons de ce qu’ils seront après la naissance ; la valvule de la veine cave est très-développée; la cloison des oreillettes présente une ouverture très-large , garnie d’une valvule en croissant , et nommée trou Botal. L’artère pulmonaire, après avoir envoyé deux petites branches aux poumons, se termine presque aussitôt dans l’aorte, à la partie concave de sa crosse : elle est nommée, dans cet endroit, canal artériel.
Un dernier caractère propre aux organes circulatoires du fœtus, c’est l’existence des artères ombilicales qui naissent des iliaques internes , se portent sur les côtés de la vessie, s’accollent à l’ouraque, sortent de l’abdomen par l’ombilic, et vont gagner le placenta , où elles se distribuent comme il a été dit plus haut.
D’après cette disposition de l’appareil circulatoire du fœtus , il est évident que le mouvement du sang doit y être tout autre que dans l’adulte. Si nous supposons que le sang part du placenta , il est clair qu’il parcourt la veine ombilicale jusqu’au foie ; là , une partie passe dans le foie , et l’autre dans la veine cave ; ces deux routes le conduisent au cœur par la veine cave inférieure; arrivé à cet organe, il pénètre dans l’oreillette droite et dans la gauche , en traversant le trou Botal au moment où elles se dilatent. Acet instant, le sang de la veine cave inférieure se mêle inévitablement avec celui de la supérieure. En effet , comment deux liquides de même nature, ou à peu près , pourraient-ils rester isolés dans une cavité où ils arrivent en même temps, et qui se contracte pour les expulser? Je n’ignore pas que Sabatier, dans son beau Mémoire sur la circulation du fœtus , a soutenu l’opinion contraire ; mais j’avoue que ses raisons ne changent pas mon sentiment à cet égard.
Quoi qu’il en soit , la contraction des oreillettes succède à leur dilatation ; le sang est poussé dans les deux ventricules au moment où ils se dilatent; ceux-ci, à leur tour, se resserrent et chassent le sang; le gauche dans l’aorte, et le droit dans la pulmonaire; mais comme cette artère se termine à l’aorte, tout le sang des deux ventricules passe dans l’aorte, à l’exception d’une très-petite partie cjui va aux poumons. Sous l’influence de ces deux agens d’impulsion , le sang parcourt tontes, les divisions de l’aorte et revient au cœur par les veines caves ; mais en outre il est porté au placenta par les artères ombilicales , et il revient au fœtus par la veine du cordon.
Il est facile de concevoir l’utilité du trou Botal et du canal artériel : l’oreillette gauche, ne recevant point ou ne recevant que très-peu de sang du poumon, ne pourrait point en fournir au ventricule gauche , si elle n’en recevait par l’ouverture de la cloison des oreillettes. D’un autre côté, le poumon n’ayant aucune fonction , si tout le sang de l’artère pulmonaire s’y était distribué , la force d’impulsion du ventricule droit aurait été inutilement consumée , tandis C[ue par le moyen du canal artériel la force des deux ventricules est employée à faire mouvoir le sang dans l’aorte ; sans cette réunion de l’action des deux ventricules , il est probable que le sang n’aurait pu parvenir jusqu’au placeilta et revenir ensuite au cœur.
Les mouvemens du cœur sont très -rapides chez le fœtus ; ordinairement ils dépassent cent vingt par minute : la circulation a nécessairement une vitesse proportionnée.
Maintenant se présente à examiner une question délicate. Quels sont les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus ? Pour arriver à quelque notion
précise sur ce point, il faut examiner d’abord le mode de jonction du placenta et de Tutérus.
