CHAPITRE XI
Effets mécaniques produits par la force répulsive des
Électricités accumulées .
Nous avons déjà plusieurs fois remarqué que l’électricité répandue sur la surface des corps conducteurs exerce une contre-pression sur l’air atmosphérique qui la contient à cette surface par son poids. Nous avons vu que cette réaction , toujours proportionnelle au carré de l’épaisseur de la couche électrique , peut devenir assez grande pour vaincre la résistance que l’air lui oppose. Alors l’électricité s’échappe par explosion , en écartant les particules de l’air. D’après cela on doit présumer qu’à des degrés plus grands d’accumulation , l’électricité deviendra capable de faire explosion à travers des substances beaucoup plus denses que l’air, et pourra de meme séparer leurs particules. C’est aussi ce que l’expérience confirme.
La décharge d’une batterie électrique peut , lorsqu’elle est suffisamment forte , briser des cylindres de bois qu’on lui fait traverser^ elle tue les animaux vivans lorsqu’on la fait passer à travers leurs corps , et leurs cadavres se putréfient avec la même promptitude que ceux des animaux foudroyés. Elle brise de même et traverse des lames de verre dans le sens de leur longueur, pourvu que leurs surfaces soient polies } car sans cela le verre devenant conducteur , la décharge pourrait passer sans le briser. Transmise à travers des fils de fer, d’argent ou de cuivre, elle les fond en petits globules. Enfin , avec un degré d’accumulation plus grand encore, ces
DES EXPLOSIONS ELECTRIQUES. 5l5
êls et des lames d’or mêmes sont subitement volatilisées. On peut voir dans le Traité général la manière la plus comjmode de faire chacune de ces expériences , et les précautions qu’il faut observer pour les exécuter sans danger.
On conçoit donc qu’une telle force pourra , par une action semblable, produire dans les substances liquides ou gazeuses tous les phénomènes qui résulteraient naturellement d’une forte compression ou d’une subite élévation de température; c’est en effet ce qui a lieu. Ainsi la décharge électrique , même celle d’une simple bouteille de Leyde , enflamme les gaz hydrogène et oxigène , lorsqu’ils sont mêlés ensemble à peu près dans la proportion de deux parties d’hydrogène con»> tre une d’oxigène en volume ) et le résidu est de l’eau liquide. L’appareil le plus convenable pour cette expérience est représenté fîg. 3q. C’est, un tube de verre fermé par le haut avec un bouchon métallique , qui y est fortement luté , et qui a un petit bouton saillant en dedans du tube: une tige métallique flexible monte à ressort dans le même tube , et peut s’approcher du bouton à une petite distance. Alors le tube étant plongé dans une cuve pleine d’eau, on le remplit de gaz comme un récipient ordinaire, et l’ayant sorti et essuyé , on donne au chapeau métallique une étincelle : elle se propage dans le mélange gazeux , et l’enflamme en le faisant détonner. Au reste la simple compression mécanique produit le même effet , comme je l’ai montré par l’expérience, et une élévation de température suffit également pour le déterminer.
La décharge électrique enflamme aussi les corps facilement combustibles , comme le phosphore , l’éther et les autres liquides spiritueux , c’est-à-dire qu’elle détermine leur combinaison avec l’oxigène de l’air. Mais une simple élévation de température a des résultats pareils ; et même pour que l’inflammation réussisse bien avec l’électricité, il est bon que les liquides aient été chauffés préalablement. Il n’y a rien dans tout cela qui indique un principe agissant par des affinités électives , et susceptible de s’unir aux corps par des combinaisons. Tout ce qu’on y peut voir ? ç’çst une force
5 l6 EFFETS MECANIQUES DES EXPLOSIONS, ETC,
répulsive considérable qui , écartant les molécules des corps et les refoulant les unes sur les autres , afin de s’ouvrir un passage , les force , par cette pression mécanique , à développer de la chaleur qu’elles tenaient auparavant combinée.
Mais aussi nous devons par-là concevoir la plus haute idée de l’énergie de cette force et de l’énorme vitesse que doit posséder la matière électrique , pour que , sans aucune masse appréciable aux balances les plus sensibles , elle puisse imprimer à des corps pesanset solides des quantités de mouvemens si considérables. On sait , en effet , que, quand un corps met un autre corps en mouvement par son choc , la somme des produits des masses par les vitesses est la même avant et après le choc. Quelle vitesse ne faut-il pas supposer à l’électricité , pour que cette loi rigoureuse de la mécanique soit observée dans les phénomènes que nous avons décrits ? Le diamètre même de la terre entière serait peut-être trop petit pour en rendre la transmission sensible.
De même que l’on détermine la formation de l’eau par l’étincelle électrique , on est parvenu aussi à la décomposer. On s’est d’abord servi, pour cela, de violentes décharges transmises à travers ce liquide , et qui y produisaient des explosions accompagnées d’étincelles. Mais l’habile et ingénieux physicien , M. W ollaston , est parvenu à produire le même effet d’une manière infiniment plus marquée, plus sûre et plus facile, en conduisant le courant électrique dans l’eau par des fils de platine très-fins , terminés en pointes aiguës et isolées dans des tubes de verre, de manière à ne pouvoir perdre leur électricité que par la dernière extrémité de cette pointe. Onconçoitdéjà qu’une électricité, même faible , peut acquérir, dans de semblables circonstances, une intensité extrême qui se porte au sommet delà pointe , et dont l’énergie s’exerce toute entière contre la seule molécule d’eau avec laquelle la pointe est en contact.
On peut voir dans le Traité général , les détails de cette curieuse expérience , avec les conséquences importantes qui en dérivent.
de l’Électricité atmosphérique, etc. S17