‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 36 sur 38 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

En outre de notre ver à soie proprement dit , de celai que nous connaissons et élevons (Bombyx ou Sericaria Mori)^ les chenilles d'un grand nombre de lépidoptères» appartenant pour la plupart au même genre ou à des genres voisins, sont douées de la faculté de sécréter comme lui une soie plus ou moins fine , de tisser un cocon plus ou moins semblable au sien. C'est surtout depuis l'apparition de la Pébrine que les voyageurs , les savants et les sériciculteurs se sont occupés de rechercher des espèces nouvelles que Ton comptait conserver exemptes du fléau. Jusqu'à présent, ces essais ont plus profité à la science qu'à l'industrie, et si l'on en excepte quelques rares et hardis expérimentateurs , la généralité de nos éleveurs n'a accepté ces conquêtes nouvelles qu'avec la plus grande insouciance. Les idées et les choses nouvelles ne font chez nous que bien lente* ment leur chemin.

Nous allons succinctement décrire quelques-unes de ces espèces nouvelles, en indiquant, autant qu'il

nous sera possible, les avantages qu* elles pourraient présenter dans des circonstances données et les obstacles qui pourraient s^opposer à leur multiplication.

A. Bombyx Mylitta (Bombyx Paphia, Satumia Mylitta, Attacus Mylitta), Ce ver à soie du chêne de rinde ( Bengale ), où il porte le nom de Bughiz, parut avoir été signalé pour la première fois par le voyageur Tavernier (1676), qui le trouva dans le royaume d'Assam. Il a été introduit en France pour la première fois par M. Lamarre Picquot, en mars 1830, sous la forme de seize cocons qu'il offrit au Muséum , dont trois seulement donnèrent des papillons , malheureusement tous femelles. L'année suivante (1831), il se procura de nouveaux cocons, dont on obtint des œufs et des chenilles qu'on ne réussit pas à élever. Ce ver vit au Bengale, sur le Jujubier (Rahmnus Jujuha), sur une espèce de Badamier ( Terminalia alata glabra ) ; M. Lamarre Picqnot pense qu'on pourrait le nourrir en France sur plu* sieurs espèces de Nerpruns , y compris le Jujubier ordinaire (Zyziphusvulgaris)^ sur le Porte-chapeau ( Paliurus aculeatus) . La chenille, arrivée à tout son développement, est longue deO"*,10, d'un beau vert, avec une bande dorsale moitié rouge et moitié jaune, couvrant les trois quarts de la longueur du corps; le dos est chargé de plusieurs tubercules de même couleur et surmontés de poils ou soies. Le développement complet de la chenille, de l'éclosion an coçonnag^e , s'accomplit en quarante à quarante-quatre

AUTBES IVSECTSB PHODHCTEUBS DE SOIE. 2fl

jours. Lorsqu'elle est sur le point de filer, elle rapproche , d'nne manière particulière , par le mojea

Fig. 32.

Cocon du Bombfi Mylill [ler i loie âo Mae de l'h

de filaments glutineux analogues à ceux qui revêtent le dehors du cocon , deux ou trois feuilles pour s'eç

faire une enveloppe extèrieare qui leur sert en même temps de point d^appui pour établir le cocon. Celui-ci est porté sûr un pédicule plus ou moins cylindrique, d'environ 0»,05 à 0»,06 de longueur, de 0«,002 de diamètre , et toujours un peu courbé dans sa partie inférieure. Sa base forme un anneau complet dont Touverture a 0",007 à 0»,009 de largeur, et c'est par cet anneau, dont la brancbe circulaire est à peu près aussi grosse que le pédicule lui-même , que celui-ci se trouve fixé et soutenu , en entourant exactement et circulairement par cette base une petite brancbe ou un rameau de Tarbre sur lequel la chenille a vécu.

Le cocon , de la grosseur et de la forme d*un œuf de pigeon , est entouré , comme celui du Sericaria Moriy d'une bourre abondante, en-dessous de laquelle se trouve la coque soyeuse proprement dite. Il est d'une couleur grise légèrement roussâtre. La soie qui en provient est assez abondante, d*une finesse moyenne, résistante; les habitants du Bengale en fabriquent un tissu particulier, nommé Tusseh- Doothies, à Tusage des Brahmes et de quelques sectes indienfies, et les étofies dites Corah qui sont recherchées et atteignent un si haut prix.