Les anatomistes ont varié à cet égard. On a cru long-temps que les artères utérines s’anastomosaient directement avec les radicules de la veine ombilicale, et que les dernières divisions des artères du placenta s’abouchaient avec les veines de la matrice ; mais l’impossibilité reconnue de faire passer dans la veine ombilicale des injections poussées dans les artères utérines, et réciproquement à faire parvenir des matières liquides, injectées dans les artères ombilicales jusque dans les veines de l’utérus, a fait renoncer à cette idée. Il est assez généralement admis aujourd’hui qu’il n’existe point d’anastomose entre les vaisseaux du placenta et ceux de l’utérus. J’ai fait cjuelques recherches sur cette question ; en voici les principaux résultats :
J’ai d’abord répété les tentatives d’injections du placenta par les vaisseaux de l’utérus, mais sans aucun succès ; je les ai même faites sur des animaux vivans sans mieux réussir; je me suis servi de matières vénéneuses dont les effets m’étaient connus, de matières odorantes , et rien ne m’a fait soupçonner une communication directe.
Dans les chiennes, vers le milieu de leur gestation, il existe un grand nombre d’artérioles qui, sortant du tissu de l’utérus, s’enfoncent dans le placenta, et s’y ramifient. A cette époque, il est impossible de séparer ces deux organes sans déchirer ces artérioles et produire une hémorrhagie considérable; mais à la fin de la gestation, en tirant tant soit peu l’utérus, ces petits vaisseaux se séparent du placenta avec leurs ramifications, et il n’y a aucun écoulement de sang.
Quand on injecte dans les veines d’un chien une certaine quantité de camphre, le sang prend aussitôt une odeur camphrée très-forte. Après avoir fait cette injection sur une chienne pleine, j’ai extrait un fœtus de l’utérus , au bout de trois ou quatre minutes; son sang n’avait aucune odeur de camphre; mais celui d’un second fœtus, extrait après un quart d’heure , avait une odeur de camphre prononcée. Il en fut de même des autres fœtus.
Ainsi, malgré le défaut d’anastomose directe entre les vaisseaux de l’utérus et ceux du placenta , il est impossible de douter que le sang de la mère, ou quelques-uns de ses élémens, ne passe au fœtus avec une certaine promptitude; il est probablement déposé par les vaisseaux utérins à la surface ou dans le tissu du placenta, et absorbé par les radicules de la veine ombilicale.
Il est beaucoup plus difficile de savoir si le sang du fœtus revient à la mère. Sur les animaux, parmi les petits vaisseaux qui vont de l’utérus au placenta, on n’en voit aucun qui ait l’apparence de veine. Chez la femme, de larges ouvertures qui communiquent avec les veines utérines se voient sur la partie de l’utérus où est adhérent le placenta ; mais on ignore si ces orifices veineux sont destinés à absorber le sang du fœtus ou à laisser échapper le sang de la mère à la surface du placenta : j’admettrais plus volontiers cette seconde idée, mais il n’en existe cependant aucune preuve.
J’ai souvent poussé dans les vaisseaux du cordon ombilical, en les dirigeant vers le placenta, des poisons très-actifs; je n’ai jamais vu la mère en éprouver les effets , et si celle-ci meurt d’hémorrhagie, les vaisseaux du fœtJis restent pleins de sang.
Puisque l’anastomose des vaisseaux de l’utérus n’existe point , il n’est guère présumable que la circulation de la mère influe sur celle du fœtus autrement qu’en versant du sang dans les aréoles du placenta : le cœur du fœtus serait alors le principal mobile du sang chez celui-ci. On cite cependant des fœtus bien développés venus au monde sans cœur; mais ces observations sont-elles bien exactes? Il existe des cas authentiques de placentas entièrement séparés de fœtus morts, et qui ont continué seuls à se développer. M. Ribes a observé un cas de ce genre où le cordon ombilical était rompu et parfaitement cicatrisé. Comment s’était faite alors la circulation dans cet organe?
Concluons que les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus demandent de nouvelles expériences.
Quelques auteurs ont avancé que le placenta était au fœtus ce qu’est le poumon à l’enfant qui respire; d’autres ont cherché à expliquer le volume considérable du foie en lui attribuant la formation du sang. Ces assertions n’ont aucun fondement. Une épaisse obscurité environne ce qui regarde les fonctions des capsules surrénales, du thymus, de la thyroïde, dont les dimensions sont considérables dans les fœtus; ce sujet a souvent exercé l’imagination des physiologistes sans aucun profit réel pour la science. '
Malgré l’autorité imposante de Boerhaave, il est impossible d’admettre que le fœtus avale continuellement l’eau de l’amnios , qu’il la digère et s’en nourrit.
Son estomac contient, il est vrai, une matière visqueuse en quantité assez considérable; mais elle ne ressemble en rien au liquide amniotique; elle est très-acide, gélatiniforme; du côté du pylore elle est grisâtre et opaque; il parait qu’elle est chymifiée dans l’estomac, qu’elle passe dans l’intestin grêle, où, après avoir subi l’action de la bile et peut-être du suc pancréatique, elle fournit un chyle particulier. Le résidu descend ensuite vers le gros intestin , où il forme le méconium , qui est évidemment le résultat de la digestion qui s’est opérée pendant la grossesse. D’où vient la matière digérée? Il paraît probable qu’elle est sécrétée par l’estomac lui-même, ou qu’elle descend de l’œsophage; rien ne s’oppose cependant à ce que dans certains cas le fœtus n’avale quelques gorgées d’eau de l’amnios : les poils analogues à ceux de la peau, qui se trouvent dans le méconium, sembleraient l’indiquer. Il est important de remarquer que le méconium est une substance très-peu azotée.
Rien n’est encore connu touchant l’usage de cette digestion dans le fœtus; il n’est pas probable qu’elle soit essentielle à son développement, puisqu’il est né des enfans qui ne présentaient point d’estomac ni rien qui le remplaçât.
Quelques personnes disent avoir vu du chyle blanc dans le canal thoracique du fœtus; je n’ai jamais rien aperçu de semblable : sur les animaux vivans, ce canal et les lymphatiques contiennent un fluide qui paraît être analogue à la lymphe, et qui se coagule spontanément comme elle.
J’ai fait quelques tentatives pour m’assurer directement si l’absorption veineuse existe chez le fœtus encore contenu dans l’utérus. J’ai injecté dans la plèvre , dans le péritoine , et dans le tissu cellulaire, des substances vénéneuses très-actives; mais je n’ai obtenu aucun résultat satisfaisant ; car le système nerveux des fœtus qui n’ont pas respiré ne paraît pas sensible à l’action des poisons.
11 paraît certain que les exhalations ont lieu chez le fœtus , car toutes les surfaces sont lubrifiées à peu près comme elles le seront par la suite; la graisse est abondante , les humeurs de l’œil existent. Il est aussi très~probable que la transpiration cutanée s’effectue , et qu’elle se mêle continuellement à la liqueur de l’amnios. Quant à cette dernière liqueur, il est difficile de dire d’où elle tire son origine ; aucuns vaisseaux sanguins apparens ne se portent à l’amnios , et cependant il est probable que c’est cette membrane qui en est l’organe sécréteur.
Les follicules cutanés et muqueux sont développés , et paraissent avoir une action très - énergique , surtout à dater du septième mois; alors la peau est recouverte d’une couche assez épaisse de matière grasse sécrétée par les follicules : plusieurs auteurs l’ont considérée , mais à tort , comme un dépôt de la liqueur de l’amnios. Le mucus est aussi très -abondant dans les deux derniers mois de la gestation.
Toutes les glandes qui servent à la digestion ont un volume considérable , et paraissent avoir une certaine activité ; on sait peu de chose de l’action des autres. On ignore, par exemple, si les reins forment de l’urine, et si ce fluide est rejeté par l’urètre dans la cavité de l’amnios. Les testicules et les mamelles paraissent former un fluide qui ne ressemble ni au lait , ni au sperme , et qui se trouve dans les vésicules séminales et dans les canaux lactifères.
Que dire sur la nutrition du fœtus ? Les ouvrages de physiologie ne contiennent que des conjectures plus ou moins vagues sur ce point ; il paraît certain que le pla-
centa puise chez la mère les matériaux nécessaires au développement des organes , mais nous ignorons quels sont ces matériaux, et comment ils se comportent.