Les œufs éclosent en août ; les chenilles vivent six semaines sous cette forme ; la chrysalide reste durant neuf mois dans le cocon avant de se transformer en un papillon , dont Texistence est limitée à six ou douze jours ; enfin , les œufs éclosent vingt à vingtcinq jours après la ponte. Cet insecte vit à Pétat complètement sauvage ; les indigènes vont dans les

bois à. la recherche des œufs nécessaires aux éducations qu^ils établissent à proximité de leurs demeures.

B. Bombyx Pemyi (Attacus Pemyi, Satumia Pemyi). Le ver à soie du chêne de la Chine, signalé d'abord par le P. d'Incarvill^ puis par M. Tastet, négociant en Chine ^ comme vivant à Tétat sauvage dans la province de Su-Tchuen, sur les chênes des forêts , fut, sur la demande de la Société d'acclimatation, importé en France, en 1855, grâce au concours de Mgr. Pemy, chef de mission catholique en Chine , et aux soins de M. de Montigny, notre consul. Ce ver vit à l'état sauvage en Chine et dans la M andchourie , sur deux variétés de chênes, dont l'une est le chêne à feuilles de châtaignier (Quercus Castanœfolta) y et dont l'autre est une espèce^ à grandes feuilles découpées , qui ressemble beaucoup à notre chêne ordinaire; la première se greffe trèsbien en fente sur la seconde. En France, et jusqu'ici , son éducation sur des branches de chênes coupées et trempant dans l'eau n'a guère donné que des demi-succès. La soie de ce ver est extrêmement belle, fine, forte et brillante; elle supporte très-bien la filature et prend bien la teinture.

C. Bombyx Royleï (Attacus Royîeï). Ce ver à soie du chêne de l'Himalaya a été envoyé à M. Guérin-Menneville par le capitaine Hutton , de Mussoree. On sait peu de chose encore des mœurs de cet

Pig. 33.

Cocon du Bomb^ Perayi

{(sr i •oia du china de la Gbine).

insecte et de la possibilité de son acclimatation en France.

D. Bombyx Polyphemus (Attacus Polyphemus).

Ce ver à soie du chêne de TAmérique septentrionale a été importé en France en 1863. Il vit à I^état sauvage sur les chênes , surtout à la Louisiane; il file un cocon de médiocre grosseur, renfermé dans une bourre abondante, fournissant, une soie très-fine, très-abondante , à peine colorée. On peut le nourrir des feuilles de Tosier, du saule , de Taubépine , du prunellier, etc. M. Trouvelet, à Boston, Téiève sur une assez grande échelle.

E. Bombyx Luna [Bombyx Selene-Aitacus Luna) . Cet insecte est, comme le précédent, originaire de râmérique septentrionale ( Louisiane , Caroline , Floride), à côté du précédent, et parait avoir les mêmes mœurs , la même nourriture , fournir les mêmes produits que lui.

F. Bombyx Vama-Mat [Bombyx Antherea, Antherea Varna-Mat j Attacus Varna-Mat). Ce ver à soie du chêne du Japon est connu et exploitée depuis longtemps dans ce pays. Dans File de Fatsi-Sy6, dont les Japonais prirent possession en 1487, V Encyclopédie japonaise rapporte qu'il existe des cocons sauvages des mofutagnes, servant à fabriquer une étofie très-forte, qui ne change jamais de couleur, mais qui se refuse à. la teinture. Le gouvernement s'est réservé le monopole de cette fabrication. L'insecte

qui produit ces cocons porte le nom d'Vama-Mayou. C'est en 1861 que M. Duchéne de Beltecourt, notre consul général au Japon , envoya les premiers œufs de ce ver en France, au Muséam de Paris. Ces œufs éclorent eu mars, mais on ignorait quelle est la plante qui sert de nourriture aux chenilles, et une seule fut sauvée par hasard, fila et se transforma en papillon , ce qui permit k M. Guérin-Menneville d'en

Fig. 3i. CocoD du Bambyi y«aui mû (ver i aoie du chiat du lipon).