La respiration n’ayant pas lieu avant la naissance , la chaleur animale du fœtus ne peut en dépendre. L’expérience a démontré qu’elle ne s’élève pas au-dessus de 27 ou 28 degrés; . elle est plus élevée, dit-on , quand le fœtus est mort dans l’utérus. Si ce fait est exact , le fœtus aurait un moyen de refroidissement qui n’existe plus après la naissance.
Voilà le peu qu’on sait touchant les fonctions nutritives du fœtus; ce qui a rapport aux fonctions de relation a déjà été exposé.
Puisque la mère transmet au fœtus les matériaux nécessaires à sa nutrition, celle-ci est nécessairement liée avec la nature et la quantité des matériaux transmis : s’ils sont de bonne nature, et si la quantité en est suffisante, l’accroissement se fera d’une manière satisfaisante; mais si la proportion en est trop faible, ou si les qualités n’en sont pas convenables, le fœtus se nourrira mal, cessera de se développer, ou même périra. Or, l’état du moral de la mère pouvant modifier la proportion et la nature des élémens qui passent au placenta, il est vrai de dire que son imagination influe sur le fœtus. C’est ainsi qu’une terreur subite, un chagrin violent, une joie immodérée, peuvent causer la mort du fœtus ou ralentir son accroissement. Des causes physiques , telles que des coups ,des chutes , l’action de certains médicamens , la mauvaise qualité des alimens , peuvent avoir le même résultat , parce qu’ils nuisent de même à la transmission des matériaux nutritifs du fœtus. Si la mère est affectée d’une maladie contagieuse, le fœtus en présente bientôt les symptômes; ainsi ia vie du fœtus est dans une dépendance évidente de celle de la mère.
Indépendamment des lésions qui lui viennent de cette source, le fœtus est quelquefois atteint de maladies spontanées , telles que des hydropisies, des fractures , des ulcères, des gangrènes , des éruptions cutanées , la séparation d’un ou plusieurs membres, et beaucoup d’autres lésions graves, locales ou générales. Souvent ces maladies le font mourir avant de naître , ou, si elles permettent qu’il arrive vivant jusqu’à la naissance, elles le mettent dans l’impossibilité de pouvoir vivre au-delà. Les membranes de l’œuf, le placenta , la liqueur de Tamnios , ne sont pas toujours étrangers à ces désordres.
Par l’effet de causes inconnues , les diverses parties du fœtus se développent quelquefois d’une manière vicieuse; une ou plusieurs des ouvertures naturelles de son corps peuvent ne point exister , ou être closes par des membranes ; les poumons , l’estomac, la vessie, les reins, le foie, le cerveau, manquent quelquefois entièrement ou présentent des dispositions inaccoutumées; en général , selon la remarque de Béclard , quand un nerf manque , la partie où il se distribue principalement n’existe point. Il en est de même pour l’artère, d’après M. Serres ; mais nous n’avons pas là l’explication du phénomène , car il reste encore à savoir si l’organe manque ]jar défaut du nerf ou du vaisseau artériel , ou si l’absence de l’artère et du nerf n’est pas une conséquence naturelle du défaut d’organe.
D’autres malformations, déviations ou monstruosités, qui arrivent aussi sans causes connues, paraissent dépendre de la réunion de deux germes: d’où résultent des enfans à deux têtes avec un seul tronc, ou à deux troncs avec une seule tête ; quelquesuns ont quatre bras et quatre jambes bien ou mal conformés. On a trouvé plusieurs fois un fœtus non développé dans l’abdomen d’individus déjà avancés en âge, etc. Il n’y a aucune raison de croire que l’imagination de la mère puisse influer sur la formation de ces monstres; d’ailleurs des productions de ce genre s’observent journellement dans les animaux et jusque dans les plantes (i).
(1) Ce qu’on appelle aujourd’hui la pliilosophie anatomique s’est emparée des monstruosités; elle s’y est trouvée d’autant plus à l’aise que le sujet est plus obscur et plus vague : aussi ne
Il n’est pas rare qu’au lieu d’un seul fœtus l’utérus en contienne deux. En France ce cas arrive une fois sur quatre-vingts ; il parait encore plus fréquent en Angleterre. La gestation de trois fœtus est beaucoup plus rare : sur trente-six mille accouchemens qui ont eu lieu à l’hospice de la Maternité de Paris , il n’a été observé que quatre fois. On a quelques exemples bien authentiques de femmes qui ont porté à la fois quatre et même cinq fœtus; mais au-delà de ce nombre les récits des auteurs paraissent fabuleux. Dans ces grossesses multiples, le volume et le poids des fœtus sont en rapport avec leur nombre : les jumeaux sont plus petits que les fœtus ordinaires ; les trijumeaux et les quadrijumeaux le sont bien davantage; niais, quelle que soit leur dimension, ils sont chacun entourés par un amnios et un chorion particulier, et ont un placenta distinct. Aussi leur existence est-elle indépendante , au point que l’un peut mourir à une époque peu avancée de la grossesse, tandis que les autres continuent à se développer.
Rien ne porte à croire que dans les grossesses multiples la fécondation ait eu lieu en deux ou trois fois différentes, et qu’il existe réellement des superfétations. Les histoires que l’on raconte à cette occasion sont loin de présenter le degré de certi-^ tude nécessaire dans une science de faits.
De V accouchement.
Après sept mois révolus de grossesse le fœtus a toutes les conditions pour respirer et pour exercer sa digestion, il peut donc se séparer de sa mère et changer de mode d’existence (i); il est rare cependant que l’accouchement arrive à cette époque : le plus souvent le fœtus reste encore deux mois entiers dans l’utérus, et ce n’est qu’après neuf mois révolus qu’il sort de cet organe.
On cite des exemples d’enfans qui sont nés après dix mois entiers de gestation ; mais ces cas sont fort douteux, car il est très-difficile de savoir au juste l’époque de la conception. Notre législation actuelle consacre cependant le principe qu’un accouchement peut avoir lieu le deux cent quatre-vingt-dix-neuvième jour de la grossesse.
Rien de plus curieux que le mécanisme par lequel le fœtus est expulsé; tout s’y passe avec une précision admirable, tout semble y avoir été calculé, prévu, pour favoriser son passage à travers le bassin et les parties génitales.
Les causes physiques qui déterminent la sortie du fœtus sont la contraction de l’utérus et celle des muscles abdominaux ; sous leur puissance, le liquide de l’arnnios s’écoule, la tête du fœtus s’engage dans le bassin, le parcourt de bas en haut, et sort bientôt par la vulve, dont les replis se sont effacés; ces divers phénomènes ne se passent que successivement et durent un certain temps : ils sont accompagnés de douleurs plus ou moins vives, du gonflement et du ramollissement des parties molles du bassin et des parties génitales externes , et d’une sécrétion muqueuse abondante dans la cavité du vagin. Toutes ces circonstances, chacune à sa manière, favorisent le passage du fœtus.
Pour faciliter l’étude de cet acte compliqué, il faut le partager en plusieurs temps ou périodes.
Première période de V accouchement. Elle se compose de signes précurseurs. Deux
prétend-elle à rien moins qu’à la création d’une science nouvelle dont la théorie reposerait sur des lois particulières, telles que la loi de Varrêt , celle du retard., celle de position similaire ou excentrique , enfin la loi par excellence , la grande loi de soi pour soi. (Yoyezle Traité de Tératologie de M. J. Geoffroy-Saint-Hilaire. A part les idées théoriques, que je n’approuve point, cet ouvrage contient une collection considérable défaits, et à ce titre mérite d’être lu.)
(l) 11 existe plusieurs exemples de fœtus qui , nés à cinq mois, ont cependant vécu et parcouru même une longue carrière.
ou trois jours avant l’accoucliement il se fait un écoulement muqueux par le vagin ; les parties génitales externes se gonflent et deviennent plus molles; il en est de meme des ligamens qui réunissent les os du bassin; le col de l’utérus s’aplatit, son ouverture s’agrandit, ses bords deviennent plus minces; de légères douleurs, connues sous le nom de mouches, se font sentir dans les lombes et dans l’abdomen.