déterminer l'espèce et d'en faire la description. En 1863, an médecin de la marine hollandaise, M. Pompe van MeederwoorI, ayant pu se procurer (malgré la peine de mort qui défendait l'exportation] quelques œufs d'Yama-Maï, en donna une partie à la Société d'acclimatation et une autre à M. Guérin-Menneville. Dès la même année, les œufs distribués par la Société donnèrent lien, sur un grand nombre de points de la France, à trente éducations, dont la réussite fut

très-variable, mais qui produisirent près de650co« cons. A la suite de ces essais, M. Camille Persomiat organisarélevage en grand du Yama-Maî, dans TArdèche d'abord, puis à Laval, dans la Mayenne; et, en 1865, il récoltait déjà 20,000 cocons sur 3,000jeunes chênes plantés dans un enclos ou sur des branches coupées et plongeant dans Teau. C'est à lui qu'on doit surtout la connaissance des mœurs du Yama-Maï.

Toutes les espèces ou variétés de chênes qui croissent naturellement sous nos climats sont propres à la nourriture de la chenille. Le Bombyx Vama-Maï se comporte , à peu de chose près , comme le ver à soie du mûrier, c'est-à-dire qu'il passe l'hiver à l'état d'œuf, que sa chenille naît au printemps , change quatre fois de peau, et file un cocon fermé des deux bouts, et dont le papillon sort au moyen d'un liquide dissolvant qui désunit les fils ; qu'enfin les papillons pondent des œufs qui passent l'hiver et n'éclosent qu'au printemps suivant.

La chenille adulte atteint jusqu'à 0^,095 de longueur ; elle est de couleur verte plus ou moins foncée;' avec une étroite bande latérale jaune, qui vient se confondre, vers le onzième anneau , avec une tache brune triangulaire étendue jusqu'à l'anus. Le cocon est sensiblement plus gros que celui du ver du mû-» rier; il a environ O'^yOS de longueur et 0'",025 de diamètre ; renfermant sa chrysalide , il pèse en moyenne 5 gr. 5, et vide, gr. 70. La chrysalide adulte est d'une teinte noire assez foncée. Le pa-* pillon est très-grand (de 0°*, 15 à 0'",18 d'envergure), la femelle surtout; sa couleur est. assez variable,

d'un jaune plus ou moins vif et comme doré , a la teinte cachou , avec des stries angulaires et transversales plus foncées balafrant les ailes, une bordure d'un gris clair vers le bord postérieur de' celles-ci , et une tache ou œil bordé de jaune /de bistre, de violet et de noir, à peu prés au milieu de chacune des quatre ailes. Le mâle a des antennes largement plumeuses; elles sont simplement pectinées avec des barbes courtes chez la femelle.

Dans l'existence de la chenille, le premier âge dure environ 13 jours, le second 10, le troisième 11, le quatrième 14, et le cinquième 17, soit en tout environ 65 jours. Les papillons sortent du cocon de 30 à 35 jours après le moment où la chenille a commencé à filer, les mâles un peu plus hâtivement que les femelles. Les mâles ne s'accouplent que dans la deuxième ou troisième nuit qui suit leuréclosion, et la femelle ne commence à pondre qu'à la troisième ou quatrième nuit; l'accouplement ne se fait que très-rarement dans le jour, et ne dure que deux à trois heures. La femelle ne dépose pas, comme celle du mûrier, tous ses œufs sur un même point, elle les dépose par petits paquets de trois à quatre.

La soie se distingue par une teinte verte très* claire, qui disparaît au décreusage, devient blanche et prend bien la teinture, même en nuances claires. Un peu moins fine que la soie du mûrier, elle Tégale presque en brillant , en souplesse et en élasticité , après le décreusage. Il faut, enmoye&ne, 6,000 cocons, pesant ensemble 13 kilogr., pour obtenir 1 kilogr. de soie grége.

G. Bombyx Cynthia {Satumia Cynthia). Ce Bombyx ou ver à soie de l'aylanthe , originaire de la Chine oh il vit non pas seulement sur cet arbre , mais aussi sur une espèce de poirier et sur beaucoup d'autres arbrisseaux, a été importé en llaiie, en 1858, par le Père Annibale Fanloni , puis euToyé la mfime année, par MM. Griseri et Colomba, à M. Gnérin- Menoeville, qui s'est alors voué tout entier ji son acclimatation et à sa multiplicatÎMi. Il a puissamment été seccmdé par un propriétaire, M. ûivelet, qui or-

ganisa l'éducation en grand du Bombyx de l'aylanlhe à son ch&teau de Flamboin, auprès de Paris. L'administration du chemin de fer de l'Est, sur les sollicitations des deux zélés vulgarisateurs, fit planter un grand nombre d'aylanthes le long de sa ligne, et, aux environs de Nancy, particulièrement, un espace de six ares produisit, en 1867, plus de 20,000 cocons. M. Gué rin'Menne ville obtenait une concession de terrain dans le bois de Vincennes , auprès de Joinville-le-Pont, et y fondait une école de sériciculture ; des essais de plantations se faisaient simultanément en Champagne , et on avait déjà créé le mot d'aylanticulture. Depnis lors , les insuccès dus aax inlem-