Deuxième période. Des douleurs d’un genre particulier se développent : elles commencent dans la région lombaire, et semblent se propager vers le col de l’utérus ou vers le fondement; elles ne se renouvellent qu’à des intervalles assez longs, tels qu’un quart d’heure ou une demi -heure. Chacune d’elles est accompagnée d’une contraction évidente du corps de l’utérus, et d’une tension manifeste de son col, avec dilatation de l’ouverture; le doigt, porté dans le vagin, fait reconnaître que les enveloppes du fœtus font une saillie qui devient de plus en plus considérable, se nomme poche des eaux : bientôt les douleurs deviennent plus fortes et les contractions de l’utérus plus énergiques ; cette poche se rompt et une partie du liquide s’écoule; l’utérus revient sur lui-méme et s’applique à la surface du fœtus.
Troisième période. Les douleurs et les contractions de l’utérus prennent un accroissement considérable : elles sont instinctivement accompagnées de la contraction des muscles abdominaux. D’ailleurs la femme, qui reconnaît leur efficacité , est portée à les favoriser en faisant tous les efforts musculaires dont elle est capable : son pouls devient alors plus élevé, plus fréquent; sa figure s’anime ; ses yeux brillent; son corps tout entier est dans une agitation extrême; la sueur coule en abondance. La fête s’engage alors dans le bassin; l’occiput, placé d’abord au-dessus de la cavité cotyloïde gauche, est porté en dedans et en bas, et vient se placer au-dessous et derrière l’arcade du pubis.
Quatrième période. Après quelques instans de repos, les douleurs et les contractions expulsives reprennent toute leur activité; la tête se présente à la vulve, fait effort pour passer, et y parvient quand il arrive une contraction assez forte pour amener cet effet. Une fois la tête dégagée , le reste du corps suit facilement, à raison de son volume moindre. On pratique alors la section du cordon ombilical, et on en fait la ligature à peu de distance de l’ombilic.
Cinquième période. Si l’accoucheur n’a pas procédé à l’extraction du placenta immédiatement après la sortie du fœtus, au bout de quelque temps de petites douleurs se font sentir , l’utérus se contracte faiblement , mais avec assez de force pour se débarrasser du placenta et des membranes de l’œuf : cette expulsion porte le nom de délivranee. Pendant les douze ou quinze jours qui sujvent l’accouchement, l’utérus revient peu à peu sur lui-même; la femme éprouve des sueurs abondantes, ses mamelles sont distendues par le lait qu’elles sécrètent ; un écoulement d’abord sanguinolent, puis blanchâtre, nommé lochies, qui se fait par le vagin, est l’indice que les organes de la femme reprennent peu à peu la disposition qu’ils avaient avant la conception.
Aussitôt qu’il est séparé de sa mère, et quelquefois même auparavant, Tenfant dilate sa poitrine, attire l’air dans ses poumons , qui se laissent graduellement distendre à mesure que les mouvemens d’inspiration se répètent : dès ce moment la respiration est établie et durera toute la vie. La distension du poumon par l’air permet au sang de l’artère pulmonaire de s’y diriger, et il en passe d’autant moins par le canal artériel, qu’il se rétrécit peu à peu, ainsi que le trou Botal, et finit par s’oblitérer.Lemêine phénomène a lieu à la partie abdominale de la veine et des artères ombilicales , qui se transforment en une espèce de ligament fibreux.
L’enfant naissant a de dix-huit à vingt pouces de longueur, et pèse de cinq à six livres. En général , le nombre des naissances des garçons est supérieur à celui des filles, surtout dans les naissances légitimes. La quantité d’enfans qui peuvent naître de la même mère n’excède point le nombre des vésicules contenues dans l’ovaire , c’est-à-dire environ quarante.
T)e V allaitement.