2b6 LE VER A SOIE.

péries des saisons, à la maladie delà pëbrine, rimportation plus récente du Bombyx Vama-Maï, ont fait sur la plupart des points délaisser le Bombyx Cynthia. Il en est resté pourtant un fait fort important au double point de vue de la science et de la pratique, c'est que cet insecte, originaire de la Chine, s'est si bien acclimaté en France, qu'on Ty voit se reproduire à Tétat sauvage, non -seulement dans le midi (Agen), mais encore dans le centre nord (Paris). La chenille adulte du ver de Taylanthe, qui paraît originaire de la Chine , mais qu'on trouve aussi dans rinde, a une couleur jaune verdâtre plus foncée aux segments de ses anneaux , porte des taches bleuâtres à la base des pattes et jaunâtres à leur extrémité. Son corps est couvert d'épines assez longues , assez grosses et assez nombreuses. On peut l'élever en liberté sur l'arbre , ou en chambre sur des rameaux coupés et plongés dans l'eaU. Son cocon , de couleur feuille morte, de forme oblongue, attaché par sa base et à l'aide d'un pédicule à l'axe d'une petite branche, est ouvertpar son extrémité postérieure. Dansl'ignorance où l'on était des procédés employés par les Chinois pour utiliser la soie de cet insecte , on crut d'abord que la soie de son cocon était interrompue ; puis on chercha un procédé particulier de dévidage qui parait avoir été presque sumultanément trouvé par madame la comtesse Vernède de Corneillan et le docteur Forgemol. On obtient ajourd'hui de chaque cocon des fils continus ayant plus de 800 mètres de longueur. Trente grammes de graine (une once environ), contenant en moyenne 16,500 œufs, peuvent

produire 12^000 cocons , pesant 25 kilogr. et donnant à peu près 2 kilogr. de soie grége. La Chine récolte par année de 1,000 à 1,200 balles de cette soie.

Mais elle n'est pas comparable à celle du mû* rier. L'eau bouillante ne suffit point au décreusage , le grèz qui la recouvre ne se dissout que dans une lessive alcaline; mais dès lors les fils soyeux sont devenus incapables de contracter adhérence , entre eux. Le brin est plus gros, moins souple que celui du Bombyx Mori , et ne peut, en outre, être filé comme lui. Il est probable que le meilleur moyen de l'utiliser serait, comme pour la soie du ver du ricin (B. Arrindia)y de le carder et de le filer sous forme de bourre, ainsi que le font les Chinois et lesHindous, ou peut-être encore de le convertir en fil à coudre.

L'aylanthe ou vernis du* Japon (aylanthus glan* dulosa)y a été introduit en France vers le milieu du dix-huitième siècle, par des missionnaires en Chine.

M. Givelet commença ses éducations en 1862; en 1864, il avait déjà obtenu 11,423 cocons, et 43,128 en 1866. Il a calculé que sur 75 ares plantés en aylanthe, la dépense d'installation jusqu'à la fin de la troisième année s'élève à 1,292 fr. 10, et les frais annuels à 413 fr. 20 ensuite. Les recettes ne commenceront qu'à la troisième année, ou elles seront de 75,000 cocons à 5 fr. pour 100, soit 375 fr.; la quatrième année, de 150,000 cocons valant 750 fr. Sur une surfàce'de 6 hectares, les frais d'installation montent à 3,806 fr. , ceux de la 3% de la 4« et de la 5* année, à 2,850 fr. pour chacune ; les recettes sont, à la troisième année, de 600,000 cocons à 5 fr..

soit 3,000 fr., à la q^iafriéme et aux suivantes, de 1,200,000 cocons, valant 6,000 fr. Le loyer de rhectare est compté à 100 fr. 100 kilos de cocons frais contiennent en moyenne :

VER DU UDRIBR. VBB DB l'aVLANTHE.

Matière soyeuse 14 k*! 624 i2k>i297

100 kilos de cocons frais du mûrier, réduits à 11 kilogr. 135 par la séparation des chrysalides et des peaux de la chenille, et par la perte à la fila-' ture, produisent en frisons 2 hilogr. 567, et en soie grége 8 kilogr. 568.

100 kilos de cocons frais de Taylanthe, réduits à 9 kilogr. 360 par les mômes causes, produisent en frisons 2 kilogr. 158, et en soie grége 7 kilogr. 216.

Enfin, toujours d'après M. Henri Givelet, un kilogranâme de soie du mûrier reviendrait à 48 fr. 70, et le même poids de soie de Taylanthe, à 33 fr. 25 seulement.

Les bourres de soie sont maintenant une matière tellement recherchée, les progrès de la fabrique donnent à ces produits une telle faveur, que les prix de 2 fr. par kilogramme de cocons frais seraient parfaitement admissibles. La soie de Faylanthe peut s'appliquer à divers genres d'étofiÎBS et surtout à celles que les bas prix rendent accessibles à toutes les fortunes. « Un tissu fabriqué dans ces conte ditions, tout aussi fort et plus léger que les prott duits similaires en soie du mûrier, pourrait être a vendu à peu près 3 fr. 50; ce ne serait point une tt étoffe molle et sans consistance, comme le foulard a de rinde, mais un tissu corsé comme ces beaux

a taffetas noirs qui se vendent aujourd'hui de 8 à 9 fr. » . [L'aylanthe et son Bombyx. — Paris, 1866. Librairie agricole ) .

H. Bombyx Arrindia [Attacus Arrindia, Saturnia Rieini, Satumia Assamensis). Le ver à soie du ricin a été signalé pour la première fois par le docteur Roxburgh; il est originaire.de Tlnde, des districts de Dinajepore et de Rungpore, dans le Bengale et dans le royaume d' Assam ; il y est élevé en domesticité depuis longtemps, et se nourrit des feuilles du i^i^cin (Rieinus Communis) ; d'après Roxburgh , il se nourrirait en outre , dans son pays , des feuilles. de plusic^urs espèces d'arbres (Laurus Obtûsifolia, Teîhrantera Macrophylla, etc.). Il a été introduit en France en 1853. C'est une espèce très -voisine du Bombix Cynthia, dont quelques entomologistes le considèrent inême comme une variété, mais dont il diffère potjtrMnt par certains points ; dans l'insecte parfait, la couleur blanche de Tabdomeli, la forme des ailes, la flisposition des ailes supérieures et celle de la bande transversale des ailes inférieures; surtout en ce que, contrairement à la plupart des -autres Attacus connus qui n'ont qu'une seule génération annuelle, les générations au contraire , dans celui-ci , se succèdent rapidement et en toute saison. D'après Roxburgh, on en obtiendrait par an , dans l'Inde , cinq générations de soixante à soixante-dix jours chacune. Aussi, son introduction en Europe a-t-elle exigé des stations , du Bengale à Malte , de cette ile en Italie , puis en

France et en Algérie. MM. Milne^Ëdvartls , Vallée , Gnérin-Mennerille , se sont surtout occupés de son étude et de sa mulliplication , difficile et coûteuse en ce que le ricin ou palma-christi est une plante ap-

Fig. 36. Cocon dn Bombjurrindis (ver à toie do ricin) .

partenani au midi plutAt qu'au centre de la France, où sa végétation est forcément tardive au printemps, où la gelée l' atteint fréquemment , et où d'ailleurs

il n'est qu'annuel en pleine terre. Cependant la possibilité de son acclimatation fut bien démontrée.

La chenille adulte est d'un vert pâle , longue de 0*^,06 à 0'",08, subit quatre mues , et 61e son cocon environ trente jours après son éclosion. Ces cocons ont environ O^.OS de longueur sur 0'",025 de diamètre; ils se terminent en pointe à chaque extrè^ mité y sont ouverts comme celui du ver de Taylanthe» mais peuvent se dévider par les mêmes procédés. La chrysalide, après dix à douze jours, se transforme en un papillon qui vit de quatre à huit jours. La soie a à peu près le méfne aspect et les mêmes qualités que celle du ver de Taylanthe. M. Guérin-Menneville a obtenu, par un fait d'albinisme, un cocon blanc dont on aurait pu peut-être tirer racé par sélection.