L’acte douloureux que nous venons d’étudier ne termine point le rôle que la na- :ture a confié à la femme dans la génération ; d’a»utres soins doivent être donnés par ielle au nouveau-né : il faut qu’elle le garantisse contre les intempéries de l’air et des jsaisons; qu’elle veille à sa conservation et à son éducation physique et morale; enfin, telle doit lui fournir son premier aliment , le seul qui soit en rapport avec là faiblesse 1 de ses organes.
Cet aliment est le lait; il est sécrété par les mamelles, dont le nombre, la forme i?et la situation sont des caractères distinctifs de l’espèce humaine. Leur parenchyme I» est tout-à-fait distinct de celui des autres organes sécréteurs. Chaque mamelle a douze [?ou quinze canaux excréteurs qui s’ouvrent au sommet et sur les côtes du mamelon. |! Les artères qui se rendent aux mamelles sont peu volumineuses , mais très-multipliées ; lies vaisseaux lymphatiques y abondent, ainsi que les nerfs : aussi jouissent-elles d’une ’vive sensibilité; le mamelon en particulier est très-sensible et susceptible d’un état ; analogue à l’érection.
Jusqu’à l’époque de la fécondation, les mamelles sont inactives, ou du moins m’exercent aucune sécrétion apparente, mais dès les premiers temps de la grossesse lia femme y ressent des picotemens , des élancemens particuliers; ces organes se ^gonflent. Au bout d’un certain temps , surtout quand la fin de la gestation approche, de mamelon laisse écouler un fluide séreux, quelquefois très-abondant, et qui est i appelé colostrum. La sécrétion a souvent les mêmes caractères pendant les deux ou ’ trois jours qui suivent l’accouchement , mais le lait proprement dit ne tarde pas à paraître , et c’est le liquide que fournissent les mamelles jusqu^à la fin de l’allaitement.
Le lait est une des liqueurs glanduleuses les plus azotées; sa couleur, son odeur et sa saveur sont connues de tout le monde : d’après M. Berzélius, il est composé de crème et de lait proprement dit. Ce dernier contient : eau, 928,75; fromage avec une trace de sucre, 28,00 ; sucre de lait, 35, 00; muriate de potasse, 1,70; phosphate, 0,25; acide lactique, acétate de potasse et lactate de fer, 6,00; phosphate de chaux, o,3o. La crème contient : beurre, 4?^ ; fromage, 3,5; petit-lait, 92,0, où l’on trouve 4)4 de sucre de lait et de sels.
Depuis long-temps on a observé ^que la quantité et la nature du lait changent avec la quantité et la nature des alimens , et c’est ce qui a donné lieu à l’opinion bizarre que les lymphatiques étaient les vaisseaux destinés à apporter aux mamelles les matériaux de leur sécrétion ; mais il en est du lait comme de l’urine, qui varie de propriété suivant les substances solides ou liquides introduites dans l’estomac. Par exemple, le lait est plus abondant , plus épais , moins acide, si la femme est nourrie avec des ma- ■ tières animales; il est moins abondant, moins épais et plus acide, si elle a fait usage de végétaux. Le lait prend aussi des qualités particulières si la femme a pris des substances médicamenteuses ; il devient purgatif, par exemple, si elle a fait usage de rhubarbe ou de jalap, etc.
La sécrétion du lait se prolonge jusqu’à l’époque où les organes de la mastication de l’enfant auront acquis le développement nécessaire à la digestion des alimens ordinaires; elle ne cesse que dans le courant de la seconde année.
Quoique la sécrétion du lait semble propre à la femme accouchée, elle a été vue quelquefois sur des jeunes vierges , et même chez l’homme (ij.
(l) Je ùai pas cru convenable d’introduire dans cet ouvrage , simple abrégé de la science, une description spéciale des âges, des sexes, des tempéraraens , des caractères zoologiques de l’homme, des variétés de l’espèce humaine, etc.; ces considérations sont du ressort de l’hygiène et de l’histoire naturelle. — Voyez les articles hygiène de V Encyclopédie méthodique, et l’ouvrage de Cuvier sur le Règne animal.