En 1854, auprès de Pise (Italie), M. le professeur Savi , ayant obtenu 300 œufs , constata leur éclosion le 27 mai ; sous une température régulière de 23*" 7 c., le coconnage commença le 24 juin aprè^ l'accomplissement de quatre mues, et il obtint 218 cocons. Le meilleur emploi de cette soie parait être de la carder et de la filer en bourre pour confectionner des étoffes à bon marché , relativement fort belles, trèssolides et à bas prix.

L Bombyx Barmengyi (Satumia Barmengyi).

Ce Bombyx est, comme les deux précédents , originaire de rinde (Népaul, montagnes de Cachemyre); quelques entomologistes le regardent comme étant , ainsi que le ver du ricin, une simple variété du Bombyx Cynthia. Il se nourrit des feuilles d'un

arbrisseau indigène , la Corriaire du Népaul ( C(^^ riaria Nepalensis).

J. Bombyx Cecropia (Attacus Cecropia, Bombyx Didyme). Ce ver à soie du prunier» originaire de FAmérique du Nord (États-Unis), fut multiplié pour la première fois en France, en 184fOy par M. Victor Audouin , au Muséum; cette ' première éducation réussit parfaitement; les essais nombreux qui se sont succédé depuis ont été loin d'offrir les mêmes résultats. Le cocon de ce ver, très-gros, de couleur grise, est ouvert comme celui des vers de Taylanthe, du ricin, etc.

K. Bombyx Orbignyi (Saiumia Orbignyana).

M. Guérin-Menneville a décrit sous ce nom une espèce originaire de la Bolivie, et qu'il dit devoir construire un cocon analogue à celui du Cecropia,

L. Bombyx Atlas (Bombyx Gigantea). Ce Bombyx, que Ton appelait anciennement Phalène à miroirs , est originaire du midi de la Chine , des îles Moluques et de Flnde méridionale. Il se nourrit des feuilles de Tèpine-vinette [Berberis Asiatica). Les dimensions énormes de son papillon lui ont valu Tun de ses noms. Son cocon pèse jusqu'à 9 grammes; il est très-riche en soie et probablement employé en mélange avec celui du Bombyx Pernyi dans la fabrication de la soie dite Tussah.

M. Bombyx Hesperus» Ce ver à soie de Toranger, originaire de Cayenne, vit sur les feuilles de l'oranger et du citronnier. lia été introdaii en France

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par M. Michel!. Bien que dans son pays natal il se montre très-accommodant et se contente de feuilles de chêne, de ricin, ou d'une foule d'autres plantes, on n'a pas encore réussi à le multiplier sérieusement dans le midi de la France ni en Algérie. Son cocon est de couleur écrue pâle. On en a obtenu, à€ayenne, des cocons analogues à ceux du ver du mûrier.

N. Bombyx F aidherbia (Bauhinia). Ce ver, originaire du Sénégal , a été introduit en France par le général Faidherbe, ancien gouverneur de cette colonie. U vit à Tétat sauvage sur le jujubier. Il est peu connu et peu répandu en France.

0. Bombyx Religiosœ» Ce Bombyx, originaire de rinde, province d'Assam, appelé par les indigènes ver à soie de Jori, vit des feuilles de figuier des Pagodes (Ficus Reïigiosœ), et peut-être de celles du figuier de rinde (Ficus Indica). La soie qu'il fournit est très-fine, très-soyeuse et très-douce.

P. Bombyx Luna (Bombyx Selene , Attacus Luna). Ce Bombyx, originaire de l'Amérique du Nord (Caroline, Floride), vit sur les arbres de la famille botanique des Térébinthacés , sur le lîquidambar, mais aussi sur le caroubier, le saule, le prunier, le bouleau, etc. Sa chenille adulte est d'une couleur vert-pomme avec des tubercules rosés. Sa soie est très-fine.

Q. Bombyx Perrotteti (Borocera). Ce Bombyx, découvert à Madagascar par M. Perrotet, y est domestiqué par les Hovas indigènes, qui Télèvent sur

une sorte de cytise ; la soie en est très-recherchée par eux , et les chrysalides leur servent d*aliment. Dans la même ile, M. Guérin-Menneville signale encore le Saturnia Mittrei , remarquable par la longueur de ses ailes inférieures et la grosseur de son cocon , mais sur lequel nous manquons complètement de renseignements.

R. Bombyx Spéculum, Ce Bombyx , originaire du Brésil , y vit en troupes nombreuses, en sociétés, sur deux arbres très-communs dans les forêts , que les habitants appellent arbre à lait [paodo leite) et raticon. La chenille file un cocon de moyenne grosseur, mais ils sont extrêmement nombreux sur les arbres. On en peut faire plusieurs éducations dans Tannée.

S. Bombyx Aurota {Saturnia Aurota). Cet insecte, étudié et élevé par le docteur Chavannes, au Brésil , et que Ton rencontre aussi au Paraguay, y vit en sociétés nombreuses sur un arbre appelé Anda gomesii et sur le ricin. Son cocon, très-gros, de couleur grisâtre , donne une bourre très-abondante et cinq à six fois plus de soie que celui du Bombyx Arrindia.

T. Bombyx Mimosœ [Saturnia Campiona) est une magnifique espèce découverte près de Port-Natal, et que Ton trouve aussi à Madagascar. La chenille vit en sociétés nombreuses sur plusieurs espèces de mimosas. Elle donne un cocon de couleur gris argenté , très-gros , très-riche en soie , mais ouvert à Tune des extrémités. Cette espèce a été signalée dès

1845 à la Société entomologiqae de Paris par M. Signoret , sons le nom de Satumia Campiona.

U. Bombyx Rhadama, Cette chenille, processionnaire de Madagascar, vit à la manière de nos Yponomeutes, en familles nombreuses , sous une grande tente de soie , dont les fils très-forts et presque inaltérables ne peuvent être dévidés. Les Hovas cardent cette soie comme de la filoselle et en font d'excellents tissus. On la rencontre , non-seulement à Madagascar, mais encore à File Bourbon , sur plusieurs plantes de la famille des légumineuses [Satria Madagascariensis. Mimosa Lebbek). La chenille estd*un gris jaunâtre, avec la ièie d'un brun foncé. Le papillon, de très-grande taille, a de 0'»,06 à 0-^,08 d'envergure; il a le corps de couleur jaune foncé et velu , les ailes blanches , argentées, plus ou moins teintées de jaune à la base, les supérieures noires à Textrémité.

Citons encore, mais citons seulement, pour abréger, les Bombyx suivants : Diego, un peu plus petit que le Rhadama, et du même pays; Panda, de Madagascar; Madruno, du Mexique; Psidii, du Mexique; Fauvetyi, du Pàiraguay, le papillon du Badamier du Malabar (Terthinalia Catalpa) , exposé en 1867 par M. Perrotet; le papillon du N'dank Parinarium, du Sénégal; celui de YOdien (Odina Pectinata), à cocons percés ; des papillons sauvages et producteurs de soie de la République Argentine (San Salvador); le papillon du Mangium Caseo^ lare Rubium (Sonneratia Acida),.àe l'île d'Amboine, etc.

En France , le caractère enthousiaste accepte avec empressement la plupart des nouveautés; mais le moindre revers nous décourage, une importation plus récente nous séduit; les premiers essais sont abandonnés pour des tentatives nouvelles , qui auront bientôt le même sort. Le Kombyx de Taylanthe a fait abandonner le Bombyx du ricin , et a été supplanté lui-même par le Bombyx yama-maî.

Il est aisé pourtant de concevoir que sans persévérance il noiis sera toujours impossible d'arriver an succès. Jusqu'au jour où un assez grand nombre d'éleveurs se seront appliqués à la multiplication d'nne même espèce , il sera difficile qqe l'industrie puisse sérieusement expérimenter les produits nouveaux, et s'organiser pour leur faire subir les transformations spéciales qu'ils nécessiteront presque toujours. .

D'un autre côté , on arguerait vainement que ces tentatives étaient inutiles avant l'invasion de la Pébrine, et qu'elles le deviendront après sa prochaine disparition. Le problème ne consiste pas i remplacer la soie du Bombyx du mûrier, mais bien à obtenir à bas prix des étoffes de soie communes, résistantes et d'aspect agréable; non pas d'obtenir des soies grèges et filées, mais de belles bourres cardées et filées. Les vers de Taylanthe et yama-maî paraissent parfaitement répondre tous deux à ce besoin.

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